Sud/Nord
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I.S.B.N.2865868826
200 pages

p. 53 à 72
doi: en cours

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no 16 2002/1

 
Pas d’amalgame entre islam et terrorisme !
 
 
Si, depuis les attentats terroristes du 11 septembre perpétrés aux États-Unis par un réseau d’activistes islamistes, un amalgame peut s’effectuer entre l’islam et le terrorisme – autrement dit, si les populations occidentales, de culture judéo-chrétienne, risquent de considérer l’islam comme une religion violente, voire terroriste – c’est parce qu’un certain nom de préjugés, d’a priori, de fausses évidences, existent encore aujourd’hui à l’endroit de la religion musulmane. Ces préjugés s’avèrent le fruit d’une méconnaissance de la pensée et de la théologie islamiques, et le résultat d’une médiatisation trop grande de l’islam radical depuis la révolution iranienne de 1979, qui suscite des peurs et des malentendus, chez les non-musulmans. Pourtant, ces phénomènes restent le fait de groupes minoritaires tant dans le monde musulman qu’en Europe occidentale, et n’ont pas abouti à la construction d’États islamistes radicaux, à l’exception du régime taliban en Afghanistan instauré en 1996, alors que l’islam dit modéré, c’est-à-dire tolérant et pacifique, quotidien et piétiste concerne l’immense majorité des musulmans, tant dans les pays musulmans que dans les pays d’immigration.
Pour déconstruire ces préjugés et souligner que l’amalgame entre islam et terrorisme est non seulement choquant mais n’a pas lieu d’être, il est nécessaire de rappeler le sens des termes d’islam et d’islamisme d’une part, de violence et de terrorisme d’autre part. Ce travail d’objectivation nécessaire permettra d’aborder alors scientifiquement la question de la violence dans l’islam, violence que nous replacerons dans un contexte historique, politique, économique et militaire. Autrement dit, il s’agit ici de montrer que l’islam n’est pas une religion violente en soi, mais d’insister sur le fait que l’islam, comme le christianisme ou le judaïsme, peut s’exprimer, dans certaines circonstances, de manière violente lorsque ses défenseurs occupent des positions dominantes, notamment dans le domaine politique, et que la violence n’est pas inhérente à telle ou telle religion, mais à la domination ou à la position de dominé.
La question qui nous importe ensuite porte sur le comportement des combattants de l’islam, sur le militantisme islamiste, et plus particulièrement sur les mouvements islamistes violents, notamment le mouvement taliban en Afghanistan, l’organisation Al-Qaida d’Oussama ben Laden. S’intéresser à ces phénomènes nécessite de se demander quels sont les fondements et principes de ces mouvements, si ces mouvements sont intrinsèquement religieux, ou bien s’ils sont des mouvements politiques, s’ils peuvent s’apparenter à de nouvelles sectes musulmanes radicales ou à des mouvements européens de type fasciste, de type marxistes révolutionnaires. En d’autres termes, remplacent-ils les Internationales marxistes du siècle dernier, qui s’étaient présentées comme les défenseurs des opprimés ? Enfin, il est intéressant de se demander si ce terrorisme s’opère au nom de Dieu, de l’ex-tiers monde, ou de la civilisation islamique. Enfin, l’autre question sur laquelle il importe de se focaliser est celle du terrorisme. On peut se demander d’une part s’il existe plusieurs formes de terrorisme, notamment un « bon » et un « mauvais » terrorisme, un terrorisme légitime et un terrorisme illégitime, ou si tout terrorisme est moralement condamnable. Et d’autre part, il est nécessaire de s’interroger sur le caractère nouveau et inédit du terrorisme islamiste, et de se demander s’il s’inscrit dans l’histoire du terrorisme moderne et contemporain. Pour répondre à ces questions, nous aborderons d’abord le rapport entre l’islam et la violence dans une perspective plutôt historique, puis examinerons l’islamisme – l’islamisme taliban en particulier – et sa dimension radicale et violente, enfin, nous tenterons de définir l’organisation d’Oussama ben Laden et proposerons une approche idéal-typique des terrorismes.
