2002
Sud/Nord
Il faut libérer tous les oiseaux des cages
Françoise Gouzvinski
Arshad Malik
Nous sommes obligés de nous serrer ; nous resserrer nous-mêmes,
– en nous – c’est la peur, le temps de la question, et celui de la réflexion
ensuite. De nous serrer les uns les autres ; nous serrer les coudes, ceux qui
avons de plus en plus de mal à soutenir une position qui tiendrait non pas à
l’acting mais à la tentative de
penser.
Nous ne nous connaissons pas, mais nous vous écrivons à deux
voix parce qu’il nous a semblé, à moi plus qu’à lui qui ne connaissait pas
votre revue, que Sud/Nord, cela disait
bien « le fond de notre pensée ». Vous voudrez bien nous excuser de
l’approximation du propos qui tient et au temps laissé pour concevoir ces
quelques pages, sans doute à l’émotion qui nous tient toujours, et aux limites
toujours à dépasser de notre élaboration.
Le présent propos va se dérouler en deux temps. Le premier sera
en quelque sorte la retranscription de mon échange avec Arshad que je suis
allée voir à Toulouse. J’étais heureuse finalement d’avoir le prétexte de ces
pages pour lui proposer d’« en » parler. La seconde partie (qui peut fort bien
être supprimée) est plus un constat que j’ai fait à partir de ma propre
expérience sociale et culturelle, mais à laquelle Arshad adhère dans son
propos.
Arshad – Il va
falloir, je crois, commencer par définir ce qu’est la folie collective.
Pourquoi un homme est fou est une question, mais ce qui définit la folie
collective doit s’appuyer sur d’autres critères.
Moi – Je voudrais
qu’on sorte du débat théorique de l’aliénation ou du totalitarisme. Depuis
Hannah Arendt ces phénomènes sont à la portée du penseur, me
semble-t-il.
Arshad – Il n’empêche
que dès qu’il y a antagonisme, l’un s’empresse de désigner l’autre comme fou.
Les « talibans » qu’est-ce-que c’est ? Pour nous autres Pakistanais, la logique
talibane s’appuie sur des fondements anthropologiques et des fondements
islamiques. Littéralement taliban cela
signifie « étudiant en théologie » ou, si tu préfères, quand j’étais petit, un
vieux pouvait me dire que j’étais talib
iln, c’est-à-dire celui qui est en quête de connaissance, l’écolier.
Les talibans actuels ont presque tous fait leurs études au nord du Pakistan. La
conception talibane est une conception minoritaire de l’islam, un mouvement
d’exégèse du Coran tel qu’il a été proposé par le troisième calife
Oussman.
Moi – Pourquoi
sont-ils allés dans les écoles du Pakistan ?
Arshad – C’est lié à
l’envahissement de l’Afghanistan par les Soviétiques. Jusqu’alors tout le monde
allait dans des écoles coraniques ordinaires. Lorsque les soviétiques ont
envahi l’Afghanistan, des millions de réfugiés sont venus dans le Pakistan du
Nord. Ils ont fondé des écoles coraniques, mais la religion s’est mêlée au
ressenti d’humiliation des réfugiés pour former la résistance politique. On
retrouve toujours cette croisée de l’anthropologique et du religieux.
Moi – Tu peux donner
des exemples, je ne comprends pas trop bien cette différence.
Arshad – Par exemple
plusieurs anthropologues ont étudié les rapports endogamiques dans les sociétés
islamiques. En ce qui concerne les pays d’Asie centrale, la pratique
endogamique est bien antérieure à l’arrivée de l’islam. De même le rapport
entre homme et femme, la ségrégation supposée comme telle dans l’islam. Nous
avons des sociétés turco-mongoles qui sont de tradition guerrière. Dans ces
sociétés tribales la femme et les enfants sont à protéger. Il revient à l’homme
de les protéger. Ils sont sous sa responsabilité et son autorité. Les hommes
sont farouches à cet égard, mais certainement plus par tradition que par,
stricto sensu, obéissance à l’islam.
