Vous consultezLe dopage sportif : la responsabilité des praticiens médicaux. Doping in Sport: the responsibilities of medical practitioners[*] [*] This is the text of an invited lecture delivered at the...
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Visiting Professor,
Centre for Sports Studies,
University College Dublin, Ireland;
Visiting Professor,
University College Chester, UK;
Visiting Professor,
Norwegian University of Sport
and Physical Education,
Oslo, Norway.ContributionTraduction de l’anglais par
Pr Jacques Gleyse du même auteur
1 - Introduction
Robert Armstrong qui fut le conseiller de la Commission Dubin (du nom de son président) qui été créée au Canada à la suite de la disqualification de Ben Johnson aux Jeux olympiques de Séoul a écrit que :
« Malgré la commission Dubin, le regard [dans les cas de dopage] est toujours porté sur l’athlète. Quand un athlète est reconnu positif, lui ou elle reçoit toutes les pénalités et les poursuites s’arrêtent au niveau aussi bien local qu’international, à de très rares exceptions. Aucun effort n’est fait pour se demander si d’autres acteurs sont impliqués. D’autres personnes évidentes tels les entraîneurs, les soigneurs, les médecins sont purement ignorés ».(Armstrong, 1991, 61)
L’objet central de cet article est d’examiner quelques éléments de ce que j’ai appelé ailleurs « les réseaux du dopage » (Waddington, 2000), c’est-à-dire le réseau de relations entre ceux qui sont impliqués en assurant, en administrant et en cachant l’utilisation des drogues dans le sport. En particulier, je voudrais étudier les changements dans la structure de la médecine du sport pendant les trois dernières décennies qui ont conduit à accroître l’implication des médecins dans le développement et la diffusion de drogues visant à améliorer les performances. Commençons par examiner rapidement quelques aspects de l’évolution de la médecine du sport.
2 - L’évolution de la médecine du sport
2 L’évolution de la médecine du sport peut être retracée depuis la fin du xixe siècle et les premières décennies du xxe siècle (Waddington, 1996). Cependant il y a des différences très importantes entre la médecine du sport contemporaine et la médecine du sport du début du xxe siècle, pas simplement au regard de la grande quantité d’informations qui sont aujourd’hui disponibles, mais aussi par le fait qu’à ses débuts les orientations des chercheurs et les problèmes qu’ils tentaient de résoudre étaient très différents de ce qu’ils sont aujourd’hui. Cette facette des changements de structure de la médecine du sport a été exposée clairement par John Hoberman dans son Mortal Engine (1992).
3 En décrivant le travail des précurseurs de la médecine du sport au tout début du xxe siècle, Hoberman montre que les recherches sur le potentiel de l’athlète humain ne constituent pas le but premier de ceux qui étudiaient l’organisme humain au cours de cette période. Le sport était simplement considéré alors comme l’une des nombreuses activités qui intéressaient les physiologistes et comme l’une des sources de données pour les physiologistes. Le sport n’occupait qu’une position relativement humble parmi d’autres formes de performances telles que le travail, le service militaire. En analysant cette première période pour ce qui concerne le développement de la médecine du sport, Hoberman (1992) montre que la marginalité scientifique du sport au cours de cette période et le peu d’intérêt pour l’augmentation (opposée à l’explication) des performances athlétiques ont une valeur étrangement prémoderne. Mais ce n’est pas seulement parce que ces scientifiques manifestent peu d’intérêt pour augmenter la performance athlétique mais aussi parce que les médecins du sport les plus en vue attirent également l’attention sur les dangers physiologiques du surmenage sportif — pour les hommes aussi bien que pour les femmes — et pour cela s’opposent activement à des recherches dans le domaine des records athlétiques.
4 L’orientation principale des premiers chercheurs dans le domaine du sport était davantage centrée sur la résolution d’un puzzle scientifique que sur l’accroissement des performances. Au regard de cela, Hoberman a suggéré que les premiers médecins du sport voyaient « la performance sportive davantage comme servant de base de données à l’expérimentation physiologique », que le contraire. L’intérêt principal était porté sur « la découverte des lois physiologiques plutôt que sur l’application de ces découvertes au développement sportif ». Plus récemment cependant, l’intérêt qui s’est de plus en plus tourné vers la victoire et l’amélioration des records (Waddington, 2000, Dunning, 1986, Roberts & Olsen, 1989) a radicalement changé les relations entre la performance athlétique et la médecine du sport. Si, au début du xxe siècle, « le sport servait les fins de la science » et non le contraire, maintenant, comparé à cette première période, « la modernité donnant davantage d’importance à la recherche du record et de la performance, met en conséquence la physiologie au service du sport » (Hoberman, 1992, 78).
5 Hoberman éclaire ainsi un processus qui commence quelque part dans l’entre-deux-guerres et s’accélère rapidement dans les trois ou quatre dernières décennies et qui a impliqué une rupture radicale dans les orientations de recherches de nombreux et prestigieux médecins du sport ainsi qu’une rupture radicale dans la nature de la médecine du sport en tant que discipline. Ce processus a entraîné une rupture radicale loin de la situation dans laquelle se trouvaient les premiers médecins du sport, qui voyaient le sport tout d’abord comme une source de données pour l’étude de la physiologie humaine et étaient plus ou moins intéressés et dans certains cas même hostiles à la tentative de battre de nouveaux records athlétiques. Au contraire, au fur et à mesure, les médecins ont été de plus en plus impliqués dans un monde sportif qui, particulièrement à partir des années cinquante, est devenu de plus en plus compétitif. Aussi leurs activités ont été davantage orientées et basées sur la recherche de la victoire et par-dessus tout sur le dépassement des performances records (Waddington & Murphy, 1992, Waddington, 1996). Si les précurseurs de la médecine du sport n’étaient que très peu concernés par l’amélioration de la performance athlétique, celle-ci est devenue aujourd’hui une part importante de la raison d’être des médecins contemporains.
