2001
Sud/Nord
L’évolution de l’Algérie depuis l’indépendance
Julien Rocherieux
Le 3 juillet 1962, l’Algérie indépendante ferme dans la joie la
douloureuse « parenthèse » de la colonisation. Tout reste à faire : sortir de
l’état colonial, de cette économie extravertie conçue uniquement par rapport à
la métropole et en fonction du million d’Européens qui y vivent, bâtir un État,
ou, pour reprendre l’heureuse expression de Benjamin Stora, « inventer » une
Algérie qui, tant géographiquement que culturellement, ne semble s’imposer que
dans les esprits.
Nul doute que l’histoire de l’Algérie depuis l’indépendance est
avant tout l’histoire de l’émergence d’une « identité algérienne », qui
emprunte tout à la fois aux modèles républicain, islamique et nationaliste.
Devant les contradictions et les doutes, la synthèse se révèle des plus
difficiles pour le régime autoritaire qui parvient rapidement au pouvoir. Après
trente ans de cette transition menée par le fln, la crise actuelle que connaît l’ancienne
colonie française témoigne de son échec. Se fondant sur le mensonge d’un «
peuple unanime » et revendiquant l’héritage exclusif du combat pour
l’indépendance, le fln ne parviendra
pas à pallier cette absence de légitimité démocratique ou même à cacher l’ombre
tutélaire et omniprésente de l’état-major.
Octobre 1988 marquera la fin d’une époque lorsque le régime
vacille et semble se libéraliser. Quatre ans plus tard, l’interruption du
processus électoral à cause de la trop forte poussée du
fis referme cette courte parenthèse
pour plonger l’Algérie dans une guerre civile larvée. Mais où va l’Algérie ?
Comment comprendre cette histoire que nombre d’historiens qualifient de «
cyclique », croyant revivre une seconde fois cette guerre d’indépendance qui
marque si profondément l’identité algérienne ? Il ne fait en tout cas aucun
doute que cette crise place l’Algérie face aux choix qui furent les siens
depuis 1962.
« L’indépendance confisquée » (Ferhat Abbas)
L’été 1962 ou la prise du pouvoir par le
fln
Les accords d’Évian sont signés le 18 mars 1962. Le 26
septembre suivant, Ben Bella prend le pouvoir avec l’appui de l’armée. Entre
ces deux dates, l’unité de la nation algérienne semble sérieusement menacée. La
population, dans la misère la plus totale, assiste désolée et inquiète aux «
batailles » que se livrent les anciens chefs du fln.
La proclamation de l’indépendance
Le 1er
juillet 1962, un référendum entérine, à une écrasante majorité, les accords
consacrant l’accession de l’Algérie à l’indépendance. Le
gpra, formé à Tunis en 1958 et
conduit par Ben Khedda, s’installe triomphalement à Alger dès le 3 juillet. Le
pays est en liesse, la population célèbre la victoire des maquisards dans une
joie qui, très tôt, s’accompagne de l’inquiétude des lendemains. La guerre
civile menace le pays dès lors que diverses forces politiques prétendent au
pouvoir : le gpra bien sûr, mais
aussi « l’armée des frontières », forte de 31 000 hommes stationnés au Maroc et
en Tunisie, le cnra ensuite, organe
suprême de la révolution et enfin les chefs des wilayas refusant toute
soumission à l’état-major général.
La situation sociale est tout aussi préoccupante que la
situation politique. La guerre d’indépendance a totalement désorganisé le pays,
qui, déjà, se vide de ses forces les plus productives : techniciens, cadres,
fonctionnaires, médecins… Cette perte est considérable dans un pays où
seulement 10 % des enfants d’âge scolaire vont à l’école. L’économie est
totalement déséquilibrée : le secteur industriel ne représente que 27 % de la
production globale, la majorité de la population se consacre soit à un
artisanat local déjà déclinant, soit à l’agriculture traditionnelle, incapable
d’assurer la subsistance des populations locales. Dans les centres urbains, le
chômage sévit et les bidonvilles se multiplient.
La division des vainqueurs
Dès la proclamation de l’indépendance, les structures de
l’État colonial s’effondrent. Le « wilayisme », ce régionalisme condamné
pendant la guerre, sévit plus que jamais, tout comme le clientélisme. La lutte
entre les clans s’exacerbe. Le ppa,
issu du Mouvement national algérien de Messali Hadj, est interdit dès le
1er juillet, alors que les
maquis messalistes du Sud saharien de Si Abdallah Selmi sont éliminés par l’«
armée des frontières », qui fait son entrée sur le territoire
algérien.
À l’intérieur du fln, le rapport de force s’enclenche en juin
1962, lors du congrès du Conseil national de la révolution algérienne
(cnra) réuni à Tripoli. Ahmed Ben
Bella, dont le prestige et l’influence ne cessent de croître, met en question
la légitimité du gpra. C’est lors de
ce congrès que le fln affirme ses
principes idéologiques. « La Révolution démocratique populaire doit être menée
par la paysannerie, les travailleurs et les intellectuels révolutionnaires. »
Nul doute que ce programme d’inspiration marxiste pose les bases du socialisme
algérien. Une révolution agraire et la « socialisation des moyens de production
» sont annoncées, tout comme la promotion de la culture nationale
arabo-islamique. Le consensus idéologique relatif autour de ces valeurs ne
parviendra pas cependant à créer une base suffisante pour éviter les luttes de
clan.
Le 22 juillet, Ahmed Ben Bella, entouré de Mohamed Khider
et de Houari Boumediene, chef d’état-major de l’Armée de libération nationale
(aln), annonce la constitution du «
bureau politique ». Alors que des chefs historiques comme Mohamed Boudiaf ou
Krim Belkacem s’insurgent contre ce coup de force institutionnel rapidement
qualifié de « fasciste », les premiers affrontements ensanglantent le pays. Le
« groupe de Tlemcen », alliance du fln et de l’armée, scelle l’avenir du pays et
présente le vrai visage du futur pouvoir. Cette période d’anarchie favorise de
nombreux « règlements de comptes » qui aboutissent à l’exécution de nombreux
harkis ou d’Européens.
Le peuple algérien, cette masse d’affamés et
d’analphabètes, ces hommes et ces femmes plongés pendant des siècles dans
l’obscurité la plus effarante ont tenu contre les chars et les avions, contre
le napalm et les services psychologiques, mais surtout contre la corruption et
le lavage de cerveau, contre les traîtres et les armées « nationales » du
général Bellounis. Ce peuple a tenu malgré les faibles, les hésitants, les
apprentis dictateurs. Ce peuple a tenu parce que pendant sept ans, sa lutte lui
a ouvert des domaines dont il ne soupçonnait même pas l’existence.
Frantz Fanon, Les Damnés de
la terre
La victoire de Ben Bella
Rapidement, le gpra doit s’incliner et Ben Khedda
démissionner. Malgré l’accord du 5 septembre faisant d’Alger une « ville
démilitarisée », l’armée de Boumediene investit la capitale le 9 septembre.
Dans l’immédiat, seule la wilaya de Kabylie résiste encore : l’appropriation du
pouvoir est quasi complète et les contrepoids potentiels éliminés. La liste
unique des candidats à l’Assemblée nationale est plébiscitée à 99 %, tandis que
les différentes composantes de la coalition de Tlemcen se répartissent le
pouvoir. Ahmed Ben Bella devient chef du gouvernement, Ferhat Abbas président
de l’Assemblée. Déjà, les premières voix s’élèvent pour dénoncer la « trahison
» des premiers combattants de novembre. Ce sera la thèse de Ferhat Abbas, celle
de « l’indépendance confisquée ».
Ben Bella au pouvoir
Dans la société algérienne existe une puissante aspiration au
changement, une volonté forte d’amélioration des conditions d’existence. Le
fln de Ben Bella opte alors pour une
voie socialiste de développement, seule capable, selon les dirigeants, de «
rattraper le retard accumulé pendant cent trente ans de domination coloniale »,
c’est-à-dire de répondre à la demande de la population.
