Sud/Nord
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I.S.B.N.2865868648
208 pages

p. 195 à 197
doi: en cours

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Notes de lecture

no 14 2001/1

Michel Dugnat, Sacrifice(s) : enjeux cliniques, collection « Pratiques de la folie », La Criée Ed.

Le Sacrifice(s) : enjeux cliniques commence par un retour à la démarche freudienne de questionnement de l’anthropologie avec l’article de Jacques Hassoun. D’entrée, nous sommes à l’intersection du politique et de l’analytique, avec entre autres questions : le sacrifice ne serait-il pas une manière d’inscrire dans l’histoire, en les glorifiant, les meurtres et les massacres qui sinon risqueraient de sombrer dans l’oubli ?
Alain Caillé, fidèle à la démarche de Marcel Mauss, affirme la primauté du don sur le sacrifice, tout en reconnaissant in fine la difficulté de rendre compte ainsi de la dimension du tragique, engageant à ce point la confrontation avec les psychanalystes sur les enjeux complexes de la dette.
Dans une deuxième partie, Émile Lubroso questionne la révolution cubaine et la tentative pathétique de retrouver un sens au combat par le biais du discours sacrificiel. Le mythe d’Abel et Caïn est utilisé par Alain Deniau dans un commentaire psychanalytique qui dégage la force de l’envie haineuse et la menace qu’elle fait planer sur tout collectif.
On sait l’importance qu’eut le sacrifice pour Georges Bataille et celle de la place inaugurale de la photo du supplicié chinois, à la source de son écriture et de son œuvre. « L’Expérience intérieure » de Véronique Schmaltz évoque un autre Bataille qui, au-delà du supplice, saurait aussi nous parler d’amour.
Frédéric Gros propose toute une traversée du champ philosophique, le sacrifice s’en trouvant déplacé pour dégager une sorte de fabrique de la substitution.
Christine Chemla critique la médecine et son rapport occulté au sacrifice.
Puis viennent les « Enjeux cliniques ». Après Christine Charpentier, Olivier Delecaut et Patrick Chemla.
En racontant son travail de pédopsychiatre avec des enfants autistes et psychotiques, Pierre Delion dégage les enjeux politiques et éthiques complexes que soulève le travail thérapeutique.
Blandine Ponet nous entraîne ensuite avec elle à la boulangerie. Elle questionne le « sacrifice/don », passage à la limite de la folie mais aussi point d’appel au transfert.
Marcianne Blévis et Jean-Max Gaudillière, ainsi que Patrick Chemla interrogent à partir de la clinique l’instant du sacrifice, l’impensable qu’il faut pourtant inscrire afin que de l’acte analytique puisse se reproduire.
La reprise de l’intitulé d’Antonin Artaud : « Pour en finir avec le Jugement de Dieu », introduit le dernier chapitre de cet ouvrage. Parce qu’il s’agit toujours d’en finir avec le Jugement de Dieu et avec toute théorie mise en position divine, la psychanalyse s’y trouve abordée sur un mode pluriel.
Touria Mignotte propose un commentaire de l’œuvre de Charles Malamoud et de ses implications pour l’analyse résolument critique à l’égard de la doxa lacanienne.
Pour Jean Allouch, il s’agirait « d’en finir avec la représentation », où l’on retrouve l’invocation d’Artaud. Le repérage freudien se trouve critiqué pour lui opposer l’équivalence lacanienne des registres rsi. L’auteur propose une étude fouillée du travail de Claude Imbert sur l’histoire des logiques. Il s’ensuit des implications pour la visée de la cure. La psychanalyse freudienne pouvant, selon Jean Allouch, constituer une sorte d’appareillage, alors que la visée lacanienne serait de faire advenir « un sujet notoirement taré ».
Claude Rabant propose un long commentaire de la position lacanienne par rapport au sacrifice et en particulier du fameux « Sacrifice au Dieu obscur », qui conclut le séminaire Les Quatre Concepts de la psychanalyse, puis interroge l’athéisme de Freud, mais aussi bien le nôtre qu’il s’agit d’inventer quand les Dieux ont disparu. Athéisme qui aurait à voir avec « l’inéliminable de la trace », du « reste que nous sommes », mais aussi avec la difficulté de nous dégager du religieux et de l’apaisement qu’il propose.
Malgré ou à cause de la diversité du corpus, la lecture de cet ouvrage collectif constitue une mine de questions et de réflexions. On y sent comment le travail de réflexion transdisciplinaire entamé par « Pratique de la folie » et la Criée à Reims poursuit le meilleur de la tradition psychanalytique, celui qui irrigue le champ thérapeutique et la psychiatrie de secteur.
nb : L’Association La Criée s’est constituée à Reims à partir du Centre de jour Antonin Artaud et organise depuis plus de dix ans des échanges et des rencontres autour des pratiques de la folie.
Association La Criée, 45 rue Jeanne d’Arc, 51000 Reims.

