2001
Sud/Nord
« Ici n’est plus très loin »
À propos des poèmes de D. Faugeras
Claudie Cachard
Danièle Faugeras
Surtout ne rien ajouter, ne pas se laisser aller à la tentation de parler « sur » et de s’emparer ainsi du texte, prêt à le réduire ou, à l’inverse, le parer de maintes qualités hors de propos.
Laisser les voix intérieures faire alliance, parler entre elles leurs langues silencieuses, s’entendre évoquer leurs remarques, leurs espoirs partageables ou décalés.
Les voix intérieures suivent leurs propres mouvements, peignent avec les mots, tracent les détours de chemins qu’elles poursuivent pas à pas, à leur convenance, là où elles se trouvent.
Laisser aussi le regard flotter et observer, de tous ses yeux. Lui accorder le temps d’apprécier le sens des formes qui parcourt ici le texte, l’organise, le découpe et l’inspire de façon telle que je pourrai imaginer un lecteur étranger touché par les dessins du poème, même si le sens des mots échappait à ses langues plus manifestement disponibles.
J’ai eu envie de demander à Danièle Faugeras la place qu’elle accordait aux dispositions qui donnent forme à l’œuvre par elle inscrite et offerte à lire et voir. Mais avant même de la lui poser, j’ai sentie cette question inutile, déplacée. Les mots et l’espace qu’ils occupent sont ceux qui se trouvent au juste moment et à la juste place, entre pensée et regard, mouvement et sensation, besoin et accomplissement. Et quoi d’autre encore… Données aussi intimes que le toucher du pianiste ou la patte du peintre, indescriptibles et pourtant si personnels qu’ils permettent de reconnaître immédiatement celui ou celle à qui ils appartiennent.
Chacun aura ses préférences. Certains apprécieront les raffinements, les beautés, les sonorités de termes chargés de dépeindre et d’évoquer, témoignant largement des bonheurs du langage dont l’auteur dispose avec les libertés de joies et de gravités qui affleurent tout au long du texte et le transmettent tel.
Quant à moi, les poèmes qui me touchent au plus près laissent transparaître une réserve intense qui serait comme enfouie sous leurs propres dépouillements. C’est elle que les mots égrènent avec une force retenue comme s’ils n’acceptaient qu’à contrecœur de quitter les escarpements où ils se tiennent de préférence, et silencieux, de préférence. Alors ils marquent, comme l’idéogramme que le pinceau trace d’un geste né là où s’entrecroisent le monde et l’émotion du calligraphe
« Telle
la foulée
(la pensée) qui
gravit. »