L’État-fln
Le 25 septembre 1962, l’Assemblée nationale constituante
proclame la naissance de la République algérienne démocratique et populaire. Le
fln réorganisé s’affirme rapidement
comme un parti unique : toutes les autres formations sont interdites. Tout va
se jouer désormais à l’intérieur du Front. En janvier 1963, la puissante
ugta passe sous l’égide du
fln. Ce parti puise sa légitimité
dans l’histoire encore très récente de la guerre d’indépendance. Mais,
paradoxalement, le pouvoir réel lui échappe peu à peu, au profit de Ben Bella
tout d’abord, mais surtout du colonel Houari Boumediene, bientôt nommé premier
vice-président du Conseil. Véritable courroie de transmission des volontés de
Ben Bella, le fln sert
essentiellement à la création d’une inutile et coûteuse bureaucratie partisane.
La constitution adoptée en août 1963 se révèle en fait un « paravent juridique
», incapable cependant de masquer la concentration du pouvoir autour du seul
chef de l’État.
Les débuts difficiles du socialisme algérien
Outre les premières mesures qui visaient à provoquer le
départ des Européens jugés inassimilables et dangereux, Ben Bella s’applique à
poser les bases du socialisme algérien.
En 1963, celui-ci se veut avant tout la poursuite d’une
révolution paysanne. Les dernières propriétés coloniales sont nationalisées
tandis qu’apparaissent les premières unités agricoles « autogérées ». En 1965,
ce secteur s’étend sur deux millions d’hectares et emploie 115 000 ouvriers.
Cette politique improvisée et anarchique va se révéler un échec catastrophique,
accélérant l’exode rural. Combiné à un processus d’appropriation des espaces
laissés vacants par les « pieds noirs », ce mouvement d’afflux vers les villes
marquera durablement le paysage urbain. Au déracinement s’ajoute le chômage qui
touche une grande partie de la population, notamment à cause de la grave crise
que connaît une industrie vétuste et totalement désorganisée. Le dérapage
démographique – la population augmente de 3 % par an – combiné au recul de la
production agricole laisse présager des difficultés à venir. L’émigration vers
la France constitue alors une « soupape » à même d’alléger la pression sur le
marché du travail. Au printemps 1965, le seuil des 450 000 Algériens en France
est dépassé.
Les bases d’une politique étrangère audacieuse
Admise à l’onu le
8 octobre 1962, l’Algérie et sa « diplomatie de maquisards » se révèle vite un
acteur très actif de la scène internationale. De cette époque datent
quelques-unes des constantes qui ont marqué ensuite la politique étrangère de
l’Algérie. Les dirigeants tentent alors de théoriser l’expérience acquise
pendant les années de lutte armée. On décèle ainsi trois postulats de base : la
lutte contre l’impérialisme et le colonialisme, le soutien des mouvements de
libération, la coopération internationale tant avec les pays du tiers-monde
qu’avec les puissances socialistes. Partie intégrante du Maghreb arabe,
l’Algérie pratique le « neutralisme positif et le non-alignement » – article 2
de la constitution. Se posant en champion du panarabisme, elle obtient l’appui
de l’Égypte et une aide militaire de l’urss. Cela ne suffit cependant pas à
contrebalancer ses relations commerciales avec la France, qui demeure le
premier fournisseur de l’Algérie. La violation manifeste des accords d’Évian –
confiscation des terres des agriculteurs européens – fit croire à une tension
des relations entre Paris et Alger. Les autorités algériennes, redoutant que la
France ne leur « coupât les vivres », tentèrent aussitôt de la désamorcer.
L’accord de 1965 sur l’exploitation du pétrole algérien, se voulant d’ailleurs
exemplaire, témoigne des « bonnes » relations entre les deux pays.
Malgré la volonté affirmée de réaliser le Maghreb arabe
unifié, les relations s’enveniment rapidement avec Rabat et aboutissent même en
octobre-novembre 1963 à la « guerre des sables » au sujet du tracé de la
frontière saharienne.
Isolement et chute de Ben Bella
Ancien adjudant de l’armée française, politicien habile et
charismatique, Ahmed Ben Bella n’est ni un intellectuel ni un théoricien de la
Révolution et se coupe rapidement des réalités économiques. Boudiaf, Abbas ou
encore Khider, tous trois anciens chefs historiques du
fln, prennent bientôt leurs distances
avec le pouvoir. Hocine Aït Ahmed fonde en septembre 1963 le
ffs – front des forces socialistes –
qui passe aussitôt dans l’opposition – c’est-à-dire rejoint le maquis. Au
premier congrès du fln, en avril
1964, c’est le clan Boumediene qui est visé. N’osant pas s’attaquer directement
à celui-ci, Ben Bella cherche à réduire son influence en renvoyant les proches
de l’armée au sein du gouvernement – notamment Abdelaziz Bouteflika. L’armée
décide alors de renverser le président de la République. Le 19 juin 1965 à 1 h
30 du matin, Ben Bella est arrêté, un Conseil de la Révolution assumant
désormais tous les pouvoirs.
Le gouvernement avait essayé d’imposer au peuple algérien
un régime socialiste autoritaire sans en avoir les cadres ni les
moyens.
Houari Boumediene ou la construction du « modèle algérien »
(1965-1978)
L’État et les institutions
L’État-armée et le déclin du fln
L’arrivée de Boumediene au pouvoir coïncide avec
l’installation définitive des militaires au pouvoir. Le coup d’État du 19 juin
1965, qualifié a posteriori de « sursaut révolutionnaire », inaugure un régime
où le pouvoir d’État se perpétue exclusivement par le haut, par la cooptation
au sein d’un groupe détenant la force armée. Dans l’immédiat, un gouvernement
est formé le 10 juillet 1965, dirigé par l’austère colonel Boumediene, ancien
instituteur en Égypte ayant rejoint le fln en 1954 et promu, depuis 1960, chef
d’état-major de l’aln. Homme secret
et inflexible, idéologue volontaire, il a peu de considération pour le
fln qui, malgré sa réorganisation,
demeure sans pouvoir réel, et s’appuie sur l’armée pour gouverner. Grâce à la
redoutable sécurité militaire, il élimine peu à peu ses opposants : Mohamed
Khider en 1967 et Belkacem Krim en 1970 – ce dernier avait annoncé la création
en octobre 1967 du Mouvement démocratique de renouveau algérien. Aït Ahmed et
Boudiaf vivent en exil à l’étranger. Le Conseil de la Révolution lui-même est
épuré : seul Abdelaziz Bouteflika, inamovible ministre des Affaires étrangères,
conservera ses fonctions. L’accentuation du caractère autoritaire de l’État ne
fait donc guère de doute.
Une société encadrée
Les structures du nouveau pouvoir algérien sont rapidement
renforcées de façon à encadrer totalement la population. Ainsi, la Charte
communale du 18 janvier 1967 confère aux assemblées populaires communales,
élues au suffrage universel sur proposition du parti, le soin de gérer les
affaires de chaque commune. La Charte de la wilaya – département – du 25 mai
1969 crée sur le même modèle une assemblée populaire de wilaya. Celle-ci est
dirigée par le wali, une sorte de préfet nommé par le pouvoir central.
Les entreprises constituent elles aussi un cadre adapté à
la fois pour maintenir la population dans le giron du pouvoir et pour servir
d’instrument au « tournant socialiste » décrété en 1971. Des assemblées de
travailleurs sont élues – mais le pouvoir reste détenu par le conseil de
direction. L’encadrement du « citoyen-travailleur » par le syndicat et le parti
est total.
