2006
Staps
Actualité scientifique
Grégory Martin
Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3
Jean-Pierre AUGUSTIN et Pascal GILLON. L’Olympisme : bilan et enjeu géopolitiques Paris, Armand Colin (collection « Dynamiques »), 2004, 174 p.
L’intérêt principal de cet ouvrage est de proposer, pour un vaste public, un bilan et une approche critique des enjeux de l’olympisme. Les auteurs rappellent justement qu’en un peu plus d’un siècle, depuis la restauration des jeux modernes en 1896, l’olympisme s’est imposé comme une organisation majeure par l’ampleur de l’adhésion, de la mobilisation et du modèle universel qu’il propose. Il est à la fois l’organisation internationale rassemblant le plus grand nombre de pays, la première entreprise de spectacle du monde organisant tous les deux ans les Jeux d’été ou les Jeux d’hiver et une puissante mythologie contemporaine capable de cristalliser une charge symbolique mondiale. Malgré cette ouverture, l’olympisme reste toujours dominé sur le plan politique et économique comme sur celui des résultats par les pays les plus riches du monde ; la réalité et les enjeux sont généralement cachés par le discours de célébration du mouvement sportif et des médias.
Les pressions extérieures ne sont pas seulement politiques, elles sont de plus en plus économiques. Les acteurs financiers n’appartenant pas au Mouvement olympique s’imposent comme partenaires officiels, qu’il s’agisse des médias, et en particulier des réseaux de télévision, et des entreprises multinationales qui associent leur image à l’événement. Jugés indispensables au fonctionnement économique du système, ils sont officiellement associés au CIO dans le programme TOP mis en place par le président Samaranch en 1985. La gouvernance mondiale de l’olympisme est donc soumise à pression extérieure et la globalisation économique y laisse une marque profonde.
La course aux médailles souligne les enjeux géopolitques des performances sportives. Si l’on prend l’exemple des Jeux de Sydney qui ont rassemblé 10 700 athlètes, on mesure l’inégale répartition des participants selon les pays et les continents. L’Europe qui ne rassemble que 11, 5 % de la population mondiale, compte près de 50 % des inscrits alors que l’Asie, avec 60 % de la population n’en présente que 15,9 %. L’Amérique et l’Océanie sont aussi surreprésentées et l’Afrique sous-représentée. C’est au niveau des résultats que les différences sont les plus manifestes puisque plus de 99 CNO de pays en développement n’ont aucun finaliste, alors que 6 CNO en totalisent plus de 100 et l’Europe à elle seule en réunit plus de 56 %. L’accès au podium est ainsi confisqué pour la majorité des nations, malgré quelques stratégies de spécialisation des pays du Sud pour tenter de jouer dans la cour des grands. Si l’essentiel est de participer, l’olympisme réussit en partie son ouverture, mais les inégalités flagrantes quant aux conditions d’organisation des sports selon les pays, comme celles résultant d’un marché des joueurs à sens unique, ne laisse guère de chances aux pays du Sud.
Enfin, si les Jeux Olympiques sont un événement spatial recherché, la course aux anneaux d’or reste cependant réservée aux villes riches, susceptibles de mettre en œuvre les installations nécessaires et d’assurer la sécurité des Jeux. Les grandes métropoles des pays du Sud, qui connaissent les croissances les plus fortes et de sérieux problèmes d’organisation urbaine, sont de fait mises hors jeu de la compétition.
Les auteurs concluent cet ouvrage riche d’informations méconnues en considérant que les J.O. peuvent être perçus comme le théâtre où s’affichent l’inégalité, les rapports de forces et les hiérarchies économiques et politiques. Ni tout à fait simulacres, ni tout à fait guerres, les luttes sportives sont devenues des rituels modernes où l’ordre social se donne à voir et se reproduit en paraissant se dissoudre. Permettant des rencontres réglementées dans des lieux diversifiés et selon un calendrier préétabli, le Mouvement olympique vise à l’instauration de pratiques universelles, mais un ordre sportif international s’est constitué. Celui-ci reste dominé par les pays les plus riches du monde et l’Europe y maintient sa prépondérance historique.