2005
Staps
Les sports dans les mouvements de jeunesse guadeloupéens : des supports de lutte entre laïques et catholiques 1913-1939
Philippe Gastaud
14 rue du Canal64 800 Nay – FRANCEphilippe.gastaud@univ-pau.fr
Cet article a pour objectif de montrer que les sports pratiqués dans les mouvements de jeunesse guadeloupéens sont des « supports » de lutte entre laïques et catholiques. La méthode utilisée pour le démontrer repose sur une analyse sémantique d’un corpus constitué de onze entretiens d’anciens membres des sociétés sportives et du scoutisme laïque et catholique, ainsi que d’articles du bulletin de l’Évêché, L’Écho de la Reine de Guadeloupe. Elle se complète d’une analyse quantitative des effectifs des mouvements et d’un recours à des références bibliographiques. Il en ressort que la Guadeloupe coloniale de l’entre-deux-guerres voit se développer des mouvements de jeunesse catholiques qui entraîneront quasi simultanément, et en réaction, la création de mouvements laïques. Les sociétés sportives catholiques, le scoutisme laïque et confessionnel vont ainsi rivaliser sur le terrain éducatif de la jeunesse guadeloupéenne, dans un contexte de laïcisation instauré par la IIIe République et de riposte de l’Église catholique par un catholicisme social. Dans cette logique, les sports sont utilisés pour attirer la jeunesse au sein de ces organisations. La lutte entre les tenants de la laïcité et ceux du catholicisme se joue alors sur le terrain des affrontements sportifs dans un contexte d’émergence des sports dans la colonie.
Mots-clés :
sport, mouvements de jeunesse guadeloupéens, catholiques, laïques, rivalité.
The ruling sports in Guadalupean youth movements are clashes supports between Laics and Catholics. For example, in the colonial Guadeloupe of inter-war years, when Catholics create youth movements, Laics react by the creation of Laic youth movements at the same time. It is evident from this, that Catholics sports societies, laic and confessional scouts, compete with each others on the educative ground of the Guadalupean’s youth. Those rivalries were taking place in the laic context of the third Republic. In such a logic, sports activities are used to draw the youth into Catholics and Laics movements. To show that, we interviewed eleven former members of sports societies as well as Laic and Catholic scouts. We analyse the semantic of their talks. We also checked some papers from Bishopric, L’Écho de la Reine de Guadeloupe. To make our method complete, we then have a quantitative analysis of data from the youth movements Catholics members.
Keywords :
sport, Guadalupean youth movements, Catholics, Laics, rivalry.
Ziel dieses Artikels ist es zu zeigen, dass der Sport in der Jugendbewegung auf Guadeloupe ein Kampfmittel zwischen weltlichen Vertretern und Katholiken war. Die Methode um dies zu zeigen besteht aus der semantischen Analyse eines Korpus, das aus 11 Interviews besteht, die mit ehemaligen Mitgliedern von Sportvereinen, laizistischen und katholischen Pfadfindergruppen durchgeführt wurden, und das weiterhin Artikel aus dem Bulletin des Bistums, dem Écho de la Reine de Guadeloupe, umfasst. Es wird durch eine quantitative Analyse der Statistiken der Bewegungen und einen Rückgriff auf bibliographische Angaben ergänzt. Es zeigt sich, dass auf dem kolonialen Guadeloupe zwischen den zwei Weltkriegen sich eine katholische Jugendbewegung entwickelte, die praktisch gleichzeitig als Reaktion die Entstehung weltlicher Jugendbewegungen zur Folge hatte. Katholische Sportvereine, weltliche und konfessionelle Pfadfindergruppen werden im Bereich der Jugenderziehung auf Guadeloupe miteinander rivalisieren. Dies geschieht im Kontext einer durch die 3. Republik eingeführten Verweltlichung, die durch die katholische Kirche mit einem sozialen Katholizismus beantwortet wird. In dieser Logik wird der Sport benutzt, um die Jugendlichen in die Organisationen zu locken. Der Kampf zwischen den Anhängern des Laizismus und denen des Katholizismus spielt sich also auf dem Sportplatz in einem Kontext der Einführung des Sports in der Kolonie ab.
Schlagwörter :
Sport, Jugendbewegung auf Guadeloupe, Katholiken, Laien, Rivalität.
Quest’articolo ha l’obiettivo di mostrare che gli sport praticati nei movimenti giovanili guadalupesi sono dei « supporti » di lotta tra laici e cattolici. Il metodo utilizzato per dimostrarlo si basa su un’analisi semantica di un corpus costituito da undici interviste di vecchi membri delle società sportive e dello scoutismo laico e cattolico, così come di articoli del bollettino del Vescovo, dell’Eco della Regina di Guadalupa. Essa è completata da un’analisi degli effettivi dei movimenti, e di un ricorso a riferimenti bibliografici. Emerge che la Guadalupa coloniale tra le due guerre vede svilupparsi dei movimenti della gioventù cattolica che determineranno quasi simultaneamente, e per reazione, la creazione di movimenti laici. Le società sportive cattoliche, lo scoutismo laico e confessionale vanno così a rivaleggiare sul terreno educativo della gioventù guadalupese, in un contesto di laicizzazione instaurato dalla IIIa Repubblica e dalla risposta della Chiesa cattolica con un cattolicesimo sociale. In questa logica gli sport sono utilizzati per attirare la gioventù in seno a queste organizzazioni. La lotta tra i sostenitori della laicità e quelli del cattolicesimo si gioca allora sul terreno dei confronti sportivi nel contesto dell’emergere degli sport nella colonia.
Parole chiave :
cattolici, laici, movimenti della gioventù guadalupese, rivalità.
Este artículo tiene por objetivo mostrar que los deportes en los movimientos de la juventud guadalupense son soportes de lucha entre laicos y católicos. El método utilizado para demostrarlo reposa sobre un análisis semántico de un corpus constituido de once entrevistas de antiguos miembros de las sociedades deportivas y del escoutismo laico y católico, así como también de artículos del boletín del obispado, el Eco de la Reina de Guadalupe. Se completa con un análisis cuantitativo de los efectivos de los movimientos y de un recurso a referencias bibliográficas. Resalta que la Guadalupe colonial de entre las dos guerras ve desarrollarse movimientos de juventud católica que traen simultáneamente, y en reacción, la creación de movimientos laicos. Las sociedades deportivas católicas, el escoutismo laico y confesional rivalizan sobre el terreno educativo de la juventud guadalupense, en un contexto de laicización instaurado por la III República y de réplica de la Iglesia católica por un catolicismo social. En esta lógica, los deportes son utilizados para atraer la juventud al seno de esas organizaciones. La lucha entre los sostenedores de la laicidad y aquellos del catolicismo se desarrolla entonces sobre el terreno de los afrontamientos deportivos en un contexto de emergencia de los deportes en la colonia.
Palabras claves :
deporte, movimientos de la juventud guadalupense, católicos, laicos, rivalidad.
