2005
Staps
Validation française du Questionnaire de Présélection de l’Optimisme et du Pessimisme de Norem et Cantor
Céline Pérès
Département STAPS de l’Université de Pau et des pays de l’AdourRoute d’Azereix65 000 Tarbes – FRANCE
Paul Fontayne
Centre de Recherche en Sciences du SportBâtiment STAPS 33591405 Orsay Cedex 5 – FRANCE
François Cury
Université de la MéditerranéeFaculté des Sciences du SportCase 910 - 163 avenue de Luminy13009 Marseille – FRANCE
Jean-Pierre Famose
Département STAPS de l’Université de Pau et des pays de l’Adour (site de Tarbes)Route d’Azereix65000 Tarbes – FRANCETél. : 05 62 34 81 69
Les trois études proposées concernent la validation française d’un questionnaire de détection des stratégies du pessimisme défensif et de l’optimisme dans le domaine universitaire, l’Optimism-Pessimism Prescreening Questionnaire (OPPQ). Les pessimistes défensifs abordent les situations d’accomplissement en diminuant de façon injustifiée leurs expectations et en ressassant des possibles résultats négatifs, bien qu’ils aient été performants par le passé. Les optimistes ont des croyances de réussite élevées et évitent la réflexion quant au déroulement de la tâche. Les versions préliminaires (Étude 1), les analyses factorielles exploratoire et confirmatoire (Étude 2) ont été menées auprès d’une population de sportifs français afin de vérifier la consistance interne et la structure bidimensionnelle du questionnaire. De plus, la validité de construit de l’outil a été étudiée dans le domaine de la compétition sportive (Étude 3). Ces travaux confortent la validité du QPOP en langue française.
Mots-clés :
QPOP, optimisme, pessimisme défensif, validation transculturelle, stratégies motivationnelles.
The purpose of the present three studies was to translate and validate in French a questionnaire designed to measure the use of defensive pessimism and optimism strategies in academic situations, the Optimism-Pessimism Prescreening Questionnaire (OPPQ). Defensive pessimists enter achievement situations with unrealistically low expectations and ruminate about possible bad outcomes, even though they have done well in the past. Strategic optimists set high expectations for their performance and avoid thinking about the upcoming task. Preliminary versions (Study 1), exploratory and confirmatory analyses (Study 2) were conducted among French sportsmen in order to verify the internal consistency and the two-factor structure of the questionnaire. In addition, the construct validity (Study 3) of the scale was assessed in the domain of competition in sports. These results support the validity of the OPPQ in French.
Keywords :
QPOP, optimism, defensive pessimism, trans-cultural validation, motivational strategies.
Die drei vorgeschlagenen Studien betreffen die französische Validierung eines Fragebogens, der die Strategien des defensiven Pessimismus und des Optimismus im universitären Bereich misst: das Optimism-Pessimism Prescreening Questionnaire (OPPQ). Die defensiven Pessimisten gehen Aufgabensituationen an, indem sie auf ungerechtfertigte Weise ihre Erwartungen mindern und mögliche negative Resultate immer wieder als Möglichkeit bedenken, obwohl sie in der Vergangenheit leistungsfähig waren. Die Optimisten glauben stark an den Erfolg und vermeiden Überlegungen hinsichtlich des Ablaufes der Aufgabe. Die vorläufigen Versionen (1. Studie), die exploratorischen und konfirmatorischen Faktorenanalysen (2. Studie) wurden mit einer Stichprobe französischer Sportler durchgeführt, um die interne Konsistenz und die zweidimensionale Struktur des Fragebogens zu verifizieren. Außerdem wurde die Konstruktvalidität des Instruments für den Bereich des sportlichen Wettkampfes überprüft (2. Studie). Diese Arbeiten bestätigen die Validität der französischen Version des OPPQ.
Schlagwörter :
OPPQ, Optimismus, defensiver Pessimismus, transkulturelle Validierung, Motivationsstrategien.
