Staps
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804104665
128 pages

p. 101 à 107
doi: 10.3917/sta.083.0101

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n° 83 2009/1

Jean-Bernard Paturet [1], Incroyables religions. Une lecture psychanalytique du phénomène religieux, Paris, Le Cerf, 2008

Le peintre Zao-Wou-Ki disait : peindre, c’est tout ce que je sais faire. Jean-Bernard Paturet pourrait peut-être reprendre cette maxime : philosopher, c’est tout ce que je sais faire. Et il le fait bien. Si Alain précisait qu’il y a des professeurs de philosophie d’une part et d’autre part des philosophes, Paturet, tout en exerçant son magistère d’enseignant à l’université de Montpellier et de directeur de l’équipe de recherche Esthétique et éducation en psychanalyse, est animé de la passion de la philosophie – amour de la sagesse ou sagesse de l’amour –, qui le guide. C’est cette passion qui le conduit sur les chemins divers tels que la célébration de L’Esprit du vin (1993), Le métier de directeur (1991) ou encore qui le pousse à faire sonner La psychanalyse à coups de marteau (2004). Voilà une Å“uvre qui se construit autour de la main courante de la psychanalyse, dans une approche non dogmatique, débarrassée de la langue de bois et de l’entre-soi que cultivent malheureusement trop d’écoles et d’associations psychanalytiques. Il s’agit de faire de la « psychanalyse amusante » comme le préconisait Lacan. Dès sa thèse de doctorat, prolongée d’un ouvrage qu’il en retira chez érès (Introduction philosophique à l’Å“uvre de Freud, 1990) Paturet avait dégagé chez Freud les linéaments philosophiques de sa pensée. Faire cheminer de concert psychanalyse et philosophie ne va pas de soi. Il s’agit pourtant d’une tentative de ne refermer sur lui-même aucun de ces champs. Paturet a l’esprit ouvert, ce qui lui donne une liberté de ton et de l’envergure dans la pensée. Il ose. En s’attaquant aujourd’hui, dans la foulée d’une démarche déjà bien éprouvée, à questionner le phénomène religieux, il franchit un pas de plus. On a souvent opposé ces deux approches. Freud en son temps fit un sort à la religion dans L’avenir d’une illusion, mais la confrontation n’est jamais achevée. En effet, la religion et la psychanalyse ont ceci en commun qu’elles questionnent le sens. La religion y répond en invoquant le nom d’une divinité et établit un culte ; la psychanalyse nous laisse plutôt en rade devant une énigme vivante, qu’un psychanalyste tel que le fut François Tosquelles énonçait radicalement ainsi : qu’est-ce que je fous là ? Autrement dit, face à la question de la philosophie classique de la transcendance, la religion produit une figure là où la psychanalyse laisse une place vacante. La religion « n’est que le soleil illusoire qui gravite autour de l’homme tant que l’homme ne gravite pas autour de lui-même », affirme Marx, dans une citation que l’auteur reprend. Le hic c’est que, quand il gravite autour de lui-même, il est confronté au vide et à la division : je est un autre. D’où la pente et le recours à l’opium du peuple. Plutôt l’anesthésie que la vérité nue. Dans cette perspective, Jean-Bernard Paturet a beau jeu, en prenant appui sur ces « maîtres du soupçon » que furent Marx, déjà cité, mais aussi Nietzsche et Freud, d’interroger les semblants sur fond desquels se déploie la « fascination » du religieux. Et ce dans un moment socio-historique tel que nous le vivons, où le phénomène religieux perdure ou fait retour parfois sous ses jours les plus extrêmes, les plus sectaires, les plus déviants, en se combinant au discours scientiste, ce qui fait que