Sud/Nord
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I.S.B.N.2865868818
208 pages

p. 97 à 113
doi: en cours

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no 15 2001/2

2001 Sud/Nord

Récital de la chasse aux mots

par un Catalan psychiste devenu pipisiatre français du cadre

François Tosquelles
Projet, en vers libres, cuit à la cocotte en deux minutes, à la française, à servir frappé, à manger avec les doigts et à lire et interpréter par chaque homme et son orchestre comme « Suite et variations pour les instruments à vent du Moi et autres vagues pulsionnelles ».
Au programme :

Introito prétentieux – molto psychiatrico
IMouvement : Moderato cantabile
IIMouvement : Andante, mais non troppo
IIIMouvement : Ricercare à une seule voix
IVMouvement : Allegretto vivace
VMouvement : Largo molto piano
Introito largo et vivace – molto psychiatrico
VIFinale
  • Allegro moderato
  • Andante amorose
  • Allegro risolate alla marcha.

  • Je dirai l’ivresse mortifère… et renaissante
    de la chasse aux mots, biches fuyantes,
    oiseaux
    lièvres immobiles oreilles dressées
    sauterelles sonores
    – longues et brèves – Mouvances blessées papillonnant
    fleurs laissant traces étendues
    corps allongés, traits raides
    froids au ras du sol
    sur un tissu côtelé de sang frais
    Pourpre et or
    entre les doigts comptables
    brisant chaînes, images colorées
    agrippées au néant qui passe
    l’empreinte déplacée
    sur des fades écrits
    guirlandes festives, glissantes
    rivières
    maintenant et toujours, encore
    convulsionnaires, ombres ondulantes
    des espaces enchevêtrés, poussières dévoilées, arrachées aux fibres d’aile
    de papillon dénudés, mots
    alignés au pied du mur
    à la lisière des forêts
    habitées jadis, folles courses des fées
    ou des sorcières hantées défaillantes
    à l’aube, des marécages
    Mots au pied des saules pleureurs,
    couronnes de fleurs, disant
    lettres d’adieu et de souvenirs
    rabaissés au concret des rêves à lire au pied de la lettre
    d’alouette ; transparences embrumées
    de novembre
    tantôt trompettes, allocutions dressées
    des tours de guet
    du soleil stridentes, incisives, cris balafrés
    tantôt
    prières digestives assourdies
    silences, tombés au champ d’honneur
    étendards pourfendus
    d’haut en bas, déchirés
    au couteau du temps
    esquisses d’hommes, dénudés
    par l’épée du regard
    percés aux dards meurtriers
    Arc : ressort tendu des yeux
    qui miroitent vols, rayons
    de soleil qui percent miroir et ailes. Haut vol des alouettes !
    Sur la terre : de la coupe aux lèvres
    les urgences assourdies
    des chapelets murmurant absences
    au cimetière. Au bord des tombeaux soulignés
    bouquets de chrysanthèmes en rang
    tentacules dorés des fleurs
    recroquevillées, font chemin aux cœurs
    déambulatoires de la tout saint. Carnaval défilé statique de
    pompiers tournants, contournant
    la veuve détournée par suite des hasards avares
    du non-sens. Les regrets éternels à l’indécise
    indécence présence des sens, l’absence des Disparus
    L’absence des innocents, l’irréparable manque
    de sein, le Saint Saëns des danses macabres invisibles à l’œil nu.
    Recouvertes blessures, galeries catacombes
    fentes oratoires, pelure d’oignon
    durillons oligarchiques. Prosodies processionnaires
    d’Officiants oints par tout de rôle : Fonctionnaires royaux, éclairs
    tourbillons veloutés, leurrant des feuilles
    d’automne bon marché ;
    machines d’oubli pour les arbres décoiffés
    au vent cocu décodés.
    Les chutes des voyelles
    muettes hors port
    qui battent l’aile sous les cieux
    à la recherche des consonnes : l’Arête des mots poissons émondés.
    Barques sans voyageur
    Rondes blêmes, de noir et blanc – mauves
    travesties, loin des haies d’épines
    la couronne de clôture, transcendée
    au vol, ou au pas à pas, les trépas
    des césures, garanties légendaires
    des mythèmes garde corps. Têtes
    exotiques, gardénias à doubles feuilles
    repliées à chaque faux pas du livre
    d’heures
    les gorges, illusoires chartreuses
    tranchées à l’embrasure
    des épiphanies enroulées
    autour des entrecôtes sonnantes