6 En contrepartie, l’implication de plus en plus grande des médecins du sport dans la recherche de l’amélioration de la performance athlétique a soulevé un grand nombre de sérieux problèmes éthiques.
3 - La médecine du sport et le développement de la performance. Les dopants
7 L’une des caractéristiques les plus courantes des ouvrages de médecine du sport est l’inclusion d’un chapitre consacré à l’usage de drogues visant à améliorer la performance. De tels chapitres, habituellement, incluent des informations sur les améliorations des performances produites par certains produits sur leurs effets secondaires et informent les médecins sur la façon de reconnaître les effets des différents produits dopants pour les athlètes dont ils ont la responsabilité. L’inclusion d’informations de ce type dans des ouvrages de médecine du sport associe la vision publique du médecin du sport à un expert qui joue un rôle vital dans le combat contre l’abus de drogue dans ce domaine.
8 Cependant, la relation entre le développement de la médecine du sport et le développement et l’usage de dopants est une interaction plus complexe que cela. En particulier, il est clair que l’implication de plus en plus grande des médecins du sport dans le domaine de la haute performance dans les dernières décennies les a, de manière croissante, engagés dans la recherche de victoire dans de championnats ou dans la recherche du dépassement de records et ceci ne les a pas conduits seulement à améliorer des régimes alimentaires ou à développer des techniques mécaniques ou psychologiques, mais aussi à jouer un rôle actif dans le développement et l’usage de produits dopants. C’est pour cela que je suggère que, loin d’être une des clés de la lutte contre le dopage, la médecine du sport est actuellement un des éléments majeurs qui conditionnent l’usage et le développement des produits dopants.
9 En ce sens, il est nécessaire d’affirmer que le développement des produits dopants et des techniques dopantes n’est pas quelque chose qui est étranger au développement récent de la médecine du sport mais au contraire quelque chose qui en est consubstantiel. Ce point mérite maintenant d’être plus précisément examiné.
10 Il existe plusieurs exemples très précis de l’implication de la médecine dans le dopage. Par exemple, l’on sait que les médecins du sport ont été lourdement impliqués dans le dopage d’état systématique des athlètes dans l’ancienne Allemagne de l’Est (Spitzer, 2000). Mais une telle implication médicale n’était pas réservée qu’au bloc communiste. Il existe d’autres exemples aussi graves telle l’implication du docteur John Ziegler, médecin de l’équipe d’haltérophilie dans les années cinquante. Celui-ci a joué un rôle central dans le développement des stéroïdes anabolisants ainsi que dans leur diffusion dans le monde des haltérophiles et ensuite des autres athlètes. Le rôle central de Ziegler dans ce processus a été reconnu avec une magnifique ironie, au travers de la découverte d’une entreprise américaine qui vendait des stéroïdes par correspondance. La compagnie était dénommée le « Fan Club John Ziegler » (Todd, 1987). On doit aussi se souvenir que les recherches qui ont conduit à mettre au point la technique qui fut connue sous le nom de « dopage sanguin » et qui consistait en la prise et la réinjection de sang à un athlète furent réalisées par des médecins du sport réputés.
11 Mais au-delà, de ces cas, un grand nombre de preuves directes montrent, jour après jour, l’implication de médecins dans l’usage de produits dopants dans le sport. À cet égard, la Commission d’enquête Dubin l’illustre bien, car elle a fourni des preuves détaillées sur le réseau de relations, à ce sujet, réseau incluant les médecins impliqués dans le dopage au Canada et aux États-Unis. Même antérieurement à cette commission, cependant, il y avait de plus en plus de preuves de l’implication des médecins dans le dopage sportif. Par exemple, il est prouvé qu’au cours des Jeux olympiques de 1984, au moins quelques médecins d’équipes furent impliqués en exploitant délibérément une faille dans les règlements concernant le dopage. Ainsi les bêtabloquants n’étaient pas, alors, interdits par le Comité international olympique (CIO) et les médecins n’eurent simplement qu’à remplir des formulaires pour les athlètes absorbant des bêtabloquants et à préciser les doses utilisées. Si les compétiteurs produisaient un certificat médical attestant qu’ils avaient besoin de médicaments pour des raisons médicales, ils ne pouvaient être disqualifiés pour usage de produits dopants même dans le cas où le dépistage s’avérait positif.
12 Malgré tout, des échantillons d’urine furent analysés et de nombreux dépistages se révélèrent positifs pour les épreuves de pentathlon moderne. À la surprise des officiels, les entraîneurs d’équipes vinrent ensuite présenter des certificats de médecins pour l’ensemble des équipes. En octobre 1984, le Colonel Willy Grut secrétaire général du comité mondial de pentathlon moderne, mit au défit, le CIO de révéler les noms des athlètes qui « de manière claire avaient pris des produits dopants non pour des raisons médicales mais pour améliorer leurs performances » (Donohoe & Johnson, 1986, 85-6). Ce qui est important dans ce cas de figure, ce n’est pas que les athlètes aient prix des produits dopants, mais que la prise de ces produits ait été faite en parfaite connaissance de cause des médecins qui les ont ensuite protégés contre les poursuite disciplinaires.
13 La commission Dubin décrit peut-être l’image parfaite du réseau de relation qui existe entre les médecins, les athlètes et les entraîneurs au regard du dopage. La sprinteuse canadienne Angela Issakeko a certifié à la Commission qu’elle avait reçu ses premières prescriptions de Dianabol – le stéroïde qu’entre autres le docteur Ziegler a contribué à vulgariser – du Dr Gunther Kock, un médecin de Toronto, en 1979. En 1983, elle s’orienta vers un programme différent de dopage à la suite d’une visite du Dr Robert Kerr à San Gabriel en Californie et, de l’automne 1983 jusqu’en 1988, son programme de dopage fut supervisé par le Dr Jamie Astaphan, qui dirigea également le programme de dopage de Ben Johnson (Dubin, 1990, 246).