l’auteur peut aller jusqu’à parler de « bioreligion », il s’agit là d’une entreprise de salut public.Paturet, de ce lieu non-lieu, atopique, qu’ouvrent la pratique et la théorie analytique, se fait interrogateur sur plusieurs points qui font le socle de la croyance religieuse : qu’en est-il de la fiction d’un Dieu le père ? Que fait-elle fonctionner chez chaque sujet qui s’y prête ? Comment un certain discours du maître en établit-il le relais dans la communauté des croyants ? Pourquoi l’esprit de sacrifice anime-t-il toutes les formes de croyances religieuses ? Sacrifice de soi, mais aussi sacrifice d’autrui qui, à partir d’un communautarisme des semblables, vise à sacrifier le mécréant, l’étrange, l’étranger, le métèque. Pourquoi le religieux fait-il une telle consommation de production de sens tous azimuts, à s’y étourdir, au lieu de supporter l’énigme de sa présence au monde ? Cette énigme insoluble que la psychanalyse tente de garder vive. La religion viendrait alors en creux comme tentative, humaine trop humaine, de masquer, voire de gommer la perte et l’incomplétude originelles, point de jaillissement du symbolique car « le symbolique se manifeste d’abord comme meurtre de la chose et cette mort constitue dans le sujet l’éternisation de son désir » (Lacan, Écrits, p. 319).On ne peut pas en vouloir aux hommes de s’inventer des croyances pour se supporter face à l’incomplétude, on peut leur en vouloir de ne pas les interroger pour les relativiser. Ceci, dit on, peut admettre que la religion, débarrassée de ses formes extrémistes, représente pour certains un espace de consolation, un havre dans la tourmente de la vie en société. Malgré ses soubassements névrotiques, que Freud a pu dégager, car « l’acceptation d’une névrose générale dispense le croyant de la tâche de former une névrose personnelle ». Le père de la psychanalyse va même jusqu’à affirmer qu’une névrose obsessionnelle se constitue comme « la caricature d’une religion » (in Totem et tabou). La croyance religieuse revêtirait ainsi des vertus sédatives, voire thérapeutiques, face aux grandes questions de la naissance, la mort, la sexualité, devant lesquelles chacun est seul et démuni. Elle se situerait ce faisant dans la foulée de toutes les formes de croyances que s’inventent les hommes « par lesquelles notre vie s’éloigne de celle de nos ancêtres animaux et qui servent à deux fins : la protection de l’homme contre la nature et la réglementation des relations des hommes entre eux ». Il s’agit très précisément de la définition que Freud donne de la culture dans Malaise dans la civilisation. « C’est ainsi que nous humains voyons le monde : en l’interprétant, c’est-à-dire en l’inventant, car nous sommes fragiles, nettement plus fragiles que les autres primates. Notre imagination supplée à notre fragilité. Sans elle – sans l’imagination qui confère au réel un Sens qu’il ne possède pas en lui-même – nous aurions disparu, comme ont disparu les dinosaures », écrit magnifiquement Nancy Huston dans L’espèce fabulatrice. Alors souvenons-nous ici que l’origine du mot religion nous offre une perspective très ouverte. Le verbe latin religare signifie bien : relier, faire lien social. Les religions, comme les mythes, comme les histoires que l’on se raconte à longueur de temps, forment bien ce fond « increvable » sans lesquels nous ne saurions vivre les uns avec les autres. Cet increvable fond de croyance, comme le dit Lacan à propos du père et de la fonction qu’il soutient, on peut apprendre à s’en passer, à condition de s’en servir.
Joseph Rouzel
Psychanalyste, directeur de Psychasoc

