Vous consultezLe dropout provoqué par le dopage : comment le sport de haut niveau provoque une tendance autodestructrice
Essenheimer Str. 16 D–55128 Mainz
tél. (00) (49) 6131-584785,e-mail : A.Singler@gmx.dePädagogische Hochschule Heidelberg, Abtlg. Für Sportwissenschaft/Sportdidaktik
Adresse professionelle : Im Neuenheimer Feld 720
D–69120 Heidelberg
tél. (00) (49) 6221-477607,e-mail : treutlein@ph-heidelberg.deContributionTraduction de l’allemand de
Gerhard Treutlein du même auteur
1 - Introduction
Durant les décennies passées, les sciences du sport ont produit quelques efforts pour élucider le phénomène du dropout , le retrait d’athlètes du sport de compétition[1] [1] Littéralement le « dropout » signifie l’éjection...
suite. Cette perte d’athlètes nuit surtout au sport de haut niveau qui peut seulement puiser dans un réservoir restreint d’athlètes doués. Les causes du dropout ont été décrites comme multiples et complexes, mais elles peuvent favoriser la décision du dropout (Bussmann, 1997).
2 Assez souvent dans des discussions non scientifiques sont citées des raisons sociales menant au retrait de sportifs. Les jeunes se verraient confrontés avec une offre de plus en plus différenciée pour l’organisation de leurs loisirs aussi bien dans le domaine du sport que dans les domaines extrasportifs. Ou encore : les jeunes aimeraient de moins en moins l’effort physique ; de plus, la disposition des jeunes pour un engagement de longue durée diminuerait énormément, etc.
3 En outre, les travaux scientifiques expliquent que la poursuite d’une carrière de sportif de haut niveau s’oppose assez souvent à une formation professionnelle (par ex. Bette et al., 2002). On en donne en plus comme l’une des raisons le difficile passage de juniors doués au niveau des meilleurs athlètes. La différence de performances[2] [2] Dire que des performances sont provoquées par le dopage...
suite entre le sport de haut niveau des juniors et celui des adultes est énorme et difficile à combler ; depuis 30 ans, on croit cette différence responsable de beaucoup de décisions de retrait (Bette et al., 2002).
4 Dans la discussion sur les causes du retrait de sportifs mais aussi d’entraîneurs, de dirigeants, de médecins et d’autres acteurs du sport de haut niveau, on trouve peu de remarques qui dépassent les explications structurelles extérieures au système sportif ; on n’évoque que très peu ou presque jamais les éventuelles raisons éthiques du retrait ou la façon dont le sport de haut niveau est pratiqué. La plupart des auteurs négligent un aspect spécifique : le dropout pourrait être provoqué par le dopage pratiqué dans le sport de haut niveau à l’Est comme à l’Ouest[3] [3] Giselher Spitzer (1998) nous livre des informations selon...
suite, dans des pays développés comme dans des pays sous-développés (cf. Singler & Treutlein, 2001, 2002). Ceux qui l’auraient voulu auraient pu percevoir des indices et des symptômes de ce développement. Mais comme le thème du dopage a été un tabou à l’Est comme à l’Ouest dans la discussion publique et en partie même dans les discussions internes au sport, une analyse du phénomène était impossible.
5 En RFA, Holz et al. (1988) furent les premiers chercheurs à établir le constat que le dopage est un problème qui pourrait inciter des athlètes à mettre fin prématurément à leur carrière. Dans une recherche concernant la situation du sport de haut niveau, Holz et al. ont trouvé que la raison majeure qui a conduit beaucoup de sportifs de haut niveau ouest-allemands à tourner le dos au sport de haut niveau serait la quasi-obligation d’utiliser des substances dopantes (Holz et al., 1988). Seuls les haltérophiles n’ont pas cité la nécessité du dopage comme la raison de leur retrait. Dans l’haltérophilie, le dopage était déjà devenu la norme, au sens de « normalité ».
2 - Le dropout : un phénomène bien répandu
6 Comme dans le cas de la République fédérale allemande (RFA), il est possible de montrer que le dopage a provoqué la démission de nombreux acteurs occupant des rôles différents dans le sport de haut niveau. Le dopage est une cause de dropout avec des effets catastrophiques pour le sport. Pour éclaircir le problème il faut étendre la définition du dropout : le dropout ne concerne pas seulement le rôle de l’athlète. Des dropouts sont des personnes qui jouent n’importe quel rôle, occupent n’importe quelle fonction dans le sport de haut niveau et qui sont perdues pour toujours. Cette définition étendue montre les dégâts sociaux immenses provoqués par l’abus massif de médicaments dans le seul but d’améliorer rapidement ces performances de haut niveau, hier comme aujourd’hui. Le dropout par le dopage n’est pas un phénomène tardif dans l’histoire du dopage : il s’est installé très tôt. Par ce phénomène, le sport a perdu beaucoup d’acteurs assidus au cours des dernières décennies.