I tre studi proposti riguardano la validazione francese di un questionario di individuazione delle strategie del pessimismo difensivo e dell’ottimismo nell’ambito universitario, l’Optimism-Pessimism Prescreening Questionnaire (OPPQ). I pessimisti difensivi affrontano le situazioni di realizzazione diminuendo in modo ingiustificato le loro aspettative e rimuginando i possibili risultati negativi, sebbene siano stati competitivi in passato. Gli ottimisti hanno delle credenze elevate di riuscita ed evitano la riflessione quanto allo svolgimento del compito. Le versioni preliminari (Studio 1), le analisi fattoriali esploratoria e confermatoria (Studio 2) sono state condotte presso una popolazione di sportivi francesi allo scopo di verificare la consistenza interna e la struttura bidimensionale del questionario. Inoltre, la validità di costruzione dello strumento è stata studiata nell’ambio della competizione sportiva (Studio 3). Questi lavori confortano la validità del QPOP in lingua francese.
Parole chiave :
ottimismo, pessimismo difensivo, QPOP, strategie motivazionali, validazione transculturale.
Los tres estudios propuestos conciernen la validación francesa de un cuestionario de detección de las estrategias del pesimismo defensivo y del optimismo en el dominio universitario, el Optimism-Pessimism Prescreening Questionnaire (OPPQ). Los pesimistas defensivos abordan las situaciones de cumplimiento disminuyendo de manera injustificada sus expectaciones y dando vueltas posibles resultados negativos, aunque hayan sido competitivos en el pasado. Los optimistas tienen creencias de éxito elevadas y evitan la reflexión en cuanto al desarrollo de una tarea. Las versiones preliminares (Estudio 1), los análisis factoriales exploratorios y confirmatorios (Estudio 2) han sido llevadas a cabo a una población de deportistas franceses con el fin de verificar la consistencia interna y la estructura en el dominio de la competición deportiva (Estudio 3). Estos trabajos confortan la validez del CPOP en lengua francesa.
Palabras claves :
CPOP, optimismo, pesimismo defensivo, validación transcultural, estrategias motivacionales.
L’agencement des divers facteurs, tant personnels que situationnels, rencontrés lorsque l’on est confronté à un événement, entraînerait la mise en place de stratégies motivationnelles, par l’interprétation de la situation et la planification d’une action adéquate. Il s’agit d’ensembles comportementaux associés à l’évaluation, la planification, la perception des affects et leur gestion, l’effort et la rétrospection lors d’une tâche particulière (Norem & Illingworth, 1993 ; Sanna, 1998). L’orientation stratégique va alors varier en fonction de l’intensité de la menace perçue ou de l’importance accordée à la situation. Elle trouve son origine dans la valeur d’atteinte de la tâche. La stratégie adoptée n’aura donc pas toujours comme conséquence la réussite (Famose, 1996).
Ce travail s’intéresse à deux stratégies motivationnelles particulières permettant de gérer efficacement les situations d’accomplissement. L’une, le pessimisme défensif (Norem & Cantor, 1986a ; 1986b), est utilisée lorsque la crainte de l’échec est forte mais l’envie de réussir importante. S’apparentant aux stratégies d’autohandicap par l’anxiété ressentie (Jones & Berglas, 1978 ; Tice & Baumester, 1990), elle permet d’exploiter les affects négatifs, par la quantité d’effort fourni.
L’aspect défensif de cette stratégie provient de la contradiction entre les réussites passées et les basses attentes quant au succès (Thompson & Le Fevre, 1999). Elle sert donc deux buts fondamentaux : 1) se protéger contre un échec éventuel, en s’y préparant, et 2) se motiver en augmentant l’effort afin de réussir la tâche et augmenter le plaisir d’avoir bien fait (Showers & Ruben, 1990). Ainsi, anxiété et faible confiance en soi ne s’apparentent pas, comme c’est souvent le cas, à une contre-performance (Weinberg & Gould, 1997), et sont considérées comme des déclencheurs motivationnels (Thompson & Le Fevre, 1999). Elles sont donc contrôlées, passant de l’état de frein à celui de force motivationnelle, par l’augmentation de l’attention consécutive à la diminution des croyances de réussite.
À l’inverse, la stratégie de l’optimisme (Norem & Cantor, 1986a ; 1986b) est utilisée par des individus dont la confiance en soi est élevée, l’anxiété faible et qui rejettent toute possibilité d’échec. Le résultat est souvent associé à un sentiment de contrôle et la perception qu’ils ont de leurs capacités est assez proche de la réalité. L’échec serait imputé à des causes externes afin de protéger l’estime de soi (Norem, 2000).