    des chanteurs d’opéra. Tréteaux vides
    Falaises, Rochers têtus, Foutaises crânent. Rieuses cimes
    crinières au vent
    les crêpes de soie qui crépitent
    aux crépuscules des Dieux – Chênes
    culbutés
    bâtisseurs d’arcs-boutants
    ardents brasiers de l’enfer des hommes
    Arlequins d’une nuit d’été
    Arcs en tête
    les chicanes arithmétiques
    qui pondent les noms
    coquilles d’œuf
    Les nobles ascendants réunis dans
    les sociétés anonymes des poules aseptiques
    toujours chauves
    indéfrisables
    têtes d’élite, les nombres à
    l’élision de la terre promise. Abstraits
    escargots, chimères tératologiques
    aux carrefours des chiasmes optiques, doigts déliés des paumes
    Cœurs antiques Troupeaux, crèches transhumantes sous fenêtre
    damassée à la fête
    vacances en voyage de l’avant et de l’après
    fuyantes et fascinantes promotions diluviennes
    rassemblées à l’archipel
    concerts des dilemmes
    à la quête et requête des confidentielles
    réassurances
    à l’offre et à la demande
    des textes évalués
    au pile ou face
    du vrai et du faux
    découpé à la faucille argentée servante
    des clairs de lune romantique
    lèche-cul des Pierrots avec ses
    démarches blanches
    poussière synthétique qui en a vu d’autres
    à pâte d’amandes
    tartines de fables caviardées
    au beurre souffre douleurs fêlures, arlequinades coloriées. Contestation
    de
    Colombiers célestes
    ivres du même au même
    à l’appel des constellations étoilées
    compositions cosmiques
    consubstantielles souffrances
    accablés messages des balançoires
    paradisiaques.
    Déjugés par les nonces résidents. Serpentins
    dindons de la farce
    aux plateaux des théâtres
    Monèmes démonétisés
    prétendants prête-nom
    prétextes et
    redites réponses
    oiseaux mythiques des naissances latentes
    l’impossible rencontre à la portée
    de la main – malaises envoûtés
    piédestaux envolés
    portés aux nues.
    Attrape nigaud des énigmes de soi-même
    Elfes élidés
    Elixir des pas de deux
    Nectar des vaporeuses nuitées
    dénudées corbeaux des ébats, cloacales
    naissances blanchies
    à la chaux vive des façades
    L’un et l’autre, les deux indivis
    dans un prénuptial arpège de scribe
    voués aux mots cache-sexe
    où s’épure le purin puritain
    Passe droit des torsades. Passementeries
    inertes ; passions de Bon Pasteur, nourris
    aux pastiches de pathétiques symphonies
    des hauts héros, à l’Hurle vent mis en boîte
    Patriarches indigents insolvables locuteurs, discours
    ventriloques
    logés dans une baignoire
    avec une libellule horizontale au plafond
    la gracieuse dispense des motions
    libératrices des charges
    relaxation corporelle à grand renfort
    de coups d’épingles, mots du même rivage
    flotteurs du liège « requiem in pace »
    désormais maintenus par les eaux hydrothérapiques
    la cohorte de fourmis queue leu leu
    des impasses formulées haut l’esprit éclairé
    gloire du peuple savant, ceux qui pensent
    et proclament certitudes à l’enseigne du
    « voile echo sum » des
    Cartésiens dévidages évacuateurs dévergondés
    de l’Être et du Monde dévitalisés. Ronronnantes chattes des
    chastes conceptions, doublets des Marie-Anne. Léchés
    douillets refuges consacrés Crèches des princes consorts convives des
    Mantes religieuses universitaires
    dégonflés Pilate et
    Constantin avec leur pile d’assiettes desservies. À la Romaine Pax
    Gestes délavés à la
    Gloria à soi-même. L’image
    grandeur d’échelle de Jacob suspendue à la
    bêtise humaine du maître
    ex-sciences Portraits
    à la galerie des Glaces. Surveillants des
    Armoires à linge
    propre et repassé
    linéaires linéatures
    essorées, cabales synoviales
    aux draps de lit parfumés
    aux pommes, hors paradis
    retrouvé
    les feuilles noircies
    au jeu des chiffres et des lettres
    apprivoisés oiseaux.
    Apprêtés défilés mécaniques
    danses aux voiles
    et aux chandelles.
    Scarabées dorés
    Suites en ré
    les esclaves délivrés et aussitôt enchaînés
    à la phrase suivante.
    Toutes les feuilles sont reliées
    aux livres de comptes
    dès maintenant et toujours numérotées.