7 Des personnes occupant des fonctions bien différentes ont été concernées par le phénomène du dropout dans tous les domaines du sport ouest-allemand. L’exemple de l’athlétisme ouest-allemand permet de poser le problème. Dans le passé, l’abus d’anabolisants a été le dopage le plus efficace qui a servi à un accroissement anormal des performances. Les stéroïdes anabolisants ont été interdits sur le plan national et international depuis 1970 par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF)[4] [4] Cf. la revue « Leichtathletik », 27 octobre 1970....
suite et en 1974 par le Comité international olympique. Mais avant et après 1970, malgré l’interdiction formelle, l’abus des stéroïdes anabolisants, surtout de l’anabolisant préféré, le « Dianabol », est devenu une norme informelle dans de multiples disciplines. L’abus et la déviance devinrent quasiment une prescription informelle
8 Dans l’ancienne RFA, il y plus de 30 ans que des sportifs, mais aussi des entraîneurs et d’autres acteurs du sport de haut niveau ont commencé à quitter ce domaine parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec les pratiques dopantes qui s’étaient répandues rapidement. Dans un procès, l’ancien recordman d’Europe des 60 yards en salle, Eckart Brieger, a reconnu l’effet qu’un aveu d’un lanceur de disque (et camarade de l’équipe nationale), Karl-Heinz Steinmetz[5] [5] Karl-Heinz Steinmetz est devenu plus tard l’entraîneur...
suite, avait eu sur lui en 1971 : « Je me souviens très bien de cet entretien parce que j’étais choqué ; l’aveu de Steinmetz m’a tellement troublé que c’était une raison importante pour arrêter le sport de haut niveau neuf mois plus tard. »[6] [6] Témoignage de Brieger lors du procès Steinmetz/ Berendonk...
suite
9 Les débuts du dopage des femmes par les anabolisants dans le sport de haut niveau international vers la fin des années 1960 ont provoqué des secousses extrêmement fortes. Le dropout avait déjà touché tous les acteurs du monde sportif comme en témoigne la démission de l’entraîneur national du lancer du poids féminin, Hans-Jörg Kofink en 1972. Ses athlètes avaient réussi à faire les minima demandés pour les Jeux olympiques 1972 de Munich. Malgré ce fait, le Comité national olympique (NOK) ne les avait pas retenues pour les Jeux. Le lancer du poids fut la seule discipline à Munich à laquelle ne participa aucun athlètes ouest-allemand. Les années qui avaient précédé ces Jeux, les concurrentes de la RDA et des autres pays d’Europe de l’Est avaient, en abusant des anabolisants, écrasé les records internationaux. Kofink a vécu la non-sélection de ses lanceuses comme une punition pour avoir refusé, au préalable, de conseiller à ses athlètes la prise d’anabolisants. La conséquence fut sa démission du poste d’entraîneur national. Dans une lettre[7] [7] Au moment d’écrire cette lettre adressée au Comité...
suite envoyée au Comité nationale olympique, le 5 août 1972, le clairvoyant Kofink a interprété cette non-sélection comme le signe fatal de la prescription du dopage hormonal aux femmes dans le sport ouest-allemand : « Par votre décision, vous allez supprimer une discipline de l’athlétisme féminin dans notre pays qui, et pour cause, s’est opposée depuis des années à l’abus des anabolisants, abus répandu de plus en plus. Vous devez essuyer le reproche que votre décision de non-sélection sera interprétée comme l’autorisation, de fait, de l’abus d’anabolisants dans le sport féminin. »[8] [8] Lettre de Kofink adressée au comité directeur de la fédération...
suite
10 Le prédécesseur de Kofink comme entraîneur national, Gerd Osenberg, avait déjà tourné le dos à la tâche d’entraîneur de lancers. D’après Kofink, Osenberg « n’a plus vu de sens à l’entraînement de lanceuses ouest-allemandes parce que, vu les conditions [de l’époque], la différence de performances entre l’Est et l’Ouest ne [pouvait] pas être comblée sans dopage ».
11 La championne ouest-allemande indoor du lancer du poids de 1986, Petra Leidinger, dopée à son insu au début de sa carrière, a mis fin à celle-ci après sa cinquième place aux championnats d’Europe indoor après avoir commencé des études de pharmacie. La raison de son retrait, qu’elle a indiquée quelques années plus tard, était que le dopage soit devenu « normal » dans le sport féminin (Berendonk, 1992).