Dès le début du XXe siècle, l’application des lois laïques de la IIIe République en Guadeloupe, colonie française des Antilles, a entraîné, tout comme en métropole, une réaction de l’Église catholique. S’inscrivant dans les directives du pape Léon XIII (1878-1903), cette dernière va s’attacher à développer un catholicisme social destiné à conquérir les populations et principalement la jeunesse. Dans ce contexte, les prêtres du diocèse de Guadeloupe vont fonder des mouvements de jeunesse dans lesquels les activités sportives vont devenir des moyens d’éducation et d’évangélisation pertinents. Œuvrant sur un terrain identique, les laïques vont avoir une démarche similaire pour conquérir la jeunesse guadeloupéenne. Les années d’entre-deux-guerres verront se multiplier les mouvements de jeunesse. Sociétés sportives catholiques, scoutisme laïque et scoutisme catholique vont rivaliser pour attirer en leur sein la jeunesse locale. Nous nous proposons de démontrer ici que la création des mouvements de jeunesse guadeloupéens suit une logique de surenchère de la part des catholiques comme des laïques. L’éducation de la jeunesse guadeloupéenne devient un enjeu idéologique ; les mouvements de jeunesse, un outil pédagogique. Dans cette logique d’opposition, les sports sont utilisés par ces mouvements pour attirer les jeunes et pour asseoir une domination dans un contexte colonial. Les compétitions sportives deviennent alors les terrains d’affrontement entre les tenants des deux idéologies. Notre objectif est ainsi de mettre en évidence le rôle des sports dans ce rapport d’opposition entre laïques et catholiques, et de montrer que ces luttes sont des facteurs importants du développement du mouvement sportif guadeloupéen. L’entre-deux-guerres est ainsi marqué par un développement du sport dans la colonie, que catholiques et laïques contribuent largement à diffuser grâce à leurs mouvements de jeunesse.
Les périodes de notre étude sont justifiées par les étapes de mise en place des mouvements de jeunesse dans l’archipel guadeloupéen. 1913 marque la naissance des sociétés sportives catholiques au sein des patronages. Jusqu’en 1939, laïques et catholiques rivaliseront et développeront des organisations destinées à l’éducation extra-scolaire des jeunes. À partir de la Seconde Guerre mondiale, l’interdiction des Éclaireurs laïques et leur investissement dans la Résistance entraînent une domination des sociétés sportives catholiques dans le paysage éducatif local et une diminution des luttes anticléricales.
Trois axes principaux guident notre recherche : décrire les étapes de la création des mouvements de jeunesse laïques et catholiques dans un climat d’affrontement, faire émerger le rôle significatif des pratiques sportives dans cette phase de mise en place de ces organisations, analyser les mécanisme d’émergence du mouvement sportif local à partir de ces mouvements de jeunesse. Notre méthodologie repose principalement sur une analyse sémantique de sources orales et écrites. Les premières sont constituées par un corpus de onze entretiens d’anciens membres des sociétés sportives et du scoutisme laïque et catholique. La méthode consiste à calculer l’occurrence d’apparition des mots des réponses des interviewés, d’en analyser leur environnement afin d’en dégager des thèmes. Ces thèmes sont retenus comme « unité d’enregistrement » (Grawitz, 1993). Les thèmes sont spécifiques à chaque question et dépendent du locuteur. Nous avons ainsi établi des catégories afin de construire l’argumentation (Bardin, 1993). La place importante faite dans cette recherche à la mémoire des acteurs qui ont vécu la période étudiée s’inscrit dans la démarche historique que nous avons entreprise. Néanmoins, les historiens reconnaissent que la mémoire, représentation affective du passé, est subjective. Pour éviter cet écueil, nous avons multiplié les sources. Ainsi, l’analyse de discours est complétée par une analyse d’articles du bulletin de l’Évêché de Guadeloupe, L’Écho de la Reine de Guadeloupe. Véritable organe de liaison entre l’Évêché et ses prêtres, ce bulletin diocésain nous permet d’appréhender les positions de la hiérarchie catholique locale et les directives qu’elle transmet aux paroisses de l’archipel. Enfin, l’analyse quantitative des effectifs des mouvements de jeunesse guadeloupéens nous permet d’appréhender leur importance dans le paysage éducatif de la colonie.
2. La naissance des mouvements de jeunesse guadeloupéens : une problématique de lutte entre laïques et catholiques
2.1. Un contexte métropolitain favorable
La création des mouvements de jeunesse catholiques dans l’archipel guadeloupéen s’inscrit dans un contexte métropolitain plus large, dominé par les luttes entre les tenants du catholicisme et ceux de la laïcité. Dans la période 1880-1920 la volonté de l’État républicain est de laïciser la société française, de l’écarter de l’influence de l’Église. Un certain nombre de lois vont instaurer un nouveau système politico-social
[1]. En réaction, l’Église devient militante (Portier, 1993). Dès l’encyclique
Rerum novarum (1891) de Léon XIII, le contrôle de la jeunesse devient un enjeu central. Il prend différentes formes : création d’écoles libres en réaction contre les lois Ferry ; multiplication des patronages
[2]. En 1900, on comptait 2531 patronages catholiques de garçons et 1827 de filles (Cholvy, 1985). De 1920 à 1955, l’Église catholique va renforcer son emprise sur la société française. L’historien Y.M. Hilaire (1986) appellera cette période : «
les 30 glorieuses du catholicisme français ». L’action sociale envers la jeunesse s’intensifie, la paroisse devient un lieu de socialisation et de formation pour les enfants par l’intermédiaire du catéchisme. L’Église développe les sociétés sportives, les sociétés musicales, le scoutisme… en vue de lutter contre la laïcisation. Les activités sportives s’avèrent être alors des supports éducatifs pertinents figurant parmi les objectifs des patronages dès la veille de la Grande Guerre (Cholvy, 1988). Ces activités nouvelles constituent des sources de motivation non négligeables pour la jeunesse qui y adhère massivement. En 1898, le Dr Michaux crée la Fédération Gymnastique et Sportive des Patronages de France pour les regrouper et organiser les compétitions. En 1913, sur 5000 patronages de garçons existants, 1500 sont affiliés à la FGSPF et pratiquent gymnastique et sport chaque dimanche. Entre 1913 et 1937, le nombre de patronages affiliés à la FGSPF va doubler, passant de 1500 à 3000 (Augustin, 1988). La création des mouvements de jeunesse catholiques par l’Église de Guadeloupe reflète cette politique sociale. Si les premiers missionnaires, les pères dominicains, arrivent dès 1635, c’est au XIX
e siècle que se développe le mouvement d’évangélisation. Ainsi, principalement deux congrégations vont œuvrer dans le domaine de l’éducation des Guadeloupéens : les frères de Ploërmel, arrivés en Guadeloupe en 1838, organisent l’enseignement confessionnel des garçons dès 1844, et les sœurs de Saint Joseph de Cluny (arrivées en 1822), l’enseignement des filles. Elles fondent à Basse-Terre le Pensionnat de Versailles, prestigieuse école de filles. En 1848, toutes les écoles de la colonie leur sont confiées.
2.2. La lutte de la hiérarchie catholique guadeloupéenne contre la laïcisation
Premier thème récurrent dans le discours de l’Église, celui de la lutte contre l’anticléricalisme et les partis politiques de gauche qui l’incarnent. La laïcisation de la société instaurée par la IIIe République s’installe progressivement dans l’archipel. En Guadeloupe, la laïcisation de l’enseignement des garçons est effective en 1889, et celle des filles en 1900 (Abou, 1988). Le décret d’application de la loi de séparation de l’Église et de l’État est effectif à partir du 6 février 1911. Il a pour conséquence la fermeture des écoles des frères de Ploërmel, et de la quasi-totalité de celles des sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Après la Première Guerre mondiale, seuls le Pensionnat de Versailles de Basse-Terre et certaines écoles primaires, sont encore dirigés par des sœurs.