    Le zéro capitaine inscrit des abords
    fermés ronds des arènes
    où le trois joue et gagne toujours
    puisque comme on dit
    jamais deux sans trois
    et pour quiconque tient aux enjeux
    dans son assiette familiale.
    C’est le trois qui est premier
    à table
    et il s’ensuit, le plus
    ou le « moins un », chaque fois,
    ce qui fait quatre
    ou deux.
    Et cela suffit pour déterminer
    les différences et les places
    plates-formes de départ
    de chacun qui compte les autres
    jusqu’à pas plus de quatre.
    Il n’est jamais dit d’avance
    si l’on joue à qui perd gagne
    lorsque le moment vient et revient
    de répartir les cartes
    et les absences en jeu
    chiffrés
    suspendues, au va tout et aux atouts à deviner
    à dire ou à se taire.
    Qu’il n’y a pas que les bourgeois
    autour du pot
    pour chanter les fastes capitales
    à nom donné à la
    berceuse, claironnante des
    vaudevillardes percées au récital traditionnel
    du
    papa maman la bonne et moi. Que même ici cela
    fait quatre, encore une fois
    et notamment
    – ce qui ne va pas de soi – l’avenante
    surprenante variable pronominale
    des bonnes à tout faire, celles
    des bonnes et des pas mauvaises
    à capital variable. Véritables placements et déplacements
    indéterminés, prêtes au service d’un chacun des autres trois.
    Aléatoires incarnations occasionnelles, rôles tenant lieu, la carte variable
    des tantes Jeanne des pisseurs
    celle des vieilles grand-mères
    ou des cousines Berthe
    actrice des couvre-lits
    et des opérations de porte ouverte
    à la rencontre des positions
    qui souvent portent lettres qui viennent
    d’ailleurs.
    Maîtresses du faux dilemme des portes fermées
    ou ouvertes à la cour parsemée
    des jupons des entremetteuses en balade
    des voisins à mi-dites porte-parole.
    Les cendrillons des foyers
    Étalent
    Plénitudes des vacuoles
    plages ou montagnes
    dépliants des voyages
    directions des carrefours
    les quadrilles dansants des jours premiers
    qui par addition occasionnelle
    d’autres « plus-un », agglutinent
    richesses accueillantes
    d’un quelconque l’un d’eux parmi
    les quatre, va vers
    l’illusion comptable d’un cinquième
    larron tout neuf.
    Et ainsi de suite, si le cas en donne
    encore d’autres unités avides
    additives, énième fois, nombreux infinis, nombres
    possibles – répétitions transférentielles
    identificatoires méprises qui viennent
    ou reviennent au tas
    comme des revenants resurgis
    rattrapés, retardataires, des tombeaux
    voués à la démesure répétitive
    publiés à la une des journaux
    mesurés à l’aune
    rayonnante du trou du cul.
    À la quête de la quadrature
    du cercle :
    Aristocratique Pi R2
    nanti de la relation égocentrique
    des circonférences évidées
    Déconnateurs des décomptes infinis
    affairés à s’acquitter par acomptes
    du parcours circulaire des jours et des nuits
    qui font d’eux leur compte
    juste le temps d’un relevé des virements
    imputés à la succession et à la dette.
    Les voilà aux écritures soudés, chichement avares, un à un accrochés
    aux pans de leurs chemises
    un à un
    sacrifiés aux marchés
    éternels bienveillants bourgeois de Calais
    et d’ailleurs
    sourds et aveugles vivant de leur mort
    hors guichet
    mal nourris des restes polyphoniques
    des mots fétiches pendeloques
    Majeurs de cheveux en quatre
    prépuces ombilicaux, délivres, livrés à l’étrangère commande
    corde au cou
    aux oreilles par assiette
    ses fondements postérieurs
    rapportés de colonne en colonne chaque fois soumises
    aux racontars soupçonneux
    condamnés
    malveillants
    surveillants
    enkystés aux amniotiques lambeaux imaginaires
    englués jusqu’au trognon, dans le meilleur des cas
    à la racine carré du moins un
    qui dit le chiffre des coffres-forts
    cadenassés, des ports frauduleux
    la menace, l’absence de ponts
    et de chemins, melon en tête
    parapluie imperméable aux sauts et aux
    envolées des mots et des autres. Danseurs
    lorgnant par ci, par là, les miettes
    la contrainte,
    la faute. Rêveurs asséchés au désert