14 La commission Dubin note que les « noms des médecins désirant prescrire des stéroïdes anabolisants et d’autres produits dopants circulaient partout dans les gymnases » et que ces médecins « devaient développer leurs interventions en se concentrant sur les athlètes et les produits dopants ». Parmi les praticiens nommés dans le rapport figurait le docteur Ara Artinian de Toronto, praticien généraliste qui a régulièrement prescrit et administré des stéroïdes anabolisants à des athlètes, pendant de nombreuses années. Entre 1981 et 1988, il a délivré pour plus de 215101 $ de stéroïdes anabolisants provenant de différentes sociétés pharmaceutiques (Dubin, 336).
15 La commission donne aussi pour preuve le cas du lanceur Bruce Pinnie qui, au moment de l’enquête, était un entraîneur de lancer et qui a attesté qu’il avait obtenu de son docteur, depuis 1972, des stéroïdes anabolisants dans le but d’améliorer ses performances. Pinnie a aussi expliqué que, même à cette période, il y avait de nombreux médecins à Winnipeg qui savaient très bien comment se fournir en stéroïdes (Dubin, 356-7). Pour ce qui concerne le Canada, le rapport Dubbin note ceci :
16
« La commission a reçu aussi de nombreux athlètes des preuves selon lesquelles ils avaient reçu les stéroïdes anabolisants directement de médecins. Très clairement, dans la plupart des grands centres dans tout le pays, il y a des médecins qui ont été impliqués au moins une fois dans la prescription de stéroïdes anabolisants et d’autres produits dopants ».(Dubin, 357)
17 Dubin dénonce aussi comme similaire la situation aux États-Unis. Le lanceur de poids et de disque Peter Dajia décrit comment lors d’une visite chez un médecin de Fort Worth, au Texas, il obtint la prescription de stéroïdes anabolisants simplement en expliquant ce qu’il désirait avoir. La déclaration du docteur Robert Kerr est particulièrement édifiante puisqu’il affirma que dans la seule zone de Los Angeles il y avait au moins soixante-dix médecins qui prescrivaient des stéroïdes aux athlètes. Kerr, qui fut aussi l’auteur de La prescription des stéroïdes anabolisants chez les athlètes et qui fut connu comme le « gourou des stéroïdes », eut une pratique intensive qui concernait particulièrement les athlètes américains mais il a expliqué qu’il avait aussi prescrit des stéroïdes anabolisants aux athlètes canadiens, sud-américains, australiens et des pays de l’Est (Dubin, 357). Dans sa déclaration, Kerr a aussi affirmé qu’il avait prescrit des stéroïdes anabolisants à environ vingt médaillés des Jeux olympiques de 1984 (Armstrong, 1991, 61).
18 Le Comité avait aussi remarqué qu’en Australie, une commission sénatoriale étudiait l’usage des drogues dans le sport et avait estimé que les utilisateurs de stéroïdes anabolisants, estimés à 15 000 personnes environ, obtenaient ceux-ci de la main d’un médecin. 40 % d’un groupe de body builders australiens étudié ont expliqué que leur fournisseurs directs étaient des médecins. Un témoin médical qui fournit des preuves à Dubin constata qu’à Sydney, il y avait entre dix et vingt docteurs qui prescrivaient des stéroïdes anabolisants et que lui-même avait vu plus de 200 « patients » (c’est-à-dire athlètes) par an venus dans ce but. Un autre témoin médical attesta qu’il avait prescrit des stéroïdes anabolisants à cinquante body builders hommes et à une femme haltérophile ainsi qu’à trois autres athlètes.
19 Deux ans avant que ne paraisse le rapport de la commission Dubin, une enquête menée sur le sport britannique – l’enquête avait été mise en œuvre à la suite des affirmations du Times selon lesquelles le dopage dans le sport anglais était largement répandu – donna aussi des preuves très claires de l’implication des médecins. Le Rapport d’enquête sur l’abus de dopants conclut qu’il y avait en Grande-Bretagne des docteurs impliqués dans « la surveillance régulière d’athlètes dans des circonstances qui ne peuvent être interprétées que comme la vérification de l’effet sur ces athlètes des dopants pris pour améliorer les performances » (Coni et al., 1988, § b 20). Le rapport concluait :
20
« Nous avons la preuve que quelques docteurs sont prêts à prescrire des substances interdites aux athlètes. […] L’aide médicale est donnée souvent dans les circonstances où le médecin affirme qu’il ne donne jamais de dopants pour l’accomplissement sportif, mais que si la décision de l’athlète est de se doper, il doit le conseiller pour sa santé en exerçant un suivi médical. De ce fait, la disponibilité de substances interdites pose peu de problèmes, puisque la conclusion part du principe que les athlètes prennent nécessairement des dopants. L’aide médicale est conçue pour ceux qui en ont besoin. Que le docteur prescrive des dopants ou en contrôle les effets, c’est évidemment pratiquement la même chose. Il nous a aussi été dit que, dans des centres d’essais britanniques, il était possible de vérifier, avant la compétition, que l’urine des athlètes ne contenait plus de substances interdites. Il nous a encore été dit que de tels centres d’essais existaient à Londres, Birmingham et Édimbourg et il ne fait aucun doute qu’il y en a d’autres ».(§ B 21)
21 Nous savons aussi maintenant – rappelons-nous que cela a été révélé dans une enquête du Sunday Times plusieurs années après – que, pendant la période où Charlie Francis et le Dr Jamie Astaphan supervisaient le programme de dopage de Ben Johnson, le Dr Jimmy Ledingham, qui était le médecin de l’équipe olympique masculine de Grande-Bretagne entre 1979 et 1987, a prescrit des stéroïdes anabolisants à des athlètes anglais et donné également des conseils concernant la prévention de la détection de ces produits. Le même rapport révélait aussi que le directeur technique national de 1979 à 1994 avait « fermé les yeux » sur les affirmations d’athlètes qui lui disaient prendre des stéroïdes (Sunday Times, 29 octobre 1995).