1976 : l’achèvement de l’édifice constitutionnel
Le 19 juin 1975, Boumediene annonce un programme
institutionnel précis : une Charte est rédigée. Elle doit devenir le guide
idéologique pour la décennie à venir. Elle sera soumise à la discussion
populaire et donnera lieu à des débats passionnés. Elle est adoptée le 27 juin
1976 avec 98,5 % de « oui ». L’Algérie est présentée comme un pays divisé en
classes mais non en ethnies, le rôle de l’État est exalté comme héritier de la
lutte de libération nationale et expression du peuple. La Charte prétend aussi
à la fusion des sphères politique, économique et religieuse, l’islam étant
partie intégrante de l’idéologie de l’État. Le socialisme, enfin, est déclaré «
option irréversible ». La Constitution de novembre 1976 se veut alors la
traduction juridique des principes de la Charte. La première assemblée
populaire nationale est élue le 25 février 1977. Ces élus, sélectionnés par le
parti, sont en fait davantage des fonctionnaires que des représentants du
peuple. L’objectif, de toute façon, n’est nullement d’assurer les bases d’un
État de droit mais « d’intégrer » la société au système édifié par le
régime.
Le « développementalisme » algérien
La théorie des « industries-industrialisantes »
Boumediene croit qu’il est possible de passer rapidement du
sous-développement au stade industriel. La théorie des «
industries-industrialisantes », inspirée par les économistes François Perroux
et Gérard Destannes de Bernis, devient la référence majeure. Ainsi,
l’industrialisation, proclamée « priorité des priorités », est censée être la
locomotive qui entraînera l’agriculture. Les industries de base, dites «
industrialisantes », doivent renforcer l’intégration de l’économie nationale
par les effets qu’elles exercent en amont (effets d’approvisionnements) et en
aval (effets de débouchés). L’idée que l’édification accélérée d’une industrie
lourde est une base nécessaire au développement est à cette époque partagée par
nombre d’analystes. Soixante-dix sociétés nationales sont créées, considérées
comme la colonne vertébrale de l’économie et la base du programme de
développement lancé par Belaïd Abdesslam.
La stratégie des hydrocarbures
Les accords d’Évian reconnaissaient la souveraineté de
l’Algérie sur le Sahara et ses richesses naturelles. L’État algérien ne détient
pourtant, alors, que 4,05 % des périmètres d’exploration contre 67,5 % à la
France. Après la nationalisation des activités de Mobil et Esso à la suite du
conflit israélo-arabe de juin 1967, le tournant décisif vient de la
nationalisation des richesses naturelles en 1971. C’est la « décolonisation
pétrolifère », tout de suite qualifiée « d’étape la plus décisive dans la
marche vers l’émancipation économique ». Une « loi fondamentale » est
promulguée ; elle précise les droits et les devoirs des partenaires étrangers.
L’Algérie souhaite en fait obtenir une juste rémunération de ses ventes
d’hydrocarbures. En 1973, le premier choc pétrolier multiplie par trois les
recettes.
Mais la stratégie des hydrocarbures revient aussi à
développer les capacités de production de pétrole et de gaz. Au fil des années,
la moitié des investissements industriels est tournée vers ce secteur crucial
pour l’économie algérienne. Ainsi, une part importante des ressources
pétrolières sert à forger les moyens de produire plus… de pétrole et de gaz. En
fait, le régime militaro-autoritaire tente aussi de réduire son manque de
légitimité politique par la redistribution de cette manne des
hydrocarbures.
Des résultats limités
Très rapidement, les résultats ne sont pas à la hauteur des
attentes initiales. Le système productif a été largement bouleversé, suite aux
différentes vagues de nationalisation qui touchent même le secteur bancaire en
1966-1967. Malgré les énormes investissements consentis, la croissante reste
trop lente. La production intérieure brute atteint 36,6 milliards de dollars en
1981, ce qui situe l’Algérie encore loin derrière la Libye mais devant la
Tunisie et le Maroc – en production par habitant. La production des industries
lourdes ne dépassera pas 30 % des capacités. En effet, les programmes sont
surdimensionnés et les technologies sophistiquées difficilement maîtrisées. La
surconcentration des moyens de financement dans le secteur des biens de
production, enfin, l’appel systématique aux firmes étrangères se traduit par un
fort endettement : de 2,7 milliards en 1972, la dette extérieure atteint 23,4
milliards en 1979, accentuant l’étranglement budgétaire.
L’agriculture sacrifiée
La priorité est accordée à l’industrie au détriment de
l’agriculture. Dès lors, la « révolution agraire » engagée en novembre 1971 est
vouée à l’échec. Transformation autoritaire de l’agriculture, cette «
révolution » a pour objectifs principaux de répondre aux besoins alimentaires
du pays et de développer la position de l’Algérie sur le marché international
pour l’exportation des produits agricoles. Débutée sans enthousiasme, cette
tentative de réforme articulée autour des coopératives et du secteur autogéré
s’enlise dans l’incohérence des choix réalisés. Le niveau d’autosuffisance
alimentaire, qui se situait à plus de 70 % en 1969, n’est plus que de 30 % en
1980. La soumission certaine du monde paysan à la logique de
l’industrialisation débouche naturellement sur un échange ville-campagne inégal
entraînant un exode rural croissant de l’ordre de 100 000 personnes par
an.
L’Algérie dans les relations internationales
Le grand dessein tiers-mondiste
Boumediene – et son inamovible ministre des Affaires
étrangères, Abdelaziz Bouteflika – obtient ses plus importants succès sur la
scène internationale. À la conférence des non-alignés qui se tient à Alger en
septembre 1973, l’Algérie apparaît comme un État révolutionnaire qui apporte
son soutien à tous les « mouvements de libération » et entend bouleverser les
rapports Nord-Sud. Elle y gagne un incontestable prestige dans le tiers-monde.
Cette recherche inlassable de solidarités entre États du « Sud » se fonde sur
une conception économique des relations internationales.
En fait Boumediene se place sur ce point dans la continuité
de la politique étrangère amorcée par Ben Bella. Après l’annulation de la
conférence d’Alger prévue pour l’été 1965, la relance diplomatique s’opère par
l’adoption de la Charte dite des « 77 » en octobre 1967. Ce groupe, qui réunit
les pays en voie de développement dans le cadre de la
cnuced, insiste sur les efforts
internes que doivent accomplir les pays.
Dans le même temps se pose l’épineux problème des relations
avec la France. Alors que les dernières bases françaises sont évacuées, la
crise entre Paris et Alger prend une nouvelle dimension, au moment de la
nationalisation des hydrocarbures en 1971. À la suite du conflit israélo-arabe
d’octobre 1973, l’Algérie teste « l’arme du pétrole ».
Le conflit du Sahara occidental
Le conflit du Sahara occidental envenime les rapports
inter-maghrébins à partir de la « marche verte » organisée par le roi du Maroc
Hassan II, au début de 1976. Alors que l’Algérie s’était appliquée à se
réconcilier avec ses voisins maghrébins – par le « traité de fraternité, de bon
voisinage et de coopération » du 15 janvier 1969 –, la situation se tend à
nouveau à cause du territoire du Sahara occidental sur lequel l’Espagne, le
Maroc et le « Front Polisario » veulent avoir la haute main. L’Algérie soutient
le Front et accueille les réfugiés civils sur son territoire. Quelques
escarmouches ont même lieu entre les Forces armées royales et l’Armée nationale
populaire algérienne. À la mort du président Boumediene, en décembre 1978, le
conflit n’est pas réglé. Nul doute que cette crise va freiner la « progression
tiers-mondiste » de l’Algérie. Le gouvernement saura alors se replier, laisser
passer l’orage et remonter lentement la pente.
Une société en pleine mutation
En à peine vingt années, le paysage culturel et social se
modifie profondément.
Le lancinant problème démographique
Dans les années soixante, la révolution sanitaire provoque
une chute de la mortalité au Maghreb, qui n’est pas accompagnée, en Algérie
notamment, d’une chute de la natalité. En 1974, lors de la Conférence mondiale
de la population, ce pays se classe parmi les pays anti-malthusiens et affirme
que « le développement est le meilleur contraceptif ». Enfermé dans une
idéologie tiers-mondiste nataliste, l’Algérie frôle un record mondial avec 8,1
enfants par femme en 1975. Il faudra attendre 1983 pour que les autorités
prennent conscience des effets pervers de ce dérapage et adoptent un programme
national en vue de la maîtrise de la croissance démographique.