Les pessimistes défensifs
[1] sont plus performants dans les situations nécessitant une mise à l’épreuve de leurs compétences (Norem & Illingworth, 1993 ; Thompson & Le Fevre, 1999 ; Spencer & Norem, 1996). Il en est de même pour les optimistes, tant que rien ne vient directement les contraindre à se remettre en question. Ainsi, Taylor et Brown (1988) ont suggéré que l’optimisme s’apparente à une modification des informations négatives. Tant que rien ne vient contrarier l’image qu’il a de lui-même, l’optimiste ne cherchera pas à s’interroger sur le déroulement de la tâche, sa confiance en ses capacités le protégeant des affects négatifs. Cette stratégie motivationnelle d’évitement des informations négatives a pour but de protéger une estime de soi parfois surévaluée en évitant toute réflexion (Norem & Illingworth, 1993).
Nous proposons une validation transculturelle adaptée au domaine sportif du questionnaire de présélection de l’optimisme et du pessimisme défensif (OPPQ ; Norem & Cantor, 1986a) utilisé pour le domaine universitaire. Cet outil devrait permettre de mieux cerner les orientations stratégiques des sportifs face à la compétition mais aussi à l’anxiété. Car les affects négatifs n’induisent pas forcément un mauvais résultat et certains individus, en supposant l’éventualité d’un échec, se protègent voire se motivent. D’autres, au contraire, évitent toute anticipation, sont confiants et se protègeront après coup en cas d’insuccès.
L’OPPQ se compose de neuf affirmations relatives aux études suivant une échelle en 11 points. Un score d’optimisme-pessimisme s’obtient en soustrayant la somme des items pessimistes (1, 4, 6, et 8) à celle des items optimistes (2, 5, 7, et 9). L’item 3, relatif à l’évaluation subjective du succès, est décisif dans la détection des deux stratégies puisque seuls sont retenus les individus reconnaissant leur réussite après coup. Il n’entre pas dans les calculs du score.
La validation de l’instrument s’est déroulée selon cinq des sept étapes édictées par Vallerand (1989) afin de valider des outils anglophones en langue française : création d’une version préliminaire, évaluation de la version préliminaire, et vérification de la clarté des items par rapport à la population cible (Étude 1), calcul de la consistance interne et de la fidélité de l’outil (Étude 2), évaluation de la validité de « construit » de l’instrument (Étude 3)
[2].
Cette étude avait pour but l’élaboration d’une version préliminaire en langue française de l’Optimism-Pessimism Prescreening Questionnaire (OPPQ) de Norem et Cantor (1986a) adaptée au milieu sportif. Elle a été soumise à la procédure dite de traduction inversée (Brislin, 1986), puis nous avons pu procéder à l’évaluation de la clarté des items.
1.1. Méthode
Le questionnaire a été traduit par deux experts en langue anglaise. Ensuite, cette version préliminaire a été présentée à un troisième expert ne connaissant pas la version originale, afin qu’il la retranscrive dans la langue d’origine. Chaque expert, professeur d’anglais né en Angleterre, a été choisi pour sa pratique d’un sport de compétition. Une fois la traduction inversée réalisée, un comité composé de sportifs, de chercheurs en psychologie du sport et de sportifs bilingues, a jugé de la clarté et de la conformité de l’outil au milieu de la compétition.
Cette version préliminaire comprend neuf items relatifs au sport de compétition et non plus au domaine universitaire. Les réponses s’évaluent sur une échelle de type Likert allant de 1 = « aucun rapport avec moi » à 11 = « tout à fait moi ». Conformément à l’OPPQ, l’item 3 « Jusqu’à présent, j’ai généralement bien réussi mes compétitions » permet de sélectionner les sportifs qui considèrent avoir une expérience passée favorable. Il n’entre donc pas en compte dans les analyses statistiques.
1.2. Résultats et discussion
Les participants, sélectionnés pour leur pratique d’un sport de compétition, n’ont pas rencontré de difficultés pour répondre à cette version préliminaire. Après présentation de l’outil, certains items ont été jugés peu représentatifs des sentiments caractérisant respectivement le pessimisme et l’optimisme, pessimistes et optimistes pouvant éprouver du soulagement ou de la joie suivant le type de situation abordée. Enfin, de nombreux sportifs ont été gênés par l’amplitude de l’échelle proposée (de 1 à 11).