22 Ben Johnson, qui fut dépisté positif aux Jeux olympiques de Séoul, marqua dans cette optique la ligne de partage dans l’histoire du sport. L’événement a généré une énorme couverture médiatique et suscité l’intérêt du public pour le dopage dans le sport à un niveau qui n’avait certainement jamais été atteint. Les conséquences du dépistage positif de Ben Johnson, et en particulier la création de la Commission d’enquête placée sous la présidence de Justice Dubin, a aussi constitué une ligne de partage dans la lutte contre le dopage. Elle a permis de fournir de manière plus systématique, plus fiable et plus précise des informations qui précédemment n’étaient disponibles que pour ceux qui participaient au système, pour ceux qui y étaient impliqués.
23 Si le dépistage positif de Ben Johnson marque la ligne de rupture dans l’histoire du dopage, il pourrait en aller de même du scandale majeur qui fut révélé dans le Tour de France de 1998. Ce moment peut être considéré comme une ligne de partage non seulement à cause des informations qui ont été révélées au sujet mais aussi à cause de la découverte d’une organisation systématique du dopage dans le cyclisme professionnel qui fut révélée au grand public. De plus, cette information montra encore une fois sans ambiguïté que les médecins – des médecins d’équipes cette fois – étaient lourdement impliqués dans l’organisation du dopage. Ceci n’était évidemment pas une surprise pour les analystes du cyclisme. Deux ans plus tôt, lorsque deux cyclistes professionnels français, Philippe Gaumont et Laurent Desbiens, avaient été dépistés positifs à la Nandrolone, un stéroïde, il avait été établi que le produit avait été fourni par le docteur de l’équipe, Patrick Nedelec, qui avait travaillé précédemment pour la Fédération française de cyclisme, pour le Comité international de cyclisme ainsi que pour l’Union cycliste internationale (Cycling Weeldy, 29 juin 1996). Le Tour de France 1998 montrait très clairement que ces pratiques n’étaient pas uniquement réservées à l’équipe de Gaumont et Desbiens, mais étaient une pratique habituelle pour toutes les équipes professionnelles du continent.
24 Le scandale du Tour de France de 1998 reçut, on ne doit pas en être surpris, une couverture médiatique importante mais, encore une fois sans surprise, très émotionnelle et très réprobatrice et qui fit peu pour favoriser la compréhension du phénomène. Une des rares exceptions fut un petit texte qui montrait l’implication particulière des médecins sportifs et qui fut rédigé pour le Times par James Waddington, un écrivain également amateur de cyclisme. Waddington montrait l’énorme demande de médecins provenant de coureurs du Tour. Il décrivait le Tour non pas comme un exercice bon pour la santé mais bien comme quelque chose qui se rapprochait de « la punition et de l’abus » et suggérait que, en vue de permettre à leurs équipes de continuer la course, les médecins d’équipe devaient avoir une connaissance exhaustive des catégories de substance nutritionnelles, hormonales et anabolisantes. Il continuait ainsi :
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« C’est un régime compliqué comprenant peut-être 20 composants différents… Seuls les médecins d’équipes ont cette connaissance exhaustive, ainsi la moyenne des cyclistes professionnels qui n’a aucune connaissance scientifique devient, non pas partenaire, mais patient. Les cyclistes ouvrent leur bouche, tendent leurs bras, et font confiance. Cette confiance qui se situe à l’opposée du hurlement réflexe (“les dopants sont les excréments de Satan”) devrait être le point crucial de toute la discussion sur le sujet ».(Times, 25 Juillet 1998)
26 Certains rejetteront peut-être la caractérisation du cycliste professionnel comme participant passif dans le processus de dopage au regard du fait qu’il y a des preuves de l’implication active de quelques cyclistes eux-mêmes dans le processus. Cependant, l’analyse de Waddington contient un point d’une importance capitale : si nous voulons comprendre le dopage dans le sport, il est indispensable que nous comprenions les relations entre les athlètes de haut niveau et les médecins sportifs.
4 - Conclusion
27 Alors que les médecins du sport sont vus comme des experts qui jouent un rôle décisif dans la lutte contre le dopage intensif dans le sport, un examen plus précis des transformations de la médecine du sport montre une implication de plus en plus grande de ceux-ci dans le dépassement du record et dans la victoire dans des compétitions, particulièrement depuis les années cinquante. Ils se sont impliqués de plus en plus fortement dans la recherche non seulement d’améliorations des régimes mais aussi de méthodes d’entraînement ainsi que dans la prescription et l’usage de produits et de techniques dopants.
28 L’interrelation étroite entre la médecine du sport, les sciences du sport et l’usage de ce que l’on a été conduit à considérer comme des substances illicites a été merveilleusement bien formulée par Cramer dans le rapport sur l’usage de dopage sanguin par l’équipe cycliste des États-Unis au Jeux olympiques de 1984 : « Dans l’euphorie nationale succédant aux jeux, personne ne pensa qu’il pouvait y avoir un secret. L’équipe des États-Unis avait remporté 9 médailles, dominant ainsi l’événement. “De grands coureurs”, “de grands entraîneurs”, “de formidables machines”, écrivit la presse dans un concert de louanges. Personne n’ajouta “de formidables médecins” » (Cramer, 1985, 25).