Cette baisse de la fécondité est aussi allée de pair avec
la scolarisation féminine. Nul doute que, pour le pouvoir, la formation et
l’enseignement constituent un défi, condition nécessaire à la réussite du
programme de développement. De 700 000 en 1961, le nombre d’enfants musulmans
inscrits dans les classes primaires, atteint 2 millions en 1970, et 4,5
millions en 1980. Pour les encadrer, des milliers de « moniteurs » sont
recrutés, parmi lesquels 11 000 instituteurs français qui apporteront leur
aide.
Enfin, la vague d’émigration débutée depuis l’indépendance
se poursuit. Même si le contrôle aux frontières se veut plus sévère, plus
sélectif que dans le passé, il existe encore d’importants déplacements en
direction de l’ancienne métropole. Malgré le mythe du « retour » véhiculé par
la propagande, une population d’origine algérienne s’enracine en France,
durablement, sans projet de retour.
Algérianité et arabisation
La révolution algérienne entendait réarabiser l’Algérie «
dépersonnalisée par le colonialisme ». Dès l’indépendance, cette volonté
d’arabisation s’affirme progressivement dans l’enseignement. Il s’agit
évidemment de tourner définitivement la page du colonialisme et de fonder une
culture algérienne renouant avec la « tradition orale des poètes errants ». Dès
lors, la conception « du passé, faisons table rase », s’impose. L’Algérie
refuse donc de s’associer au mouvement de la francophonie et amorce un combat
contre la perpétuation de la langue française. Cette politique d’arabisation a
plusieurs conséquences. Tout d’abord, elle durcit les oppositions entre élites
arabophones et élites francophones que le système éducatif, paradoxalement,
continue largement de reproduire. Ensuite, dans le domaine idéologique, la
généralisation de la langue arabe permet d’augmenter l’influence des courants
panarabistes et des courants de l’islamisme politique.
La culture devient aussi un instrument de propagande pour
légitimer le pouvoir. La manipulation de la mémoire historique, lieu de la
légitimation symbolique du fln,
magistralement décrite dans l’essai de Benjamin Stora, participe à la frénésie
commémorative. L’historiographie officielle transforme ainsi la période
coloniale française en insurrection continue et fait disparaître les noms des
principaux acteurs de la guerre de libération.
L’étatisation de l’islam
À la bataille pour l’arabité se superpose celle de
l’islamité. La religion musulmane a échappé à la déstructuration provoquée par
le colonialisme ; mieux, c’est elle qui a constitué le pôle de résistance.
L’idée de libération fut ainsi transcrite dans le langage de la guerre sainte,
du jihâd. On comprend alors pourquoi
les autorités, depuis l’indépendance, tentent de s’appuyer sur la politique
d’arabisation, qui ferait dériver sur l’État la légitimité dont l’islam est
dépositaire. Le gouvernement de Boumediene s’engage dans cette voie avec
beaucoup plus de résolution qu’un Ben Bella, dont les convictions progressistes
le détournaient de s’appuyer sur un courant trop marqué de traditionalisme
social. Le 16 août 1976, le vendredi est décrété jour de repos obligatoire. La
constitution et la charte ainsi que les statuts du
fln définissent la place et le rôle
de l’islam dans les institutions. La religion est utilisée comme instrument
pour contenir une possible progression des courants laïques et démocratiques,
et surtout comme arme de légitimation du pouvoir.
En marge de cette centralisation du champ
politico-religieux se développent dès les années soixante-dix des mouvements
islamistes cantonnés dans la clandestinité et l’exclusion. L’option socialiste
des dirigeants algériens, la dissolution des mœurs et les « principes
destructeurs importés de l’étranger » sont pêle-mêle dénoncés, notamment par
l’association Al Qiyam (les valeurs)
constituée en 1964 autour de Hachemin Tidjani.
Le blocage du système (1979-1988)
Les années quatre-vingt sont marquées par une remise en cause,
dans tout le Maghreb, des États-nations construits sur des modèles importés,
essentiellement sur le modèle français, jacobin et centralisateur. Faut-il se
réclamer du nationalisme arabe ? De la Umma islamique (communauté des croyants) ? Dans
cette ambivalence du concept national, des brèches apparaissent, dans
lesquelles les islamistes pourront s’engouffrer.
Chadli Bendjedid ou l’illusion du renouveau
Une indéniable « décrispation »
À la mort de Houari Boumediene, le 27 décembre 1978, Chadli
Bendjedid est désigné à sa succession, en tant qu’« officier le plus ancien
dans le grade le plus élevé ». Devant sa place à un compromis au sein de
l’armée davantage qu’à une quelconque légitimité propre, ce nouveau président
ne dispose pas de la marge de manœuvre de son prédécesseur. Il obtiendra
pourtant trois mandats et restera au pouvoir jusqu’en 1992. Homme de l’Est
comme Boumediene, ancien sous-officier de l’armée française, Bendjedid parvient
à écarter les « barons » du boumedienisme, notamment Bouteflika, en s’appuyant
sur la puissante police politique et le bureau politique du
fln.
Dès son arrivée, le nouvel homme fort s’attache à
libéraliser tant le jeu politique que la sphère économique. Si Ahmed Ben Bella
est libéré, le fln reste le parti
unique. La réorganisation du parti en 1980 tend même à renforcer le contrôle
sur la société. Le congrès extraordinaire du fln en 1980 confirme la concentration du
pouvoir au bénéfice du chef de l’État et la multiplication des interventions
sur la scène internationale – périple africain de mars 1981, négociation de la
libération des otages américains en Iran, médiation dans la guerre Iran/Irak…
–, Bendjedid tente d’insuffler un second souffle à un régime algérien qu’il
sait déjà affaibli. Le rôle des services de sécurité et de renseignement est
réduit, l’armée modernisée. En matière économique, Chadli élabore un plan
quinquennal (1980-1984) qui donne la priorité aux secteurs négligés
(agriculture, hydraulique, habitat…) et à un début de réhabilitation du secteur
privé.
Un processus limité
L’ouverture n’aura été que timide. Le
fln, qui a perdu progressivement la
légitimité historique issue de la guerre d’indépendance, est depuis longtemps
discrédité par la bureaucratie, l’affairisme et le carriérisme. Même si les
procès pour abus de pouvoir ou concussion se multiplient, la plupart des
procédures sont étouffées. La corruption atteint des proportions inégalées. La
pratique des « commissions » pour l’implantation des sociétés étrangères sur le
territoire algérien se développe à grande échelle.
De même, le pouvoir tente de maintenir à tout prix un
unanimisme de façade. Il n’existe toujours qu’un seul syndicat et qu’un seul
journal, El Moudjahid : aucun débat
n’est possible. L’histoire officielle elle-même a institué ses repères,
construit sa propre légitimité, effacé toute démarche pluraliste.
La montée des contestations
Devant l’aveu d’échec d’un pouvoir incapable de se réformer
apparaissent les premières contestations violentes de l’ordre établi depuis
1962.
Le choc du « printemps berbère »
Boumediene s’est appliqué à imposer une conception
arabo-islamique de la nation. La charte de 1976 avait ainsi omis toute
référence à la langue et à la culture berbère au nom de l’unicité d’un
mouvement fondé exclusivement sur l’islam et l’arabité. En mars 1980, le
gouvernement interdit une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri à
l’université de Tizi-Ouzou, à l’occasion de la parution de son livre
Poèmes kabyles anciens. Peu après, une
grève générale éclate en Kabylie. Le « printemps berbère », mené notamment par
Salem Chaker et Saïd Sadi, secoue l’édifice institutionnel et idéologique
algérien, en remettant en cause le choix d’« identité algérienne » réalisé par
le pouvoir. L’effet de ce « printemps » produit un contre-discours public d’une
réelle ampleur dans un pays fonctionnant sur le principe de l’unanimisme. Les
émeutes déclenchées en Kabylie sont sévèrement réprimées.
