2006
Staps
Actualité scientifique
Jacques Mikulovic, La dynamique du pilier. Les APS, outils de dépassement des clivages socioconatifs
Thierry Terret
• Jacques Mikulovic, La dynamique du pilier. Les APS, outils de dépassement des clivages socioconatifs, diplôme d’habilitation à diriger des recherches, soutenu le 10 mars 2006 à l’Université du Littoral Côte d’Opale devant un jury constitué de Gilles Bui-Xuân, Daniel Bouthue, Ghislain Carlier, Claude-Louis Gallien, Jacques Gleyse, Anne Marcellini, Marie-Line Reynaud et Jean-François Sautereau (président)
Jacques Mikulovic, La dynamique du pilier. Les APS, outils de dépassement des clivages socioconatifs, diplôme d’habilitation à diriger des recherches, soutenu le 10 mars 2006 à l’Université du Littoral Côte d’Opale devant un jury constitué de Gilles Bui-Xuân, Daniel Bouthue, Ghislain Carlier, Claude-Louis Gallien, Jacques Gleyse, Anne Marcellini, Marie-Line Reynaud et Jean-François Sautereau (président)
Sans doute l’HDR de Jacques Mikulovic n’est-elle pas exactement conforme à ce que d’aucuns, dans une vision éventuellement trop étroite, considèrent comme « devant » être une HDR. Sans doute l’activité professionnelle du candidat est-elle plus visible à travers l’efficacité et le professionnalisme dont il fait preuve dans ses multiples fonctions de directeur du STAPS de Dunkerque, de trésorier de la Fédération française du sport universitaire, de membre de la commission recherche de la Fédération française de sport adapté, etc., que de chercheur installé dans un puissant laboratoire. Et pourtant, quel bel exemple d’articulation de la pratique du chercheur et de la pratique des APS ! Quel belle illustration, aussi, d’une synthèse réussie entre une trajectoire professionnelle et sportive et des intérêts spécifiques pour la recherche. Devant un amphithéâtre bien garni, Jacques Mikulovic a démontré comment les STAPS pouvaient s’avérer un véritable lieu de synergie institutionnel, pédagogique et scientifique.
Comme le titre du mémoire l’indique, Jacques Mikulovic est parti du pilier de rugby, en le prenant à la fois comme symbole et métaphore du travail ingrat, du travail d’affrontement, du travail nécessairement collectif et solidaire qui se joue dans une rencontre, mais aussi comme symbole des articulations, points d’appui, et « négociation » que cette même rencontre suppose. La métaphore est certes parfois poussée à la caricature, mais il y a une certaine pertinence dans l’identification des phases par laquelle passe un chercheur en STAPS – qui n’est jamais qu’un chercheur en STAPS – en les rapprochant des étapes que traversent un sportif et un intervenant en APS. Dans une première étape, dite émotionnelle, le chercheur (avec le sportif et l’intervenant) se situe dans une logique de développement qui se reflète dans ses comportements, attitudes et choix institutionnels et scientifiques. Dans une deuxième étape, dite fonctionnelle, il bénéficie d’une « éducation », mais ce n’est que dans la troisième, dite technique, qu’il réalise un véritable apprentissage (reflété et validé par la thèse). La quatrième étape, dite contextuelle, voit le chercheur atteindre un palier dans la généralisation et l’utilité de ses travaux, l’ultime étape correspondant à l’expertise et l’innovation que seuls certains atteignent.
Malgré son caractère un peu systématique – mais c’est le propre d’un cadre théorique –, le modèle utilisé « conatif » n’est pas sans séduire, qui dresse un enchaînement de « profils » ou d’idéaux (même si le candidat ne s’appuie pas sur un modèle weberien). Le chercheur suivrait alors cinq étapes, où il se montrerait successivement « euphorique », « explorateur », « besogneux », « initiateur », avant de devenir une « référence », dernier temps que le candidat avoue modestement ne pas atteindre. Ces profils, qui reflètent les transformations du sens donné à l’activité du chercheur, illustrent en fait aussi et surtout la manière dont celui-ci articule avec plus ou moins de réussite plusieurs paramètres (structure, technique, fonction) qui, eux-mêmes, se déclinent dans des thèmes de recherches déjà validés et des perspectives. Jacques Mikulovic en identifie les principaux : les articulations entre handicap, sport et environnement, les relations entre sport, stratégie identitaire et intégration, enfin, les relations entre sport, violence et santé. Elles sont rapidement présentées lors de la soutenance, mais les membres du jury auront été apparemment presque plus sensibles à l’audace du discours, à l’honnêteté, l’authenticité et la puissance du propos, à la conviction et à l’implication du candidat.