 
Islam, musulmans et violence
 
 
La question du lien éventuel entre l’islam, les musulmans et la violence ne doit pas être comprise comme « l’islam est-il violent ? », ou « les musulmans sont-ils violents ? », question qui sous-tendrait l’attribution d’une essence à l’islam, et aux musulmans, mais envisagée de la façon suivante : les circonstances dans lesquelles s’est diffusé l’islam ont-elles été violentes ? Les musulmans ont-ils dû recourir à la violence pour diffuser l’islam dans le monde ? Certains textes sacrés du Coran ou certains hadith, ou leur mauvaise interprétation, appellent-ils à la violence ? Avant d’aborder cette question, rappelons brièvement la définition de l’islam et ses principaux courants pour éviter tout amalgame.
Comme le souligne M. Arkoun, on a l’habitude de traduire le mot islam en français par soumission, soumission à Dieu. Or, précise le philosophe, étymologiquement, islam, en langue arabe, a signifié « livrer quelque chose à quelqu’un ». Il s’agit donc, selon lui, de « livrer sa personne dans sa totalité à Dieu, confier toute sa personne à Dieu [1] ». Il rappelle en outre qu’un autre sens est donné au mot islam : celui de « défier la mort », en livrant son âme, c’est-à-dire sa vie pour une « noble cause [2] ». Ainsi, cette religion implique le don de soi, plutôt que la soumission. Si l’islam est « un », à savoir un monothéisme caractérisé par cinq piliers (la profession de foi, le jeûne, la zakat, les cinq prières, le pèlerinage), il est aussi pluriel. Il comprend trois grands courants : les sunnites (orthodoxes), ceux qui suivent la tradition prophétique, les chiites, qui ont recueilli l’héritage authentique du Coran et de la tradition prophétique grâce aux imams, ceux qui professent l’Infaillibilité et la Justice, enfin, les kharédjites, qui ont refusé de reconnaître les Omeyyades, usurpateurs du califat, et qui rejettent le privilège de naissance comme condition pour accéder au califat [3]. Il se caractérise aussi par une diversité des pratiques. L’islam du Maghreb n’est pas celui de l’Arabie Saoudite, de l’Afghanistan ou de l’Indonésie.
Islam, djihad et violence
L’islam étant défini, examinons alors son lien avec la violence. Ce lien, souvent établi, naît d’une mauvaise interprétation du Coran et, en particulier de la notion de djihad, traduit par guerre sainte. Le préjugé occidental tend à considérer le djihad de l’islam comme les croisades médiévales. L’image occidentale charriée par ce terme de guerre sainte correspond à l’idée que les musulmans doivent s’engager, au nom de leur foi, dans une guerre de conquête, avec la promesse d’aller directement au Paradis, s’ils sont tués. Or, l’idée d’une guerre sainte, fondée sur l’autorité de l’Église et du dogme et sur le fondement du « prosélytisme contraignant » n’existe pas, dans la « civilisation islamique [4] ». Le djihad, qui vient du mot « ja-ha-da », qui signifie « faire un effort, consiste en effet à accomplir un effort à l’échelle individuelle, contre les forces de la violence, de la colère. Appelé communément djihad an nafs, l’effort de l’être, il « est au centre de la spiritualité islamique puisqu’il représente cet effort continu que chacun doit faire pour maîtriser son être, pour lui donner accès à la sphère supérieure de l’humain qui cherche Dieu par un constant souci de dignité et d’équilibre [5] ». Le djihad a également une deuxième acception, celle d’engagement dans la guerre, l’Al Quital : « Tout comme un être fait l’effort, lutte et résiste à ses propres tentations de violence et de colère, de même une communauté humaine se doit de résister aux actes d’agression dont elle pourrait faire l’objet [6]. » Ainsi, les musulmans, au temps de la prédication du Prophète, ont résisté à la persécution d’abord passivement, puis, à leur arrivée à Médine, ont eu la permission divine de résister aux agresseurs, selon le verset coranique suivant : « Permission est donnée à ceux qui luttent parce qu’ils ont été injustement traités […] Ceux qui ont été expulsés de leur demeure sans justice pour le seul fait d’avoir dit : “Notre Seigneur est Dieu [7]”. » À partir de cette parole « divine », la guerre a certes été autorisée, mais dans trois conditions : en cas de légitime défense lorsque tous les moyens pacifiques n’ont pu stopper l’agression ; en cas d’oppression lorsque la liberté d’expression n’est pas respectée, ou lorsque les propriétés sont spoliées, d’entrer en résistance pour soutenir les individus soumis à ces traitements injustes [8].