Islam et fondamentalisme d’État
La soumission de l’islam à des valeurs officielles est
réaffirmée dans la charte nationale de 1986, nouvelle référence idéologique.
Plus que jamais, l’État instaure « un ordre public religieux » fondé sur
l’islam comme religion du socialisme algérien.
C’est justement cette nationalisation de la religion qui
est refusée par les mouvements islamistes, qui dénient à l’État algérien,
contrairement au Maroc par exemple, toute légitimité religieuse. Dès lors, les
incidents se multiplient entre groupes « laïques » et islamistes. Des maquis
apparaissent en 1983, animés par des combattants qui reviennent d’Afghanistan.
En avril 1985, 135 islamistes accusés d’appartenir à une organisation
clandestine, le mia, passent en
procès.
Dans un premier temps, le régime semble multiplier les
concessions aux intégristes, non encore perçus comme une menace véritable.
C’est ainsi que le « code du statut personnel et de la famille » est adopté le
29 mai 1984. Celui-ci maintient la polygamie et l’inégalité des droits entre
les sexes, au mépris total de la constitution de 1976. Les islamistes en
profitent pour revendiquer l’application intégrale de la charia.
Une situation explosive
Une économie à la dérive
Les faiblesses béantes des plans successifs de
développement apparaissent dès la fin des années soixante-dix. Malgré une
croissance relativement élevée – 7,5 % en moyenne entre 1970 et 1980 –, de
graves déséquilibres menacent l’ensemble du système productif et obligent
Chadli à une sorte de « pause », incarnée dans le plan quinquennal adopté en
1980. Le secteur privé est encouragé, la privatisation de l’agriculture
engagée. En fait, le pari de la nouvelle équipe gouvernementale est la relance
de l’industrie de biens de consommation, à partir du secteur privé.
Les résultats sont décevants. Le chômage n’est pas entamé
sérieusement et les rendements agricoles demeurent à un faible niveau. Le
projet d’une indépendance économique doit laisser la place à un triste constat
d’échec : le président Chadli ne peut que constater, à partir de 1984, la
faillite économique du modèle algérien. La chute des prix du pétrole, à partir
de 1983, avait déjà sérieusement amenuisé une rente énergétique devenue vitale
pour l’économie algérienne.
La dette extérieure, qui avait permis au pays de lancer son
programme de développement, se transforme désormais en véritable fardeau.
Celle-ci représente 40,2 % du pib en
1982 et atteint 68 % dix ans plus tard. Le service de la dette, en 1989,
absorbe à lui seul les trois quarts des recettes d’exportation. L’étranglement
budgétaire, lié à la dette et à la chute des rentrées de devises, impose à
l’Algérie d’énormes sacrifices, à l’instar du plan d’austérité draconien adopté
en 1985. Enjeu de politisation longtemps tabou, par nationalisme politique, le
rééchelonnement de la dette est désormais à l’ordre du jour.
La crise sociale
La société algérienne à l’aube des années quatre-vingt-dix
ne ressemble que peu à celle de 1962. Ainsi, le taux d’urbanisation atteint 50
% en 1988. Ce bouleversement est non seulement géographique, mais aussi social
et culturel. Cependant, ce brusque mouvement d’urbanisation se traduit vite,
comme dans la plupart des pays du tiers-monde, par une véritable « crise des
villes ». La crise du logement, l’insuffisance criante des équipements
hydrauliques se conjuguent avec l’éclatement de la cellule familiale
traditionnelle et le chômage très élevé chez les jeunes, pour déboucher sur une
situation à bien des égards explosive.
Si l’Algérie échappe en 1984 aux « révoltes du pain » qui
touchent le Maroc et la Tunisie, la population n’en est pas moins excédée par
l’étalage des richesses et l’arrogance d’une nouvelle caste de privilégiés. Le
fossé se creuse entre deux sociétés. Dans la Casbah d’Alger, des manifestations
éclatent pour réclamer l’amélioration des conditions de logement. C’est cette
mise en accusation du fln et de la
classe politique par les jeunes notamment, qui aboutit aux manifestations
sanglantes d’octobre 1988.
Des émeutes d’octobre 1988 à la « seconde guerre d’Algérie
»
Le choc d’octobre 1988 et ses conséquences
Avec les émeutes d’octobre 1988 s’ouvre le « printemps
d’Alger », marqué par la disparition du système de parti-unique, la floraison
des partis, mais aussi par l’engrenage tragique de la violence.
« Octobre noir »
Dans la soirée du 4 octobre 1988, des manifestations,
essentiellement composées d’enfants et de jeunes, éclatent à Alger, pour
protester contre la hausse généralisée des prix et la raréfaction des produits
de première nécessité. Le lendemain, le centre commercial d’Alger est saccagé.
Le 6 octobre, plusieurs bâtiments publics sont incendiés. Alors que les
troubles s’étendent bientôt aux principales villes algériennes, l’armée réagit
et tire sur la foule dès le 8 octobre. Le bilan officieux de ces émeutes fait
état de 500 morts. « Plus rien ne sera comme avant octobre 1988. » Jusque-là,
l’armée était restée relativement à l’abri du discrédit, notamment grâce au
paratonnerre du fln et au Service
national qui laissait aux jeunes de l’ex-aln l’image d’un corps auquel ils n’étaient pas
étrangers. En 1988, prise dans les luttes internes d’un système où elle est, en
vérité, le plus important partenaire, l’armée intervient massivement en
mitraillant la population. On comprend le poids de ces événements dans les
consciences. Dans ces émeutes, les activistes islamistes ont montré leur
importance, même s’ils ne sont pas les initiateurs du mouvement, largement
spontané. Le séisme est tel que le passage au multipartisme s’organise
rapidement.
Le « printemps d’Alger » ou la brève libéralisation du
système
Chadli Bendjedid décide le 10 octobre 1988 de faire
approuver par référendum une nouvelle constitution qui abolit le rôle dirigeant
du fln. Le 27-28 novembre, le
6e Congrès du parti avalise
les réformes, en particulier la séparation du parti et de l’État. La nouvelle
constitution, qui est acceptée par le peuple le 23 février 1989, ne fait plus
référence au socialisme, ni au fln.
L’éclosion des partis politiques est alors impressionnante.
Les uns sortent de la clandestinité : le Front des forces socialistes
(ffs), fondé en 1963 et dirigé par
Hocine Aït Ahmed ; le Parti de l’avant garde socialiste (pags), créé en 1966 et continuateur du Parti
communiste algérien ; d’autres sont créés : le fis ou le Rassemblement pour la culture et la
démocratie (rcd). Quant au
mda de Ben Bella, il apparaît au
grand jour avec la reconnaissance du multipartisme. Une course pour le pouvoir,
laissé vacant par un fln en déclin,
s’enclenche.
La libéralisation permet aussi l’apparition d’associations
ou de journaux indépendants qui se multiplient. Par la loi du 3 avril 1990, le
gouvernement « réformateur » de Mouloud Hamrouche met fin à près de trente ans
de monopole de l’État sur les médias écrits et audiovisuels. On dénombre alors
pas moins de 169 périodiques, dont la moitié sont écrits en français :
Le Quotidien d’Algérie, El Watan, Le Soir
d’Algérie, s’imposent sur le marché au détriment des journaux issus
du secteur public. Le processus de démocratisation est réel, même si le
fln reste le parti dominant.
Le gouvernement de Kasdi Merbah, mis en place dans la
foulée des émeutes d’octobre 1988, entend par ailleurs réformer le
fonctionnement des entreprises et relancer la croissance. Le moyen choisi par
le pouvoir est l’autonomie concédée aux entreprises publiques et
l’encouragement du secteur privé. Le passage à l’économie de marché est un
objectif clairement annoncé. La fin de la guerre du golfe en 1991 fait baisser
les cours du pétrole, ce qui remet à l’ordre du jour le problème du
rééchelonnement de la dette. Le fmi
conditionne son aide à un programme d’ajustement draconien, qui risque de faire
s’empirer une situation sociale déjà explosive. De même, les réformes
économiques se heurtent à d’énormes difficultés. La vieille garde du
fln, tout d’abord, n’est pas
convaincue de la nécessité des réformes. Ses militants s’opposent au changement
au nom de la défense de « l’orthodoxie socialiste ». Ils n’ont qu’un souci :
préserver leurs privilèges. L’absence d’une culture démocratique et économique,
ainsi que le défaut de consensus social freinent la portée des réformes. Avec
le développement de la violence et le retrait des firmes étrangères, l’économie
algérienne s’enfonce peu à peu dans la crise.
