Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.2804154851
144 pages

p. 139 à 140
doi: 10.3917/sta.076.0139

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n° 76 2007/2

Terret, T & Zancarini-Fournel, M (éds), « Le genre du sport », CLIO, Histoire Femmes Sociétés, nËš 23/2006, 379 p.

« Le genre du sport », coordonné par Thierry Terret et Michèle Zancarini-Fournel, est le fruit d’une collaboration entre historiens du sport et CLIO, Histoire Femmes Sociétés, une revue d’histoire des femmes et du genre dont les comités de rédaction et scientifique regroupent d’éminent(e)s historien(ne)s tel(le)s que L. Capdevila, A. Corbin, A. Farge, G. Fraisse, C. Klapisch-Zuber, Y. Kniebieler, P. Laslett, M. Perrot, R. Roggers, J. Scott, F. Thébaud, M. Zancarini-Fournel.
Cette contribution sur le genre du sport, un concept devenu catégorie d’analyse appliquée à une institution qui s’est historiquement construite comme masculine et propice à la reproduction de l’ordre social de genre, propose une histoire « genrée » du sport. Elle constitue un état des lieux du renouvellement de l’historiographie du sport. Nous le mesurons d’autant mieux après la lecture de la revue de littérature sur « le genre dans l’histoire du sport » de T. Terret. Ce dernier souligne bien comment l’histoire du sport féminin engagée à partir du début des années 1970 va progressivement être relayée par une histoire genrée du sport qui se développe depuis le début des années 1990. Ce numéro 23 de la revue CLIO se consacre ainsi aux orientations récentes des travaux en histoire du sport : en construisant une histoire des relations entre le féminin et le masculin, il propose de ne pas considérer le sport comme un simple moment révélateur ou de « cristallisation » d’émancipation pour les femmes.
L’appréhension d’essentialisme que pourrait induire le titre « le genre du sport » est réductrice puisque la perspective choisie s’attache à la pluralité des contextes de construction et d’expression du genre en, dans et par le sport.
En effet, des périodes historiques très différentes allant de l’Antiquité à nos jours sont abordées : à titre d’exemples, H. Guiraud s’attache aux « représentations des femmes athlètes aux VIe-Ve siècles avant J.-C. » (dans la rubrique documents) ; J.K. Rühl s’intéresse aux « hommes et femmes dans les tournois du Moyen-Âge ; S. Vaucelle étudie les « Femmes et les “sports” du gentilhomme de l’époque médiévale à l’époque moderne » et C. Ottogali considère les femmes alpinistes de 1874 à 1919.
Avec le choix délibéré de ne pas réduire le « sport » à des pratiques compétitives, des activités telles que les tournois médiévaux, l’alpinisme, la gymnastique d’entretien, ont pu être abordées, respectivement par J.K. Rühl, C. Ottogali et N. Bazoge. De plus, le « sport » n’y est pas simplement compris comme une institution, un règlement ou un discours ; il est aussi vu comme un travail du corps par la pratique, les équipements, les espaces, les vêtements et les images. À ce titre, les contributions de P. Vertinski sur « les géométries du pouvoir dans les espaces et les lieux sportifs » et de C. Mennesson sur « le gouvernement des corps de footballeuses et boxeuses de haut niveau » sont tout à fait judicieuses et révélatrices de la nécessaire articulation de l’histoire et de la sociologie sur la question du genre en sport.
Par ailleurs, une perspective internationale est proposée. G. Pfister montre comment, en Allemagne, chaque période produit des connaissances, conceptions et définitions de la santé et de la maladie qui reflètent les conditions de vie et idéologies du moment autant que les positions de classe et de genre. G. Gori analyse les pratiques et principes esthétiques contradictoires imposés par le fascisme au corps des femmes en Italie. J. Mc Kay et S. Laberge, quant à eux, s’intéressent à « l’ordre hiérarchique de genre dans l’univers sportif » à travers le « régime sexuel du sport », avant de nous offrir une série de perspectives de recherche.
En outre, une approche plus circonscrite à l’intérieur d’un contexte national donné complète cette vision. Elle inclut d’abord des études à propos d’investissements sportifs « non conformes » aux appartenances de sexe pour l’époque considérée : S. Vaucelle montre comment progressivement des traces plus variées de mixité apparaissent à la toute fin de l’ère moderne dans des jeux traditionnellement masculins ; C. Mennesson s’attache aux façonnages contemporains du corps des boxeuses et footballeuses qui questionnent les définitions traditionnelles des catégories sexuées et N. Bazoge retrace la dynamique des présences masculines et féminines en gymnastique d’entretien tout au long du XXe siècle. Par ailleurs, une analyse couplée genre/classe sociale est envisagée, au sein du sport français du XXe siècle, par C. Louveau qui traite des « inégalités sur la ligne de départ : femmes, origines sociales et conquête du sport ». G. Pfister a, elle aussi, intégré cette dimension dans sa contribution sur les activités physiques, la santé et la construction des différences de genre en Allemagne (ci-dessus déjà mentionnée). Enfin, une approche relative à la spécificité coloniale est traitée par N. Bancel, à travers l’image du sport scolaire colonial en 1955 au Maroc. Ce triple point de vue international, national et intra-national à plusieurs titres, montre bien la nécessité de concevoir la pluralité du « genre du sport » et sa relative autonomie historique.
Nommé « revue du mois » par L’Histoire et faisant l’objet d’un article élogieux dans Le Monde, ce numéro atteste de la légitimité académique désormais acquise par une telle lecture « genrée » de l’histoire du sport, dont on peut noter ici qu’elle est élaborée par des auteur(e)s évoluant en majorité en sciences du sport (13 sur 17) et par des hommes aussi bien que par des femmes, même si ces dernières restent plus nombreuses (11 sur 17).
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