Le préjugé de « l’islam violent » est dû à la sourate 9 du Coran, qui justifie le djihad par l’idée de vérité : « C’est au nom d’une vérité religieuse que j’accepte d’aller au combat et de me sacrifier, que je peux avoir à tuer d’autres hommes. Mais ce triangle anthropologique composé de la violence, du sacré et de la vérité, n’est pas propre à l’islam, ni à toute vérité religieuse. Elle peut être la Vérité de la patrie à défendre [9]. » Il tient, en outre, au fait que les affrontements actuels dans le monde arabe, sont mis en relation avec le djihad, préjugé d’ailleurs alimenté par les musulmans eux-mêmes qui lient effectivement l’islam aux combats en cours, soit dans les sociétés islamiques, soit avec des adversaires désignés par le terme fortement idéologisé d’Occident [10]. Il est dû enfin à l’existence de différences fondamentales entre le christianisme, le judaïsme et l’islam. L’islam, tout d’abord, est une religion de la victoire, de la conquête et de la résistance ; le christianisme incarne une religion de la souffrance, de l’expiation, de la douleur et du pardon, et le judaïsme représente la religion de la Diaspora, de l’errance, de l’exil, de la défaite et du martyr [11].
Mais l’islam ne se borne pas au djihad. Il véhicule aussi des valeurs de tolérance, de liberté, de droits de l’homme. En effet, comme le rappelle M. Arkoun, « il y a eu dans l’éthique musulmane un souci d’adoucir le sort des esclaves, un respect de la dignité religieuse des Ahl al Kitab, par-delà des réglementations juridiques [12] ». De même, il démontre en analysant la sourate 9 du Coran qu’« un discours des droits de l’homme émerge au cours d’affrontements sociaux entre des catégories sociales pauvres, démunies, dominées qui acceptent d’aller au combat […] les riches qui trouvent des excuses pour se faire dispenser ou les bédouins qui ne renoncent pas à leurs fausses croyances [13] ». Enfin, le penseur souligne que « le Coran et l’enseignement du prophète Mohamed offrent la matrice originaire à une culture des droits de l’homme [14] ». Ainsi, si l’islam n’est pas intrinsèquement violent, l’histoire dans laquelle s’est déroulée sa diffusion a été violente, dans certaines circonstances.
La violence dans l’histoire de l’islam
Les premiers temps de l’islam ont été marqués par la geste guerrière. Des raids et des expéditions punitives ont été dirigés contre les Mecquois, qui marquèrent la fin de la vie du Prophète : vingt-huit batailles contre les infidèles, dont les plus célèbres sont celles de Badr, en 623, celle d’Ohoud en 625, puis la bataille du fossé (celui qui avait été creusé pour protéger Médine en 627), et la victoire de Khandack, où les troupes mecquoises d’Abou Soufiane sont mises en déroute [15]. En effet, si les premiers convertis à l’islam connurent les persécutions, car ils menaçaient les divinités de la Kaaba et les intérêts vitaux de la cité, à partir de 622, « l’islam quitte le stade de la prédication pour entrer dans une nouvelle et décisive étape, celle de la lutte armée [16] ».
En effet, la propagation et l’expansion de l’islam après la mort du Prophète en 632 est fulgurante : en 732, une armée musulmane parvient en France jusqu’à Poitiers, toute l’Afrique du Nord est musulmane, l’Espagne est sous la domination islamique, la Palestine et la Syrie sont conquises par les Arabes. En un siècle, le monde musulman occupe la moitié du rivage de la Méditerranée. Cette expansion, souvent présentée comme « le résultat d’une conquête guerrière faite de massacres, de pillages et de conversions forcées » a donc nourri le préjugé d’un islam conquérant et violent. Or, cette représentation relève plutôt de l’image d’Épinal. En fait, les conversions des chrétiens ont été massives et faciles. La conquête de l’islam ne fut pas d’abord militaire mais messianique. Les prédicateurs bédouins d’Arabie n’ont pas constitué un empire, ce sont les commerçants arabes, les armées, qui ont pris le pouvoir en Afrique du Nord et en Espagne, qui ont entraîné la conversion des chrétiens [17]. Ainsi l’islam ne s’est pas répandu uniquement par le sabre et l’épée, mais aussi parce que les populations en contact avec les premiers musulmans, y ont trouvé un intérêt politique et économique.