12 Le dropout d’adversaires du dopage n’a même pas épargné les contrôleurs dans ce domaine. Horst Klehr, l’auteur de la première liste antidopage de la RFA, s’est retiré après avoir eu le sentiment que la fédération d’athlétisme voulait le rendre complice du dopage, notamment en ce qui concerne les pratiques de dopage dans les lancers féminins, exercées par l’entraîneur national qui succéda à Osenberg et Kofink, Klaus Gehrmann. Par la suite, les athlètes de celui-ci ont établi, par exemple, le record du monde de pentathlon (Eva Wilms) ou gagné la médaille d’or du lancer du poids lors de JO de 1984 (Claudia Losch). Lors de l’assemblée générale de la fédération d’athlétisme ouest-allemande en 1977, Horst Klehr attaqua ouvertement le comité directeur de la fédération, y compris le président August Kirsch (qui était en même temps directeur de l’Institut national des sciences du sport à Cologne) en produisant des documents. Il reprocha au comité directeur une promotion active du dopage (Singler, Treutlein, 2000). Comme le comité directeur ne réagit pas, Klehr renonça à sa fonction de responsable de lutte antidopage (ainsi qu’un autre responsable pour la lutte contre le dopage de la fédération d’athlétisme allemande : Theo Rous, en 1991). L’action courageuse de Klehr nous permet de désigner August Kirsch comme probablement le dirigeant le plus compromis en tant que promoteur du dopage, dans l’histoire du sport ouest-allemand (Westermann, 1977).
13 Le sport est une société fermée. Il exclut de cet environnement ceux qui disent la vérité sur le dopage et non pas ceux qui en sont les promoteurs. Par son action courageuse, Klehr est devenu persona non grata dans le sport ouest-allemand, un peu son ennemi numéro 1.
3 - Différentes formes du dropout causé par le dopage
14 La définition du dropout implique normalement un processus actif. Mais, encore une fois, il faut élargir la définition du terme dropout. Le dropout n’a pas seulement des formes actives ; pour les acteurs impliqués, il en existe aussi des formes passives. L’acteur concerné est éliminé du sport de haut niveau, parfois seulement pour des compétitions très importantes comme des championnats du monde ou des JO. Dans le passé, il est arrivé que des athlètes bien « doués » ne soient plus invités à des stages nationaux de préparation pour de tels championnats (Singler, Treutlein, 2000). Tel fut le cas, pour le sprint féminin ouest-allemand au moins à partir de 1976, des athlètes qui n’étaient pas d’accord avec la prise d’anabolisants : celles-ci n’avaient pratiquement plus aucune chance d’avoir une place dans le relais national du 4x100 m sous le commandement de l’entraîneur national Wolfgang Thiele.
15 Le dropout passif a bien sûr également frappé tous les acteurs des différents rôles du sport. Ainsi le professeur de médecine sportive de l’université de Gießen, Paul Nowacki, médecin responsable de la fédération d’aviron pendant plusieurs années et adversaire déterminé du dopage, fut destitué de son statut de médecin de l’équipe ouest-allemande pour les Jeux olympiques de Montréal en 1976. Ce qui constitue une forme passive de dropout temporaire. Il fut remplacé par un partisan notoire des anabolisants, Joseph Keul[9] [9] Keul fut le médecin en chef d’équipes allemandes de...
suite (Singler, Treutlein, 2001).
16 Une autre forme du dropout est le dropout partiel. L’exemple d’un ancien athlète servira de démonstration à cette forme. Cet athlète, champion junior ouest-allemand du lancer du poids, essaya pendant peu de temps l’abus d’anabolisants. Malgré son niveau de performances très élevé au début des années 70, il tourna le dos à sa discipline dans laquelle il ne pouvait plus réussir sans anabolisants : « J’étais toujours entouré de personnes pour qui la force physique était la seule chose qui importait. Moi-même je n’ai jamais pu m’y identifier… Je ne voulais pas avoir tant de muscles, être aussi gras et aussi gros que tant de personnes de ce milieu » (Singler, Treutlein, 2000). Plutôt que de poursuivre dans cette voie, il a préféré changer de sport et devenir basketteur de haut niveau[10] [10] Ce témoin est devenu ensuite joueur de première ligue...
suite (National 1).
