Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804157791
120 pages

p. 107 à 110
doi: 10.3917/sta.081.0107

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Recensions

n° 81 2008/3

Jean-Pierre Augustin, Géographie du sport. Spatialités contemporaines et mondialisation. Paris, Armand Colin, coll. « U – Géographie » 2007, 224 p., fig., ill.

Cet ouvrage envisage le fait sportif sous l’angle disciplinaire de la géographie. Il « se propose de traiter des rapports existant entre le sport, les espaces sportifs et la mondialisation en utilisant les apports d’une lecture géographique des sociétés » (p. 13). Le livre peut être lu conjointement comme une étape supplémentaire par laquelle J.-P. Augustin (ré)agence ses propres problématiques de géographe du sport, à leurs différents niveaux d’échelles spatiales de référence, et comme une synthèse ambitieuse incluant les travaux de recherches menés en France et des publications majeures publiées par quelques auteurs anglo-saxons.
Ambitieux, ce livre l’est également par son intention de rendre compte de la complexité croissante et accélérée du phénomène sportif en ses différents points d’ancrage spatial, se répartissant du micro-local aux plus vastes « ensembles » supracontinentaux. En outre, souligne l’auteur, les logiques globales s’articulent sur des particularités locales. Ces processus, dont la géographie permet de dégager des modélisations particulièrement fécondes, sont affectés ou à tout le moins influencés par des facteurs spécifiques, liés aux contextes économiques, politiques et culturels de proximité ; ce qui ne simplifie pas la tâche du géographe. Pour autant, ce que l’auteur appelle « une mondialisation relative des pratiques » atteste d’une tendance à l’unification de certaines formes de pratiques par-delà des particularismes « locaux » ou « régionaux ».
Pour rendre compte de la géographie du sport, J.-P. Augustin se propose d’analyser différentes formes d’apparition, d’implantation et de diffusion des sports en fonction de modèles – et de modélisations – qui appartiennent au corpus théorique de la géographie. Le livre s’articule en deux parties : La première s’intéresse aux « cultures sportives » (p. 17-114). La deuxième partie prend en considération les « aménagements » sportifs de l’espace (p. 115-204).
Les trois chapitres qui composent la première partie traitent respectivement des aspects suivants : l’origine et le développement spatial du fait sportif, les mécanismes de diffusion du sport et la structuration des emblématiques sportives, la dynamique urbaine et le jeu des localisations sportives. En prenant soin de traiter d’un large éventail de sports et/ou d’échelles spatiales, l’auteur applique des modélisations propres à la géographie. La confrontation entre l’information factuelle et ces modèles explicatifs est particulièrement bien conduite : diffusion internationale des sports et modèles de contre-diffusion (« le particularisme nord-américain », p. 28 et suiv.), théorie du lieu central, (p. 82 et suiv.), modèles d’attractions gravitaires (p. 94 et suiv.), dynamique centre-périphérie (p. 101 et suiv.).
La deuxième partie envisage la problématique des aménagements et sites sportifs en examinant successivement : la constitution des lieux sportifs en France (comme point de convergence d’une demande sociale et de l’intervention publique) (p. 117 et suiv.), l’invention de la « nature » sportive (littoral, montagne, développement local…) (p. 145 et suiv.), les sites d’accueil des grandes compétitions internationales, qui reflètent aussi, de façon oblique, les relations « Nord/Sud » (p. 171). Les politiques d’équipement sportif et d’aménagement des sites, entendues au sens large, sont l’expression concrète de stratégies de conversion, de requalification et de promotion des « lieux » du sport, indispensables dans un contexte de recomposition accélérée des équilibres économiques.