D’ailleurs, en s’éloignant de ces contrées, c’est le même islam et ce ne sont
pas les mêmes rapports de ségrégation. Les réalités religieuses viennent
prendre appui sur les traditions populaires et c’est là leur force. Je vais te
raconter quelque chose ; les talibans disent qu’il faut libérer tous les
oiseaux des cages, par compassion religieuse. Il ne faut plus qu’il y ait
d’oiseaux enfermés. Cela peut paraître bizarre…
Moi. En
effet…
Arshad – J’étais à
Lahore, capitale du Penjab, pas l’année dernière mais il y a trois ans déjà.
J’ai traîné dans les vieux quartiers où j’avais l’habitude d’aller quand
j’étais petit. Un vieillard qui marchait en poussant un vélo, m’a dit : «
Libérez un oiseau, c’est pas cher c’est dix roupies. » Sur son vélo il avait
dix cages métalliques avec des oiseaux de toute sorte, des perroquets, des
moineaux, que sais-je encore ? des tas d’autres bestioles. C’était un
commerçant, un marchand. Un jour quand j’étais petit, j’avais attrapé un oiseau
comme tous les gosses et un adulte m’avait dit de le libérer, par pitié et je
l’avais fait. Mais là je ne comprenais pas trop. Je lui ai dit : « Mais
pourquoi je dois libérer un oiseau, moi ? Je vais donner dix roupies et
qu’est-ce que je gagne, moi ? » Et il m’a dit : « Le Dieu va vous bénir.
L’oiseau va monter dans le ciel, il le dira et Dieu vous bénira ». Et moi je
lui ai répondu : « Mais bon sang, le Dieu a vu que c’était vous qui les avez
mis en cage, alors pourquoi vous ne les libérez pas vous-mêmes ? » Et il est
parti avec son vélo et ses cages. C’est comme si je sors ici, sur le boulevard,
et que je commence à donner des coups de pied dans les chiens et que des bonnes
femmes vont voir la spa. C’est
pareil. La force de la phrase « libérer les oiseaux », c’est que cela
correspond à une image sociale et économique que nous connaissons, avec
laquelle nous avons été élevés. Tout cela n’est qu’une question
d’interprétation. Là aussi on peut relever que trois États américains
interdisent actuellement l’enseignement de la théorie de Darwin ; quelles qu’en
soient les raisons, la question est celle de la censure imposée, même en
démocratie, face à une interprétation supposée totale d’un fait ou d’une
théorie. C’est pareil.
Moi – Je ne sais pas
si tu as lu l’article « La maladie de l’Islam » d’Abdelwahab Meddeb (Esprit, octobre 2001, Le Seuil). Il y relève en
effet que l’idée selon laquelle l’islam serait en soi « articulé à la structure
de l’autorité fondée sur la consubstancialité du religieux et du politique »
(p. 83) est fallacieuse. Le retour d’une idéologie fondamentaliste sunnite, qui
prône une guerre non au nom du politique mais au nom du Dieu, semble vouer
selon lui à la violence car Dieu ne se trompe jamais. Cela fait, à proprement
parler, l’économie du religieux…
Arshad – Actuellement,
la conception du pouvoir des talibans est effectivement particulière. Le mollah
Omar s’autoproclame Amir ul Momenin
(chef des croyants). Cette autoproclamation n’est pas chose nouvelle dans la
tradition sunnite. Toutefois elle peut paraître arbitraire et surtout
dangereuse dans le sens où toute la responsabilité est portée par Dieu. C’est
pourquoi Ben Laden a remercié Dieu. Tu as, d’un autre côté, Zaher Shah, l’exilé
dont on attendrait le retour. Il était roi de son ethnie, les Pachtounes, à la
même époque que le Shah d’Iran. Son ethnie comprenait 40 % des Afghans. Pour
moi, je me souviens quand j’avais entre 14 et 15 ans, c’était un seigneur
pro-occidental, dans sa tour d’ivoire. C’était un règne féodal. Moins de 2 % de
la population était instruite. Il a décrété un jour que les jeunes filles
devaient porter la minijupe. Cela devait être progressiste. Ma mère, ma tante,
toutes les femmes de ma famille ont toujours eu le même voile, le
cheddri. Elles n’étaient pas plus
malheureuses qu’une jeune fille en minijupe. Dans les champs, ma mère avait les
seins à l’air quand elle allaitait et nous autres on était dans la maison, et
on était habitués à voir ses seins. Elle ne portait le voile qu’en ville. Quand
un buffle devait s’accoupler à une vache en chaleur, c’est ma mère qui menait
le mâle et permettait l’accouplement. Nous vivions au milieu de cela, je ne
sais pas comment t’expliquer…
Moi – Et les liens
entre l’Afghanistan et le Pakistan pour toi ?