17 Le dropout par dopage peut être provoqué non seulement de façon directe mais aussi de façon indirecte. Au début des années 70 déjà, des entraîneurs et des scientifiques adversaires du dopage ont attribué le nombre croissant de blessures à l’abus d’anabolisants. Même des athlètes non dopés peuvent être victimes des conséquences du dopage : ils sont contraints de suivre des entraînements similaires en intensité et en quantité à ceux appliqués à des athlètes dopés. De ce fait, ils subissent des blessures ou souffrent de surentraînement. C’est ainsi qu’un certain nombre d’athlètes sont frustrés et mettent fin à leur carrière.Une forme particulière de dropout passif lié au dopage eut lieu en RDA et sans doute aussi dans d’autres pays. Un peu avant la disparition de cet État au tour des années 80, de plus en plus de parents d’enfants qui manifestaient des aptitudes pour le sport de haut niveau ont refusé que ceux-ci entrent dans des écoles spécialisées (Kinder- und Jugendsportschulen). La raison majeure de ce refus résidait dans une meilleure information sur le dopage prodiguée par certaines chaînes ouest-allemandes, bien que ces dernières soient alors interdites. Les parents craignaient que ces pratiques ne provoquent des dégâts sur la santé. Une partie de la chute des performances à la fin de la RDA (Singler, Treutlein, 2000) est due à la perte de ces éléments prédisposés à des performances hors du commun.
18 Il existe un dernier groupe de dropouts très important pour le sport : des personnes aimant celui-ci mais qui en critiquent les excès notamment au haut niveau dans le but de le protéger. Le système sportif essaie de les mettre à l’écart. Ainsi Jean-Pierre de Mondenard a été déclaré ennemi numéro 1 du sport français. Le CONI (Comité national olympique du sport italien) a fait pression sur le spécialiste italien de la lutte antidopage, Sandro Donati, d’abord en essayant de le congédier puis, après différentes tentatives infructueuses, en le poussant à une retraite prématurée. La Fédération internationale d’athlétisme portera plainte contre Werner Franke, un des chercheurs des plus importants du monde pour la lutte contre le cancer et aussi celui qui a réussi à provoquer le plus de progrès dans la lutte antidopage en Allemagne, pour le faire taire. Giselher Spitzer, qui a trouvé le plus de documents concernant le système de dopage est-allemand a perdu son poste à l’Université de Potsdam. Gerhard Treutlein qui a été membre de la commission pédagogique de l’agence nationale antidopage allemande a été écarté de celle-ci. Il y a de nombreux autres exemples ailleurs qu’en Allemagne, et notamment la mort de deux journalistes critiques[11] [11] Les exemples donnés montrent seulement le sommet de l’iceberg....
suite. Le système sportif perd ainsi une sorte de laboratoire interne d’observation qui pourrait le protéger de tendances autodestructrices
4 - Conclusion
19 Les déformations physiques dues au dopage avec des anabolisants ont conduit des athlètes de différentes disciplines masculines à se détourner, épouvantés, de leur sport. Ces déformations étaient encore beaucoup plus dures à supporter pour le sport féminin. La peur de ces déformations fut et demeure la cause du départ de nombreuses athlètes féminines. Les exemples de personnes telles que Hansjörg Kofink, Horst Klehr ou Petra Leidinger montrent d’une façon éclatante qu’un sport de haut niveau qui ne respecte pas ses bases éthiques, ses normes et ses lois court le risque de perdre ou d’expulser beaucoup de ses acteurs. Si le système sportif suit le principe de « vaincre à tout prix » il risque l’autodestruction éthique par « l’exode actif ou passif des gens honnêtes » et favorise les tricheurs. De plus, un système qui est fixé complètement sur l’objectif d’une production absolue de performances se porte atteinte à lui-même. Dans un futur plus ou moins proche, il y aura trop peu d’acteurs dans les différentes fonctions pour participer à une telle production de performances et à un tel sport « déformé ».
Bibliographie
Bibliographie
Berenkonk, B. (1992), Doping. Von der Forschung zum Betrug, Reinbek, Rohwolt.
Bette, K. H., Schimank, U., Wahlig, D. & Weber, U. (2002), Biographische. Dynamiken im Leistungssport. Möglichkeiten der Dopingprävention im Jugendalter, Köln, Strauss.
Bussmann, G. (1997), « Wie verhindern wir Dropouts ? », Leistungssport, no 6, 27, p. 49-51.
Holz, P. (red.) (1988), Spitzensportlerinnen und Spitzensportler der Bundesrepublik Deutschland 1986/87 : Ihre soziale Situation, Probleme, Motive und Einstellungen, Hamburg.
Singler, A. & Treutlein, G. (2000), Doping im Spitzensport – Sportwissenschaftliche Analysen zur nationalen und internationalen Leistungsentwicklung, Aachen, Meyer & Meyer.