L’auteur prend soin de noter qu’il ne s’agit pas, au fil des chapitres, « de dresser un panorama exhaustif du sport et des processus socio-spatiaux qui le traversent » (p. 17). Les limites d’un livre n’y suffiraient pas. De même, en particulier pour la deuxième partie de l’ouvrage, il n’est pas question de dresser un inventaire des méthodologies ou des méthodes d’analyse utilisées par les décideurs sportifs (des agents en charge des politiques locales à ceux qui appartiennent aux organismes internationaux que sont les fédérations concernées ou le CIO). En revanche, les aménagements sportifs durablement réussis sont bien la marque d’une transformation de la société qui se traduit par une mobilisation collective des acteurs en présence, par une ouverture sociale des pratiques et par une valorisation symbolique des territoires.
Peut-être pourra-t-on regretter que l’auteur ne détaille pas, ici ou là, quelques situations « spatiales » problématiques (un « sport africain à la fois dominé et sous-développé », du fait d’un certain impérialisme des puissances économiques du « Nord »… p. 178) ou des « erreurs » d’appréciation (à l’exemple du coûteux chantier olympique de Montréal, p. 197) ou bien la pertinence toute relative d’un programme (les J. Sports implantés dans les « quartiers de relégation » comme illustration naïve de la thèse « fonctionnaliste », pour reprendre la terminologie de l’auteur), ou encore les conflits locaux d’usage des espaces opposant parfois pratiquants des sports de nature et groupes socio-professionnels ruraux, par exemple. Autant de cas de figure que J.-P. Augustin a déjà étudiés et publiés par ailleurs.
Cependant, ce point de détail ne saurait affaiblir les fortes conclusions du livre, qui s’appuient sur un bilan actualisé des travaux disponibles en géographie du sport.
L’auteur opte pour une articulation dynamique entre les travaux et recherches à prétention généralisante (ou nomothétique) et les études idéographiques visant plutôt à mettre en valeur les particularismes. Sous ses formes plurielles, le sport contemporain « progresse et s’affiche comme une expression majeure de la culture » et « comme un organisateur des spatialités » (p. 205). Sa capacité à renouveler les méta-récits louant la fraternité et l’émulation humaine, dont la transposition s’accompagne de multiples traductions spatiales, est peu contestable (p. 206). « Dans tous les cas, des pistes sont ouvertes mais il reste beaucoup à faire dans chacun des domaines évoqués » (p. 207). Certes, mais le livre atteint sans ambiguïté les deux objectifs généraux qu’il s’était fixés au départ : « affirmer la légitimité de l’objet d’étude […] pour sa capacité à révéler les spatialités contemporaines » ; « fournir un fond cognitif commun (concepts, méthodes, analyses…) utile à la recherche » (p. 5 et 6). Enfin, autre aspect des plus utiles, le livre Géographie du sport publié par J.-P. Augustin identifie les auteurs et les centres universitaires français qui ont contribué et contribuent au rayonnement de cette spécialité disciplinaire, y compris d’un point de vue comparatif, par rapport aux principales « Écoles » géographiques qui rayonnent à l’étranger.
Jean-Paul Callède
Sociologue au CNRS (GEMAS, UMR 8598)