La laïcisation est aussi impulsée par l’importance politique des partis de gauche qui contrôlent la majorité des communes de l’île, et qui jouent la carte de l’anticléricalisme : «
Les gens vraiment pratiquants étaient très peu nombreux et l’ignorance religieuse très répandue. C’est ce qui explique que l’anticléricalisme eut tant de prise dans le pays quand il commença à se propager ; il utilisa ici la corde de l’esclavage. On répandit ouvertement cette idée absurde que l’Église cherchait à ramener l’ancien état de choses. Le député Légitimus (socialiste)
disait, dans son journal de Pointe-à-Pitre, qu’il fallait créer une Église nouvelle, libérée de l’Église des esclavagistes » (Fabre, 1976). Les prêtres s’inquiètent de l’anticléricalisme et de la montée de l’audience des partis de gauche dans la classe ouvrière, à l’image de l’abbé Lizler, curé du Lamentin qui s’exprime en ces termes : «
Lamentin est un centre agricole et industriel, travaillé par les adversaires de l’Église » (Recensement de la paroisse du Lamentin, 1934, Archives de l’Évêché de Guadeloupe, Basse-Terre). L’Église entre dans la lutte contre la gauche montante, la laïcisation et l’anticléricalisme de la société. En 1922, l’évêque de Basse-Terre, Monseigneur Genoud, adresse aux prêtres de son diocèse une lettre circulaire datée du 21 septembre qui précise : «
La laïcité, voilà donc l’erreur malfaisante du jour qu’il est bon de signaler et que nous devons combattre si nous voulons être de notre époque »
[3]. Le bulletin diocésain,
L’Écho de la Reine de Guadeloupe, publie durant l’année 1925, une série d’articles dénonçant les dangers de la laïcisation qui s’installe dans la société guadeloupéenne. Reprenant les déclarations de l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France sur les lois dites de laïcité, la hiérarchie ecclésiastique locale dénonce leur injustice en substituant «
au vrai Dieu, des idoles : la liberté, la solidarité, la science, l’humanité… »
[4]. Sont ici rejetées les devises qui sont les fondements mêmes de la République laïque : liberté, égalité et fraternité, symboles de la démocratie française. Mais sont aussi dénoncés la science et le positivisme qui la glorifie, avec sa remise en cause des mystères du religieux (nativité, trinité, miracles…) au profit d’une vérité que seules les sciences peuvent démontrer. S’inscrivant dans les lignes directrices de l’Action catholique, l’Église de Guadeloupe va œuvrer auprès de la jeunesse par l’intermédiaire de ses patronages et autres organisations pour christianiser la société et lutter contre la laïcisation voulue par les partis politiques de gauche en expansion. La jeunesse va devenir un enjeu de lutte entre laïques et catholiques ; son éducation devra être contrôlée afin d’inculquer les valeurs chrétiennes que gomme l’éducation scolaire laïque.
Mais la lutte contre la laïcisation se double d’une opposition de l’Église aux croyances magico-religieuses de la population, noire surtout, qui détournent les gens du culte. L’évêché local a en effet toujours été confronté au problème de ces croyances magico-religieuses, telles que celles issues des traditions ancestrales africaines, encore fortement ancrées dans les mentalités de l’époque ; croyance dans les esprits volants : les « soukouyan » (soucougnan) censés venir perturber l’existence des mortels ; recours au sorcier : le « kenbwazè » (quimboiseur) pour jeter un sort à un ennemi ou pour en conjurer un ; ou au soigneur : le « massè » (masseur ou guérisseur) censé soigner la plupart des maladies. Infusions et décoctions de plantes, essences végétales et substances animales constituent ainsi l’essentiel de la médecine de la population locale : bains de feuillage de corossol (fruit vert acidulé à la pulpe blanchâtre) pour calmer les bébés ; massages à l’huile de carapate (feuillage dont la feuille broyée produit l’huile utilisée dans les massages) ; lait d’ânesse contre l’asthme ; jaune d’œuf contre les bleus. Issues d’un paganisme contraire aux valeurs chrétiennes, ces croyances sont combattues par l’Église. Mais elles constituent aussi un puissant moyen d’opposition et de révolte cachée envers la domination française. Ancrées dans l’animisme ancestral africain, les croyances magico-religieuses sont des obstacles à l’inculcation des valeurs de la mère patrie et de celles de l’Église. Si la population va fréquemment aux offices religieux, elle a aussi très souvent recours à ces croyances dans lesquelles elle se réfugie : « La sorcellerie était un moyen de se révolter contre la domination française. Ils allaient à l’église, mais en sortant ils couraient chez le kenbwazè. Ils avaient plus confiance dans le kenbwazè que dans ce que le prêtre racontait » (entretien avec Martine Blombou, 17.02.1999, Abymes).
Les pratiques sportives sont mises en avant par la hiérarchie ecclésiastique locale pour enrayer les déviances de la laïcisation et du paganisme : «
La morale doit régner dans le monde : pas de religion sans morale et pas de morale sans religion. En dénonçant le danger de certaines fêtes et de certaines danses, en favorisant le sport qui vide les cafés et les bals, votre Curé est à sa place »
[5]. Dans cette logique, les sociétés sportives catholiques vont devenir des piliers de l’éducation sportive de la jeunesse locale.
3. La naissance des sociétés sportives catholiques guadeloupéennes
Le recours aux sports en tant que moyens d’éducation constitue le second thème d’importance mis en évidence par l’analyse sémantique. La création des premiers groupements sportifs catholiques de garçons dans l’archipel est réalisée à l’instigation des prêtres métropolitains chargés des paroisses du diocèse. Nous pouvons dater ces premiers patronages des années qui précèdent la Première Guerre mondiale. L’abbé Bioret ouvre ainsi le premier patronage guadeloupéen à Pointe-à-Pitre sur le mode d’organisation des sociétés sportives métropolitaines, en 1913. Ces sociétés, appelées « Groupes de Sonis », pratiquent des activités sportives et de la musique au sein de cliques. Leur nom provient du général Louis Gaston de Sonis d’Espujos (1825-1887), blanc, né à Petit-Bourg, qui s’est illustré dans diverses batailles du Second Empire et dans la conquête de l’Algérie. Les Sonis défilent dans les rues des bourgs au son des tambours et des clairons les dimanches matins après la messe qu’ils animent ou lors de fêtes patronales et nationales. Léon Cellini, ancien Sonis du Gosier le confirme : « Je crois que c’est avant 1914. Je me rappelle bien, quand j’étais jeune, j’étais à l’école, et les Sonis de Pointe-à-Pitre existaient déjà » (entretien du 30.07.1999, Gosier).