Arshad – Nous avons la
même culture. Zaher Shah a été renversé par son neveu. Lui-même a été renversé
par un agent soviétique dit « communiste ». On y a tous cru. Moi, j’ai
travaillé dans les champs en portant le badge de Mao, persuadé que c’était cela
être progressiste. On luttait pour les réformes. Comment savoir ? Mais petit à
petit la population s’est rendue compte de cela : qui dit
communiste dit
athée. Alors, 90 % d’entre elle s’est
rebellée. Le pouvoir a fait appel à l’urss. Les Soviétiques ont envahi l’Afghanistan.
La résistance s’est organisée. Le Pakistan va aider la résistance afghane. Par
solidarité culturelle, mais aussi de façon très réaliste pour empêcher les
Soviétiques d’envahir le Pakistan pour aller jusqu’à Karachi, puis vers les
régions chaudes exporter gaz et pétrole. Le Pakistan a été aidé par les
États-Unis. Je me souviens, j’étais à Pouchavar, il y avait des hommes habillés
en Afghans ou en Pakistanais. Ils avaient la même apparence que moi, et tout
d’un coup je les ai entendus parler américain. J’ai été stupéfait. Puis nous
avons su qu’il y avait un peu partout des bases américaines. Le deuxième pays à
soutenir la résistance – cela tout le monde le sait depuis les événements –,
c’était l’Arabie Saoudite. C’est à ce moment-là qu’Oussama ben Laden est arrivé
comme simple soldat dans l’armée de résistance. Il y est resté six ans comme
simple soldat en première ligne. Il ne se bat pas pour le pouvoir, il se bat
par conviction religieuse. C’est un homme de foi. Il est réformateur. Il se bat
par conviction, il est aliéné par celle-ci, comme le Christ a pu
l’être.
Moi – Un élément de la
folie collective se trouverait donc dans la volonté d’appliquer le texte du
Coran au pied de la lettre, mais tu nous fais remarquer que là même il s’agit
plus d’une adhésion du texte, dans son interprétation, aux traditions et que
c’est de là qu’il tient sa séduction rapide auprès des populations. Quelque
chose comme une connaissance qui s’appuierait au plus proche du savoir et qui
en tirerait de façon un peu perverse sa force.
Arshad – Oui, mais il
ne faut pas non plus ignorer l’esprit de revanche. Enfin je ne sais si c’est
comme cela qu’il faut l’appeler. Lorsque tu t’inscris dans une quelconque
identité… moi, lorsque j’ai appris que les Twin Towers étaient détruites, une
fois l’émotion passée, je me suis dit : « Enfin quelqu’un réagit face à cette
superpuissance qui est en situation d’impunité. » Tu imagines ce que peut être
ce sentiment dans la misère islamique… L’humiliation s’est mêlée au sentiment
d’impuissance. Pour moi Israël aussi a une logique fondamentaliste. C’est
l’Occident, peut-être par culpabilité par rapport à la Shoah, qui a permis à
Israël de créer un État. Et cela au mépris du monde arabe. On n’a pas attendu
que le monde arabe dise oui. On a créé un foyer de déculpabilisation. « Israël
doit être fort. » Mais c’est impossible de se conduire comme cela sans
conséquences…
Moi– Il faut
considérer les autres… l’auteur que j’évoquais tout à l’heure reprenait après
Nietzsche, la notion de ressentiment (ibid., p. 76)…
Arshad – Moi je n’ai
pas encore la distance sans doute. Je parle, oui, de revanche car il y a là
dedans une certaine violence par rapport à celle subie par les populations
opprimées.