29 En 1982, le journal médical anglais The Lancet publia un article intitulé « La Médecine du sport. A-t-elle des ratés ? » Cet article suggérait que si « les preuves d’une implication directe de médecins dans la fourniture et la prescription d’hormones manquent, leur connivence avec ceux qui le font est évidente ainsi que le souvenir de leur participation au doping sanguin » et il concluait ainsi : « Les membres des professions médicales ont été depuis longtemps concernés par la santé et le bien-être des acteurs sportifs, mais les choses n’étaient jamais allées aussi loin. Les preuves continuent d’affluer qui montrent l’accroissement de l’intérêt pour la découverte de procédés qui améliorent les performances de ceux dont ils ont la charge plutôt que leur bien être physique. Il est certain qu’il est nécessaire d’infléchir les activités des quelques médecins en marge en remettant la médecine du sport sous la coupe d’un corps de spécialistes reconnus à l’aide d’un programme de professionnalisation accrédité » (1998, 612).
30 Avec ce commentaire, le Lancet commençait à se tourner vers une meilleure compréhension des relations entre la médecine du sport et le développement et l’usage de substances dopantes. L’une des caractéristiques principales, cependant, de l’article du Lancet est qu’il ne met pas en évidence l’une des dimensions importantes de cette relation. En suggérant que les nouvelles recherches de moyens, non éthique, d’accroître les performances sportives sont limitées à quelques docteurs pratiquant « en marge », The Lancet ne peut saisir l’une des caractéristique clés de la médecine du sport moderne. L’argument central de ma communication a été que l’implication croissante des médecins du sport dans la haute performance sportive signifie que la recherche de techniques et de produits visant à l’amélioration des performances, recherche s’attachant, comme on l’a vu à la production de techniques et de dopants considérés comme contraires à l’éthique, n’est pas limitée à une petite « frange » de praticiens. Au contraire, elle est devenue une part croissante de l’activité des médecins du sport. En ce sens, ce que le Lancet voit comme un problème de « ratés » de la médecine du sport en constitue, au contraire, le cœur.
1 - Introduction
31 Robert Armstrong, who was the Counsel to the Dubin Commission which was established in Canada following the disqualification of Ben Johnson at the Seoul Olympics, has written that:
“until the Dubin Inquiry… the focus [in doping cases] was always on the athlete. When an athlete tested positive he or she received the assigned penalty and that was the end of the matter, both at the domestic level and with a few exceptions at the international level. No effort was made to ascertain if others were involved. The obvious people – coaches, doctors, trainers – were simply ignored”.(Armstrong, 1991:61)
The central object of this paper is to examine some aspects of what I have elsewhere called “doping networks” (Waddington, 2000), that is to say the network of relationships between those involved in supplying, administering and concealing the use of drugs in sport. In particular, I want to examine changes in the structure of sports medicine over the last three or four decades which have led to the increased involvement of sports physicians in the development and dissemination of performance enhancing drugs. Let me begin by examining briefly some aspects of the development of sports medicine.
2 - The development of sports medicine
32 The development of modern sports medicine can be traced back to the end of the XIXth century and the first decades of the XXth century (Waddington, 1996). However, there are important differences between contemporary sports medicine and the sports medicine of the early part of the twentieth century, not simply in the greater quantity of information which is now available, but also in the fact that, in the earlier period, the orientations of the researchers and the problems they sought to resolve, were also rather different from what they are now. This aspect of the changing structure of sports medicine has, perhaps, been brought out most clearly by John Hoberman in his Mortal Engines (1992).
33 In describing the work of the early pioneers of sports medicine in the early twentieth century, Hoberman pointed out that the investigation of human athletic potential was not a primary goal of those who studied the human organism at that time. Sport was considered as just one amongst a number of activities which were of interest to physiologists and, as a source of interesting physiological data, sport occupied a relatively humble position within a much broader range of physical performances such as manual labour and military service. In commenting on this early period in the development of sports medicine, Hoberman (1992: 6) pointed out that the “scientific marginality of sport during this period, and the general lack of interest in boosting (as opposed to investigating) athletic performance, has a quaintly premodern quality”.
34 Not only is it the case that these scientists had little interest in boosting athletic performance, but it is also the case that some of the leading sports physicians of the period expressed concern about what they saw as the physiological dangers of sporting overexertion – for men as well as for women – and, for this reason, actively opposed the search for new records in athletics.
35 The central orientation of early sports scientists was, then, concerned with scientific puzzle solving rather than with boosting athletic performance. In this regard, Hoberman has suggested that the early sports physicians saw «sportive performances serving physiology as experimental data, rather than the other way round”, with the emphasis being placed on the “discovery of physiological laws rather than the application of these discoveries to athletic achievement”. In more recent years, however, the increased emphasis which has come to be placed on winning and on breaking records (Waddington, 2000; Dunning, 1986; Roberts and Olsen, 1989) has dramatically changed the relationship between athletic performance and sports medicine. If, in the early years of the last century, “sport served the ends of science rather than the other way round”, it is now the case that, in contrast to that earlier period, “the modern outlook sees symbolic importance in the pursuit of the record performance, thereby putting physiology in the service of sport” (Hoberman, 1992: ix, 78).
36 Hoberman thus highlights a process which, beginning sometime in the interwar period and accelerating rapidly in the last three or four decades, has involved a dramatic shift in the research orientation of many leading sports physicians and, associated with this, an equally dramatic change in the nature of sports medicine as a discipline. This process has involved a radical shift away from the situation in which early sports physicians saw sport primarily as a source of data for the study of human physiology and were more or less uninterested in, and in some cases even hostile to, the attempt to set new athletic records; conversely, as sports physicians have become more and more involved in a sporting world which, particularly since the 1950’s, has become increasingly competitive, so have their scientific activities both increasingly underpinned and increasingly been given meaning by, the search for winning, and perhaps above all, for record-breaking performances (Waddington and Murphy, 1992; Waddington, 1996). If the early pioneers of sports medicine were largely unconcerned about improving athletic performance, this has now become an important part of the raison d’être of contemporary sports medicine.
37 However, the growing involvement of practitioners of sports medicine in the search for improved athletic performance has given rise to a number of serious ethical problems.