Dès l’année suivante, à Basse-Terre, l’abbé Durand crée le premier patronage de la cathédrale. Rapidement, ces sociétés sportives se généralisent dans toute la colonie : «
Toutes les villes avaient des Groupes de Sonis. C’était des groupes éclatants qui attiraient les jeunes car il y avait beaucoup de flonflons : uniforme blanc, ceinture bleue, béret… » (entretien avec Guy Cornely, ancien EDF de la troupe Pichon de Pointe-à-Pitre, 29.04.1999, Raizet). L’abbé Durand (1889-1967) fait figure de pionnier. Il reçoit une formation sportive dans les patronages métropolitains dépendants de la FGSPF. Nommé vicaire de la cathédrale de Basse-Terre, il arrive en Guadeloupe le 3 mars 1914. Deux mois après son arrivée, il crée une société sportive : « Les Chevaliers de Notre-Dame », groupe de garçons dépendant du patronage de la cathédrale, et qui pratique la gymnastique et les sports. Le Champ d’Arbaud, vaste esplanade de Basse-Terre où se déroulent des rassemblements militaires, deviendra alors le terrain de leurs exploits. Les premiers matchs de football sont organisés sur ce terrain dès l’année 1914. Le 22 juillet 1915 a lieu le premier défilé du patronage, en uniforme, sous les acclamations de la foule, impressionnée par la discipline et la rigueur de ces jeunes sportifs.
L’Écho de la Reine de Guadeloupe mentionne pour la première fois des associations catholiques de jeunes garçons dans sa « chronique diocésaine » du dimanche 30 juin 1918. Elle présente une séance sportive dans la cour du patronage en l’honneur de « la fête de Monseigneur ». Cette séance est donnée par « Les Chevaliers de Notre-Dame ». «
La séance sportive (gymnastique) a été mise en place grâce au master Maurice Élie, élève de l’abbé Durand »
[6]. Ce dernier développe aussi le sport féminin en créant les « Rayons Sportifs féminins » au sein du patronage de la paroisse du Moule en 1938. En 1937, il fonde le mouvement scout en Guadeloupe. Il sera aumônier départemental des scouts jusqu’en 1962. Il laissera un souvenir profond chez les Guadeloupéens qui l’ont connu. Georges Watt, ancien commissaire départemental des scouts de France se souvient du personnage : «
J’ai eu l’occasion de voir le père Durand enlever sa soutane et son casque pour faire des barres parallèles ou de la barre fixe. C’est comme ça que j’ai connu le père Durand. J’ai ce visage de ce vieux petit bonhomme tout court, avec sa 2CV, qui partait sillonner les routes de Guadeloupe pour aller faire des activités avec les jeunes » (entretien du 18.03.1999, Gosier).
En Basse-Terre, l’abbé Dugon (1903-1975) fonde en 1937 l’Union Guadeloupéenne
[7], affiliée à la FGSPF. Il en fut le premier président. En fédérant ainsi les sociétés sportives existantes et en favorisant leur développement, il participe au lancement du sport catholique guadeloupéen. Secrétaire de l’Évêché et vicaire de la cathédrale de Basse-Terre, il impulse aussi le développement du scoutisme catholique local.
Pour les prêtres éducateurs des jeunes, la mission première des sociétés sportives est évangélisatrice (troisième thème qui émerge des analyses sémantiques). C’est ce que pense l’abbé Bellenus, fondateur du Groupe Sainte Thérèse de Basse-Terre : « Vocation culturelle et sportive. Mais surtout évangélisatrice » (entretien du 16. 04 1998, Basse-Terre). Les sociétés sportives développées par l’Église guadeloupéenne au sein de ses patronages ont d’abord pour vocation de christianiser la jeunesse. Elles se situent ainsi dans la lignée des directives papales en matière d’éducation. L’encyclique de Pie XI Divini illius magistri, datée de 1929, fixe les missions éducatives confiées à l’Église catholique : éducation totale, âme et corps, qui doit associer la famille, l’Église et l’État. Il s’agit de « former un corps solide et vivant au sein de la société civile ». Si l’éducation corporelle est un devoir de l’Église, elle ne peut être envisagée que pour compléter et améliorer l’éducation de l’âme ; et les patronages en deviennent la structure éducative privilégiée. Cette éducation de l’âme passe par une formation religieuse importante. Les Sonis prennent pleinement part à la vie religieuse des paroisses. Ils participent au déroulement de la messe, le dimanche, par le service, les chants ou les lectures. Ils suivent le catéchisme afin de préparer communion et profession de foi. Leur éducation religieuse poussée, voulue par l’Église, les moule dans l’idéologie catholique et trouve un écho favorable dans la population guadeloupéenne. Les sports, au service du religieux, deviennent des supports de formation : formation hygiénique, développement du goût de l’effort, débrouillardise, discipline… Mais l’instrumentalisation des sports, pratiques ludiques, a aussi pour objectif d’attirer les jeunes afin de mieux en assurer la formation spirituelle.
4. La réaction des laïques : les boys-scouts français et les éclaireurs de France
La thématique réactionnelle apparaît ici comme centrale. L’analyse des sources met en évidence une logique de réponse systématique sur le terrain de l’adversaire. Faisant ainsi écho à la création des patronages et des sociétés sportives catholiques, et pour ne pas laisser le champ libre à l’Église, les notables laïques, sur l’initiative du Dr Pichon, vont chercher à fédérer les premières sociétés sportives et les clubs sportifs naissants par la mise en place d’une organisation locale fédérative, « La Guadeloupéenne ». Parallèlement, ils vont créer les « boys-scouts français », éclaireurs laïques.
La Guadeloupéenne est créée en 1915 par le Dr Pichon, médecin major des troupes coloniales, nommé responsable du service de santé de la Guadeloupe en 1913. Séduit par l’archipel, il met en place cette association qui a pour but de développer le tourisme, l’éducation physique et le sport chez les jeunes Guadeloupéens. La Guadeloupéenne représente la première tentative de fédération des associations sportives et de gymnastique, en rupture avec les associations existantes (Club des Montagnards, section guadeloupéenne du Club Alpin Français ou clubs hippiques).
Le Dr Pichon est aussi à l’origine de la mise en place des éclaireurs laïques dans la colonie. Il crée à Pointe-à-Pitre « Les Dévoués », troupe de « Boys-scouts français », rattachée à la Fédération Nationale des Éclaireurs Français (Boys-scouts de France)
[8]. À Basse-Terre, la mise en place des boys-scouts se fait de façon quasi simultanée sur l’initiative de Bénédict Clairon qui fonde d’abord « L’Intrépide » en 1915, sous l’influence du Dr Pichon, club qui donnera rapidement naissance à une section d’éclaireurs qui absorbera les membres du patronage Notre-Dame. La création des boys-scouts laïques au tout début de la Première Guerre mondiale est attestée par l’allocation d’une somme de 600 francs votée par le Conseil Général le 20 décembre 1915 (Dumont, 2002). C’est la première mention officielle d’une association scoute dans la colonie. Les BSF locaux donneront naissance aux Éclaireurs de France (EDF) guadeloupéens, mouvement scout laïque, dès les années 1920. Les entretiens menés auprès d’anciens membres de ce mouvement de jeunesse attestent le rôle premier du Dr Pichon : «
Les EDF ont été créés par des laïques. Le premier nom des EDF guadeloupéens était ‘Les Dévoués’. Le Dr Pichon est à l’origine de la mise en place du mouvement » (entretien avec Guy Cornely). Les Dévoués étaient une unité de formation un peu «
opération militaire », précise Léopold Reinette, ancien commissaire EDF de province entre 1945 et 1959 (entretien du 05.03.1999, Pointe-à-Pitre). Ils sont montés juste avant la Première Guerre mondiale pour venir en aide aux populations, notamment en mettant en place le premier service de pompiers de la colonie. Ils sont soumis à une formation physique et morale poussée, basée sur la doctrine scoute de Baden Powell. Cette orientation envers l’entraide au sein des populations s’inscrit dans les finalités premières des boys-scouts de France, dont le premier nom métropolitain est les « Éclaireurs-Débrouillards » (Guérin, 1997). D’autres troupes de boys-scouts se créent dans d’autres communes, à Port-Louis, à Saint-François.