Moi – Je voudrais
aussi te demander pourquoi, depuis que je suis petite, j’entends parler du
Pakistan comme ayant la bombe atomique.
Arshad – Une histoire
coloniale aussi derrière. L’Inde était sous « protectorat » britannique. Lors
du retrait de l’Angleterre, il a été convenu que le nord de l’Inde qui était à
97 % musulman serait rattaché au Pakistan. Mais le Cachemire était sous
l’autorité d’un maharadja qui l’avait reçu en héritage. Le jour de
l’Indépendance, l’accord prévu n’a pas été respecté et le Pakistan a envahi la
moitié du Cachemire, aidé par l’Afghanistan. Il y a eu pendant des années des
milliers de morts pour avoir l’autre moitié, en vain. L’Inde craignait
l’invasion chinoise et s’est donnée les moyens de garder la bombe atomique. Le
Pakistan, craignant l’Inde, s’est également doté de la bombe. Je te rappelle au
passage qu’il y a eu un prix Nobel de physique pakistanais. Il y a des cerveaux
concepteurs. Nous n’avions pas les moyens d’enrichir l’uranium en construisant
un réacteur, donc nous l’avons acheté enrichi. Sous Giscard, la France avait
proposé un contrat d’achat du réacteur, mais les États-Unis sont intervenus en
mettant leur véto.
Moi – Je te remercie
de m’avoir un peu éclairée sur la situation. C’est une clé pour comprendre tous
les discours des uns et des autres. Je voudrais dédier ce texte à ta mère et à
ta famille restées au Pakistan, et à celle que tu as fondée ici.
Ce par quoi le monde taliban réveille la folie unaire
constitutive du sujet démocratique. C’est-à-dire ce par quoi la folie de
l’autre, en tant que mime, ou singe très précisément de notre double
spéculaire, nous fait devenir fou, enfin. On s’arrête pour penser. Mais aussi
ce par quoi cela nous empêche de penser, car l’aspect catégoriel souvent de
l’analyse proposée (politique, religieuse, historique, anthropologique…), nous
préserve de l’analyse ontologique, qui nous renverrait à nous-mêmes en tant que
sujet.
Car si l’autre surgit ainsi dans le réel, c’est bien parce que
ce que Derrida nomme le mystère orgiaque, enfoui, s’oublie dans la défense du
sujet démocratique. Le mystère orgiaque tient à ce lieu où il n’est pas
question encore de sujet appelé à répondre de lui-même. C’est un moment/temps
inaugural puisqu’il en fallut un du Moi responsable.