    charretiers sur la tranche des
    mirages riverains. Horizons fascinants gonflés
    de la solitude à un, à deux, à trois
    et à quatre. Peintes de dimanche
    champ écrans, l’apparence de tours
    Citadelles, tournois, sournois, sur-moi
    des fins de mois, la fade fête des appointements
    prisonnière.
    Services, services secrets, escrimes
    et chevauchées
    Aventures imaginaires, mousquetaires
    à la recherche
    éperdue
    du trèfle à quatre feuilles
    de la chance
    Colliers de la reine, des mots
    qui manquent, aux soirées dansantes
    du palais
    mots mort-nés, épluchures de mots au pif et à la pelle
    ramassés, penchés pendus pendables
    sans peine ni gloire penchés
    sur le néant, Éperviers étrons masqués
    au bal des maudits, dits en balade
    réhabillés de consignes et de politesses
    échos coulés, échus des choux
    aux colimaçons auriculaires.
    Rats des cales des bateaux, la chasse aux mots
    lorsque les chattes – muses
    comptables, d’art s’approchent
    des îles, se sauvent
    dans leurs mouchoirs de poches
    percées, préposés aux colmatages
    puantes brèches du nez
    Noyées bestioles portées aux nues
    le bavardage, la morve morfondue des discours
    fusées ; la platitude calme des
    retraites, planeurs aplatis
    gros sur la patate.
    Patate…
    pied de marmite
    en matière plastique
    Nez ! toujours le Nez
    fourré dans les papiers qui leur passent sous les pieds de leurs chevaux de carton en parade. Les minables niaiseries balivernes, spéculatives manœuvres des mal en pire de toute sorte, les soldats bagnards, conards, canards, constipés constitutionnels aux chartes octroyées aux peuples asservis. Édictés conciliabules enduits de cirage, bottés de certitudes adhésives aux ronds points de la défense. Monnaies de singe, au plat des légumes et au dessert omelettes, avides des lentilles du Jeudi saint. Oliviers au clair de lune neuve. Mots à solde rampants colporteurs de messages dits et redits, anonymes émetteurs et récipiendaires, claires formulations que quiconque comprend – hélas – et juge par convenances. Manèges de mots démunis d’entrailles vivantes qui ne travaillent point corps à corps.
    La polarité de l’un et de l’autre. Tandis qu’ailleurs, aux retrouvailles des deux, et des autres, les sémantiques suintent par génériques accouchements du sens, à la Sainte Face des signes des époux épouillés des parasites, la peau des mots au vif à l’abri des grivoises festivités symbiotiques des mots entiers pleins de sève et de branches, la présence et le geste de Nonces présentifiés au dur labeur des inventions poétiques.
    Semis ventilés de vieux mots collectés, de vieux mots transportés au ponton des héritiers, mots qui convoquent appels émergences de rives le peu et le plus de sens remis aux ateliers, refondus, pétris, reconduits, interprétés au fil rouge du sang qui bat aux tempes avec les mythes oubliés, qui pointent blés ou ivraies ondulantes aux vents. Vieux mots repêchés aux eaux obscures où glanent têtards adipeux, coursent esquisses et rêves de cocons de soie, vers à soie, papillons, feuilles de mûrier, arbres astronomes languissants dans leurs linges au vent, lanternes et lucioles, pignons à la croisée des chemins, engrangement du temps, inadverties conjugaisons des verbes du petit narcisse, navigateur sur sa feuille de vigne endormi aux calmes tempêtes marinières, brasseur des îles distillées goutte à goutte qui réveillent perles, pleurs, raisins de serments d’amoureuses vicariantes, sarmenteux plants retordus, treilles, pampres grimpantes. Apothéose des grappes :
    Vin nouveau, transmutation des claires fontaines à la source et aux ressources démultipliées coupe de la sardane des mots et des dires vendangés. Raisins mûrs de Terpsichore, d’Euterpe et de Calliope parties à la rencontre de Clio. L’écho s’éteint aux tournants de la nuit entre deux mères lointaines.