À côté de l’entraide, des marches, des explorations et de la découverte du milieu naturel, activités spécifiquement scoutes, les premiers éclaireurs laïques pratiquent beaucoup de sports. Leur lien avec le sport naissant dans la colonie est fréquemment évoqué par les anciens du mouvement. L’implication des éclaireurs dans le développement du sport local est un autre thème récurrent dans les entretiens. Les EDF de Pointe-à-Pitre s’entraînent sur le terrain et dans la cour du lycée Carnot. On peut y pratiquer de la gymnastique et s’entraîner au football. Les matchs se déroulent sur la place de la Victoire contre les marins de passage, dont les bâtiments de commerce ou de guerre sillonnent les eaux des Antilles ou contre l’équipe des Sonis. La natation se pratique dans la piscine de la sucrerie Darboussier de Pointe-à- Pitre ou en mer. Lorsque les éclaireurs pointois s’installent au local de Dubouchage, à l’Arsenal, après le cyclone de 1928, ils montent un portique pour s’entraîner au grimper de corde ou pour faire de la musculation, et ils aménagent un gymnase avec des agrès. G. Cornely fait ainsi beaucoup de gymnastique ; il exécute parfaitement la croix de fer aux anneaux. Les EDF sont les premiers à pratiquer du saut à la perche sur la place de la Victoire, avec des perches en bambou. C. Trébert, éclaireur de Pointe-à-Pitre, deviendra un des meilleurs sauteurs en hauteur de la colonie. Les EDF pratiquent aussi l’escrime dans une salle qu’un éclaireur métropolitain a montée derrière le tribunal pointois. À Basse-Terre, les éclaireurs s’entraînent sur le terrain de la Guadeloupéenne du Dr Pichon, à l’emplacement actuel du stade de la Gauloise. C’est le lieu de rendez-vous des premiers sportifs basse-terriens. Ils jouent aussi au football sur le Champ d’Arbaud contre les marins des bateaux de guerre qui font escale dans la rade.
Dès le milieu de la décennie 1920, les EDF sont créés à partir des BSF. Le Dr Pichon donnera d’ailleurs son nom à une des troupes d’éclaireurs présentes avant la Seconde Guerre mondiale à Pointe-à-Pitre : la troupe Pichon. La seconde troupe prend le nom de Troupe Saint-Georges, patron des scouts, ce qui marque d’une part l’ancrage catholique de la population, mais aussi et surtout la volonté des EDF de rassembler toute la jeunesse guadeloupéenne, pratiquants catholiques compris, et d’investir ainsi le secteur occupé par les patronages des paroisses du diocèse. Avant le cyclone de 1928, les troupes pointoises ont un local au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. Le censeur du lycée, M. Breta prend la responsabilité du mouvement après la mort du Dr Pichon, et devient commissaire de région. Les EDF sont étroitement liés à la Ligue de l’Éducation Nationale (LEN), tenante du laïcisme, créée en 1911. Le recrutement des cadres se fait en grande partie dans les milieux des instituteurs, laïques. Beaucoup d’enseignants sont investis dans le scoutisme laïque : L. Rainette (commissaire EDF) et Mme Mimi (cheftaine) sont instituteurs ; Mme Minette (cheftaine) est directrice de l’école du Moule. La Ligue constitue une aide non négligeable pour le mouvement (matériel, locaux, encadrement…). Mais la naissance du scoutisme laïque est aussi fortement liée aux loges maçonniques de la colonie. « Tous ceux qui nous encadraient étaient plutôt des francs-maçons » (entretien avec Mme Hildvert, 5.03.1999, Pointe-à-Pitre). M. Breta était lui-même franc-maçon. Le commissaire de district qui lui succédera, Archimède Marozet, tout comme Ibéné Gotte, sont des chefs de loges maçonniques. Ces « filiations » traduisent l’assise laïque des EDF.
Au moment de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, les EDF ont des troupes dans la plupart des communes : Saint-François, Sainte-Anne, Pointe-à-Pitre, Abymes, Basse-Terre, Capesterre, Morne-à-l’eau… La troupe Pichon de PAP, par exemple, compte plus de 200 membres. Les Groupes de Sonis les concurrencent : le groupe de PAP compte 210 Sonis ; celui de Vieux-Habitants, 200 ; celui de Port-Louis, 110.
5. La « surenchère » de l’Église
Face au succès des éclaireurs laïques, l’Église guadeloupéenne, dans sa logique de « conquête sociale » de la jeunesse, se voit dans l’obligation de monter des troupes de scouts catholiques.
5.1. La naissance du scoutisme catholique guadeloupéen
La création des boys-scouts laïques gêne l’Église catholique. Le curé de Pointe-à-Pitre, en chaire, demande aux parents de ne pas mettre leurs enfants aux éclaireurs, mouvement laïque qui les détournerait de la parole du Christ (entretien avec V. Lacrosil, ancien EDF de la troupe Pichon de Pointe-à-Pitre, 12-05-1999, Abymes, commissaire du district de Pointe-à-Pitre de 1942 à 1945). G. Cornely insiste aussi sur ce point : « Les prêtres n’aimaient pas les éclaireurs de France. Je me souviens qu’ils avaient été mis dehors de la messe de Saint-Georges. » Si les boys-scouts sont créés par réaction à la naissance des patronages catholiques tels que les Sonis, la hiérarchie ecclésiastique locale mettra en place la section locale des Scouts de France, mouvement catholique affiché. « La mise en place des BSF, puis des EDF, a gêné l’Église qui par réaction a créé les Scouts de France » (V. Lacrosil). L’abbé Durand crée le mouvement scout catholique en Grande-Terre dès la fin des années 1930. À la même époque, le père Dugon œuvre pour le développement du scoutisme basse-terrien. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale le scoutisme féminin catholique voit aussi le jour avec la naissance des Guides de France guadeloupéennes. Bien que la naissance des SDF soit plus tardive que celle des EDF, elle témoigne de cette réaction de l’Église envers une laïcisation désapprouvée de la jeunesse guadeloupéenne. En proposant à la jeunesse un système d’éducation ouvert sur la nature, à l’image des éclaireurs laïques (ce que les sociétés sportives n’offrent pas), les prêtres cherchent à investir un terrain éducatif dont les laïques ont l’exclusivité. La logique de réponse sur le terrain de l’adversaire prend de nouveau toute sa dimension.