La montée du fis
Pour la première fois depuis son indépendance, l’Algérie
s’engage en 1989 dans un processus de démocratisation. Le Front islamique du
salut, qui a pour but annoncé l’instauration d’une « république islamique »,
profite du rejet massif du fln pour
s’imposer comme la principale force politique algérienne. La stratégie du
pouvoir consiste alors à affaiblir au maximum les partis progressistes,
notamment en s’appuyant sur les islamistes. Le président Chadli fait venir
d’Égypte des enseignants religieux et des prêcheurs fondamentalistes, ou
choisit même Abassi Madani, le futur leader du fis, pour prendre le contrôle de la mosquée
d’Al-Argham. Le 12 juin 1990, on assiste, lors des élections municipales et
régionales, à un raz de marée du fis.
Il rafle quasiment tous les conseils municipaux des grandes villes : c’est
l’échec flagrant de la stratégie de l’armée et de la classe politique au
pouvoir. Il faut dire que les principales forces de l’opposition démocratique,
dont le ffs, n’étaient pas présentes
pour ces élections.
La guerre du golfe accentue les clivages au sein des forces
politiques en Algérie. Si tous les partis condamnent la réaction occidentale,
la position à l’égard du régime de Saddam Hussein ou de l’Arabie Saoudite, est
loin de faire l’unanimité. On assiste d’un côté au retour en force des accents
populistes, tiers-mondistes et volontiers antisémites des partisans de l’unité
de « la nation arabe », et de l’autre à la montée d’un message radical, prônant
le Djihad et le refus de la démocratie, assimilée à l’Occident et à
l’irréligion.
Les premières élections législatives pluralistes sont
prévues pour le 27 juin 1991. Le fis,
en désaccord avec le mode de scrutin, choisit l’affrontement dans la rue et
appelle à la grève générale. Abassi Madani et Ali Benhadj, les deux leaders du
fis, sont arrêtés : c’est un tournant
majeur pour le régime en pleine recomposition. Malgré ces événements, le
processus électoral reprend. Le premier tour des législatives, le 26 décembre
1991, donne aux islamistes 188 sièges, laissant loin derrière le
ffs et le
fln. Bien que le
fis ait perdu plus d’un million de
voix par rapport aux élections municipales de juin 1990, l’armée « démissionne
» le président Chadli qui s’apprêtait à cohabiter avec le
fis. Un « Haut comité d’État »
instaure l’état d’urgence le 11 janvier 1992 et fait appel à Mohammed Boudiaf,
l’un des chefs historiques du fln.
Les spécialistes restent divisés pour expliquer cette
montée du fis. Son discours passe en
force dans une jeunesse en quête d’identité et de mémoire. Une explication
strictement électorale reviendrait à faire du fis un parti ayant profité d’un triple
phénomène : le vote-sanction des Algériens voulant rejeter le
fln ; le vote par défaut, dès lors
que les principaux partis démocratiques ne se présentaient pas aux élections ;
le vote refuge, enfin, pour un parti ayant su capter le courant d’expression
provoqué par les sanglants massacres d’octobre 1988. Cette explication a
cependant le défaut de faire du fis
un parti nouveau, apparu ex nihilo. On
recense diverses thèses cherchant à comprendre plus profondément les raisons du
phénomène islamique.
Une première analyse fait référence à l’inexorable montée,
mondiale, du religieux dans l’espace public. Le fis profiterait ainsi d’une dynamique
internationale que divers éléments permettent de fonder. C’est ainsi que le
premier groupe armé créé en Algérie, en 1985, dirigé par Mustapha Bouyali,
n’avait aucune culture islamique mais avait appris assez de slogans radicaux
auprès de ses amis iraniens et afghans pour se considérer comme une autorité en
matière religieuse.
Une autre explication, de type économique, prenant plus en
considération les racines algériennes du « phénomène-fis », est également avancée. Depuis 1988,
l’Algérie sort d’une économie centralisée, bureaucratisée et se dirige vers
l’économie de marché ; il s’agit de permettre aux acteurs économiques de
s’émanciper du pouvoir politique et de l’ordre social existant. En même temps
qu’ils favorisent activement ce passage à une économie de marché, les
islamistes proposent des remèdes à ses conséquences : éthique religieuse de la
solidarité, entraide chaleureuse…
Une dernière explication, celle de Benjamin Stora, tend à
faire des islamistes les « nouveaux héritiers du nationalisme ». Les militants
islamistes retrouvent ainsi les intonations de l’arabo-islamisme introduites
par les premières organisations algériennes dans les années trente : les
oulémas d’Abdelhamid Ben Badis, pour qui « l’islam est ma religion, l’Algérie
ma patrie et l’arabe ma langue ». Le fis pousse la logique populiste et
anti-intellectualiste du fln, en la
colorant de religiosité. La force de l’islamisme consiste à proposer une
nouvelle rupture avec l’État actuel, en retrouvant les mots et le vocabulaire
de l’ancienne fracture avec l’État colonial.
L’Algérie dans la guerre
Le déchaînement de la violence
Après l’interruption du processus électoral, les islamistes
tentent d’enfermer le pouvoir dans la logique infernale du « tout sécuritaire
». En six mois, le pays a basculé dans une guerre civile ouverte. Le 26 août
1992, une bombe éclate dans l’aéroport d’Alger, attribuée à des islamistes – en
fait plus ou moins manipulés. Désormais, le terrorisme frappe aussi la
population civile. Lasse des exactions et du terrorisme, la société algérienne
a l’impression d’être prise en otage. Les années 1992-1995 auront semblé les
plus terribles du conflit. Pourtant, les tractations organisées début 1995 par
la communauté catholique de San Ediglio pour tenter de mettre sur pied une
opposition algérienne ne donnent rien. En 1997, une grande opération de «
nettoyage » contre les maquis islamistes est lancée pour répondre aux massacres
qui se succèdent. Malgré le message répété des autorités selon lequel le
terrorisme « vit ses derniers soubresauts », la barbarie continue, comme en
témoignent les massacres des villages de Bentalha, Rhaïs ou Beni Messous en
octobre 1997. Certaines sources n’hésitent pas à avancer le chiffre de 100 000
victimes depuis le début du conflit en 1992.
Acteurs et divisions
Le « bloc » du pouvoir, s’il paraît aujourd’hui le plus
solidement implanté, n’en demeure pas moins la proie de crises internes
régulières. Nul doute que ce « camp » est lui aussi responsable de la situation
et se livre à des violations massives des droits de l’homme. Bien que l’opacité
demeure la première caractéristique du régime, on peut recenser trois pôles de
pouvoir : les chefs de l’armée, la Sécurité militaire et une apparence de
pouvoir civil. La primauté de l’armée constitue évidemment une constante depuis
l’indépendance. Aujourd’hui, les officiers sont divisés en clans qui se
partagent le pouvoir – et les flux financiers, puisque les préoccupations du
commandement sont avant tout d’ordre matériel. La très puissante sécurité
militaire, la police politique du régime, constitue elle aussi un véritable
État dans l’État. Héritière du malg,
elle quadrille la société, infiltre les médias, la police, les partis
politiques et les groupes islamistes armés. L’organisation de ce système est
difficile à cerner, car fonctionnant sur des clans aux contours mouvants qui se
font et se défont en fonction des rapports de force du moment. Il n’est pas
rare que des attentats attribués aux islamistes proviennent en fait de
règlements de compte entre clans adverses. Pour certains observateurs,
l’annulation des élections de janvier 1992 vise aussi à renvoyer le président
Chadli devenu dérangeant par sa politique de libéralisation et de réforme.