3 - Sports Medicine and the Development of Performance-Enhancing Drugs
38 A more-or-less standard feature of all modern textbooks on sports medicine is the inclusion of a chapter on the use of performance-enhancing drugs. Such chapters usually include information on the performance-enhancing effects of different drugs, on their side-effects, and advice to physicians on how to recognise the illicit use of drugs by athletes under their care. Associated with the inclusion of information of this kind in textbooks of sports medicine is the public perception of the practitioner of sports medicine as an expert who plays a vital role in the fight against the abuse of drugs in sport. However the relationship between the development of sports medicine and the development and use of performance-enhancing drugs is a good deal more complex than this. In particular, it is clear that the growing involvement of practitioners of sports medicine in high performance sport in recent decades has increasingly involved them in the search for championship-winning or record-breaking performances, and that this has led them not only to develop improved diet or mechanical and psychological techniques but that, on occasions, it has also led them to play an active part in the development and use of performance enhancing drugs. Thus I want to suggest that, far from being one of the key bastions in the fight against the use of drugs in sport, sports medicine has actually been one of the major contexts within which performance-enhancing drugs have been developed and used. In this sense, it may be said that the development of performance-enhancing drugs and techniques is not something which is alien to, but something which has been an integral part of, the recent history of sports medicine. This aspect of the development of sports medicine requires more detailed examination.
39 There are many well documented examples of medical involvement in doping. For example, we know that sports physicians were heavily involved in the state-sponsored systematic doping of athletes in the former East Germany (Spitzer, 2000). Such medical involvement was not however confined to the old communist bloc. Almost equally infamous is the involvement of Dr John Ziegler, the team physician to the US weightlifting team in the 1950s, who played a central role in the early development of anabolic steroids and in their diffusion among American weightlifters and, subsequently, other athletes. The central role of Ziegler in this process was recognised, with wonderful irony, in the name of a California-based business which supplied athletes with steroids by mail order; the company was called the John Ziegler Fan Club (Todd, 1987). It should also be remembered that the all the research involved in developing the technique known as “blood doping”, which involves the removal and the reinfusion of blood into an athlete, was done by reputable sports physicians (Waddington, 1996).
40 In addition to these cases, there is a great deal of other direct evidence relating to the day-to-day involvement of doctors in the use of drugs in sport. In this regard, the Dubin Commission of Inquiry proved something of a watershed, for it provided detailed evidence of the networks of relationships of those, including medical practitioners, involved in doping in Canada and the United States. Even before the Dubin Commission, however, there was already growing evidence of the involvement of physicians in doping. For example, there is evidence that at the 1984 Olympics, at least some team doctors were involved in blatantly exploiting a loophole in the doping regulations. Although beta-blockers were not at that time banned by the IOC, team doctors had to fill in declarations for all athletes using betablockers and state the doses used. If competitors produced a doctor’s certificate stating that they needed the drugs for health reasons, they would not be disqualified if drug checks proved positive. However, when urine specimens were screened there were several positives in the modern pentathlon contest. To the amazement of officials, team managers came forward with doctors’ certificates covering whole teams. In October 1984 Colonel Willy Grut, the secretary-general of the world body governing the modern pentathlon, challenged the IOC to reveal the names of those athletes who “clearly took dope, not for medical reasons, but to improve performance” (Donohoe and Johnson, 1986: 85-6). What is of importance in the context of the present argument is not the fact that these athletes took drugs but that the drugs appear to have been taken with the knowledge of team doctors who then protected the athletes against disciplinary action.
41 The Dubin Commission provided perhaps the clearest picture of the network of relationships between doctors, athletes and coaches in relation to doping. The Canadian sprinter, Angela Issakenko, testified to the Commission that she obtained her first prescription for Dianabol – the steroid which, incidentally, Dr Ziegler had helped to develop – from Dr Gunther Koch, a physician practising in Toronto, in 1979. In 1983, she went on a different drug programme following a visit to Dr Robert Kerr in San Gabriel, California, while from the autumn of 1983 until 1988, her drug programme was supervised by Dr Jamie Astaphan, who also supervised the drug progamme of Ben Johnson (Dubin, 1990:244-246).
42 The Dubin Commision noted that the “names of physicians willing to prescribe anabolic steroids and other performance-enhancing drugs circulate widely in gyms” and that such physicians “may develop practices with a focus on athletes and performance-enhancing drugs”. One such practitioner named in the report was Dr Ara Artinian, a Toronto general practitioner who had been prescribing and administering anabolic steroids to athletes regularly for several years. Between 1981 and 1988, he purchased anabolic steroids worth $215,101 from various pharmaceutical companies. (Dubin, p. 356).
43 The Commission also took evidence from Bruce Pinnie, a former shot putter who at the time of the inquiry was a throwing coach, and who testified that he had obtained anabolic steroids for performance-enhancement purposes from his doctor as early as 1972. Pinnie also indicated that there were, even at that early date, several doctors in Winnipeg who were well known for their willingness to supply steroids (Dubin, p. 356-7). In relation to the situation in Canada the Dubin report noted that:
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“The Commission also heard evidence from many other athletes that they received anabolic steroids directly from physicians. Clearly, there are physicians in most major centres across the country who have at one time or another been involved in prescribing anabolic steroids and other performance-enhancing drugs to athletes.”(Dubin, p. 357)
45 Dubin also pointed out that the situation in the United States appeared to be similar. The shot putter and discus thrower, Peter Dajia, described visiting a doctor’s office in Fort Worth, Texas, and obtaining a prescription for anabolic steroids simply by indicating what he wanted. Particularly revealing was the evidence of Dr Robert Kerr, a California sports physician, who estimated that there were at least seventy physicians in the Los Angeles area alone who prescribed anabolic steroids to athletes. Kerr, who was the author of The Practical Use of Anabolic Steroids with Athletes and who was often referred to as the “steroid guru”, had an extensive practice principally involving US athletes, though he indicated that he had also prescribed anabolic steroids for athletes from Canada, South America, Australia and the Far East (Dubin, P.357). In his evidence, Kerr also testified that he had prescribed anabolic steroids to approximately twenty medallists at the 1984 Olympic Games (Armstrong, 1991: 61).