5.2. Le Petit Séminaire : un rôle significatif dans le développement des mouvements de jeunesse catholiques guadeloupéens
L’école presbytérale de Terre-de-Haut (Les Saintes), puis le Petit Séminaire de Blanchet ne sont pas étrangers à la diffusion des mouvements de jeunesse et des activités sportives dans la colonie. Ils témoignent d’un investissement de l’Église dans l’éducation extra-scolaire de la jeunesse guadeloupéenne. Dès 1937, avec l’arrivée de l’abbé Forbin comme vicaire de l’abbé Magloire à Terre-de-Haut, les élèves sont initiés à la pratique des activités athlétiques. Le vicaire monte un groupe à l’image des Sonis : « l’Étoile des Îles », qui sera vite suivi par un groupe féminin à l’image des Rayons Sportifs, les « Oliviers des Îles ». Dès 1938, ces sociétés sportives participent aux rencontres sur la Guadeloupe continentale : « En 1938, les responsables organisent à Basse-Terre une grande journée d’athlétisme au Champ d’Arbaud, sous la présidence du gouverneur Félix Eboué et de Mgr Genoud. Les jeunes des Saintes, ‘Étoiles des Îles’ et ‘Oliviers des Îles’ ont fait le déplacement à Basse-Terre. Ils prennent part à tous les ateliers ainsi qu’au mouvement d’ensemble » (Hamot, 1996). Le vicaire, l’abbé Forbin, n’hésite pas à donner l’exemple pour encourager les jeunes. Le saut à la perche ne trouvant pas d’adepte, il enroule sa soutane autour de ses jambes et il fournit une belle prestation sous les applaudissements des spectateurs impressionnés par les qualités physiques de ce jeune prêtre noir. De son côté, l’abbé Magloire initie ses jeunes élèves au scoutisme, prenant part ainsi au développement du mouvement dans la colonie. Sans nul doute, les initiatives de ces prêtres auprès des jeunes séminaristes auront une influence décisive dans la diffusion des mouvements de jeunesse locaux. Bon nombre de ces séminaristes seront des prêtres influents dans le scoutisme ou dans les sociétés sportives. C’est le cas d’Oscar Lacroix, qui sera aumônier diocésain des Scouts de France entre 1962 et 1972. C’est aussi le cas de Gaëtan Bélénus qui fondera la société sportive Sainte-Thérèse de Basse-Terre. Enfin, l’abbé Emmanuel Flower, vicaire de l’abbé Durand, s’investira dans les Cœurs Vaillants. Les jeunes prêtres formés au Petit Séminaire deviendront les piliers des mouvements de jeunesse dans les décennies suivantes. Ils sont les témoins de l’implication de l’Église dans ce type d’organisation.
6. Les mouvements de jeunesse, vecteurs de diffusion des sports dans la colonie
Nous traitons ici du troisième axe de notre recherche, centré sur les mécanismes d’émergence du mouvement sportif local, émanation des organisations de jeunesse laïques et catholiques. Sociétés sportives catholiques, boys-scouts, puis EDF, vont devenir les vecteurs de diffusion des sports dans la colonie. Les premiers clubs sportifs voient ainsi le jour dans les deux principales villes de l’archipel dès les années 1920.
6.1. La création des premiers clubs sportifs guadeloupéens
BSF et EDF sont ainsi à l’origine de la création des premières équipes de football guadeloupéennes, le Racing Club à Basse-Terre, le Red Star et le Redoutable à Pointe-à-Pitre (G. Cornely). « C’étaient des équipes avec des gens qui sortaient du mouvement EDF. Les EDF sont à l’origine du sport ici » (L. Rainette). Ils impulsent des activités nouvelles pour les Guadeloupéens. C’est le cas du cyclisme, de l’athlétisme ou de la natation. « On faisait de tout, en plus des activités scoutes : du cyclisme, de la natation. On organisait même des examens de natation ! » (L. Rainette). Mais les associations sportives des patronages catholiques créent, elles aussi, des clubs sportifs. C’est par exemple le cas des clubs de football de la Good Luck ou du Club Sportif Moulien, émanations des Sonis. Ces différentes associations sont omnisports. La polyvalence des pratiquants constitue un autre thème central mis en évidence par l’analyse sémantique. On pratique le football, l’hébertisme, un peu d’athlétisme et des excursions, notamment sous l’égide des éclaireurs. Les premiers pratiquants témoignent de cette polyvalence : Maurice Micaux, fondateur de l’Union Sportive basse-terrienne, est capitaine de l’équipe de football de la Guadeloupe, mais aussi athlète, basketteur, et bon volleyeur. Fernand Pentier, fondateur de la Renaissance, est footballeur, lui aussi capitaine de la sélection de Guadeloupe, mais aussi très bon athlète. Il fondera le Cygne Noir, club de Basse-Terre, et la ligue guadeloupéenne d’athlétisme (Pentier, 1975). La musique est aussi pratiquée, dans ces premières associations, tout comme le théâtre, à l’image des Sonis pointois qui ont une section philharmonique, une section théâtrale, une section de danse et une section sportive (entretien avec C. Thibault, ancien Sonis pointois, 17.08.1999, Pointe-à-Pitre). Les jeunes peuvent participer aux différentes sections. La frontière entre activités corporelles, sports et culture reste floue dans cette période d’émergence du mouvement sportif guadeloupéen. Les cloisons sont diffuses. Les espaces de pratique et de spectacle se confondent. Les pratiques elles-mêmes se recoupent, marquant ainsi l’absence de différenciation nette quant aux activités supports d’éducation. À Basse-Terre, le Racing Club, émanation des Éclaireurs de France, centré davantage sur le football, est créé en 1925. Puis suivront le Cygne Noir et La Gauloise en juin et août 1930, clubs fondés par des membres du Racing. Les années 1930 voient les premiers clubs naître dans les autres communes de la Guadeloupe, centrés eux aussi sur le football, même s’ils pratiquent d’autres sports : le Club Sportif Moulien en 1931 ; la Juventus de Sainte-Anne en 1935 ; l’Arsenal de Petit-Bourg en 1938. Suivront les ligues : le Club Guadeloupéen des Sports Généraux (CGSG), première véritable tentative de fédération des clubs existants, se crée en 1929, sur l’initiative d’Édouard Chartol, ancien éclaireur. Le CGSG deviendra la Fédération Guadeloupéenne des Sports Athlétiques en mai 1931. La Ligue Sportive de la Grande Terre est fondée en octobre1931 ; l’Union Sportive Basse-Terrienne en janvier 1933 ; et la Fédération Sportive de la Guadeloupe, qui regroupe les deux dernières, en 1939. Les Groupes de Sonis se développent eux aussi de façon importante en progressant de 228,5 % entre 1936 et 1938 (la progression est de 150 % entre 1936 et 1941). La décennie 1930 marque le début de l’institutionnalisation des pratiques sportives locales. Ces dernières émanent d’organisations de jeunesse antérieures, laïques ou catholiques.