L’assassinat du président Boudiaf peut de même être mis au compte des « barons
» du pouvoir. Les faiblesses de ce système ne sont plus à démontrer. Ainsi, son
fonctionnement même exclut une centralisation du commandement pourtant
indispensable. La lutte contre les islamistes a permis de légitimer tout moyen
: état d’urgence, suspension des libertés, hégémonie politique de l’armée…
Certes, les militaires ne sont pas parvenus, en 1999, à éradiquer la violence,
mais ils l’ont réduite à un niveau qui ne les menace plus.
La guerre civile, depuis 1996, implique encore un peu plus
la population dans la lutte contre les islamistes. Ainsi, on assiste à la
multiplication des groupes d’autodéfense armés par le pouvoir. Ces « patriotes
», comme ils se dénomment, n’hésitent pas à riposter avec une terrible
sauvagerie. Nul doute que le désarmement de la population, après un très
hypothétique retour de la paix, ne sera pas chose facile.
Dans ce cadre, il est impossible de comparer l’Algérie à
une démocratie naissante : le gouvernement « organise », sous haute
surveillance, les scrutins présidentiel, législatif et municipaux. La nouvelle
loi fondamentale, adoptée en novembre 1996, accorde les quasi-pleins pouvoirs
au chef de l’État, lui-même un militaire. Après l’élection présidentielle de
novembre 1995 – remportée sans surprise par le candidat de l’armée, Liamine
Zeroual –, une nouvelle formation, le rnd, créée pour jouer le rôle de parti de
pouvoir, remporte les législatives de juin 1997, après à peine quelques mois
d’existence. La démission surprise de Zeroual en septembre 1998 n’est que la
dernière péripétie en date au sein de cette démocratie de façade. C’est le
général Mohamed Lamari, chef d’état-major, qui a demandé et obtenu la démission
d’un président accusé de ne pas être assez docile et d’être trop favorable au
fis. Les dernières élections
présidentielles, qui ont mené Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, sont
révélatrices de ce blocage complet du système démocratique. Se fiant aux
organisations internationales, on a tout lieu de croire que les accusations de
« bourrage des urnes », disparition de fichiers électoraux et autres fraudes
massives sont fondées.
En face, le camp islamiste est en proie à une extrême
division. Réunion de composantes diverses, le fis, créé en 1989, est avant tout un « front »,
c’est-à-dire une coalition non homogène. Dès que l’administration Chadli ferme
les yeux, le fis lance son propre
organe, al-Munqidh, et met sur pied sa propre police. Le
mia (mouvement islamique armé), créé
par Makhloufi, devient rapidement le bras armé du
fis. En 1991, la scission du
mia devient inévitable, dès lors que
les éléments les plus radicaux rompent avec le fis. Le mia
donne donc naissance à l’ais, inféodé
au fis, et au
gia qui commence à signer ses propres
crimes à partir de 1992. Antar Zouabri prend alors le commandement du groupe
islamique armé.
C’est l’intervention des militaires contre le parti, en
juin 1991, qui a marqué le début de l’engrenage de la violence. Les islamistes
se posent alors en champions de la violence légitime, bien que l’utilisation de
la lutte armée prenne des significations différentes dans les diverses
mouvances fondamentalistes : instrument pour l’ais, elle se révèle à terme une fin en soi pour
les membres des gia. Cela reflète
bien les contradictions de l’islamisme politique algérien. Les
gia, principalement composés des
membres de l’organisation Tafiroua
Hidjra, d’anciens « Afghans » ou de délinquants, regroupent une
multitude de groupuscules locaux, extrêmement cloisonnés, qui font du Djihad
une obligation religieuse. Les gia
entrent dans une course pour le leadership de la mouvance armée qui pousse les
différents groupes à multiplier les coups d’éclat et les attentats
spectaculaires. Dans les zones qu’ils contrôlent, ils terrorisent la population
et imposent un ordre social rigoriste et violent au nom de la charia. En
n’hésitant pas à s’en prendre aussi directement à la population, coupable de ne
pas avoir rejoint le maquis, les gia
ne tardent pas non plus à constituer des bandes délinquantes ou à adopter des
comportements mafieux en recourant au racket ou à divers trafics.
Au fil des mois, avec la montée en puissance du terrorisme
et de la répression militaire, le champ politique algérien se recompose. Deux
grands groupes apparaissent : les « réconciliateurs », favorables au dialogue
entre Algériens et les « éradicateurs » qui le refusent. Le clivage partage la
société civile, comme l’armée.
Dans le camp des « réconciliateurs », on trouve le
fln, le
ffs, le
mda de Ben Bella… Lamine Zeroual, dès
son arrivée au pouvoir, se pose en partisan d’un « dialogue sérieux », ce qui
trouve un écho chez certains leaders islamiques modérés. Les deux camps se
rencontrent même en novembre 1993. Au cœur de l’été 1994, les choses se
précipitent quand les États-Unis pressent Alger « d’élargir sa base politique
». Les principaux créanciers de l’Algérie subordonnent l’aide économique et le
rééchelonnement de la dette extérieure à l’ouverture d’un dialogue.
Le camp des « éradicateurs » dénonce avec force ce
dialogue, estimant qu’il s’agit d’une capitulation devant les exigences
islamistes. Mohamed Louari, considéré comme un tenant de la « ligne dure »,
obtiendra ainsi la démission de Zeroual. Il est soutenu par une partie de
l’opposition démocratique, notamment le rcd de Saïd Sadi, qui sait qu’elle risque
d’être la grande perdante de futures négociations. Si le mot d’ordre officiel
reste le dialogue, la répression ne semble jamais avoir faibli.
Les répercussions à l’étranger
La dimension internationale de cette guerre civile vient
complexifier encore un peu plus les données du problème. L’entrée de la France
dans l’engrenage a lieu dès 1994 lorsque Charles Pasqua assigne à résidence, à
Folembray, des militants islamistes avant de les expulser vers le Burkina Faso.
Le 24 décembre de la même année, un avion d’Air France est détourné par un
commando du gia. La vague d’attentats
de l’été 1995 et l’assassinat l’année suivante des sept religieux français du
monastère de Tibehrine, rapprochent un peu plus la France du drame
algérien.
Face à la multiplication des massacres et aux protestations
de l’opinion internationale, le régime algérien autorise la venue de deux
missions d’enquête, du Parlement européen et de l’onu, en février et juillet 1998. Celles-ci ne
mettront pas en difficulté le pouvoir qui, malgré les rapports accusateurs des
organisations internationales comme Amnesty International, continue d’être
soutenu par les principaux États étrangers – France et États-Unis
notamment.
Conclusion : sortir de la crise
L’élection d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la
République algérienne, n’est que la dernière péripétie en date d’une démocratie
de façade ; elle ne change en rien les termes du problème si ce n’est qu’elle
renforce le camp des « éradicateurs » à l’origine de la démission de Zeroual :
le processus de sortie de crise reste entièrement à accomplir. Malgré une
campagne menée sur le thème du rassemblement, le désistement des autres
candidats en lice et les révélations de nombreuses organisations
internationales sur les fraudes lors du scrutin, ont révélé le caractère
superficiel de la démocratie, en fait contrôlée par des hommes inconnus du
grand public, et l’extrême division d’une population en grande partie
résignée.
Tout progrès devra passer dans l’avenir par une remise en cause
de cette « culture de guerre » (Benjamin Stora) qui constitue le plus sérieux
obstacle à l’apparition d’un nationalisme à base d’esprit républicain et
d’islam tolérant. La pluralité, tant ethnique qu’idéologique, n’est pas
compatible avec le langage manichéiste et outrancier tenu aux jeunes Algériens
depuis des générations. Outre le défi de la crise économique ou du poids
écrasant de la dette, se dresse en Algérie le dilemme qui est de savoir comment
vivre son identité arabo-musulmane sans pour autant basculer dans
l’obscurantisme. Débat crucial pour l’ensemble des pays arabes, ce combat entre
islamisme politique et républicanisme musulman se combine dans l’ancienne
colonie française avec les contradictions de la construction
nationale.
