Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.2804151859
136 pages

p. 5 à 7
doi: 10.3917/sta.072.05

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no 72 2006/2

2006 Staps

Éditorial

Ghislain Carlier
Prononcer doucement une parole forte, relater l’invention du quotidien au-delà de sa banalité, célébrer les arts de faire des gens de terrain – expression qui ennoblit l’action à l’instar de celle qui évoque « les gens du voyage » – telle est la visée de ce numéro spécial que la revue STAPS consacre tout entier à l’intervention, après lui avoir réservé une section « sciences de l’intervention » depuis le nËš 57.
Prononcer doucement une parole forte… pour allier l’indispensable modestie qui doit guider toute démarche de production originale de savoirs, d’une part, et l’espoir que nourrissent les chercheurs en intervention de voir leurs travaux s’inscrire dans la construction d’une science de l’intervention, d’autre part.
Dans ce numéro spécial centré sur l’intervention en sport, en danse et sur l’enseignement de l’éducation physique, elle est forte la parole des chercheurs qui, s’étant arrêtés sur le quotidien des acteurs, en rendent compte de manière honnête, précise, objective ou subjectivement annoncée. Cette caractéristique soude entre eux des liens de parenté de plus en plus marqués. L’opération, tout en convergeant vers des buts ultimes – dire les pratiques et récupérer l’expertise des intervenants – emprunte des chemins variés. Quand les chercheurs s’inscrivent dans le paradigme contexte-présage-processus-produit, se réfèrent à la conation, analysent les pratiques sous l’angle didactique, décortiquent les discours à la lumière de la pratique discursive et de l’analyse conversationnelle, considèrent que l’action est située, et l’approchent sous l’angle sémiotique, quand ils partent de la conation en tant qu’inclination à agir, quand ils fondent la notion de transmission matricielle, ils démontrent qu’il n’y pas de voie royale ni d’itinéraire conseillé, ni de norme dans les recherches en intervention. Celles-ci sont soit ascendantes à partir d’études de cas et de méthodes qualitatives, soit descendantes, à partir d’expériences ou de recueil de données quantitatives. L’actuelle pluralité des recherches en intervention – loin de fragiliser le champ – atteste d’une double volonté : celle de respecter la complexité des situations, d’une part, et celle de ne pas délier deux éléments insécables, la rigueur scientifique et la pertinence sociale, d’autre part. C’est ce qui les amène à prononcer doucement une parole forte. Celle-ci est légitimée par le besoin impérieux de faire émerger les savoirs cachés dans l’agir professionnel, tout en finesse. Le travail est fignolé coup par coup jusqu’à obtenir un produit finement ciselé, livré à la réflexion et à l’interprétation des lecteurs qui en vérifient l’applicabilité. Dans bien des cas, les chercheurs choisissent de ne pas tirer des conclusions généralisables et/ou prescriptives.
L’intervention qu’analysent les auteurs de STAPS est constituée des ingrédients suivants. Il s’agit de motricité humaine, manifestée dans trois champs contigus qui, loin d’être des prés carrés, possèdent des clôtures non étanches : l’éducation physique, les activités sportives et artistiques. Ces pratiques, lorsque des professionnels débutants ou expérimentés s’en emparent à des fins éducatives, transforment les conduites motrices des pratiquants. L’intervention dont il est question ici débute en formation initiale et se prolonge dans les interactions qu’entretiennent chercheur et intervenant expert.
Le présent numéro reflète cette perspective.
Sa composition est le fruit de la sélection opérée par un comité scientifique composé de Daniel Bouthier (ARIS), Gilles Bui-Xuân (AFRAPS), Ghislain Carlier (colloque de Louvain-la-Neuve), Jacques Gleyse (revue STAPS), Jean-Francis Gréhaigne (eJRIEPS). Il s’agit d’un panel pluraliste, à l’image des tendances fortes et créatrices qui construisent le champ des recherches en intervention. Les auteurs sélectionnés sont des participants au colloque « Intervenir dans les activités physiques, sportives et artistiques. Du débutant à l’expérimenté. Pratiques, recherches, formations », organisé par l’AFRAPS (2e biennale), l’ARIS (3e biennale) et l’unité EDPM (UCL) en janvier 2005 à Louvain-la-Neuve (Belgique). Les textes soumis ont été expertisés selon les normes habituelles de la revue STAPS.