Si cette violence s’est développée dès la naissance de l’islam, c’est, souligne M. Arkoun, parce qu’une « rivalité mimétique » qui remonte au prophète Mahomet, opposait déjà chrétiens, juifs et musulmans autour de trois piliers : la monothéisme, la fonction prophétique, la Révélation [18] ». C’est dans ce contexte de rivalité mimétique pour incarner, vivre, défendre la religion vraie, qu’il faut lire tous les rapports de domination ou de « communication entre les trois familles monothéistes [19] ». Ensuite, la violence en terre d’islam s’est inscrite dans une histoire économique et militaire de l’espace méditerranéen, à partir des xiie et xiiie siècle, c’est-à-dire dès l’époque où l’Europe a pris son essor intellectuel, scientifique, technique, et est devenue dominante. De mimétique, la rivalité devint militaire et tourna principalement autour des routes et du commerce [20].
En conclusion, la violence n’est pas liée à l’islam en tant que religion, mais plutôt à la dialectique des forces politiques et économiques qui s’exercent depuis le xiiie siècle, amplifiée par la colonisation et les guerres de libération [21]. De même, le musulman n’est pas un être violent par essence, ni particulièrement violent par rapport aux autres monothéistes, dans l’histoire. Néanmoins, ne peut-on pas dire que l’islam et les religions monothéistes sont structurellement violentes, parce qu’elles engendrent une vérité unique ? En d’autres termes, peut-on dire que les textes des Livres sacrés appellent à la violence ? Selon R. Girard, on peut interpréter les monothéismes comme des « archaïsmes sacrificiels », mais les textes ne prouvent pas qu’ils le sont. On dit, souligne-t-il, « que les psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les violences des mythes. […] Les psaumes sont comme une fourrure, magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu [22] ». Ainsi, selon le philosophe R. Girard, la violence ne vient pas particulièrement des textes, mais bien plutôt des mouvements de foules qui sont violents, comme ceux qui se manifestèrent au moment de la passion du Christ. Les religions monothéistes ne contiennent donc pas de textes à dimension violente, et la violence ne semble donc pas religieuse. Mais n’est-elle pas politique ?
Que ce monde soit fou, il nous arrive d’en convenir…
Folie de ce gigantesque engrenage de profits de tous ordres, dont le contrôle global échappe aux profiteurs eux-mêmes.
Folie d’un système où l’économique est débordé par le spéculatif, où les circuits financiers peuvent aller jusqu’à drainer, quotidiennement, des sommes quarante fois supérieures à celles qui sanctionnent les échanges réels.
Folie d’une Internationale bancaire en forme de château de cartes, et dont le précaire équilibre dépend chaque jour davantage de sa contribution au blanchiment des narco-dollars.
Folie d’un discours occidental sur les droits de l’homme, quand les pays riches manipulent librement les tarifs commerciaux et condamnent les pays pauvres à n’utiliser leurs rares rentrées en devises que pour rembourser, chaque année, les seuls intérêts des prêts qui leur ont été consentis.
Folie de ces proclamations d’un « Nouvel Ordre Mondial » au nom d’un amalgame d’États manifestement frappés d’impuissance devant les pires désordres en cours.
Folie aussi, peut-être, de certains replis massifs sur les promesses d’un Ailleurs qui échapperait par nature à tout désordre réel…
Oui, ce monde est fou. Mais ce monde est le nôtre.
Francis Jeanson, Sud/Nord, n° 1
 
Islamisme, talibans et violence
 
 
L’islamisme : un mouvement politico-religieux
L’islamisme est-il un islam politique réformiste, révolutionnaire, réactionnaire, voire fondamentaliste ou intégriste ? Pourquoi cet amalgame, si fréquent entre l’islamisme et le mot islam ? Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le terme d’islamisme était pris en France dans le sens de religion musulmane et était synonyme d’islam. Or, depuis le début des années quatre-vingt, il désigne une « certaine interprétation politique » de l’islam. Ainsi, il correspond aujourd’hui à « un ensemble de courants politico-religieux de contestation, nés dans des contextes de crise socio-économique et de malaise identitaire, qui présentent de l’islam une lecture éminemment idéologique [23] ». Il propose une lecture volontairement politique et radicale du Coran, une critique sociale et politique des échecs des modèles de développement d’après les indépendances, et s’en remet à la charia et au modèle prophétique de Médine. Si tous les islamistes souhaitent une « islamisation de la modernité », ils ont des comportements très divers : réformisme ou radicalisme violent, utilisation politique du sentiment religieux ou attitude pacifique [24].