Michel Dugnat, « Pratiques de la folie », collection dirigée par Franck Chaumon, aux éditions L’Harmattan

Aux désarrois humains, le scientisme prétend apporter des réponses, qu’il impose comme normes.
Mais, à y regarder de près, la folie ne se résout pas. Elle entretient l’écart impérieux d’une question. Qu’elle se tienne discrète ou se révèle scandaleuse, son irruption manifeste ce qu’une société s’applique à maintenir, à distance. La folie est indissociable du trouble qu’elle provoque, des productions qu’elle suscite. La psychiatrie en fait partie.
En parler ne saurait se faire du seul point de vue des praticiens : dire « pratiques de la folie », c’est chercher à faire entendre cette nécessaire polyphonie, ce qui explique de ne pas effacer sa portée politique.
La collection « Pratiques de la folie » accueille donc des textes issus de champs théoriques divers mais confrontés pour chaque ouvrage à une question issue de la clinique. La psychanalyse ne s’y dérobe pas, y est nécessairement impliquée.
Les pratiques, les expériences parfois mal connues, s’y trouvent évoquées. Leur fournir l’occasion d’une publication passe par une exigence de rigueur, celle du témoignage, et un souci de formalisation, celui du détour théorique. Chacun s’y essayant à son pas, selon son style. La collection publie notamment les textes issus des séminaires et colloques organisés par l’association Pratiques de la folie.
Déjà parus : Détours de l’objet (cf. Sud/Nord n° 8), La Contrainte et l’acte, Inactualité de la folie, Inhibition et cultures.

Michel Plon, J.-B. Pontalis, Fenêtres, Paris, Gallimard, 2000, 175 p., 78 F.

Avec cette malice dont son regard fait rarement mystère, J.-B. Pontalis présente ce nouveau petit recueil comme un vocabulaire… privé, une sorte de lexique dont la forme initiale s’est trouvée bouleversée du fait d’un afflux d’images, de traces et d’affects aussi rebelles à l’ordre alphabétique que l’auteur peut l’être à la tyrannie du concept et à la dictature de la théorie.
D’un ouvrage à l’autre, aux frontières mouvantes de la littérature et de la psychanalyse, plus rigoureux en matière de théorie qu’il se plaît à le laisser croire, l’auteur de ces beaux livres que demeurent Entre le rêve et la douleur et, plus récemment, Ce temps qui ne passe pas, ne se déprend jamais de son élégance distraite pour convier son lecteur à partager avec lui ses promenades de musard attentif, celles que lui inspirent ses après-midi de praticien de l’analyse, des patients et leurs séances, leurs mots et leurs souvenirs, les siens aussi bien, réminiscences de lectures et silhouettes lointaines qui surgissent au hasard des impasses et des trouvailles de sa clinique quotidienne.
Fenêtres entrouvertes sur l’inconcevable, sur le ressenti fugitif qu’il faut savoir retenir l’espace d’un instant, ces pages sont aussi un recueil d’impromptus et d’aquarelles qui jalonnent l’exploration jamais achevée des recoins les plus secrets, les plus déconcertants du psychisme en mouvement, celui de l’analyste comme celui du patient.
De l’éloge nonchalant du sommeil à l’évocation vive de la méchanceté, et de son rapport à la perversion et au désir de nuire, en passant par l’idée, presque chuchotée, que la vieillesse et l’angoisse de mort qui l’accompagne pourraient bien tarauder « plus les hommes que les femmes » ou par ces échos adoucis de conversations d’analystes prompts à déguiser leurs incertitudes en marques de leur légendaire neutralité, le lecteur, s’il sait ne pas attendre que ces fenêtres se referment, pourra peut-être, chemin faisant, trouver le moyen d’ouvrir un peu les siennes pour aller à son tour, quitte à parfois fausser compagnie à son guide, explorer d’autres « clairières ».
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