6.2. La compétition sportive comme terrain d’affrontement entre laïques et catholiques
Les oppositions s’expriment sur le terrain des pratiques. Pour les anciens des mouvements, les compétitions sportives, comme les parades qui les accompagnent, constituent le paroxysme de la lutte (autre thématique récurrente dans les entretiens). Les affrontements sportifs sur la Place de la Victoire de Pointe-à-Pitre ou sur le Champ d’Arbaud à Basse-Terre, deviennent le théâtre de ces oppositions entre laïques et catholiques pour le contrôle de la jeunesse. Joffre Commer se souvient que les matchs de football se jouaient sur la Place de la Victoire (entretien avec J. Commer, ancien Sonis de Port-Louis, 21.07.1999). À l’époque, chaque club occupe un endroit de la Place qui lui est réservé, autour du terrain de football qui en occupe le centre. Camille Trébert, ancien éclaireur de Pointe-à-Pitre, confirme cette répartition des groupes : « La Place de la Victoire était très compartimentée, et tout le monde respectait cela » (entretien du 30.04.1999, Petit-Bourg). Devant le cinéma « Le Renaissance » sont placés les éclaireurs et l’équipe du Red Star. En face, devant la maison paroissiale, se placent les Sonis, l’équipe de la Good Luck et le Club Athlétique Pointois (clubs dont les Sonis sont à l’origine). Dans le prolongement, en allant vers la mer se trouvent les notables de la ville, les « sénateurs », qui viennent assister aux rencontres. Les éclaireurs appellent ce côté de la place « l’allée des aristocrates », marquant ainsi avec ironie l’emplacement occupé par les familles les plus aisées de la ville, souvent catholiques. Le côté donnant sur la mer est, lui, occupé par la communauté syrienne et libanaise. Le fond de la place, « l’allée des bons enfants », est réservé aux enfants de bonnes familles. Chacun a son banc, et chacun respecte sa place. Les espaces de spectacle se différencient et se hiɲarchisent en fonction de clivages idéologiques et religieux, reproduisant par là même les clivages de la société guadeloupéenne.
Mais les oppositions entre les mouvements de jeunesse catholiques et laïques peuvent aussi dégénérer en bagarres. C. Trébert précise que les éclaireurs envoyaient les plus petits d’entre eux pour provoquer les Sonis. Cela finissait en général par des affrontements directs après les matchs, affrontements qui prenaient fin avec l’intervention des dirigeants des différents groupements. Certains affrontements peuvent revêtir un caractère plus violent et entraîner des transformations du paysage associatif sportif. Ainsi les éclaireurs fondent le Racing Club en 1925 suite à des incidents survenus sur la Place de la Victoire entre supporters et joueurs, lors d’un match de football. Le commissaire Breta interdit alors aux éclaireurs de participer à ces rencontres. Pour assurer la pérennité de l’équipe de football, le groupement des éclaireurs de Basse-Terre fonde donc le Racing, premier club basse-terrien de football. Le scoutisme offre ainsi au mouvement sportif local ses prémices d’organisation.
Les compétitions sportives s’accompagnent de défilés dans les rues des bourgs, au son des clairons et des tambours. Éclaireurs laïques et sociétés sportives catholiques rivalisent aussi sur le terrain des parades, des uniformes et des fanfares. La discipline, les marches au pas, les défilés scandés par les rythmes militaires affichent l’efficacité éducative que recherche la population locale. À Pointe-à-Pitre, les défilés comptent jusqu’à 250 Sonis. À Port-Louis, sous le ministère de l’abbé Mestric, jusqu’à 120 jeunes peuvent marcher derrière la clique. La journée de l’Union, le 29 janvier 1939, regroupe 1200 jeunes. « Le défilé partait devant la mairie et traversait le bourg, avec les musiciens, ceux qui faisaient de la gymnastique, puis les filles » (L. Cellini). Les éclaireurs laïques rivalisent aussi sur ce terrain des parades. C’est ce qu’atteste Aristide Gordien : « Il y avait les boys-scouts ; c’était une société qui faisait aussi de la musique. Les boys-scouts, c’étaient plutôt les défilés dans les rues pour les fêtes, et ils jouaient du clairon » (entretien avec A. Gordien et M. Jaleme, 2.12.1997, Port-Louis.) Un document de 1917 prouve aussi la présence du scoutisme laïque lors de défilés : « Un jour, c’est fête au Moule : dès le matin la ville est réveillée par les clairons et tambours des boysscouts de Saint-François, puis le groupe des Éclaireurs et des Sonis qui arrivent de Pointe-à-Pitre viennent se joindre à eux » (Archives de l’Évêché de Basse-Terre, document sans référence, 1917). On le voit, les boys-scouts, s’ils se réclament de Baden Powell, sortent du cadre strict du scoutisme originel. Ils jouent sur le terrain des sociétés sportives et musicales catholiques. Les fêtes des bourgs deviennent ainsi un terrain d’affrontement entre les organisations de jeunesse laïques et confessionnelles. Tout comme les Groupes de Sonis, catholiques, les BSF, laïques, ont des cliques avec clairons et tambours. Ils défilent dans les rues des communes, séparés des Sonis. C’est à qui joue le plus fort pour se faire entendre de la population massée sur les bords des routes, admirative de la discipline, des défilés au pas et des uniformes impeccables. Sans doute, la concurrence bat-elle ici son plein ! Monter des cliques, c’est aussi pour le scoutisme laïque proposer à la jeunesse des activités que les catholiques pratiquent, et récupérer ainsi des enfants qui pourraient partir vers les Sonis par goût de la musique et des parades. C’est se garantir d’un recrutement dont les catholiques avaient jusqu’à présent le monopole. Mais aussi, d’investir l’espace public à des fins de « propagande ». En ce sens, le scoutisme laïque se positionne comme un « instrument » de lutte contre la mainmise de l’Église sur l’éducation de la jeunesse, notamment dans le domaine de la formation physique.
L’occupation de l’espace public apparaît comme une dimension commune aux différentes organisations de jeunesse de cette époque. Elle traduit la volonté de la part de la hiérarchie catholique, comme de la LEN, de faire la démonstration de leur pouvoir au sein de la société, en montrant l’efficacité de leur système éducatif. En occupant la rue, les organisations de jeunesse catholiques constituent un « contre-pouvoir » par rapport aux manifestations des écoles et des mouvements de jeunesse laïques (EDF ; kermesses des écoles publiques ; associations sportives…). « Le spectacle est une dimension constitutive de l’exercice du pouvoir ; il exprime un style politique, il caractérise le type de relation paternaliste, clientéliste, coercitive, etc., qui s’établit entre les autorités et une population » (Chambard, 1987). Les manifestations organisées par les mouvements de jeunesse sont destinées à faire valoir l’efficacité de leur formation.
Les fêtes communales, célébrant les saints patrons des communes, jouent un rôle central dans les mécanismes de mise en place du sport dans la colonie. Elles recouvrent des épreuves à connotation professionnelle : courses de canots, bœufs-tirants (courses de chars à bœufs s’effectuant en montée) ; ainsi que des épreuves plus ludiques : courses à pied, courses en sac, courses de bourriques ou de chevaux. Elles font l’objet de grands rassemblements populaires, et agrémentent avec les bals les fêtes des communes ou la fête nationale et le 11 novembre. Centrées sur des activités physiques d’abord traditionnelles, les fêtes communales deviennent un lieu d’implantation d’épreuves gymniques et sportives. «
Elles sont bientôt accompagnées de démonstrations de gymnastique, de mouvements d’ensemble, de pyramides et sont à bref délai complétées par des épreuves spécifiquement sportives, nouvellement apparues : football, courses athlétiques et cyclistes » (Dumont, 2002). Les épreuves traditionnelles constituent ainsi un « ciment de base » sur lequel se greffent les pratiques sportives codifiées.
