Sud/Nord
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I.S.B.N.2865868818
208 pages

p. 55 à 67
doi: en cours

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no 15 2001/2

2001 Sud/Nord

Marges

Danièle Faugeras  [*]
SUR LE BORD
du chemin.
Tu es
dans
tu es entre et dehors
à la fois.
En vérité ne distinguant
plus bien
d’avoir pris le travers d’une parole
sans lien…
Et là où
tu courais
sans rien voir
c’est le monde à présent qui défile
décline à contrejour
là-bas
sans avant ni au-delà.
SEUIL
Mi-
chemin
entre
l’exubérance radieuse chaleureuse
de l’externe
et le tréfonds
secret
replis recoins
du cœur
Lieu hors place
aire
du pas
des toujours premiers
pas
(que
passer
pour se mettre en
demeure
ou d’absence prendre
accès
(et réciproquement
Par où rafale
l’hiver
s’engage
fait irruption intrusion (une
percée
pour frayer
: voie d’approche d’inconnus familiers.
Orée
pour transgresser
toujours bâillant d’étranges
exhalaisons
battante à volonté
de porte
qui étroitement
relie
(séparables
(un
hiatus
Syllabe
élémentaire
habile à conjurer
à mener à
bonne fin
(qui
n’en finirait pas de conduire
à son terme
d’une lettre
approché)
à son extrémité retourné en
matin
: printemps du monde
prolégomène du jour
chaque jour
Source
terme et procès
: seuil
ébauche de devenir.
HAUTS LIEUX
Par degrés
successifs
progressant droit
au ciel
sans que l’herbe cesse pourtant d’accabler
la foulée.
Abrupts et contournants
d’éboulis
qui révoquent
en redans si
scabreux
qu’un frôlement appuyé une racine
qui saille
ramènent aux commencements.
Mais
à chaque station
des bandes
larges
d’aplomb sur le chaos concret méthodique
des murs secs
pour que
sur leur assise
: des trajets.
On les dénomme ici bancels
accols
ou faïsses
et encore : traversiers.
Même si sur-
élevés
des lieux modestes
et droits
qui vont
directement
-tels
les vents du même nom-
à l’essentiel
des choses.
Un accolage
subtil
: solidaires séparés
les éléments
conjoints
(qui laisse
dans le mitan
apte à
authentifier.
Lieux du bord
de la marge
du seuil
redupliqué.
Enjambements
à la fois signifiant
qu’ici
tend vers l’extrémité
et qu’ici-même commence
cet infini
: écart
qui donne à respirer…
Lieux
vivants
où l’éphémère
se régénère
sans cesse
où l’immédiat trans-
gresse
instant
après instant
ainsi jusqu’au
définitif
achèvement.
Une vibration d’espace
presque
immobile
suspens
fécond
: toutes
les transformations…
SENTIERS
Énigmatique muet
sur ses commencements
(émané
de l’impasse…
tel qu’il s’expose
d’abord
: emmarchements
de pierre (des vestiges
ses replats
sont étroits
prompts à l’ensablement
entre boucles ardues semées d’obstacles
à vif.
Passé le seuil
tout change.
Libéré il répond
à l’appel des terrasses
(de leur étalement
pour tenter quelque arrêt
une perte
momentanée
dans le brouillard des thyms
entre les éboulis quelque obscure digression…
De signe
en signe
ainsi
à l’usage se dessinent
nos sentiers solitaires
et rudes
sans que le monde pourtant nous y laisse en repos car une double menace chaque jour avec nous accomplit le chemin : en contrebas grondant infertiles arrachés avant terme à leur matrice secrète d’inquiétants prédateurs et près du ciel déjà – ah ! ne plus résister – cette tentation d’un signe recouvreur de tout signe à nous faire oublier nos orphelins destins séparés des infimes invisibles mouvements traceurs de vérités…
Tant que
tout
peut
faire signe…
le moindre dé-
placement
dans l’ordonnance
des choses
révèle
(qui
en retour
témoignent.
À condition
(espérant
redoutant ?
à condition
de vouloir bien
de pouvoir bien
attendre
paumes ouvertes
sous la branche
sans tirer
sans presser
de son propre mûrissement
et
celui-là seulement
à ce moment
voulu.
BASSIN
Tel que
(voilé encore
dés-
altérant la brume
son secret :
un murmure
dans l’aride
clappement vers l’entre-bâillée
soif.
Encore rien
de visible
à peine
(supposition)
: déduit
l’épanchement sourd et entravé
du vert.
Aussi
ce calme
au dépourvu
une pause
dans la fabrique
du temps.
Appel d’approche.
Mais là où
d’un effondrement imminent l’air
s’émeut
une margelle
interpose son appui
qui diffère.
Arraisonné
l’ouvert.
Qu’à cela
ne tienne
: étale
et par-delà le fond
(la vague chevelure ophidienne du fond modulant silencieuse sous le frôlement des ombres)
illimité
l’espace revers
du ciel.
Au lieu
de l’évidence acquise
le regard
égaré tente sur soi
un retour
; voyeur
soudainement
vu
d’un seul trait
il démasque
le reflet.
Alors d’une orbe à l’autre
courant
des centres
imperceptibles
se distendent et s’étreignent.
La ligne droite
surtout
l’immuable la rigide
d’un rire spiroïdal soudain paraît
secouée
qui la vrille l’écartèle
entre échos opposés
jusqu’à répercuter dans le chanfrein obscur
imperturbable
du bord.
Sans raison apparente
parfois
comme sous le coup
d’une réminiscence
l’horizontale se trouble
indécise se partage
suivant d’une face changeante le furtif déploiement en cascade
d’une onde muette.
Jusqu’au bord
du débord
là-bas où
une flottille de jonques enchevêtrées attend
d’on ne sait quelle ressource
(intercession d’ailleurs)
le sursaut improbable qui la ferait
franchir
Aheurtées
et butant
têtues
contre l’étrille…
De plus haut
une averse
prochainement les prendra
-eau régale
pour dissoudre
leur or
vieux-
ainsi que lie commune
vers le pays perdu
des fonds
les mènera.
(Pour
coulés
ses vaisseaux
il n’est pas sans recours
celui qui
immobile
est descendu en lui pour mûrir
son objet.
À sa place
il se tient
-en réserve
(quand
dans l’ombre creuse des marges
transpire
l’indiscerné.
Un chant
à mots couverts
-traversée l’onde noire de part en part-
sourcille
au plus secret.
D’une veine battante impulse
la tempe fluide
qui frissonne
s’égoutte à l’opposé par une faille
du bordage
: hasardeux épanchoir
auquel la terre s’abouche
à dessein
et ravie
de se laisser sonder jusqu’au tréfonds
d’une âme
aride et désolée.
Bassin
– gardant à vue qui jamais
ne recèle…
D’une onde articulée
inouïe
entre deux eaux il
transgresse cela même
qui le fonde :
retenue
pudiquement libère la source
inaltérée
restituant à la terre
la soif
pour qu’elle s’élève marchant
à la rencontre
de l’air.
 
NOTES
 
[*]Danièle Faugeras a publié en 2001, Ici n’est plus très loin, aux éditions La Part de l’œil (Bruxelles). Les poèmes qui suivent sont extraits d’un recueil inédit intitulé Espaces du peu.
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