    La danse repart au pas et au contre-pas de l’un eux : courts qui comptent sons, démarches et les autres temps, figures qui sautent ou non, séquences pas plus que quatre comptés à droite, et à gauche décomptés. Courts et longs en opposition de phase. Périodes successives ponctuées d’un seul arc de traits, à tous points et virgules tambourinées à venir ténors – réparties cadences – espace des pieds effleurés à peine chacun comptable des pas des autres, la roue sereine, récurrences discernées des voix d’une terre – à l’occasion, la mienne. Relais ouvert, pauses. Réjouissances ponctuelles, reconnaissance de l’autre qui s’avance, chez chacun et pousse la construction de l’espace par intégrales : quadrature.
    Qui dira à la danse et au mot les paradoxales aventures des triangles sphériques qui supportent la couple ?
    L’un, les deux mains tendues à l’une des mains de l’autre – ce qui fait toujours trois – d’un chacun et du tout, toujours ouvert, une ronde. Mouvances des corps à l’humaine construction des coupoles à pendentif le vieux miracle architectonique des triangles sphériques de pierre qui permettent de passer du plan carré au plan circulaire. Maintenant, nouveau miracle de la grâce et de la métrique mesure en jeu dans la danse la puissance délimitative convenue harmoniques coutures, raccords des champs en tête, vecteurs de sang, quatre sources et parcours des traces mythiques de quatre doigts trempés à la blessure, imprimés au même champ doré des blés, soulevés à l’emblème et à l’épitaphe des comptes qui comptant ont rendu l’âme en allant à la chasse des mots autres qui font l’histoire. Fils rouges à repriser les accrocs, les restes polyphoniques des récits, repris vierges lignes de la main, destin et sémaphores qui entament l’ordre narcissique des nuits et ouvrent les chemins de la gnose séance tenante.
    À chaque danse, la grappe nouvelle, sculptures mobiles, sécateurs collégiales de la sardane du temps et des latences sur l’étoffe du monde. Relevés cartographiques. Alchimies conjecturales, sautillement des mots, mutations par disjonction du sens, rebondissements et retournements, élancements à l’arraché. Acrobaties du verbe syncopé. Synergies, syntaxes négligées. Tractations renouvelées. Moratoires…
    Grues métaphysiques à quai où chaque mot débarqué à ses mots à dire et à suggérer, une adresse visée et portée en lui-même les eaux lumineuses ou éteintes des fontaines de l’envoyeur.
    Chaque mot débarqué à quai, qui a ses mots à dire, n’est jamais le mot de la fin. Tandis qu’aux entrepôts et aux académiques étalages, tous les jours vous pouvez passer commande, lorsque vous avez faim du gibier des mots passés à l’as les lundis. Des mots racornis, vendus à bas prix, des mots des messes du dimanche desservies, des mots sans âge, des mots sauvages hors des forêts. Au cirque des mots en cage.
    Les mardis, au carreau des halles, vous trouverez des tas de mots gris-gris, des mots grimaces asséchés au soleil, des mots résine en boîte, des mots charnière métallique, des mots d’oubli – ce qui permet aux commerçants d’attendre sans trop se fatiguer les clients de passage, et le cas échéant, de proposer à la surenchère les mots des autres jours de la semaine à venir du jeudi au dimanche, puisque le mercredi, c’est jour réservé aux mots mototracteurs allant des mots laitue, aux mots caillés, jusqu’aux mots d’épargne.
    Parfois, si vous êtes un peu distrait, votre sac pourra s’enrichir de mots voleurs, des mots d’ouïe dire, des mots obturateurs et j’en passe sur les mots saupoudreurs et les mots à pâte de velours, les mots pour appâter, les mots obligés, les mots pour luire et reluire, des mots millefeuille, des mots d’évangile, des mots plateaux d’haute forme trempés à la sauce tomate, des mots pouponnière, effrités à l’huile d’arachide, conservés au bain-marie des mots entre parenthèses moulinés au pressoir et au dépressoir, des mots concombre, des mots de départ, des mots de faire-part, des mots boulette, minables, piteux, étriqués, des mots qui s’éloignent sans rien dire, des mots ora pro nobis, des mots à farcir, des mots à effacer, des mots à enrubanner la queue des chats, des mots pour, des mots poutre, contre les jeudis, les vendredis ou les samedis, jours de repos, jours pour faire le mort – comme l’autre qui attendit Pâques – puisque le dimanche on bénit des mots de passe, tous les mots voyageurs, échangeurs d’espoir, tous les mots rageurs, jour de traducteurs, jour des mots nus qui peuvent se manger à toutes les sauces sur un morceau de pain frais tandis que les mots cerfs-volants volent… et l’enfant tient le fil à la main…
     