À partir du moment où aucun des camps qui s’affrontent ne
semble en mesure de l’emporter militairement, peut-être la solution vient-elle
des partisans du dialogue, refusant la spirale de la violence des «
éradicateurs » des deux bords. Cependant, tout rapprochement des modérés, comme
en 1995 ou même en novembre 1993, prêts à accepter les règles contraignantes
d’une démocratie pluraliste, se heurte aux intérêts bien ancrés de certains
clans du pouvoir : l’armée détient sans nul doute une grande partie des
réponses aux problèmes politiques.
Chronologie
|
1962 |
18 mars : signature des accords d’Évian. Le
lendemain intervient un cessez-le-feu en Algérie. |
|
7 juin : adoption du programme de Tripoli par le
cnra. |
|
1er juillet : référendum en Algérie. Les
accords consacrant l’accession à l’indépendance de l’Algérie sont
adoptés. |
|
3 juillet : proclamation de l’indépendance de
l’Algérie. |
|
22 juillet : luttes intestines dans l’Algérie
indépendante. Ahmed Ben Bella et ses amis annoncent à Tlemcen la formation d’un
« bureau politique ». |
|
9 septembre : l’aln commandée par Boumediene fait son entrée à
Alger |
|
1963 |
29 mars : décrets sur
l’autogestion. |
|
8 avril : Khider démissionne ; il est remplacé par
Ben Bella. |
|
8 septembre : la constitution est approuvée par
référendum. Instauration du parti unique. |
|
1964 |
16 avril : le 1er Congrès du
fln adopte la « charte d’Alger
». |
|
1965 |
19 juin : Boumediene démet Ben Bella et déclare
assumer tous les pouvoirs. |
|
1968 |
20 mai et 12 juin : nationalisation de nombreux
secteurs industriels. |
|
1969 |
15 janvier : traité d’Ifrane qui établit des
rapports de bon voisinage entre le Maroc, l’Algérie et la
Mauritanie. |
|
23 mars : adoption de la charte de la
Wilaya. |
|
1971 |
24 février : nationalisation des pipe-lines, du gaz
naturel et de 51 % des avoirs des sociétés pétrolières
françaises. |
|
16 novembre : ordonnance sur la révolution
agraire. |
|
1973 |
9 septembre : le 4e sommet des pays non alignés se réunit
à Alger. |
|
1974 |
Avril, à l’onu, Boumediene prône un « nouvel ordre
économique international ». |
|
1976 |
27 février : le Front Polisario proclame la «
République arabe sahraouie démocratique », avec l’appui de
l’Algérie. |
|
27 juin : référendum sur la charte
nationale. |
|
19 novembre : la constitution est adoptée par
référendum. |
|
1978 |
27 décembre : décès de Boumediene ; le 7 février,
le colonel Chadli est désigné président de la République. |
|
1980 |
20 avril : trois jours d’émeutes à Tizi-Ouzou. Les
insurgés réclament la reconnaissance de la culture berbère en
Algérie. |
|
1982 |
2 novembre : violents incidents à la cité
universitaire Ben Aknoun entre « progressistes » et « islamistes
». |
|
1984 |
9 juin : adoption du « code de la famille » qui
restreint les droits de la femme. |
|
1985 |
Avril : procès des 135 islamistes du
mia. |
|
1986 |
16 janvier : adoption de la nouvelle « Charte
nationale » par référendum. |
|
1988 |
16 mai : normalisation des relations diplomatiques
avec le Maroc. |
|
4-10 octobre : émeutes à Alger. Le bilan officieux
fait état de 600 morts. |
|
3 novembre : référendum pour la modification de la
constitution. |
|
27 novembre : le fln accepte la séparation du parti et de
l’État. |
|
1989 |
14 septembre : légalisation du
fis, créé quelques mois plus
tôt. |
|
1990 |
12 juin : victoire du
fis aux élections
municipales. |
|
1991 |
5 juin : affrontements meurtriers entre islamistes
et forces de l’ordre. L’état de siège est instauré. Mouloud Hamrouche est nommé
premier ministre. |
|
15 juin : appel du fis à la grève générale. |
|
30 juin : Abassi Madani et Ali Benhadj sont arrêtés
et emprisonnés. |
|
26 décembre : le fis obtient 188 sièges au premier tour des
élections législatives. |
|
1992 |
11 janvier : les blindés se déploient dans les
principales villes. Chadli doit démissionner, l’Assemblée est dissoute et les
élections annulées. |
|
14 janvier : un Haut Comité d’État présidé par
Boudiaf prend le pouvoir. |
|
Juin : assassinat de Boudiaf. |
|
26 août : attentat à l’aéroport
d’Alger. |
|
1994 |
30 janvier : la présidence de l’État est confiée au
général Zeroual. |
|
1er juin : l’Algérie obtient un
rééchelonnement de sa dette extérieure. |
|
15 juillet : les usa pressent Alger d’élargir sa base
politique. |
|
5 août : 17 Algériens sont assignés à résidence, en
France, à Folembray. |
|
26 décembre : un airbus d’Air France est détourné
par un commando du gia. |
|
1995 |
13 janvier : les principaux partis d’opposition
signent une plate-forme commune sous l’égide de la communauté catholique de
Sant’Egidio. |
|
Juillet : une vague d’attentats frappe la
France. |
|
1996 |
15 novembre : adoption d’une constitution accordant
des pouvoirs très étendus au chef de l’État. |
|
1997 |
5 juin : élections législatives remportées par le
rnd, parti du
pouvoir. |
|
1998 |
11 septembre : Zeroual annonce sa démission et la
tenue d’élections législatives anticipées. |
|
1999 |
Avril : Abdelaziz Bouteflika est élu à la
présidence de la République. Il était seul en lice après le retrait des autres
candidats pour fraude massive. |
·
Abbas, F. 1984.
L’Indépendance confisquée (1962-1978),
Paris, Flammarion.
·
Eveno, P. 1994.
L’Algérie, Paris, Le
Monde-Marabout.
·
Lacoste, Y. et C.
(sous la direction de). 1991. L’État du
Maghreb, Paris, La Découverte.
·
Malti, D. 1999.
La Nouvelle guerre d’Algérie, dix clés pour
comprendre, Paris, La Découverte.
·
Manceron, G. (sous la
direction de). 1996. Algérie, comprendre la
crise, Paris, Éd. Complexes.
·
Stora, B. 1995.
Histoire de l’Algérie depuis
l’indépendance, Paris, La Découverte.
·
Stora, B. 1998.
La Gangrène et l’oubli, Paris, La
Découverte.
Revues et articles
·
« Algérie, 20 ans », Autrement, n° spécial 38, Paris, Le Seuil,
1982.
·
« Algérie, dix ans d’une guerre non dite »,
L’Express, dossier spécial, janvier
1998.
·
« Algérie, présidentielle 1999 »,
Jeune Afrique, 6-12 avril 1999, n°
1995.
·
« Algérie : violence et politique »,
Hérodote, 2e trimestre 1995.
·
« L’islam en Algérie », Grandguillaume Gilbert,
Esprit, janvier 1995.
·
« La guerre sans fin », Stora Benjamin,
L’Histoire, avril 1999, n°
231.
·
« La nébuleuse du pouvoir », Duteil Mireille,
Esprit, janvier 1995.
·
« La prise du pouvoir par le fln », Ageron Charles-Robert,
L’Histoire, avril 1999, n°
231.
Sites internet utiles
·
La constitution algérienne :
·
hhttp:// pwl. netcom. com/ fouathia/ algeria/
curconst.html
·
L’office statistique officiel :
·
http:// www. ons. dz/ them. sta.
htm
·
Le journal El Watan :
·
http:// wwwelwatan.
com
·
Le site du rcd
:
·
http:/ www. rcd. asso. fr/
·
La commission socialiste de solidarité internationale
:
·
http:/ www. multimania. com/ troubles/ algrie.
htm