2005
Staps
Note bibliographique
Culture hip-hop, jeunes des cités et politiques publiques, Sylvia Faure et Marie-Carmen Garcia, La Dispute, 2005
Christine Mennesson
L’ouvrage de Sylvia Faure et Marie-Carmen Garcia traite avec pertinence de la question centrale des politiques publiques et de leurs effets sociaux dans le domaine des activités culturelles, physiques et sportives. À partir de l’exemple du hip-hop, les auteurs mettent en évidence la tension existant entre une volonté de soutien institutionnel et un souci de contrôle de pratiquants majoritairement jeunes et issus des milieux populaires. Menée dans différentes configurations d’enseignement et/ou de pratique de l’activité (école, collèges, MJC, stages d’experts, pratique informelle), l’enquête analyse dans un premier temps le processus d’institutionnalisation de la pratique hip-hop conduisant à une « culture cultivée de rue ». Ce processus s’inscrit dans la construction progressive d’un « problème des banlieues », les jeunes des quartiers populaires devenant la cible privilégiée des dispositifs institutionnels. La reconnaissance progressive du hip-hop par le champ chorégraphique implique l’invention d’une politique des corps qui produit des classements entre les différentes formes de pratique, opposant la logique de création, soutenue par les institutions, à la logique de compétition (les « battles »), plus discréditée d’un point de vue institutionnel.
De ce fait, un conflit de valeurs et de génération oppose les pratiquants n’appartenant pas aux catégories les plus précarisées, qui acceptent de s’engager dans un mode de socialisation institutionnel (proche de la forme scolaire de socialisation) et de réaliser un travail chorégraphique, à ceux, plus démunis, qui résistent à cette forme d’apprentissage discréditant leur conception de la pratique. Les dispositions corporelles et mentales engagées dans la pratique hip-hop s’avèrent en effet très différentes selon le contexte de pratique, informel entre pairs ou en institution. Dans ce contexte, l’objectif des différentes actions et dispositifs vise à institutionnaliser les groupes de pratique informelle pour mieux les contrôler. En travaillant sur les corps, les institutions en viennent en fait à transformer les dispositions sociales populaires des pratiquants en tentant de leur inculquer à la fois un « esprit entrepreneurial » et un sens de la réalité sociale les conduisant à formuler des projets compatibles avec leur « destin » social.
Par ailleurs, l’opposition entre les deux formes de pratique ne renvoie pas uniquement à des oppositions sociales, elle cristallise également des distinctions de genre, la chorégraphie et le travail debout renvoyant plutôt au féminin, la compétition et le travail acrobatique au sol au masculin. Cette bipartition de la pratique s’observe également dans les lieux de pratique, l’espace public étant monopolisé par les garçons. La féminisation du hip-hop, consécutive à son institutionnalisation, implique rarement une réelle mixité. Les auteurs montrent plutôt un renforcement de la domination masculine qui ne pèse pas uniquement sur les filles, mises à l’écart, mais aussi sur une partie des garçons d’origine populaire, qui s’écartent du marché dominant soutenu institutionnellement.
Comme on peut le constater, la question traitée par les auteurs dépasse largement le cadre du hip-hop et présente un intérêt certain pour les différents acteurs du champ des STAPS. L’ouvrage de Sylvia Faure et Marie-Carmen Garcia permet en effet de questionner les catégories d’action et de pensée qui structurent les politiques culturelles et sportives envers les jeunes. Leur analyse apporte ainsi une contribution essentielle aux réflexions sur le thème de la socialisation par le sport.