46 The Committee also noted that in Australia, a senate Committee investigating the use of drugs in sport had estimated that 15.000 users obtained anabolic steroids through physicians. Forty-one per cent of a group of Australian bodybuilders who were surveyed indicated that physicians were their source of supply. One medical witness who gave evidence to Dubin stated that in Sydney there were between ten and twenty doctors who prescribed anabolic steroids, and that he himself would see up to 200 “patients” (ie athletes) a year for this purpose. Another medical witness testifed that he was prescribing anabolic steroids for fifty male bodybuilders, one female weightlifter and three other athletes (Dubin, p. 357).
47 Two years before the Dubin Commission reported, an investigation into doping in British sport – the investigation had been set up to examine claims made by The Times that doping in British sport was widespread – also found clear evidence of the involvement of doctors. The Drug Abuse Enquiry Report accepted that there were doctors in Britain who were involved in “monitoring athletes on a regular basis in circumstances which can only be construed as checking the effect upon those athletes of the drugs they have been taking to aid their performances” (Coni et al., 1988, para. B20). The report concluded:
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“We have evidence of a few doctors prepared to prescribe banned drugs to athletes… Medical support arises more often, though, on the basis of the doctor who says that, whilst he would never advocate the taking of drugs for the sake of athletic achievement, it is his responsibility if an athlete has made that decision for himself to monitor the athlete’s health to ensure so far as the doctor can that he does so without physical harm. Since availability of banned drugs presents few problems, the end result from the standpoint of drug use by athletes – that medical advice is available for those who care to look for it – is of course the same, whether the doctor is prescribing, or simply monitoring the effects. We are also told that test centres are readily to hand at which a British athlete who has been using banned drugs in training can check in advance of competition that his urine sample will no longer disclose the presence of the banned drug. We are told that such centres are available in London, in Birmingham and in Edinburgh, and no doubt there are others.”(para. B21)
49 We also now know – though this was not revealed until a Sunday Times investigation several years later – that at about the same time that Charlie Francis and Dr Jamie Astaphan were supervising the drug programme of Ben Johnson, Dr Jimmy Ledingham, who was the doctor to the British Olympic men’s team between 1979 and 1987, was prescribing steroids to British athletes and also offering advice on how to avoid detection; the same report also revealed that Britain’s national director of coaching from 1979 to 1994 had “turned a blind eye” to athletes who had told him they were taking steroids (Sunday Times, 29 October 1995).
50 Ben Johnson’s positive doping test at the Seoul Olympics was, in a number of respects, a watershed in the history of doping in sport. The event generated huge media coverage and it raised public awareness of doping in sport to a level which was almost certainly unprecedented. The ramifications of Johnson’s positive test – and in particular the establishment of the Commission of Inquiry under Mr Justice Dubin also marked a watershed in some respects, for it provided more systematic, more reliable and more detailed information than had ever been available before about the networks of relationships – and the central position of sports physicians within those networks – amongst those involved in doping.
51 If Johnson’s positive test marked one watershed in the history of doping in sport, then it may well be the case that the major doping scandal in the 1998 Tour de France cycle race will come to be regarded as a second watershed, both in terms of the amount of media coverage which it generated and in terms of the amount of information about the systematic organisation of doping in professional cycling which was made publicly available during and after the Tour. Moreover, this information made it unambiguously clear that, once again, physicians – this time in the form of team doctors – were heavily implicated in the organisation of doping. That this was so should not have come as a surprise to followers of cycling. Two years prior to the ‘98 tour, two French professional cyclists, Phillippe Gaumont and Laurent Desbiens, tested positive for the steroid nandrolone and it was revealed that the drug had been supplied by their team doctor, Patrick Nedelec, who had previously worked for both the French national cycling federation and the international governing body of cycling, the Union Cycliste Internationale (Cycling Weekly, 29 June, 1996). The 1998 Tour de France indicated very clearly that this practice was not unique to the team for which Gaumont and Desbiens raced, but that it was a common practice among professional teams on the European continent.
52 The doping scandal at the 1998 Tour de France unsurprisingly received massive media coverage but, again perhaps unsurprisingly, almost all of this coverage was heavily emotive and highly censorious, and did little to enhance our understanding of the processes involved. One of the few exceptions, and one which brought out particularly clearly the involvement of team doctors, was a piece written for The Times by James Waddington, a novelist who is also a cycling fan. Waddington pointed to the enormous physical demands which the Tour makes upon riders – he described the Tour as “not just healthy exercise” but “close to punishment and abuse” and suggested that, in the attempt to keep their team members in the race, the team doctors will draw upon an exhaustive knowledge of a range of substances – nutritional, hormonal and anabolic. He continued:
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“It is a complex regime, with maybe 20 different components… Only the team doctor has this exhaustive knowledge, and thus the average professional cyclist with no scientific background becomes not a partner but a patient. He opens his mouth, holds out his arm, and trusts. That trust, not the reflex shriek of ‘drugs, the excrement of Satan’, should be the crucial point in the whole discussion.”(The Times, 25 July, 1998)
54 One might perhaps take issue with Waddington’s characterisation of professional cyclists as passive participants in the doping process; indeed, there is direct evidence in the form of statements from some of the cyclists themselves to suggest that they were not passive participants. However, Waddington does make a point of critical importance: if we wish to understand doping in sport then it is crucial that we understand the centrality of the relationship between elite level athletes and practitioners of sports medicine
4 - Conclusion
55 Although sports physicians are often seen as experts who play a front-line role in the fight against “drug abuse” in sport, a closer examination of the development of sports medicine indicates that the growing involvement of sports physicians in the search for record-breaking and competition-winning performances, especially since the 1950s, has increasingly involved them not merely in the search for improved diets or training methods, but also in the development and use of performance-enhancing drugs and techniques.