Les islamistes se subdivisent en deux courants : ceux des années cinquante/quatre-vingt, qui souhaitaient « s’intégrer grâce à la constitution d’un véritable parti politique moderne, dans un espace régulé d’action politique », et ceux des années quatre-vingt-dix, les « néofondamentalistes », qui désirent « transcender les clivages culturels des musulmans et leurs multiples identités locales, ethniques, géographiques, nationales, etc. », qui ont une stratégie « communautariste » et prétendent reconstituer « l’Umma supranationale », ou des « petites communautés d’adeptes » les conduisant à vivre comme des sectes [25].
Cet islamisme pluriel, ainsi caractérisé, se démarque de notions apparemment synonymes, à commencer par le traditionalisme. En effet, il prétend opérer un retour aux sources par-delà les traditions de l’histoire, critique l’immobilisme des traditionalistes, tout en respectant la tradition. Il se veut moins conservateur que le traditionalisme musulman, né au xviie siècle sous l’influence du jansénisme, qui a joint à un discours moralisateur puisant dans la tradition religieuse de l’islam un projet politique et social. Il critique les ulémas exerçant une fonction officielle dans les institutions officielles, les accusent de compromission avec les pouvoirs établis, et se démarquent des pratiques de religiosité, qualifiées de traditionnelles et archaïques (maraboutisme, culte des saints, confréries mystiques) [26]. Il se distingue donc du traditionalisme, qui, selon O. Roy, ne fonde pas de projet politique, mais « vit dans la nostalgie et se porte en politique, vers tout ce qui est conservateur [27] ».
Il se distingue ensuite du fondamentalisme musulman qui est, comme le dit O. Roy, nourri par l’idée « d’un retour nécessaire sur les textes par-delà la tradition » qui les a déformés, retour qui peut prendre des formes diverses : retour à la pratique du texte incarné par le fondamentalisme des madrasas, retour à la pratique de la charia, par le fondamentalisme des ulémas [28]. En d’autres termes, le fondamentalisme est un réformisme musulman consistant à élaborer un projet éthique et un encadrement moral de la société, alors que l’islamisme est un projet révolutionnaire qui passe par la conquête du pouvoir politique, utilisant le fondamentalisme comme outil de référence. Ainsi, le fondamentalisme musulman ne se confond pas avec l’islamisme, tandis que l’islamisme contient le fondamentalisme [29].
Si l’islamisme n’est pas synonyme de fondamentalisme, il n’est pas non plus synonyme d’intégrisme. Ce terme est d’ailleurs à utiliser dans le monde musulman avec précaution : il n’a pas d’équivalent en arabe, est d’origine française, et le courant intégriste est né au sein du catholicisme [30] en 1907, lorsque le pape Pie X a condamné, par l’encyclique Pascendi, le modernisme, école de pensée qui revendique d’examiner les données de la foi à la lumière des sciences et de manière autonome. Ces intégristes, adversaires violents des modernistes, se définissent comme des catholiques « intégraux » parce qu’ils défendent l’intégrité de la foi. Ils se réclament de la tradition, c’est-à-dire d’un vaste corpus incluant à la fois les Écritures et leur interprétation fixée avec autorité par les pères de l’Église, les conciles et les papes [31].
Ainsi, souligne B. Lewis, les termes de fondamentalisme et d’intégrisme, ont des connotations spécifiquement chrétiennes. Leur emploi pour désigner des phénomènes religieux islamiques ne peut donc être qu’à titre d’analogie [32]. En effet, leur transposition, dans une autre époque, et a fortiori dans une autre religion, pose d’emblée un problème méthodologique. C’est pourquoi, contrairement aux orientalistes qui ont recours au concept d’intégrisme pour décrire, à la fin des années soixante-dix, l’évolution du monde musulman ébranlé par la révolution iranienne, et définissent l’intégrisme comme l’aspiration à résoudre au moyen de la religion tous les problèmes sociaux et politiques et simultanément à restaurer « l’intégralité des dogmes », j’utiliserai, comme O. Roy, le terme de « néofondamentaliste ».