Singler, A. & Treutlein, G. (2001), Doping – von der Analyse zur Prävention. Vorbeugung gegen abweichendes Verhalten in soziologischem und pädagogischem Zugang, Aachen, Meyer & Meyer.
Spitzer, G. (1998), Doping in der DDR. Ein historischer Überblick zu einer konspirativen Praxis, Köln, Strauss.
Westermann, L. (1977), Es kann nicht immer Lorbeer sein, Wien-München-Zürich-Innsbruck.
Notes
[ 1] Littéralement le « dropout » signifie l’éjection ou le décrochage. Mais Gaby Bussmann (1997) définit les athlètes qui sont concernés par le dropout comme « des athlètes qui terminent leur carrière de sportifs de haut niveau prématurément, cela veut dire avant d’avoir atteint le zénith de leur carrière et de leurs possibilités de performances.
[ 2] Dire que des performances sont provoquées par le dopage est dangereux et souvent contesté. Mais il ne faut pas oublier qu’il existe des preuves écrites concernant beaucoup de progressions rapides de performances comme celles des lancers, dans la RDA vers 1970 (surtout les progrès de la lanceuse du poids et championne olympique Margitta Gummel), ainsi que certaines lanceuses ouest-allemandes du groupe de l’entraîneur national Klaus Gehrmann (entraîneur de la championne olympique Eva Wilms).
[ 3] Giselher Spitzer (1998) nous livre des informations selon lesquelles le phénomène du « dropout » a même existé dans la RDA.
[ 4] Cf. la revue « Leichtathletik », 27 octobre 1970.
[ 5] Karl-Heinz Steinmetz est devenu plus tard l’entraîneur national des lanceurs de disques. Il a dû prendre sa retraite à la suite de ce procès, mais il est resté l’entraîneur personnel du champion olympique Riedel.
[ 6] Témoignage de Brieger lors du procès Steinmetz/Berendonk (AZ 30244/91) devant la chambre civile du tribunal de Heidelberg le 13 novembre 1991.
[ 7] Au moment d’écrire cette lettre adressée au Comité olympique national, Kofink ne savait pas que la fédération d’athlétisme ouest-allemande n’avait même pas proposé de sélectionner les trois lanceuses du poids.
[ 8] Lettre de Kofink adressée au comité directeur de la fédération d’athlétisme ouest-allemande le 11 août 1972.
[ 9] Keul fut le médecin en chef d’équipes allemandes de beaucoup de Jeux olympiques jusqu’en 2000. Pendant plusieurs années Keul et ses collaborateurs ont été les médecins responsables de l’équipe de cyclisme « Team Telekom », par exemple en 1998 lors du scandale Festina.
[ 10] Ce témoin est devenu ensuite joueur de première ligue nationale dans un sport d’équipe.
[ 11] Les exemples donnés montrent seulement le sommet de l’iceberg. Beaucoup des dropouts quittent le sport de compétition sans rien dire et sans laisser des traces.
Résumé
Le dropout, autrement dit le « décrochage » ou l’éjection, est peu étudié dans la littérature sportive. Il est décrit et analysé ici dans ses rapports avec le phénomène du dopage. Il existe au moins deux formes de celui-ci, le « dropout actif » et le « dropout passif ». Le premier touche directement les pratiquants mais aussi d’autres acteurs éthiquement heurtés. Le deuxième est activement provoqué par l’institution sportive qui se débarrasse ainsi de personnes non conformes au système. On peut toutefois se demander si se priver ainsi de talents ne conduit pas à une autodestruction du système.
Mots-clés
dropout, dopage, autodestruction, éthique, santéAproximación histórica del doping en la República Democrática Alemana: descripción y análisis de un sistema de coerción del estado.
El « dropout », es decir el « desenganche » o la eyección se estudia poco en la literatura deportiva. Aquí se describe y se analiza en sus relaciones con el fenómeno del dopaje. Por lo menos, existen dos formas : el « dropout activo » y el « dropout pasivo ». El primero afecta directamente a los practicantes pero también a otros protagonistas éticamente chocados. El segundo lo causa activamente la institución deportiva que se deshace así de personas que no se conformen con el sistema. Non obstante se puede preguntar si privarse así de talentos no conduce a una autodestrucción del sistema.Palabras claves
dopaje, « dropout », salud, autodestrucción, ética
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Andreas Singler et al. « Le dropout provoqué par le dopage : comment le sport de haut niveau provoque une tendance autodestructrice », Staps 4/2005 (no 70), p. 25-31.