Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804157807
116 pages

p. 7 à 8
doi: 10.3917/sta.082.0007

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n° 82 2008/4

2008 Staps
Numéro spécial « Sport et travail » : présentation

La construction/sélection d’individus ajustés aux métiers liés au sport

Le projet du numéro spécial Sport & Travail visait à regrouper des recherches récentes sur le travail dans les organisations sportives non réduites aux activités des sportifs dits professionnels ou aux métiers de l’encadrement sportif. Autrement dit, il s’agissait de l’ensemble des activités professionnelles requérant un minimum de savoirs, savoir-faire, expériences et manières d’être sportif dans l’exercice du métier. Par ailleurs, les propositions de problématiques étaient assez vastes puisqu’elles recouvraient très largement les interrogations contemporaines de la sociologie du travail : les transformations de l’organisation du travail et de la gestion des salariés au sein des organisations sportives ; la dynamique des professions et des identités professionnelles ; la construction des politiques d’emploi et l’organisation des marchés du travail ; et la division sexuelle du travail.
Pour autant, l’objectif n’était pas de faire une synthèse sur l’état des savoirs dans ce vaste domaine. Plus modestement, il s’agissait de susciter des contributions autour d’un domaine de recherches en voie de construction. En effet, si la question sociologique du travail dans le domaine du sport n’est pas récente, il semble que, depuis une dizaine d’années, on assiste à un développement et à une tentative de structuration de ce champ de recherches. Quelques indices récents pourraient le confirmer : une session sur les professions du sport au congrès de l’Association Française de Sociologie (AFS) en 2006 à Bordeaux ; le séminaire de la Société de Sociologie du Sport en Langue Française (3SLF) en 2006 sur le concept de carrière dans les métiers du sport ; le colloque Sport et travail organisé en 2007 par l’université de Lille II ; la journée d’études initiée par l’équipe d’accueil en sciences du sport (EA 1342, Strasbourg II) en 2008 sur les modalités d’encadrement dans et par le sport… sans compter les thèses de jeunes chercheurs en STAPS dans ces domaines.
Si ces interrogations constituent un indice de l’extension des thématiques de la sociologie française du sport (des pratiques aux mondes sociaux des organisations sportives), elles sont également liées aux transformations du contexte institutionnel de l’enseignement supérieur. Ces dernières se traduisent notamment par l’injonction ministérielle à la « professionnalisation » des étudiants en STAPS visant une amélioration de l’adéquation entre formation et emploi. Mais ces préoccupations institutionnelles sont ici reformulées selon des problématiques proprement sociologiques.
Ce n’est donc pas un hasard si les articles qui composent ce numéro spécial traient moins des relations au travail que de l’ajustement des individus à l’emploi et aux conditions du marché du travail. En effet, à l’exception de l’article de Richet et Soulé qui abordent la question traditionnelle des conflits au travail chez les moniteurs de natation en termes de rhétorique professionnelle et de rapport de forces, l’ensemble des contributions construisent leur objet en amont des situations de travail proprement dites. Autrement dit, c’est la question des conditions d’accès à l’emploi et à l’appropriation/intériorisation des contraintes du marché du travail qui devient centrale.
Deux axes se dégagent des contributions. D’une part, celui de la socialisation pré-professionnelle : les articles de Salaméro et Haschar-Noé sur les métiers du cirque et de Bertrand sur les apprentis footballeurs professionnels le traitent dans la perspective de l’inculcation/intériorisation d’une culture et d’un éthos professionnels susceptibles d’ajuster les dispositions des individus aux conditions d’entrée sur un marché du travail singulier. Cette incorporation, via un ensemble de dispositifs institutionnels, passe notamment par la conversion de la vocation sportive à l’incorporation des contraintes spécifiques, voire ambivalentes, du métier et de l’entrée sur le marché du travail.
D’autre part, l’axe des logiques de recrutement et de l’évaluation des compétences des candidats à l’embauche : les articles de Hidri et Bohuon et de Gasparini et Pierre (petite et grande distribution spécialisée d’articles de sport) et celui de Wipf et al. (les salles de forme) s’emparent de cette question. Ils montrent en particulier que les pratiques des recruteurs s’appuient sur un ensemble de représentations ou de croyances sur les dispositions sportives et relationnelles des candidats pour mettre en Å“uvre leur sélection. Cependant, ces jugements et appréciations présentent une certaine hétérogénéité qui tient à la fois à la trajectoire biographique des recruteurs, aux caractéristiques fonctionnelles de l’organisation (taille, produits vendus…) et à la structure de l’offre locale.
Cet ensemble de monographies ou d’enquêtes locales ouvre au moins deux grands types de perspectives. La première a trait à la relation entre les situations observées et les contraintes structurelles qui pèsent sur le fonctionnement des organisations. En effet, si les conduites des employeurs peuvent en partie être déterminées par leurs représentations, leurs croyances et leurs trajectoires biographiques, il n’en reste pas moins que les contraintes économiques et la nouvelle idéologie managériale modifient profondément le rapport salarial et influencent les stratégies et pratiques des employeurs à l’égard des candidats à l’embauche. Il resterait donc à savoir comment ces contraintes s’actualisent au sein des différentes organisations sportives à partir de dispositifs matériels et symboliques : quelle est la diversité des formes d’adhésion, d’appropriation de ces contraintes et quels sont les éléments structurants des variations locales ?
La seconde perspective renvoie à la question de la spécificité des activités professionnelles généralement fondées sur la vocation ou la passion sportive. Elle appelle classiquement à des analyses comparatives avec d’autres métiers, qu’il s’agisse de la production/sélection de travailleurs dans le domaine « social », « culturel », ou encore dans l’ensemble des métiers de service. Il s’agit en effet de savoir si les logiques observées (formes de socialisation professionnelle, rhétoriques et pratiques du recrutement…) révèlent les singularités d’un monde du travail ou dévoilent une exemplarité généralisable à d’autres métiers. Autrement dit, quels peuvent être les apports de la sociologie des activités professionnelles « sportives » à la sociologie générale du travail ?
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