Alors, l’islamisme est-il un néofondamentalisme ? Le néofondamentalisme développé aujourd’hui revêt trois caractéristiques importantes : sa dimension communautariste, son refus de la logique stato-nationale, et sa volonté de définir l’islamité par un strict respect de codes faits d’obligations et d’interdits. Cette idéologie, diffusée par les Jamâ’ at al-Tabligh wa Dawa, les moudjahidins ou les talibans qui se situent dans des zones de passage en Afghanistan, au Pakistan, en Bosnie, en Tchétchénie, se déploie, selon l’expression d’O. Roy, dans des « espaces déterritorialisés des marges de l’islam [33] », et reprend au fondamentalisme traditionnel, l’idée que la charia est l’instrument de régulation sociale par excellence. Ces néofondamentalistes prônent le retour à l’enfermement traditionnel des femmes, comme par exemple, les salafistes au sein de l’ex-fis algérien, ou les talibans afghans, contrairement aux islamistes politiques d’Iran ou de Turquie, qui insistent, certes, sur le refus de mixité et sur le port du hijab, mais entérinent l’ascension sociale des femmes et leur permettent d’être médecins ou ingénieurs [34]. Ainsi, les néofondamentalistes ou « post-islamistes » pour reprendre un terme d’O. Roy, forment un courant islamiste.
Cet islamisme véhicule un discours de refus, mais le registre de ce rejet cache, selon F. Burgat, « un processus beaucoup plus complexe, beaucoup plus proche du registre d’une réappropriation culturelle, d’une réexpression dans le langage de la culture locale de valeurs en fait largement universelles que d’un simplet rejet de ces valeurs [35] ». Autrement dit, il serait plutôt une « réécriture aux couleurs de la culture locale », envers des valeurs dites modernes et occidentales. Il traduit, plutôt qu’un retour au religieux, un mouvement des pays du Sud post-colonial, qui vise à remettre en cause le monopole occidental d’accès à l’universalité. Il ne semble donc pas un retour au religieux, un fondamentalisme identique au fondamentalisme chrétien, mais plutôt un mouvement de « reconnexion avec l’univers symbolique de la culture précoloniale [36] ». Ainsi, cet apparent retour au religieux « nourrit moins la résurgence du sacré dans un univers séculier que la réhabilitation des référents, notamment politiques, de la culture locale, invités à retrouver, par-delà la parenthèse coloniale, leur ambition perdue à l’universalité [37] ».
Cet islamisme politique ainsi défini est le produit de l’usure des régimes au pouvoir qui ont consommé « leur capital de légitimité ». Il est, selon F. Burgat, plutôt issu du nationalisme de la « première génération », qui eut lieu en Algérie à l’époque de Boumédiène, ou en Égypte à l’époque de Nasser, c’est-à-dire un nationalisme politique, puis économique [38].
Cet islamisme est pluriel. Si l’une des mouvances islamistes tient un discours totalisant et peut être considérée comme totalitaire, il existe des mouvances islamistes réformistes en Égypte, comme le courant d’Adel Hussein favorable à l’application de la charia adaptée au xxe siècle, comme il existe des mouvements islamistes réactionnaires ou traditionalistes ou violents [39]. Mais qu’en est-il des islamistes talibans ?
L’islamisme taliban : une secte ultrarigoriste ou un mouvement néofasciste ?
L’islamisme des talibans correspond-il à un mouvement de type fasciste, ou de type bolchevique ? Est-ce au contraire une idéologie néofondamentaliste, une secte ultrarigoriste semblable aux sectes protestantes ? Les talibans ont été formés dans des madrasas déobandis, c’est-à-dire des écoles coraniques influencées par l’enseignement de la madrasa de Déoband, né en Inde à l’université de Déoband, près de Delhi, écoles très répandues au Pakistan, développées peu à peu en Afghanistan [40]. Ses adeptes cherchent à appliquer la charia, sont opposés au culte des saints ou à la vénération des tombeaux des maîtres soufis, et aspirent à un islam rigoriste et puritain, proche du wahhabisme saoudien, idéologie très rigoriste et puritaine, qui prêche le retour à l’islam originel, ainsi que le fonctionnement de l’État sur la base d’une loi strictement fondée sur le Coran et la sunna prophétique. Le wahhabisme est donc un fondamentalisme souhaitant restaurer les mœurs islamiques sur une base rigoriste, une « idéologie puritaine, anti-réformiste et anti-intellectualiste, très austère et ultra-conservatrice [41] ». Cette idéologie néofondamentaliste a été exacerbée par le régime du mollah Omar, puis par l’arrivée des islamistes wahhabites, tel Ben Laden, et s’est superposée à une tradition pachtoune misogyne, critiquée par les ayatollahs chiites d’Iran, pourtant fondamentalistes [42].