L’Écho de la Reine de Guadeloupe laisse percevoir cette imbrication entre les activités traditionnelles et les pratiques importées de la métropole, pratiques tout d’abord gymniques : «
Les régates de l’après-midi furent fort intéressantes ; pendant que les nombreux concurrents espaçaient peu à peu leurs blanches voiles en triangle sur le bleu sombre de la mer, depuis l’écumant ‘Paté’ de Terre-de-Bas, des gymnastes équilibraient leurs vivantes pyramides au bord de l’appontement (…) »
[9]. La fête patronale de Saint-François conjugue elle aussi les activités traditionnelles et les activités sportives : «
Les pilotes attentifs tiennent leur barre le poing crispé ; les rameurs se courbent sur les rames et anhèlent… Bientôt sur la grand-route, ce seront courses de chevaux, courses de bicyclette, courses de gamins… »
[10]. Le glissement se fait ici progressivement des activités traditionnelles vers les pyramides gymniques, puis vers les sports. Ces derniers prennent place dans l’espace des fêtes traditionnelles, laissant percevoir un engouement nouveau pour des pratiques comme le football, le cyclisme ou la course à pied. Les sports importés véhiculent l’image de modernité du monde occidental et de la métropole : culte de la performance, respect de l’adversaire, fair-play, morale. Supports d’assimilation aux valeurs de la France, les sports sont porteurs d’une symbolique égalitaire avec la mère patrie. À l’image des prêtres, marins et fonctionnaires métropolitains ou guadeloupéens, tenants de cette modernité, qui, de retour au pays après un séjour en métropole, importent les sports dans la colonie et les introduisent au côté des fêtes traditionnelles qui, progressivement, se transforment.
La création des sociétés sportives catholiques, des boys-scouts, tout comme des scouts de France, prend racine dans les luttes entre les tenants de la laïcité et ceux du catholicisme. Une logique de surenchère semble s’établir entre catholiques et laïques sur une durée de vingt ans. Ainsi, l’Église crée les sociétés sportives catholiques juste avant la Grande Guerre, ce qui entraîne la réaction des laïques avec la création de la Guadeloupéenne et des boys-scouts français. Face à l’engouement des jeunes Guadeloupéens pour le scoutisme, l’Église fonde dans les années 1930 les scouts catholiques, dont l’objectif est de détourner les jeunes du scoutisme laïque. L’éducation de ces derniers relève d’enjeux de pouvoir et de contrôle des masses. Mais cette mise en place répond aussi à la volonté d’importer des valeurs métropolitaines dans un souci de conformité à la mère patrie. Dans cette logique, les sports constituent des moyens de motiver la jeunesse locale. Les organisations de jeunesse participent ainsi à la diffusion des pratiques sportives dans la colonie, pratiques issues de la culture occidentale et importées par des métropolitains. Ces mouvements s’inscrivent dans un contexte métropolitain plus large qui voit se développer dès la fin du XIXe siècle les patronages, le scoutisme et les clubs sportifs. Ils symbolisent une politique de développement de l’éducation extra-scolaire de la jeunesse par le sport, l’éducation physique et le plein air, politique fortement impulsée par l’Église, puis par l’État sous le Front Populaire et le Gouvernement de Vichy.
SOURCES
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Microfilms
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Série continue
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Archives de l’Évêché de Guadeloupe (Basse-Terre)
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Dossier abbé Durand, dossier abbé Dugon.
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Centre des archives d’Outre-Mer (Aix-en-Provence)
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Fond ministériel
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FM Guadeloupe, carton 253, dossier 1520 : Mission d’inspection des Antilles, mission Muller 1932-1933.
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Publications officielles
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CARAN (Paris)
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F 7 / 13214 : Sociétés de gymnastiques, tirs et patronages. 1907-1925.
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LH 2147, dossier 49 : A.J. Pichon.
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Archives de la Fédération Sportive et Culturelle de France (Paris)
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Annuaires fédéraux : 1914 à 1959.
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Procès verbaux du Comité Central : 1935 à 1942.
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Bulletin mensuel de la Commission des Patronages : 1894 à 1902.
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Archives des Éclaireurs et des Éclaireuses de France (Noisy-le-Grand)
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Revues
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Le Chef : 1928 à 1947.
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Le Journal des Éclaireurs : no colonial spécial, août 1931 ; no 18, octobre 1931.
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Le Routier : spécial « Les colonies françaises ». No 46, 47, 48. Juillet-août-septembre 1931.
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Bibliothèque nationale de France (Paris)
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Lara B., Pentier F. 1933-1983 : cinquantenaire de l’Union Sportive Basse-Terrienne. (1984).
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L’œuvre sportive d’Eboué. À l’occasion du centenaire de sa naissance. 1884 – 1984. (1984)
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Mémoires (document personnel manuscrit non daté, non publié. Saint-Claude).
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Entretien avec des anciens membres des Sociétés Sportives : Père Bellenus, G. Gordien, J. Commer, L. Célini, C. Thibault, M. Blombou.
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Prost, A. (1988). Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation. Tome IV, Paris, Labat.
[1]
Lois éducatives de J. Ferry (loi du 16.06.1881 sur la gratuité de l’enseignement ; loi du 28.03.1882 sur l’obligation scolaire de 6 à 13 ans) ; loi du 30.10.1886 interdisant aux prêtres d’exercer des fonctions d’instruction publique sans diplôme ; loi sur le contrôle des congrégations (1901), qui soumet toute ouverture d’école à une autorisation de l’État ; loi sur la liberté d’association (1901) ; enfin loi de séparation de l’Église et de l’État du 9.12.1905.
[2]
Notons que le monde des adultes ne fut pas écarté : « association des chefs de familles » ; « Ligues féminines » ; création d’une caisse de retraite en 1898 ; création de la « société de secours mutuel » en 1908 ; action dans le monde ouvrier ; etc.
[3]
L’Écho de la Reine de Guadeloupe, n
o 57, mai 1925.
[4]
L’Écho de la Reine de Guadeloupe, n
o 57, mai 1925.
[5]
L’Écho de la Reine de Guadeloupe, n
o 169, mars 1937.
[6]
L’Écho de la Reine de Guadeloupe, n
o 2, juillet 1918.
[7]
« L’Union Guadeloupéenne » : section régionale de la Fédération Gymnastique et Sportive des Patronages de France, fondée par l’abbé Dugon en 1937. Les anciens Sonis la nomment « l’Union » ou « l’Ugé ».
[8]
La fédération des Boys-Scouts de France est née en métropole en novembre 1913. La promesse et le serment sont de formulation proche de ceux des Éclaireurs de France, mais les BSF s’affirment résolument français et hostiles à toute prépondérance anglo-saxonne et à toute organisation internationale (François P. et Kergomard P., 1983). Si leur fédération et celle des EDF ne fusionnent qu’en 1964, les BSF guadeloupéens donneront naissance aux EDF dès le milieu des années 1920.
[9]
L’Écho de la Reine de Guadeloupe, n
o 5, octobre 1919.
[10]
L’Écho de la Reine de Guadeloupe, n
o 10, janvier 1921.