    I Moderato cantabile
     
     
    Lorsque le vent fait silence, et laisse le sable s’écouler entre mes doigts la plage s’endort et rêve d’un ciel qui achemine Élie sur son char doré là-haut…
    jusqu’aux derniers jours…
    indifférent aux accidents et aux détours de la rose des vents et des hommes, pour qui le vent souffle et hurle à la mort.
    lorsque le vent fait silence sur moi…
     
    II Andante pero non tropo
     
     
    Lorsque les huit vents de la rose se chamaillent entre eux, lorsqu’ils soufflent n’importe où, et comment, et brouillent les cartes des humains, au gré d’événements cosmiques, préhumains, ils se font des crocs-en-jambe futiles – fusées d’aller et retour – sans répit, insolvables, lasses sans emploi ni adresse.
    Malheur au marin en détresse qui – ni de toi ou moi – confie au contre-jeu des vents la voile et le gouvernail, et aux talismans secrets qui gardent peut-être la tresse de cheveux de la déesse, des trésors à l’île ensevelis – saints ossuaires des sirènes et des poissons, la Sainte Épine des étourderies en tête, coque renversée, pieds et mains cloués, soucis serpentins, sens du non-sens : temps mort d’une vie sans joint ni jour juteux.
    Lorsque les huit vents poussent chacun pour soi ce qu’ils trouvent dans leur passage échevelé sur le Mont Chauve – sein renversé du ras le bol – chevaux sans chevalier parcourant les steppes apocalyptiques des années bissextiles, par où pointent ironiques témoignages des tempêtes et des naufrages : un morceau du mât, une bouteille sans message, un morceau de voile déchirée, un sextant sans sexe, renvoyés à la poste restante, restes par brides des brillants projets de l’imagination au pouvoir. Héros de la reine du jour, des Guy Lux et des Jean Nohain, l’avidité fascinée fascinante, harpons et harpies, dénicheurs de nids maintenant avalés, ravalés, délaissés, éparpillés, ensevelis avec l’Éros qui cependant appelait miséricorde aux détours du silence qui fait la mémoire et les romans d’aventure, témoins du voyage à l’île du Trésor et des projets de rachat du Saint Sépulcre…
    Lorsque les huit vents ne soufflent pas, là même où la parole se cuisine et pousse quelque chose sur la mer…
     