Jean Corneloup (éd.), Sciences sociales et loisirs sportifs de nature. L’Argentière-la-Bessée, éd. du Fournel 2007, 390 p.

Cet ouvrage, réunissant une vingtaine de contributions elles-mêmes regroupées en quatre grandes parties, fait suite à la tenue d’un colloque visant à appréhender les sports de nature à travers une épistémologie du multiple et de la transversalité.
La définition de pratiques traditionnellement qualifiées de « plein air », qu’il s’agisse de la randonnée pédestre, du canoë ou de l’escalade, fait tout d’abord l’objet d’un examen attentif prenant appui sur une approche non plus simplement fonctionnaliste mais de type « constructiviste » susceptible de nous éclairer, de manière adéquate, sur les notions d’engagement et de risque, de danger et de vulnérabilité. Les dimensions récréatives, hédonistes ou hygiéniques, historiquement dominantes, ne doivent dès lors plus occulter d’autres enjeux, notamment financiers ou environnementaux.
Après ces points de repère d’ordre réflexif, place à une présentation des dynamiques de recherche propres à chaque champ disciplinaire. Le sociologue, par exemple, s’intéresse, en fonction des paradigmes adoptés, aux politiques menées en matière de gestion des zones péri-urbaines, aux cultures organisationnelles ou bien encore aux logiques sociales. L’économiste, quant à lui, met l’accent, selon les échelles et les modélisations retenues, sur les emplois créés, le degré de structuration des marchés ou le poids du secteur associatif. Le juriste, de son côté, est davantage sensible à la réception des normes législatives ou réglementaires par les différents acteurs concernés ainsi qu’à la responsabilité administrative ou pénale de l’État et des collectivités locales, des clubs et des fédérations, des fabricants de matériels ou des prestataires de services. Quant au géographe, ses investigations portent plus particulièrement sur la fréquentation et l’aménagement des sites, la répartition des équipements et des infrastructures, les modes d’appropriation des lieux et des espaces. La triangulation des sources et des grilles de lecture apparaît ici très opportune afin de mieux saisir, en croisant ces regards, les différentes facettes des phénomènes étudiés.
Une fois ces « ponts » ainsi établis, il est alors possible, en privilégiant une « socio-anthropologie de l’expérience corporelle », de questionner sous un angle méthodologique les choix opérés, que l’on se réfère aux procédures d’observation ou aux outils d’analyse, au traitement des données ou aux cadres interprétatifs. Plusieurs terrains – raid aventure, expédition polaire, snowboard – servent de support à l’argumentation.
Les trois derniers chapitres ont trait à la thématique du tourisme, de la valorisation du patrimoine et des savoir-faire. Dans un contexte à la fois de mondialisation et de décentralisation, la prise en compte – pour chaque territoire – des « actifs génériques » et des « ressources spécifiques » s’avère essentielle.
Un volume, au total, bien charpenté, très stimulant et qui nous renseigne utilement sur les nouveaux rapports au corps, à la nature et à autrui.
Gilles Ferreol
Université de Franche-Comté (LASA, laboratoire de socio-anthropologie)
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Christine Ulivucci, Psychogénéalogie des lieux de vie. Ces lieux qui nous habitent. Paris, Payot, 2008, 251 p., ill.

Dans son ouvrage récemment publié aux éditions Payot, Christine Ulivucci, psychothérapeute et fondatrice de l’Atelier de recherche sur le transgénérationnel, explore « ces lieux qui nous habitent ».
Chacun, au fil des chapitres, sera confronté à des questionnements existentiels, et ce à partir d’interrogations assez pragmatiques dont je vous propose quelques exemples :
  • Où nos ancêtres ont-ils vécu ? Que nous évoquent ces noms de villes, de pays, de rues ? Y a-t-il dans notre famille une tradition de déplacements ou de fixité ?
  • Où les gens de notre famille sont-ils nés, où se sont-ils mariés ? Où sont-ils morts ?
  • Où sont-ils enterrés ? Auprès de qui ?
  • Notre famille a-t-elle été confrontée à l’exil ?
  • Existe-t-il des cas d’enfants mort-nés privés de sépulture ?
Dans les réponses élaborées par l’auteur à partir d’une multitude d’exemples concrets, le lecteur trouvera des résonances avec sa propre histoire. Ainsi, l’examen des lieux devient le fil conducteur pour débusquer ce qui, dans les générations précédentes, n’a pas été parlé, élaboré. Il s’agit le plus souvent de secrets de famille, de tabous autour de la maladie, la mort, le sexe, qui, aujourd’hui encore, nous empêchent d’accéder à notre potentiel. Par ailleurs, la maison, envisagée comme une seconde peau, et les liens que nous entretenons avec elle, peuvent révéler la façon dont nous habitons notre corps, et par là même notre vie.
Dans un style clair et accessible à tous, cet ouvrage s’adresse tout aussi bien aux spécialistes qu’à ceux qui désirent simplement écouter ce que les lieux ont à dire de leur histoire familiale.
Michèle Benaiche
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