Hugh Hornby, Uppies and Downies. The extraordinary football games of Britain, Swindon : English Heritage, “Played in Britain” series, 188 p., 2008

Le livre publié par Hugh Hornby, ancien conservateur du musée national anglais du sport à Preston, ne concerne pas le football que nous connaissons, celui des vedettes médiatiques, des rencontres internationales et du spectacle de masse standardisé dans les Public Schools anglaises entre 1840 et 1860. Au contraire, l’ouvrage explore le monde méconnu des pratiques populaires locales qui perpétuent au Royaume-Uni la tradition séculaire du « football à l’ancienne » (old style football). Les jeux dont il est question ici sont surprenants à bien des égards. Opposant deux équipes généralement constituées sur une base territoriale, « ceux du haut » (uppies) et « ceux du bas » (downies), ils se déroulent à même les rues pavées des villages ruraux, dans des champs boueux, dans des ruisseaux gelés ou sur des petits ports de pêche au clair de lune. Organisés pour la plupart annuellement, entre Noël et Pâques, ils sont étroitement associés à un moment donné du calendrier et aux rites festifs saisonniers qui s’y rapportent. Ils rappellent ainsi les jeux athlétiques anciens décrits par les historiens du sport, knappan gaélique ou soule française par exemple. Selon les localités, la taille des ballons peut aller de la grosseur d’une balle de tennis à celle d’un gros ballon de basket, ce qui change considérablement la physionomie du jeu. De même, il n’y a pas de limite de nombre de joueurs : celui-ci varie entre une dizaine et plusieurs centaines par équipe, sachant qu’un joueur peut fort bien commencer une partie comme joueur et la finir comme spectateur, et inversement. Concernant l’espace du jeu, la distance qui sépare un but de l’autre peut également varier de quelques dizaines de mètres à plusieurs kilomètres. Sous l’appellation commune de « football », ainsi, se cache une grande diversité de pratiques, dont certaines utilisent les pieds et d’autres les mains, et dont le dénominateur commun le plus sûr est la présence centrale d’une solide mêlée.
Malgré la difficulté qu’il y a à rassembler des pratiques si différentes en apparence, Hugh Hornby montre qu’il existe des règles qui sont transmises oralement de génération en génération, et que ces règles sont d’autant plus respectées qu’elles sont informelles et coutumières. Tous ces jeux, en effet, sont structurés par des frontières, des buts, des manières de marquer bien spécifiques. Dans une perspective historienne, l’auteur évoque les premières occurrences de ces jeux de ballon sur le sol britannique, qui lui semblent remonter à l’époque de la conquête normande et aux luttes entre corps de métiers dans les villes médiévales. Il étudie aussi les accusations de violence et les tentatives d’interdiction des jeux portées par le puritanisme d’abord, aux 16e et 17e siècles, par les bien-pensants victoriens ensuite, au 19e siècle. Face à cette réputation de violence, Hugh Hornby adopte une position plus nuancée qui consiste à faire confiance à la parole des acteurs du jeu. Selon ces derniers, en effet, les rencontres de « Uppies and Downies » sont plus des occasions de s’amuser et de se détendre que des moments pour régler des comptes. Pour preuve, un décompte quantitatif concernant plus de deux siècles de pratique (1800-2007) ne permet de recenser que 9 morts (dont 5 par noyade), tandis que 33 morts seraient à déplorer sur la seule saison 1908 de football américain.
Après une introduction bien informée qui décrit les caractéristiques générales, historiques et morphologiques, de ce groupe original de pratiques, le livre est organisé autour d’une vingtaine de chapitres courts qui font voyager le lecteur de la Cornouaille à l’Écosse, dans les 18 localités où peuvent être observés des jeux de ce type aujourd’hui. Chaque cas donne lieu à une description abondamment illustrée de cartes, de documents d’archives et de photographies contemporaines. Le livre rend compte des rituels entourant les matchs, des moments forts des différents jeux, des légendes locales qui les accompagnent, des équipes en présence, des tactiques privilégiées, des objets matériels utilisés, ainsi que du devenir possible de ces pratiques. Enfin, dans une perspective comparative, l’ouvrage présente aussi le cas du hurling (Cornouailles), d’autres jeux locaux similaires mais utilisant des objets autres que des ballons (un bâton à Haxey pour l’Épiphanie, un petit baril de bière à Hallaton pour Pâques), et quelques jeux propres aux grandes écoles (le Wall Game et le Field Game d’Eton, notamment, variantes du football).
De manière générale, l’ouvrage de Hugh Hornby permet de mieux connaître au présent des pratiques trop souvent rangées dans la case des curiosités historiques ou des antiquités. Un des enjeux actuels importants concerne alors les modalités d’organisation contemporaines de telles pratiques et leur relation au droit. En effet, dans un contexte de judiciarisation croissante de la société, les acteurs rechignent à mettre sur pied des organisations officielles par crainte de devoir assurer les blessures des participants ou les biens endommagés au cours du jeu. Cela pose le problème de l’adaptation de pratiques physiques traditionnellement régulées par le droit coutumier dans le contexte de la modernité. Un autre enjeu important concerne la revitalisation de ces pratiques et la passion des joueurs qui trouvent en elles, du fait de la liberté et de l’autogestion qu’elles proposent, une alternative au jeu standardisé proposé par les fédérations sportives. Dans le débat français sur l’histoire du sport, enfin, le livre de Hugh Hornby est précieux parce qu’il apporte des matériaux ethnographiques et montre que les données traitées par Elias ou Guttmann (traduit en français en 2006) ont un versant contemporain qu’il importe de prendre en considération pour mieux comprendre les débats liés à la définition et à l’évolution du sport.
Laurent Sébastien Fournier
Maître de conférences, Université de Nantes
laurent. fournier@ univ-nantes. fr