    III Ricercare à une seule voix
     
     
    Et, lorsque les huit vents soufflent sur la terre, où nous vivons les cul-terreux et ceux qui marchent avec leurs jambes pour avoir le cas échéant les mains libres pour bêcher, pour caresser une femme, un chien, un enfant, ou pour donner des claques et des coups de poings, ou mieux encore, pour ramasser les pommes aux branches hautes des arbres… ça dépend… parce que, lorsque les vents se réveillent, ils soulèvent parfois des nuages de sable, des tourbillons et ils dressent parfois des rideaux épais de poussières qui aveuglent les hommes et même, il arrive qu’au passage, des vents effacent toute trace et qu’on perde les repères.
    Ça arrive, évidemment de préférence lorsque des hommes ont choisi de vivre dans le désert qui est – évidemment – une vraie mer de sable, ou peut-être, ils ont choisi de poursuivre glorieuse solitude, espérant peut-être se rencontrer eux-mêmes et se reconnaître dans l’image grossissante du miroir, ou peut-être se rencontrer seuls avec Dieu – qui est du même au même.
    Des vents, au désert (parfois grouillant des gens sans visage, comme dans le métro) amènent et animent le mouvement d’êtres à la quatre six neuf. Des êtres qu’on peut trouver le cas échéant, à la ferme familiale ou à l’usine où des machines parlantes me suggèrent que je suis mort écrasé par ses rouages impitoyables depuis le grand tremblement la fin du monde inaugural de ma carrière psychiatrique et qui me rendit satellite du « Ça tourne » dans le vide du ciel ou de l’enfer, où je vivote, essayant peut-être de trouver un emploi d’ange céleste ou de démon, au gré des postes vacants sur place.
    – Mais dites donc – toi – que faites-vous là ?
    – Et vous, qui êtes-vous… et vous, qui vous êtes, qui vous étiez, et vous, et vous, et vous qui vous êtes ?
    – Je suis personne, et vous aussi… Sauf si vous êtes Dieu… et dans ce cas-là… nous allons réunir un grand synode, pour recevoir vos glorieuses crottes. Si vous êtes Dieu, qu’est-ce qu’on va rigoler, en vous voyant chier tous ces chiots du petit monde, lorsqu’ils remuent la queue pour pisser à chaque coin des chemins et qui à-voix (aboient) sans arrêt toujours la même chanson en chœur.
    Merde glorieuse, femmes curieuses, servantes du seigneur à la Candélie éteinte, lavez les assiettes – qu’on puisse manger proprement – lavez-les avec soin, à l’abri des vents du père, des vents du fils, des vents du Saint-Esprit.
    Troublée par la psychose du père, de la mère, du frère soignant et sa sœur qui est rentrée dans l’ordre – le Saint Ordre des médecins – sauvée des eaux par les bienheureux services administratifs. Amen.
    Les vents, les vents, les vents. Quels vents ?
    – Je vous le dis, les petits… je m’y connais, faites-moi confiance. Ça vient des vents du père ; ça vient des vents de la mère ; ça vient des vents du monde… On va vous prendre en charge… Vous trouverez une place, dehors.
    – Pardon, monsieur, sauf le respect que je vous dois, il me semble que vous oubliez les vents de mon cul, qui m’échappent et ne se plient pas toujours à mes projets d’autogestation intestinale.
    – On va vous faire un transit intestinal. Nous avons prévu des services thérapeutiques spécialisés pour la chose.
    – Mais monsieur, il me semble que vous oubliez que mon glorieux cul est immense, fait de sable sans eau, sans eau vive, toujours fendu et écorché, par dedans et par dehors et que par surplus, votre « ça voir » l’écorche de nouveau, lorsqu’il compte les étoiles démarquées du ciel, et qu’elles tombent sur votre tête de général au pc.
    – Je suis, monsieur, particulier.
    – Cieux du déconnage, protégez vos humbles servants ! et ceux qui se sont égarés dans leur chemin.
    Ciel, bol renversé, sein vide, sur nos têtes. Ras le bol et mon cul à l’œuvre. Fesse divine, aidez-nous, pauvres pécheurs. Mappemonde des maîtresses d’école. Sphère dédoublée et aplatie, comme mes lunettes, qui font « ça-vent » les marmots. Miracle des mots et des « gras-maires », lorsque les vaches deviennent maigres, ou enragées et qu’elles nous peuvent à devenir, des héros solitaires, de tétés, sevrés, détestés, sans tête ni queue. Lunettes des zéros à la queue leu leu.
    Loup es-tu là ?
    Éros à recycler là où les vents se couchent, lorsque la rose des vents fait un huit couché qu’on peut prendre comme signe de l’infini, mais qui dans la pratique de tous les jours, ça fait des bicyclettes. Rond de la bouche, Rond du cul qui roule sur les chemins, lorsque je pédale sur la mappemonde en marche et sur ses pentes lisses. Oh Éloïse ! Oh Éluard !
    Quelle loi, quel loup posèrent des obstacles, là où il n’y en a pas, là où il n’y a même pas une fente par où les vents se faufilent et puissent brouiller les pistes des héros des vastes étendues, des vents sans autre adresse que la voûte des cieux.
    Égo diastole du Moi qui pousse au loin vers les deux univers aplatis pendus au mur de l’école et qui poussent les marmots vers l’oubli de la paire de fesses de la maîtresse, de la paire de seins, de ses deux yeux et de tout ce qui du corps de la femme vient à nous au nombre de paire. Deux ou trois choses que je sais d’elle. It is the question ? Deux ou trois ? Bonjour monsieur Œdipe.
    – Nous voilà donc, entre deux ou trois poussés à être un.
    – Ou zéro.
    – Pas si vite, monsieur. Je n’ai pas à être zéro, bien que je vous accorde, il faut bien partir de zéro pour compter, pour devenir.
    – L’être est le devenir.
    – C’est entendu, bien que un zéro et un zéro, ça fait toujours zéro. Il faudrait que j’essaye de devenir un et après ça ira. Mais si je ne puis pas être un, il me faudrait être Héros, en fuite des vallées et des champs à défricher, des ramassis de signifiants à déchiffrer à la petite semaine. Éros qui ne peut, ou ne veut pas, s’abriter dans une cabane, dans une maison où nous sommes au moins trois, dans une cabane qui n’est jamais pleine à verser, dans une cabane souvent pleine d’ordures qu’il faut nettoyer lorsqu’on veut marcher sur ses pieds entre le « moi-si » du dedans et le « moi-no » du dehors lorsqu’on veut traîner sa savate ailée… et déjouer les tourbillons pulsionnels des vents lorsqu’ils entraînent Éros à mouvoir les sables du désert et que hors du lit, ensevelit la roue de la fortune, la roue de la bicyclette, et le vélodrome avec.
     