Une analyse factorielle exploratoire a confirmé ce qu’ont exprimé les sportifs interrogés en révélant trois facteurs distincts au lieu des deux escomptés. Après remaniements, un échantillon de vingt affirmations concernant les pôles optimistes et pessimistes, consécutives aux débriefings et validées par des psychologues du sport, a été présenté à 37 sportifs de haut niveau. Une réunion de type comité a permis de créer, par analyse en composantes principales, un Questionnaire de Présélection de l’Optimisme et du Pessimisme (QPOP), composé de 13 items (6 optimistes, 6 pessimistes). Le dernier, « Jusqu’à présent, j’ai généralement bien réussi mes compétitions », correspond à l’évaluation subjective de l’expérience passée (item 3 de la version anglaise). Une échelle de 1 = « pas du tout mon cas », à 6 = « tout à fait mon cas » a été substituée à l’échelle de 1 à 11 afin de faciliter la spontanéité des réponses, en tenant compte des observations des auteurs (Norem & Illingworth, 1993).
Cette deuxième étude a été menée afin de vérifier la structure factorielle du QPOP avec un nouvel échantillon de sportifs de compétition. Alors que la structure bidimensionnelle de la version d’origine ne semble soutenue que par une analyse factorielle exploratoire (Norem & Cantor, 1986a ; Norem, 2000), celle-ci a été complétée par une analyse factorielle confirmatoire (ACP). Dans le but de savoir si le QPOP pouvait être appliqué à des populations d’âge différent (les stratégies motivationnelles pouvant être modifiées en fonction de l’évolution du sportif), une analyse sur groupes multiples a aussi été réalisée.
2.1. L’analyse factorielle exploratoire
Elle a été conduite à partir des réponses de 620 participants (moyenne d’âge = 18-13 ans ; ET = 4.68 ans). Présumant d’une corrélation forte et négative entre les deux facteurs attendus (i.e., les deux sous-échelles optimiste et pessimiste), la rotation Oblimin a été utilisée.
L’ACP a mis en évidence deux facteurs sur lesquels se répartissent favorablement les 12 items correspondant aux pôles optimiste et pessimiste (l’item 13 n’entrant pas dans l’analyse). Chaque facteur explique respectivement 38,1 % et 12,8 % de la variance (cf. tableau 1). D’une valeur propre supérieure à 1, ils peuvent tous deux être retenus (Kaiser, 1960).
Tableau 1
Résultats de l’Analyse en Composantes Principales (Rotation Oblimin)
Items Facteur 1 Pessimisme Facteur 2 Optimisme 1 j’espère être le plus performant possible .14 .75 3 je crois en mes chances de réussite -.18 .64 5 j’espère toujours le meilleur de cette compétition .28 .85 7 j’imagine souvent que ma performance sera bonne -.04 .70 9 j’ai un moral de gagneur -.20 .64 11 je pense toujours que je vais bien m’en sortir -.18 .51 2 je crains toujours le pire .74 .00 4 je me sens vraiment anxieux .72 .04 6 je pense surtout à la possibilité d’échouer .69 -.14 8 je pense souvent que je ne suis pas prêt pour réussir .61 -.08 10 j’ai peur de ne pas être assez performant .77 .04 12 j’imagine souvent ce qui se passerait si je devais échouer .70 .14 Valeurs propres 4.78 1.54 % de variance expliquée 38.1 12.8 Alpha de Cronbach .80 .79 Corrélation inter facteurs Facteur 1 Facteur 2 Facteurs 2 -.50 - Note : la numérotation des items correspond à leur ordre de présentation dans le questionnaire.
Figure 1
Modèle de régression structurelle (coefficients standardisés et résidus) de l’organisation hiérarchique du QPOP. Les flèches traduisent les hypothèses liant les différentes variables. Les « λ » symbolisent les relations entre les scores et les facteurs, et « Φ », la corrélation entre les facteurs
Note : Les coefficients de pistes causales sont tous significatifs à p < .01.
La consistance interne est satisfaisante pour les deux sous-échelles, respectivement α = .80 pour la sous-échelle pessimisme et .79 pour la sous-échelle optimisme.
2.2. L’analyse factorielle confirmatoire
Celle-ci a été conduite à partir des réponses d’un nouvel échantillon de 400 participants (moyenne d’âge = 19.40 ans ; ET = 4.26 ans), dont 200 participants adultes (moyenne d’âge = 22.42 ans ; ET = 2.91 ans) et 200 participants collégiens et lycéens (moyenne d’âge = 13.37 ans ; ET = 1.12 ans).
