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no 70 2005/4

2005 Staps

Rapport de colloque : Fußball in Geschichte und Gesellschaft (Le football dans l’histoire et dans la société), 29 septembre – 1er octobre 2004 à Münster (Allemagne)

André Gounot Équipe d’accueil en sciences du sport,Université Marc Bloch, Strasbourg
Organisé conjointement par les sections d’histoire et de sociologie du sport, membres de la Deutsche Vereinigung für Sportwissenschaft (l’association qui regroupe les différentes composantes des sciences du sport en Allemagne), et sous la direction de D. Jütting, M. Krüger et B. Schulze, ce colloque a été innovateur sous deux aspects : d’une part, il a introduit une ouverture disciplinaire, d’autre part il s’est constitué autour d’un thème précis et restreint. Ceci explique le nombre relativement faible de communications (25), alors que 70 participants se sont rendus à Münster (Westphalie), troisième ville universitaire d’Allemagne.
Le choix du football comme objet d’analyse ne s’explique pas seulement par le contexte de préparation de la Coupe du monde de football en 2006 en Allemagne. Plus particulièrement, le pays a célébré le cinquantenaire de la première victoire de son équipe nationale lors d’un Mundial, celui de 1954 en Suisse. Ce succès mythique, souvent évoqué en termes de « miracle de Berne », a largement contribué à donner au football sa dimension de sport national à caractère fortement identitaire comme l’a souligné F.-J. Brüggemeier, historien à l’Université de Fribourg (Brisgau), dans sa conférence inaugurale. Par contre, attribuer à la finale de Berne (où l’outsider allemand a battu la « dream team » d’Hongrie par 3 : 2 après avoir été mené 2 : 0) la signification d’un « acte fondateur » de la République fédérale d’Allemagne comme l’ont fait certains journalistes et même des historiens à partir des années 1980, relève bien de la construction mythologique. C’est aussi un reflet de l’immense place qu’occupe le football aujourd’hui dans la société allemande, et ainsi d’une pensée ahistorique qui confond présent et passé. En réalité, selon Brüggemeier, l’événement footballistique a marqué les esprits pendant quelques jours en cette année 1954 synonyme de reprise économique, mais ne peut bien entendu pas être comparé aux effets qu’a eu le « Wirtschaftswunder » sur les mentalités en Allemagne. On peut déduire des remarques de Brüggemeier une hypothèse quelque peu provocatrice : l’importance de la finale de Berne se situerait plus par rapport à l’histoire universelle des médias (c’était la première finale de coupe du monde retransmise en direct à la télévision) que dans le cadre de l’histoire nationale de la RFA.
Deux autres communications consacrées au Mundial de 1954 (U. Kalinowski sur les présentations de l’événement dans la presse ouest-allemande et A. Gounot sur le parcours de l’équipe allemande à travers les reportages dans des journaux sportifs français et suisses) ont approfondi la réflexion sur les liaisons entre football, presse et mémoire collective.
La deuxième conférence principale, présentée par Ch. Eisenberg, a donné un aperçu des travaux menés pour le livre FIFA 1904-2004. 100 Jahre Weltfußball qui vient d’être publié en de nombreuses langues à l’occasion du centenaire de la FIFA. L’historienne de la Humboldt-Universität de Berlin a notamment insisté sur le respect dont a témoigné la FIFA à l’égard de l’indépendance scientifique des chercheurs impliqués dans le projet.
À part la Coupe du monde de 1954, le football sous le régime socialiste de la RDA a constitué un autre axe fort de ce colloque pour ce qui concerne les contributions d’histoire. Les communications proposées par les membres de l’Institut d’histoire du sport du temps présent à l’Université de Potsdam (dirigé par H.­J. Teichler) ont offert une vision nuancée, tenant compte à la fois des pratiques « au quotidien » et des enjeux politiques. Ainsi, U. Klaedtke a dégagé dans quelle mesure l’itinéraire de l’équipe première de football de « Stahl Brandenburg » (un club d’entreprise) relevait de l’utilisation intelligente de quelques espaces de liberté à l’intérieur d’un régime autoritaire. R. Wiese a montré comment les réseaux de supporters de Hertha BSC (club ouest-berlinois jouant dans la Bundesliga) ont pu réaliser des « coups francs » et des « une-deux » au-dessus du mur infranchissable de Berlin et ainsi contribuer au maintien de certaines relations germano-allemandes. Celles-ci ont en effet souvent été conflictuelles dans le sport, notamment à partir du moment où la définition légitime du rôle de Berlin-Ouest (ville considérée comme appartenant à la RFA par le gouvernement ouest-allemand mais ayant eu dans les faits un statut spécial auquel se sont toujours référées les autorités de la RDA) était en jeu. C’est bien pour des raisons de politique sportive à l’égard de la RDA, et sans l’aval du gouvernement ouest-allemand comme l’a précisé J. Braun, que le Deutscher Fußball-Bund (Union allemande de football) a encore renoncé pour les Championnats d’Europe en 1988 à faire disputer un match à Berlin-Ouest. La communication de H.-J. Teichler, retraçant les résistances des sportifs lors de la phase initiale de restructuration du système sportif, a une nouvelle fois témoigné de l’avancement des recherches sur le sport et les sportifs en RDA, thème qui occupe aujourd’hui une place dominante dans l’historiographie du sport allemande.
Les contributions sociologiques ont orienté les débats vers les différentes manières de concevoir le football et d’y jouer, et vers les effets que le processus de mondialisation peut avoir sur les différentes cultures footballistiques. Alors que quelques intervenants se sont penchés sur des aspects économiques du football professionnel (à noter surtout la comparaison entre l’Allemagne et l’Angleterre proposée par A.W. Bühler), B. Schulze a présenté les premiers résultats d’une enquête sur les motivations et le fonctionnement des bénévoles dans le milieu du football amateur. Différents aspects du football de haut niveau ont donné lieu à des analyses originales, entre autres sur l’interaction entre entraîneurs et athlètes et sur les structures établies en faveur de l’éclosion de jeunes talents (M. Schilling, K. Cachay, A. Thiel et d’autres intervenants ; par définition, il était impossible d’assister à toutes les sessions parallèles). Le football de base n’a pas été négligé pour autant ; ainsi, à tire d’exemples, le football de rue (V. Borkovics) et les manières de jouer et de s’investir des footballeurs de plus de 40 ans ont été sujets de communications.
Le football féminin a notamment été abordé par rapport à des interrogations sur les effets et l’utilité de la coéducation sportive (G. Sobiech, U. Burrmann, T. Nobis). L’approche de la sociologie des organisations a été utilisée dans la communication de T. Wojciechowski sur le degré d’influence de fédérations sportives nationales dans un champ sportif qui s’internationalise.
N’ayant pas dû affronter un nombre surabondant de communications, les participants ont pu contribuer d’autant plus aisément aux nombreux débats et aux échanges particulièrement intéressants entre sociologues et historiens. L’expérience de rencontre interdisciplinaire mérite dans tous les cas d’être renouvelée. On peut toutefois regretter que la presque totalité des contributions se sont cantonnées dans un seul espace national – ou, pour l’époque de 1949 à 1990, dans deux espaces géopolitiques, ceux des deux Allemagnes.
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