    IV Allegro vivace
     
     
    Les vents soufflent aussi et soufflent par surprise sur les cabanes et les abris… Des vents qui emportent le « toit » et le « moi » e-mu, qui lorsqu’il est encore qu’une seule vague illusion se trouve alors sans plumes au cul, des-investi, prêt à recevoir des fessées infinies. Du ciel déçu, les vents qui soufflent et poussent les choses sens dessus dessous. Des vents qui emportent les portes – et les fenêtres qu’il faut alors refaire – parce que, monsieur, lorsqu’il n’y a pas des portes ni des fenêtres… on ne peut pas les ouvrir ni les fermer à volonté… ou à la demande de ceux qui veulent bien accueillir l’étranger, et… ils en font un ami parce qu’il porte des lettres de crédit de ce qui fait leur manque.
    Il faut refaire les portes et les fenêtres de la baraque, et ce toit… pour que le moi – si ça veut dire quelque chose un moi qui parle – soit un abri partagé.
    Oh cour de quatre chambres qui apporte le sang aux yeux pour qu’ils dévoilent des espaces, les espaces praticables hors de mon corps – qui fait le dedans et le dehors – praticables par le corps, praticables pour le corps. Des espaces qu’on puisse enjamber, sauter et entreprendre la longue marche.
    Oh sang qui bat aux tempes, bienvenu à mes bras et à mes jambes ! Tu fais la force de mes pas qui mesurent les distances.
    Sang, Sang, Sang qui réchauffe les lèvres, le nid et les mains en paume l’éventail des doigts qui se ferment, et s’ouvrent pour désigner la chose et l’horizon : les monts et merveilles des raisins et des abricots ; la rose qui pend des murs voisins ; et la fontaine qui coule pour les orphelins et les passagers qui font dimanche, qui coule pour les vergers et fait des rivières ; deux berges ; chemins ; charrettes de vie ; charrettes de mort qui vont à la foire.
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