Daniel Le Gallais et Grégoire Millet (éds), La préparation physique. Optimisation et limites de la performance sportive, Paris, Masson, 2007, 390 p., 45 €

Daniel Le Gallais et Grégoire Millet dirigent un ouvrage dont l’objet d’étude exclusif est la performance sportive. C’est à un travail titanesque que se sont livrés les auteurs, aidés en cela dans leur démarche par plus de trente collaborateurs. Une analyse pointilleuse de nombreuses recherches et de leurs résultats nous permet de connaître les multiples possibilités d’optimisation de la performance mais aussi ses facteurs limitants. Cet ouvrage n’échappe certes pas à la classique présentation des métabolismes responsables de la couverture énergétique des efforts, avec cependant des références scientifiques très récentes issues des nombreux travaux de recherche menés ces deux dernières décennies.
Toutes les qualités physiques sont présentées ainsi que les moyens de détecter, mesurer, organiser et planifier leur développement. Même si les champs de la physiologie et de la biomécanique alimentent et justifient majoritairement toutes les études et recherches présentées, il est des secteurs jusqu’alors explorés isolément qui viennent compléter ce panel de connaissances. Les auteurs se sont en effet préoccupés de l’ingénierie de la préparation physique et ont abordé à ce propos son environnement juridique ou bien encore les stratégies de communication qui lui sont associées. Enfin, des résultats de protocoles d’expérimentations sont présentés sous forme d’applications pratiques. Même s’ils ne concernent que certaines spécialités (rugby, triathlon ou sprint), ils sont à l’image de l’intégralité de ce travail : scientifiques, donc précis et denses, et surtout très actuels.
Nul doute que bon nombre d’étudiants, d’enseignants et d’entraîneurs verront dans cet ouvrage un moyen d’actualiser et d’opérationnaliser leurs connaissances sur l’entraînement et les multiples adaptations de l’organisme à celui-ci.
Dominique Bossu
PRAG EPS
ULCO

Julien Fuchs, Toujours prêts. Scoutisme et mouvements de jeunesse en Alsace 1918-1970, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2007