Si les talibans sont des néofondamentalistes islamistes, ils s’écartent nettement de l’islam et des prescriptions coraniques, notamment sur la question de la guerre sainte, du statut des femmes musulmanes, de la question du martyr et du suicide. En effet, d’abord, les règles de la loi religieuse, la charia, ne consistent pas à s’en prendre à des civils à défaut d’atteindre l’armée. Si la charia évoque la lutte armée du djihad, mentionnée dans le Coran et définie et codifiée par les juristes, elle ne justifie pas pour autant un massacre en période de paix. De même, l’envoi de commandos- suicides n’est pas conforme à l’islam. Comme le souligne P. Lory, « le suicide sous toutes ses formes a toujours été interdit, y compris dans le cadre du djihad. Les attaques de ce type pratiquées à partir du xie siècle par les Ismaéliens “dits assassins” ont été réprouvés par la majorité sunnite qui en constituait d’ailleurs la cible principale. L’emploi du terme kamikaze, à défaut d’une désignation arabe, montre combien ce type d’acte est étranger à la culture islamique [43] ».
Quant à la question des femmes, les talibans ne se réfèrent pas aux textes sacrés du Coran, mais plutôt à des traditions islamiques antérieures ou existantes dans certains pays musulmans, comme l’Iran sous l’ayatollah Khomeiny. En effet, par exemple l’accoutrement en tissu, « humiliant » et « dégradant » des femmes afghanes n’est, en aucun cas, une prescription coranique. Si le Coran demande de porter un foulard, c’est-à-dire en perse, un tchador, et non un voile, il souligne que le port du foulard doit être un acte libre, nourri de spiritualité, et non faire l’objet de contraintes comme c’est le cas actuellement en Afghanistan. De même, les talibans trahissent l’islam en empêchant les femmes d’étudier, bien que le texte coranique soit clair : « Ceux parmi les serviteurs de Dieu qui le craignent le plus (au sens de crainte révérencielle) sont les savants [44]. » En effet, nous rappelle T. Ramadan, « l’homme et la femme doivent suivre le même cheminement de la connaissance par rapport au Créateur [45] ». Mais lorsque le Coran s’est diffusé après l’hégire, il était face à une situation si fortement établie depuis des siècles qu’il n’est pas parvenu à modifier les structures élémentaires de la parenté et le contrôle de la sexualité [46].
Enfin, l’islam ne préconise ni le suicide ni le martyr dans le sens des terroristes actuels. En effet, comme le rappelle M. Arkoun, si le mot « chahid », martyr, existe dans le Coran, il est ici complètement décontextualisé, surtout lorsque l’acte terroriste entraîne la mort de tant d’innocents absolus. Dans le Livre sacré, le martyr, le héros, est toujours celui qui meurt pour la face de Dieu. Or, la cause ici n’est pas divine, mais plutôt nourrie par un discours nationaliste, celui que les talibans ont entendu dans leurs écoles, qui répète que l’Occident est « impérialiste et colonial », que « l’islam fut puissant avant d’être détruit par l’Occident et avait donné un modèle de construction politique de la cité plus efficace que les prétendues démocraties européennes ou américaines [47] ».