Afin d’évaluer la validité du modèle proposé, plusieurs indices d’ajustement ont été utilisés : le χ2, indicateur du niveau de correspondance entre une structure factorielle proposée et les données collectées (Marsh, Balla & McDonald, 1988), le Goodness-of-Fit Index (GFI ; Jöreskog & Sörbom, 1993), le Comparative Fit Index (CFI ; Bentler, 1990), et le Tucker-Lewis Index (TLI ; McDonald & Marsh, 1990). Une règle empirique communément acceptée consiste à considérer le modèle comme correct quand ces indices sont supérieurs ou égaux à .90. Le Root Mean Square Residual (RMSR ; Rupp & Segall, 1989), mesure de la moyenne des variances et covariances résiduelles, a aussi été calculé. Selon les auteurs, une valeur comprise entre .05 et .1 reste correcte.
Pour l’ensemble des participants, les indices d’ajustement confirment la structure bidimensionnelle du modèle : χ2 (53) = 103.30, p < .001, GFI = .96, TLI = .90, CFI = .91 et RMSR = .07 (cf. figure 1).
L’AFC menée sur la population « jeunes » indique une adéquation satisfaisante entre les données et le modèle proposé : χ2 (53) = 103.52, p < .001, GFI = .94, TLI = .90, CFI = .91 et RMSR = .08. Les mêmes remarques peuvent être faites concernant le groupe « adultes » : χ2 (53) = 111.84, p < .001, GFI = .94, TLI = .89, CFI = .90 et RMSR = .10. Les résultats de l’analyse sur groupes multiples indiquent qu’il n’existe pas de différence significative entre ces deux groupes concernant les différents paramètres (i.e., structure factorielle, coefficients de pistes causales, corrélations, variances et covariances, variances résiduelles) du modèle : c2 (131) = 149.36, p < .001, GFI = .92, TLI = .89, CFI = .90 et RMSR = .10.
Dans leur ensemble, les résultats attestent d’une validité de construit satisfaisante de l’outil destiné tant à des adolescents qu’à des sportifs adultes (cf. tableau 2).
Tableau 2
Questionnaire de présélection des optimistes et des pessimistes (QPOP)
Sexe: M F Date de naissance : Sport pratiqué : Terminez la phrase suivante avec les informations qui semblent les plus justes, en n’entourant qu’un seul chiffre par phrase, soit de : 1 2 3 4 5 6 Pas du tout mon cas Très peu mon cas Un peu mon cas Assez mon cas Presque mon cas Tout à fait mon cas Lorsque je me présente à une compétition… • …j’espère être le plus performant possible 1 2 3 4 5 6 • …je crains toujours le pire 1 2 3 4 5 6 • …je crois en mes chances de réussite 1 2 3 4 5 6 • …je me sens vraiment anxieux 1 2 3 4 5 6
• …j’espère toujours le meilleur de cette compétition 1 2 3 4 5 6 • …je pense surtout à la possibilité d’échouer 1 2 3 4 5 6 • …j’imagine souvent que ma performance sera bonne 1 2 3 4 5 6 • …je pense souvent que je ne suis pas prêt pour réussir 1 2 3 4 5 6
• …j’ai un moral de gagneur 1 2 3 4 5 6 • …j’ai peur de ne pas être assez performant 1 2 3 4 5 6 • …je pense toujours que je vais bien m’en sortir 1 2 3 4 5 6 • …j’imagine souvent ce qui se passerait si je devais échouer 1 2 3 4 5 6 • Jusqu’à présent, j’ai généralement bien réussi mes competitions 1 2 3 4 5 6
Le QPOP se compose donc d’un pôle optimiste (items 1, 3, 5, 7, 9, et 11) et d’un pôle pessimiste (items 2, 4, 6, 8, 10, et 12), l’item 13 permettant d’apprécier la reconnaissance de la réussite passée. Les participants obtiennent un score d’« optimisme-pessimisme » en soustrayant la somme des items optimistes à la somme des items pessimistes.