Dans son ouvrage tiré de sa thèse de doctorat [2], Julien Fuchs se livre à une histoire des mouvements de jeunesse. Il met en avant les idéologies qui sous-tendent les visées éducatrices autour du plein air. Mobilisant un travail d’archive considérable, l’historien retrace la genèse des associations d’éducation populaires et les mouvements de salut (scoutisme alsacien). Il interroge des sources inédites comme les fonds des associations régionales et une iconographie très riche. Son analyse nous renseigne sur le rôle du processus identitaire. En se bornant à la période 1918-1970, il s’attache à montrer comment s’est construit le sentiment patriotique chez des jeunes Alsaciens et le rôle joué par les associations dans cette quête. L’identité et le sport sont des thèmes récurrents. L’immersion du corps dans la nature se pare de vertus régénératrices et éducatives aux sensibilités et aux identités (confessions, idéaux).
Dans l’ouvrage, il traite de la volonté des jeunes de s’extraire de la ville et souligne l’importance de retrouver un rythme dégradé par les conditions de vie urbaines. Ce travail étudie l’apparition du « retour à la nature » comme fonction d’hygiénisme et d’éducation physique. D’autres travaux historiques s’attachent à étudier l’apparition du « retour à la nature ». Le mouvement s’enracine dans une réaction à la vie urbaine opposant les géographes aux écrivains du tournant du XXe siècle (Élisée Reclus, Le Lannou). Dans son récent travail sur le naturisme, Arnaud Baubérot [3] montre également que le rejet de la ville s’y déploie et s’exacerbe. Dans nos sociétés contemporaines, la vie dans la nature s’impose comme une constante pour les citadins, à travers le camping auquel l’ethnologie des loisirs a consacré des contributions [4].
L’étude de Julien Fuchs apporte ainsi un éclairage sur le lien entre les identités et les rapports à la nature. Son analyse revient sur les idéologies hygiénistes et la morale du corps. Ainsi, la tradition des camps scouts, loin d’être une exclusivité chrétienne, s’inscrit dans le désir d’adultes d’apprendre la vie en collectivité à des jeunes, futurs citoyens. La nature est pensée comme le lieu du retour aux origines, permettant de renouer avec un rythme dénaturé par la ville. La relation des jeunes scouts à la nature trouve là une portée éthique dans la l’adaptation ludique d’enjeux sociaux. La morale, les apprentissages visent à fortifier les corps par l’élément. En étudiant le scoutisme, il insiste sur la dimension éducative que procure le contact des scouts aux éléments (cure de soleil…). Les séjours prolongés en camping (colonies de vacances, itinérances) sont pensés comme une « parenthèse dans la vie quotidienne » [5]. Son analyse revient sur les liens qui s’opèrent entre identité, religions et morale du corps. Le scoutisme n’est pas la « propriété religieuse » des Catholiques mais s’inscrit dans la volonté d’unir de jeunes citadins autour d’autres confessions (protestante, israélite…). Le sport perpétue ici une tradition d’homogénéiser les populations autour d’identités locales dépassant les clivages religieux. L’activité est un marqueur identitaire.
Dans l’étude des associations de jeunesse d’Alsace, Julien Fuchs consacre plusieurs chapitres à cette question de l’identité et de l’activité physique. Les modèles confessionnels renvoient à l’identité communautaire des jeunes comme un moyen d’explorer une nature perçue comme « revigorante ». S’appuyant sur les idéologies et les initiatives locales, ces démarches pédagogiques innovantes visent à extraire les citadins d’un « milieu physiquement et moralement malsain ». L’activité physique en plein air consacre l’idée de liberté et l’éducation à l’esprit sain qui perdure dans la période d’après-guerre. Loin de proposer les mêmes usages de la nature, les activités de plein air cristallisent les enjeux du scoutisme : inventer une pédagogie proprement impériale puis la transposer culturellement.
En somme, l’ouvrage est d’un précieux enseignement pour qui veut se retrouver dans la mémoire des générations. L’analyse des archives constitue un utile analyseur pour comprendre comment se forgent les identités par les exercices physiques. Julien Fuchs nous replonge dans les entrailles des organismes de jeunesse et d’animation. Il nous invite à porter un regard distancié sur ce pan de l’histoire contemporaine des jeunes gens en France.
Antoine Marsac

Gaël Raballand, Sylvain Cianferani, Jean-François Marteau, Quel avenir pour le football ? Objectif 0-0, Paris, L’Harmattan, 2008, 115 p.