La folie unaire était supportée par Dieu. L’homme pensant,
sujet de droit dans la démocratie, ne peut soutenir le
cogito ergo sum, qu’en tant que
l’Autre assume la folie totale. « Dieu est fou depuis toujours et vous ne le
saviez pas… Par ce nom, Il signifie que Lui a assumé l’étrange rapport d’être
en cause de lui-même de sorte que, moi, qui ne suis pas un saint, il ne me
reste plus qu’à me réclamer de Celui qui a su supporter la folie unaire
[1]. » Le procès de
l’individualisation démocratique instruit par les sociétés capitalistes,
cherche à s’affranchir du grand Autre. Le sujet « responsable », mais qui en a
perdu les fondements, est atteint de terreur lorsqu’il ne peut plus s’appuyer
sur les référentiels déictiques, immuables qui ont à voir avec l’arbitraire
(l’an 2001 n’a de sens que référé à la naissance du Christ, laquelle repose sur
la folie de Dieu, laquelle a pris à son compte la nôtre, nous permettant
d’admettre que « nous » est en 2001 ; une grossière erreur mais qui conditionne
notre qualité de responsable). Cela fait penser à ces chansons : « trois petits
chats, chapeau de paille, paillasson… hache de guerre, guerre de Troie, trois
petits chats, chapeau de paille, paillasson… hache de guerre, guerre de Troie,
trois petits chats, chapeau de paille… hache de guerre, guerre de Troie, trois
petits chats, chapeau de paille… hache de guerre, guerre de Troie, trois petits
chats, chapeau de paille… hache de guerre, guerre de Troie, trois petits chats,
chapeau de paille… » Avouez que dans le texte ou dans la voiture chanté par un
enfant on ne sait plus quand ça va s’arrêter. Il y a de quoi rendre fou. Pour
lutter contre cet envahissement, il semble que la ressource soit de se réfugier
dans un monde binaire dont l’auteur donne quelques exemples très typiques de
nos sociétés : le calcul, l’informatique, la musique… « Un sujet qui ne sait
qui il est,
où il est, ni
quand il est, c’est-à-dire un sujet
qui ne peut supporter le poids unaire des déictiques, et qui peut, à partir de
là, agir à l’envers, c’est exactement cela que j’appelle la psychose
ordinaire
[2]. » C’est une
psychose à trous, une psychose à lacunes où le nom du Père ne manque pas, mais
vient à manquer. Il fait défaut. Les différents discours résistant à celui du
Capital sont assignés par celui-ci à la réserve, au secret, au
minoritaire.
Les symptômes de ce « vient à manquer » sont à mon avis de deux
ordres. Le premier c’est une frénésie du faire, de l’agir, pour tenter de
tuiler les trous. C’est en fait anticiper l’angoisse de la question de l’ici,
du maintenant, du « je » en étant ici, là, ailleurs, avant, après… sans queue
ni tête, mais s’y sentir pour pouvoir y soutenir un « je » par défaut. Le
second symptôme déjà décrit par certains anthropologues et repris par l’auteur
précédemment cité, est la tentation de s’en remettre à des petits maîtres qui,
de façon sporadique, parcellaire et instantanée de préférence fournissent des
réponses clé en main, lyophilisées, thérapeutiques à effet rapide. Si je note
petits maîtres, je ne parle pas de discours minoritaires. Je parle bien de
discours inscrits dans la logique capitaliste. (D.R. Dufour les nomme
successivement l’avocat, l’informateur, le formateur, le thérapeute.) Nous ne
sommes pas très loin du prêt-à-porter de la santé, cible, objectif et
cat (entendez conduite à tenir). Il
n’y a pas de petites guerres dont nous puissions nous dispenser ; et même si
nous sommes loin de donner notre mort pour l’autre, il y a certainement moyen
d’inventer un idéal à défaut d’un absolu. Sans doute cela a-t-il à voir avec
une éthique ; me revient alors de mémoire cette définition de J.F. Mettetal : «
Une volonté de bien faire qui sache douter d’elle quand nos convictions sont
trop proches de nos intérêts. »
Il disait : « Toute révolution suppose un retour du sacré, donc
du mystère orgiaque, de l’enthousiasme… n’est-ce pas ce qui voue la
Responsabilité à l’hérésie… c’est-à-dire quelque chose qui est en avant,
au-delà de la doctrine, du savoir, dans cet espace marqué par elle par rapport
à la doctrine ?
[3]. » On
peut supposer, comme l’a dit Paul Virilio, que nous ne nous trouvons pas en
face d’une guerre ordinaire (binaire, technicisée, maîtrisable, comptable)… et
pour ma part je reste dans l’incapacité à conceptualiser une pensée qui
augurerait cet au-delà de la doctrine. Peut-être cela ne peut-il se construire
qu’après coup…
[1]
Dany-Robert Dufour,
Folie et
démocratie, Essai sur la folie unaire, Paris, Gallimard, coll. « Le
débat », 1996, p. 134.
[2]
Ibid., p.
157.
[3]
Derrida, « Donner la mort », dans
L’Éthique du don, Paris, Métaillé, 1992, p.
28.