Conformément à la littérature (Norem & Cantor, 1986a), les stratégies motivationnelles ont été déterminées par le calcul des premier et troisième quartiles de la distribution de 807 sportifs (400 hommes et 407 femmes). Le groupe optimiste se situe donc dans une catégorie de points allant de 20 à 30 (N = 124) avec une réponse à l’item 13 de 5 « presque mon cas » ou 6 « tout à fait mon cas ». Les pessimistes défensifs (N = 36) auront le même type de réponse pour l’item 13, mais un score d’optimisme-pessimisme compris entre -1 et -30.
Les résultats des deux études précédentes confirment l’adéquation de la structure du QPOP avec celle de la version d’origine malgré les modifications que nous avons dues apporter. Néanmoins, réaliser une validation transculturelle suppose de vérifier la validité de construit du QPOP par une analyse des effets ou corrélats du construit psychologique. Cette analyse s’impose d’autant plus que le QPOP se compose de 13 items au lieu de 9, que l’échelle des réponses a été réduite de 11 à 6 et que le contexte de passation n’est plus le milieu universitaire mais le sport de compétition. Il s’agira de montrer que les individus se comportent conformément à la théorie développée par Norem et Cantor (1986a ; 1986b) : les pessimistes défensifs devraient présenter une anxiété plus élevée et une confiance en soi plus faible que les optimistes sans que cela ne nuise à leur performance.
3.1. Méthode
Dix-huit participants [(14 hommes et 4 femmes ; âge moyen de 23.06 ans (ET = 5.65 ans)] ont été sélectionnés à partir de leur score au QPOP, soit 10 optimistes et 8 pessimistes défensifs. Partant du postulat que la compétition faciliterait la mise en place des deux stratégies, un mini-tournoi de Quilles de six a été organisé
[3]. Ce choix s’explique par le fait que ces stratégies soient le plus souvent utilisées lorsque la tâche est nouvelle ou que le résultat est incertain (Norem, 2000).
Après démonstration et trois jets d’essai, chaque participant a participé aléatoirement à une première série de trois jeux (3 x 3 lancers). Chaque quille tombée équivalait à un point et chaque jeu réussi (une seule quille restante sur six) huit points. Le premier tour terminé et les résultats annoncés, une seconde série de trois jeux a été réalisée. Afin de contrôler le recours à une stratégie de visualisation mentale ou tout autre type d’entraînement, deux fiches d’anagrammes ont été présentées aux participants entre les deux séries, avec la consigne que toute fiche non remplie entraînerait l’élimination du tournoi (ce qui a été vérifié avant l’analyse des résultats).
Les états d’anxiété et de confiance en soi ont été appréciés par l’Échelle d’État d’Anxiété en Compétition (Cury, Sarrazin, Pérès & Famose, 1999), présentée entre les deux séries de jeux. Ce questionnaire, validation française du CSAI-2 (Martens, Vealey & Burton, 1990), se compose de trois sous-échelles mesurant les états d’anxiété somatique (α = .75), cognitive (α = .86) et de confiance en soi (α = .86) en compétition sur une échelle allant de 1 « pas du tout » à 4 « beaucoup ».
3.2. Résultats et discussion
Les analyses ont révélé que les pessimistes défensifs affichent une anxiété plus élevée [t(10,8) = -5.30, p < .0001] et une confiance en soi plus basse [t(10,8) = 3.90, p < .002] que les optimistes (cf. figure 2). Cette tendance est retrouvée pour l’anxiété somatique (t(10,8) = -2.04, p < .06), mais les optimistes peuvent reconnaître une certaine activation, l’aspect physiologique de l’anxiété renvoyant à cette notion (Le Scanff, Hardy & Larue, 1999).
Figure 2
Moyenne des utilisateurs des stratégies optimisme et pessimisme défensif concernant leurs états d’anxiété et de confiance en soi et les scores obtenus lors des deux séries de trois jeux
Les participants présélectionnés par le QPOP semblent donc s’être comportés conformément aux prédictions théoriques puisque les pessimistes défensifs affichent une anxiété élevée et une confiance en soi plus faible que les optimistes. Cela malgré des résultats identiques [score moyen = 11.40 (ET = 5.30) pour les optimistes et 12.13 (ET = 2.80) pour les pessimistes défensifs] lors de la première série de trois jeux [t(10,8) = -.35, ns].