Le numéro spécial 72 est un des trois panneaux du triptyque des publications qui rendent compte des travaux du colloque mentionné ci-dessus. Il figure aux côtés de l’ouvrage intitulé Intervenir en éducation physique et en sport, qui rassemble quatre-vingts textes coordonnés par Gh. Carlier, D. Bouthier et G. Bui-Xuân, paru aux Presses universitaires de Louvain (2006) et aux côtés des numéros 9 (janvier 2006) et 10 (juillet 2006) de l’eJRIEPS.
Le sommaire est constitué de neuf articles. G. Serres et coll. se demandent si l’on apprend vraiment à enseigner en formation initiale. Ils montrent comment s’opère le développement de stagiaires d’EPS, notamment par des phénomènes d’émergence de signification à partir d’activités syncrétiques. G. Vanlerberghe et coll. mesurent l’expertise de jeunes enseignants d’EPS au travers du curriculum conatif balisé au fil du temps par trois étapes émotionnelle, fonctionnelle puis centrée sur la mission, qu’ils nomment technique. L’article de T. Roux-Pérez présente deux études de cas pour décrire la manière dont ces enseignants appréhendent leur parcours professionnel, y trouvent des ancrages et développent des stratégies pour donner du sens à leur contexte de travail. Son étude met en lumière l’importance de l’histoire personnelle sur la façon d’investir le métier et d’en saisir les opportunités. Avec le travail de V. Lentillon et coll., on s’intéresse aux perceptions que les élèves ont du soutien de leur professeur. On y apprend qu’en général, les élèves déclarent se sentir d’autant plus soutenus et être d’autant plus satisfaits du soutien de leur enseignant que ce dernier est jeune, sans expérience, stagiaire ou agrégé. D’élèves d’EPS, il est aussi question, mais à Taiwan cette fois, sous la plume de C.W. Chang et coll. Ces auteurs instaurent un débat d’idées entre deux phases de jeu collectif. Ils y étudient la mise en place par les élèves d’un espace dialogique partagé, leur manière d’interpréter la systémique du rapport de force en jeu et comment ils extraient les règles de l’action efficace.
Quant à J. Vellet, elle étudie la transmission matricielle d’une danse contemporaine par une chorégraphe reconnue au profit de professeurs de danse expérimentés. Elle propose quatre fonctions spécifiques des discours en situation qui permettent de fonder la notion de transmission matricielle. Suivent trois recherches relatives à l’intervention en sport.
A. Mouchet et coll. prennent en compte la subjectivité des joueurs de rugby et soulignent l’importance de la facette subjective, que ce soit dans la dynamique attentionnelle ou dans les prises de décisions. Si des points communs existent entre ces sujets, les auteurs mettent au jour l’existence de logiques propres, non assimilables à des logiques rationnelles de jeu. Des savoirs enseignés à l’expérience des enseignants : c’est le thème développé par D. Loizon et coll. par un exemple de mutation chercheur-praticien dans le cadre de l’analyse des pratiques en judo. Cette recherche met au jour des questions éthiques du côté du chercheur. Elle fait émerger la part d’insu, de valeurs intimes et personnelles dans les interactions didactiques avec les élèves du côté de l’enseignant. Enfin, last but not least, M. Roy et coll. se penchent sur le processus d’implantation de l’entraînement à la prise de décision auprès d’un entraîneur de football canadien qui prépare les joueurs à un effort cognitif accru pour mieux affronter les exigences tactiques de la compétition. Les occasions de répondre des participants se sont améliorées par ce processus, ainsi que les performances du groupe. La clé du succès repose sur l’utilisation judicieuse de certaines variables contextuelles, dont le niveau d’habileté des participants.
Ce numéro 72 est destiné aux chercheurs, mais également aux praticiens co-auteurs, objets, sujets ou partenaires des études présentées ici. Il s’adresse aussi aux étudiants dont la formation initiale est (ou devrait être, selon les lieux…) de plus en plus ancrée dans les réalités de terrains, mises en mots et théorisées par un courant de recherche en plein développement.
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