2001
Sud/Nord
Éditorial
Michel Minard
Edmond Perrier
C’est à travers chacun de ses numéros que Sud/Nord s’intéresse aux marges, ou plus exactement aux hommes et aux femmes qui peuplent les marges, là souvent rejetés par ceux qui ne les peuplent pas : marges des villes ou des États, marges des groupes sociaux et culturels, marges des familles et des tribus, des églises et des armées, des académies et des écoles, franges mouvantes des sociétés humaines, frontières incertaines entre tout et rien, lieux excentriques des entropies, des désespoirs, des révoltes.
Comme la marge protège le texte imprimé du livre, attaquée la première qu’elle est par le ver, la moisissure, le feu, laissant ainsi longtemps le texte intact, les marges humaines, de toutes sortes, protègent ceux qui n’en sont pas, contribuent à leur développement et à leur richesse, amortissent pour un temps les heurts de leurs existences, éloignent le spectre de leur anéantissement.
Comme les marges protègent les textes, les marches protègent les royaumes, les empires, les nations et les cités. Confins sentinelles aux mains de petits marquis ou de méchants margraves, sans cesse harcelées, attaquées, occupées et pillées, les marches abritent les populations délaissées là, car on ne leur fait pas de place ailleurs ; là où l’assurance d’une existence sereine est maigre, la misère grande et la vie courte.
Lorsque la marge occupe la page plus que le texte, lorsque la marche envahit l’espace et devient une menace pour ceux qu’elle est censée protéger, le péril alors devient grand pour tous, les nantis comme les marginaux.
Ce numéro traite donc des marges. Il aurait dû paraître au début de l’été. Il ne paraîtra qu’à l’automne, après même la folie du 11 septembre 2001 et les folies qui en découlent, et qui découlent de tout ce qui a conduit à ce point de rupture sauvage et les humains du Sud et les humains du Nord.
Le prochain numéro sera exceptionnellement consacré à ces folies-là. Nous avons invité tous les auteurs de Sud/Nord à écrire ce qu’elles leur inspirent.
Nous invitons aussi tous les lecteurs à nous écrire leurs propres réactions, leurs analyses, leurs craintes et leurs espoirs.