La comparaison des résultats obtenus lors de la seconde série de trois jeux [score moyen = 12.10 (ET = 4.04) pour les optimistes et 14.88 (ET = 4.94) pour les pessimistes défensifs] offre un support supplémentaire à la validité de construit du QPOP. En effet, la stratégie du pessimisme défensif semble avoir correctement fonctionné puisque nous ne trouvons pas de différence avec l’optimisme et ce malgré les affects négatifs [t(10,8) = -1.31, ns].
Au regard des scores moyens (cf. figure 2), les pessimistes défensifs semblent même avoir progressé entre les deux séries (12.13 vs 14.88) contrairement aux optimistes (11.40 vs 12.10). Les analyses menées en ce sens ne confirment pas ces impressions [t (7) = -1.68, ns pour les pessimistes défensifs et t(9) = -.34, ns pour les optimistes]. Mais les tests post hoc de Fisher (LSD) montrent des différences entre les jeux des pessimistes défensifs, notamment pour le premier jeu de la série 1 (score moyen = 3.63, ET = .71) et le dernier jeu de la série 2 (score moyen = 5.88, ET = .90 ; p < .04), ce qui n’est pas le cas pour les optimistes.
Ces résultats supportent l’idée selon laquelle les pessimistes défensifs utilisent leur anxiété, en accentuant leur attention sur la tâche à accomplir et leur effort. Les optimistes, au contraire, semblent se contenter de leur assurance, ce qui aurait parfois tendance à les desservir (Norem, 2000).
Ces études ont été entreprises afin de valider l’Optimism-Pessimism Prescreening Questionnaire de Norem et Cantor (1986a) en langue française et pour le domaine du sport de compétition. Les résultats, fondés sur les principes de validation transculturelle de Vallerand (1989), ont révélé un outil aux qualités psychométriques satisfaisantes et s’accordant avec la version anglaise. Dans sa version définitive, le Questionnaire de Présélection de l’Optimisme et du Pessimisme (QPOP) se compose de deux sous-échelles, optimiste et pessimiste, comprenant chacune 6 items, le dernier item (item 13) permettant de contrôler la représentation subjective de l’expérience passée (cf. tableau 1).
La validité de construit du questionnaire a été attestée par des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, et des corrélats de construit conformes à la théorie. Ainsi, les résultats obtenus lors des deux premières études indiquent et supportent la structure bidimensionnelle du QPOP, que ce soit pour une population de sportifs enfants ou adultes. L’utilisation de l’instrument dans l’étude 3 a permis de reproduire des données extraites de la littérature. Les résultats montrent une adéquation entre les deux stratégies mises en évidence par le questionnaire, à savoir le pessimisme défensif et la stratégie de l’optimisme. Si les pessimistes défensifs reconnaissent une anxiété élevée et une faible confiance en soi, cela ne semble en rien gêner leur performance au regard de celle des optimistes (Norem, 2000).
Ces études semblent donc démontrer les propriétés psychométriques du QPOP qui pourraient en faire un outil très pertinent pour les recherches futures dans le domaine du sport de compétition. Moins connues et étudiées que les stratégies d’autohandicap (Jones & Berglas, 1978 ; Tice & Baumester, 1990), les stratégies de l’optimisme et du pessimisme défensif ont l’avantage de favoriser la réussite, qu’il y ait ou non manifestation d’anxiété. Or, si ces stratégies se trouvent être utilisées par des sportifs de haut niveau, leur détection pourrait peut-être éviter l’échec de certaines techniques de préparation mentale. En effet, les pessimistes défensifs ont besoin des affects négatifs et de l’anticipation pour renforcer leur attention. Prévoir le déroulement de la compétition serait au contraire néfaste pour les optimistes, la réflexion ne s’accordant pas avec leur stratégie (Norem, 2000). Détecter ces stratégies serait donc une aide précieuse pour la préparation à la compétition de certains athlètes qui pourraient, à première vue, sembler trop anxieux ou trop confiants.
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[1]
Nous appellerons pessimistes défensifs et optimistes les individus susceptibles d’utiliser ces stratégies motivationnelles.
[2]
L’aspect situationnel des stratégies rend obsolète la mesure de la stabilité temporelle de l’outil et l’établissement de normes n’a pas été réalisé dans la littérature anglo-saxonne.
[3]
Fédéré à la Fédération Française de Bowling et de Sport de Quilles, ce sport est normé et adapté pour tous les âges. Il consiste, avec l’aide de 3 billons (haltères en bois de 1 kg 200), à faire tomber 5 quilles sur six.