Ce petit ouvrage préfacé par W. Andreff part d’une série de constatations simples : les matchs nuls, aux deux sens du terme, se multiplient, la plupart des buts sont marqués sur coup de pied arrêté, Le club en tête du championnat en décembre est quasiment assuré de la victoire finale. Ces différents éléments, démontrés statistiques à l’appui, trouvent leur origine dans l’évolution du modèle économique, particulièrement à partir des années 1980. « Dans les deux dernières décennies, les clubs professionnels sont passés du modèle traditionnel SSSL (Subventions-Spectateurs-Sponsors-Local) au modèle MMMMG (Médias-Magnats-Marketing-Marché-Global) (p. 31). Deux acteurs semblent à l’origine de l’inégalité entre les clubs, les médias et le sponsoring.
Ce que l’on peut considérer comme étant la deuxième partie du livre consiste à mettre en évidence la structure déséquilibrée du football européen, sur base de chiffres et de statistiques. « D’une manière générale, on observe donc une très forte concentration des résultats sur un nombre compris entre trois et cinq équipes dans les quatre principaux championnats » (p. 41), et les mesures prises par l’UEFA ne font que renforcer l’inégalité observée (ch. 6). C’est grâce à l’argent obtenu pour sa participation à la ligue des champions que Lyon peut effectuer de meilleurs recrutements que ses adversaires de championnat de France et à les dominer depuis sept ans. L’argent obtenu dans le championnat par les autres clubs ne leur permet pas de compenser cette différence. Or une relation directe est observable entre le niveau du budget d’un club et son excellence sportive nationale et européenne.
Face à ces situations, la troisième partie du livre demande « Comment la plupart des clubs survivent-ils en France ? ». Un des problèmes que rencontre le football français est son incapacité à retenir ses stars. Les joueurs sont formés dans les clubs de l’hexagone puis vendus aux clubs européens. Les joueurs étrangers ne sont pas du meilleur niveau et ne restent en France, au mieux, que quelques années. Ceci conduit à un manque de joueurs offensifs de premier plan et donc à des scores plutôt faibles. Les auteurs abordent dans cette partie un point essentiel de leur démonstration en proposant une typologie des clubs (gagnants, dépensiers sans résultat, moyennement dépensiers mais avec une attache locale forte, régionaux aux dépenses limitées et avec une attache locale forte) (p. 55). Ils en arrivent à la constatation que l’impossibilité des clubs français à recruter de bons joueurs étrangers les limite dans leurs ambitions. Les meilleurs ne peuvent concurrencer l’élite européenne, les autres se contentent de jouer dans la seconde partie du tableau national. Seuls quelques-uns parviennent à se glisser aux places d’honneur du championnat grâce à la faiblesse de l’attaque des leaders et en jouant la défense. Le type de jeu actuel a des conséquences sur le physique des joueurs, plus grands pour les arrières, plus imposants pour les attaquants. Les footballeurs seraient des salariés fragilisés, nomades aux salaires certes enviables mais très disparates.
Si un chapitre est consacré aux différents types de dérives auxquelles doit faire face le football, dopage, corruption, blanchiment d’argent, les deux derniers chapitres se tournent vers l’avenir du football français, tirant des conclusions peu réjouissantes si rien ne change dans l’organisation de ce sport, mais soumettant des propositions pour la plupart simple à mettre en Å“uvre (modifier le nombre de points attribués à un 0-0), certaines plus délicates, remettant en cause des habitudes et des traditions.
Au total, un livre stimulant qui n’invente rien quant à l’analyse de la situation du football français et européen, mais qui assoit ce qu’il avance sur des données chiffrées et des statistiques, et qui pourrait être force de proposition si les responsables du football français et européen voulaient bien prendre en considération que le sport est attirant parce qu’il donne de l’intensité à la vie sur une période donnée et que si cette intensité disparaît pour cause de concentration des meilleurs résultats entre les mains de quelques équipes, toujours les mêmes, les spectateurs s’en détourneront, donc les annonceurs et les médias, à l’origine du développement du football.
Claude Sobry
Université Lille 2
ER3S, Équipe de Recherche Septentrionale « Sport et Société », EA 4110
 
NOTES
 
[1]Professeur des universités. Directeur du laboratoire Esthétique et éducation en psychanalyse.
[2]Fuchs, J. (2004). Les organisations de jeunesse d’Alsace (fin de la Grande Guerre-début des années 1970). Histoire d’une idéologie éducative. Thèse de doctorat en STAPS, Université Strasbourg II.
[3]Baubérot, A. (2004). Histoire du naturisme, le mythe du retour à la nature, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
[4]Raveneau, G. & Sirost, O. (2001). Le camping ou la meilleure des républiques. Ethnologie française, 4, p. 669-680.
[5]Ibid. p. 207.
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