56 The close interrelationship between sports medicine, sports science and the development of what have come to be regarded as illicit drugs and techniques, was nicely brought out by Cramer in his report on the use of blood doping by the United States cycling team at the 1984 Olympics:
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“In the national euphoria after the games, no one thought to pry out any secrets. The US team had won nine medals, dominating the cycling events. ‘Great riders….’ ‘Great coach….’ ‘Great bikes….’ said the press, reporting the daisy chain of back pats. No one thought to add, ‘Great doctors…’ (Cramer, 1985:25).”
58 As long ago as 1988, the British medical journal, The Lancet, published an article with the title Sports medicine – is there lack of control? It suggested that although “evidence of direct involvement of medical practitioners in the procurement and administration of hormones is lacking, their connivance with those who do so is obvious and their participation in blood doping is a matter of recor”, and it concluded that:
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Members of the medical profession have long been concerned with the health and welfare of people in sport, but never have the stakes been so high. Evidence continues to grow that some are showing more interest in finding new ways of enhancing the performance of those in their charge than in their physical wellbeing. Surely steps must soon be taken to curb the activities of those few doctors practising on the fringe by bringing sports medicine beneath the umbrella of a recognised body within an accredited programme of professional training.(1988:612)
60 With this comment, The Lancet was beginning to move towards a more adequate understanding of the relationship between sports medicine and the development and use of performance-enhancing drugs. In one major respect, however, The Lancet article did not properly come to grips with an important dimension of this relationship. In suggesting that the search for new, and by implication, unethical, means of enhancing performance is confined to a “few doctors practising on the fringe”, The Lancet failed to grasp a key aspect of modern sports medicine. A central argument of my presentation has been that the growing involvement of sports physicians in high-performance sport has meant that the search for performance-enhancing substances and techniques – a search which, as we have seen, has resulted in the development of some drugs and techniques whose use has subsequently been considered unethical – is not confined to a few “fringe” practitioners. Rather, it has become an increasingly important part of the task of practitioners of sports medicine. In this sense, what The Lancet saw as a problem concerning the lack of control of sports medicine is not a problem which is confined to the fringes of sports medicine but, on the contrary, one which goes to its very heart.
Bibliographie
Bibliographie
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Dubin, The Honourable Charles L. (1990), Commission of Inquiry into the Use of Drugs and Banned Practices Intended to Increase Athletic Performance, Ottawa, Canadian Government Publishing Centre.
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Notes
[ *] This is the text of an invited lecture delivered at the Play the Game conference held in Copenhagen, November 2002.
Résumé
L’article étudie l’histoire récente de la médecine du sport. Il montre que, commençant dans la période de l’entre-deux-guerres et s’accélérant fortement dans les deux ou trois dernières décennies, une rupture radicale s’est produite dans les orientations de recherches de plusieurs médecins du sport de premier plan. Dans le même temps se produisait un changement drastique dans la nature de la médecine du sport comme discipline. Cela a impliqué un autre changement qui a conduit à une situation très éloignée de celle dans laquelle se trouvaient les premiers médecins du sport. Ceux-ci voyaient en effet leur activité comme source de données pour l’étude de la physiologie humaine et étaient peu intéressés par l’idée de contribuer à battre de nouveaux records athlétiques. Ceci était en outre corrélé au fait que les médecins du sport étaient progressivement davantage impliqués dans le monde du sport particulièrement depuis les années cinquante, monde devenu de plus en plus compétitif. Ces praticiens ont vu en conséquence leur activité scientifique de plus en plus conditionnée par la recherche de la victoire et du dépassement des records. Si les pionniers de la médecine du sport étaient vaguement concernés par l’amélioration des performances athlétiques, celle-ci est devenue maintenant la raison d’être de la médecine du sport contemporain. L’implication de plus en plus importante des médecins du sport dans l’idée de battre des records, de remporter des compétitions, particulièrement depuis les années cinquante, les a conduits, malheureusement, de plus en plus fortement à rechercher des améliorations de régimes ou de méthodes d’entraînement mais aussi à développer des produits et des techniques visant à améliorer les performances. Dans la perspective de comprendre le dopage, pour ce qui concerne l’élite sportive moderne, il convient d’étudier les relations entre les sportifs de haut niveau et les médecins du sport.
Mots-clés
drogue, dopage, médecine du sport, médecinsEl presente artículo estudia la historia de la medicina del deporte. Se muestra que la medicina del deporte comienza en el periodo de entre las dos guerras mundiales acelerándose fuertemente en los dos y tres últimos decenios, se produce una ruptura dramática en las orientaciones de investigaciones en médicos del deporte y al mismo tiempo se producen un drástico cambio en la naturaleza de la medicina del deporte como disciplina. Estos procesos implican una ruptura radical muy alejada a la cual los primeros médicos del deporte ven esta actividad como una fuente de informaciones para el estudio de la fisiología humana y menos interesados en la búsqueda de rendimientos atléticos, consecuentemente los médicos del deporte en los años cincuenta se interesan de más en más en el mundo del deporte, siendo este cada vez más competitivo. Los pioneros de la medicina del deporte se encuentran cada vez más interesados en la medicina del deporte contemporáneo. El interés es batir los record lo que implica que estos deben investigar para mejorar métodos de entrenamientos, producir productos que mejoren la performance. En la perspectiva de entender el doping por la elite deportiva moderna, conviene estudiar las relaciones entre el alto nivel deportivo y los médicos deportivos.Palabras claves
drogas, doping, medicina del deporte, médicos
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Ivan Waddington et Jacques Gleyse« Le dopage sportif : la responsabilité des praticiens médicaux. Doping in Sport: the responsibilities of medical practitioners », Staps 4/2005 (no 70), p. 9-23.