Ainsi, les talibans forment un régime islamique très radical, « littéraliste » et répressif, un régime caractérisé par « une application formaliste de l’islam, dite charia, accompagnée de l’appareil répressif le plus intransigeant [48] ». Ainsi, à mon sens, ils forment une sorte de secte. Nous appréhenderons le terme de secte dans le sens de Max Weber pour qui la secte « constitue en principe l’association volontaire, exclusive, de ceux qui sont religieusement et moralement qualifiés pour y adhérer. C’est volontairement qu’on y entre, si toutefois l’on s’y trouve admis par la volonté de ses membres, en vertu d’une probation religieuse [49] ». Les sectes protestantes, par exemple, les méthodistes, les quakers, les bakers, sont des sectes ascétiques, où la réglementation religieuse est forte, et qui ne reconnaissent que les « vrais chrétiens [50] ». Peut-on dire alors que la secte des talibans ressemble à ces sectes qui paraissent davantage proche des sectes traditionnelles de l’islam, qui sont, selon R. Arnaldez, des écoles de théologie, dont certaines s’appellent les soufis, les asharites, ou les mutazilites [51] ?
Plutôt qu’une secte islamique au sens où l’entend R. Arnaldez, « société secrète politico-religieuse », dirigée par le mollah Omar, chef d’une Shura, comité d’une dizaine de fidèles, qui peut être comparée à celui des Khmers rouges pour son caractère mystérieux et impitoyable [52], ces talibans forment une secte millénariste et apocalyptique. La ferveur de cette secte rappelle, signale P. Lory, celle qui animait les croisades chrétiennes nourries d’espoirs apocalyptiques : « La prise de la Jérusalem terrestre devenant comme le signe même de l’accomplissement des prédictions du livre de saint Jean. Or, voir l’ennemi comme une incarnation globale des forces du Mal conduit à nier chez lui tout statut de personne : hommes, femmes, enfants participent ici tous d’une même nature démoniaque [53]. » Cet aspect millénariste de cette secte talibane est liée au fait que l’islam s’inscrit dans un horizon eschatologique : « Il se veut la dernière religion révélée par Dieu, appelée à se répandre dans le monde entier. […] D’après des traditions attribuées au prophète Mahomet et décrivant les conditions de l’heure, l’humanité connaîtra vers la fin de son histoire de graves convulsions. Un spectaculaire renouveau du paganisme la gagnera. La pratique religieuse s’effondrera, les valeurs familiales également [54]. »
Ce mouvement taliban sectaire, radical et extrémiste, s’apparente-t-il plutôt à un mouvement politique d’extrême gauche ou d’extrême droite ? Pour ma part, il semble que l’idéologie des talibans se rapproche davantage d’une idéologie fasciste que bolchevique, parce que les caractéristiques du fascisme ressemblent plus au néofondamentalisme islamiste. En effet, le bolchevisme de Lénine prônait la lutte des classes, et il s’est certes exprimé dans la violence, la répression et le meurtre de masse, notamment pendant la guerre civile (1918-1921) ; si la lutte armée était étroitement liée au bolchevisme et si la violence s’inscrivait dans le projet de dictature du prolétariat [55], le programme bolchevique visait néanmoins à la reconnaissance des droits de l’homme et du citoyen, à la liberté de conscience, à l’établissement d’une république démocratique et la séparation de l’Église et de l’État [56].
Même si les islamistes ont, souligne M. Arkoun, un rapport inconscient mais réel avec le marxisme, si l’on considère la dimension apocalyptique commune au discours marxiste qui promettait le dépérissement de l’État, l’unité prolétarienne, la fin des injustices et des oppressions [57], il me semble que les talibans ne peuvent être comparés à des bolcheviques, mais plutôt aux Khmers rouges du Cambodge des années soixante-dix, car, comme les talibans, ils défendaient une idéologie génocidaire anti-intellectualiste. En effet, les Khmers ont massacré un million de Cambodgiens : militaires de l’ancien régime, fonctionnaires, intellectuels, commerçants et bonzes. Les villes ont été vidées ou détruites, les écoles fermées, les familles dispersées. Ces caractéristiques se retrouvent chez les talibans, qui peuvent être considérés comme des Khmers verts de l’islam. En effet, le talibanisme nie l’évolution et le changement, théorise l’esclavage comme un fait permanent, irrévocable en se référant à un dogme absolu, impose un modèle autoritaire, considère le dogme dans toutes les manifestations de la vie sociale comme immuable, et méprise la raison, la science et l’expérience humaine, peut se réaliser par des exils massifs, des génocides, des meurtres, des répressions, se donne comme devoir d’instaurer la religion au prix de l’usage de la violence et de la répression [58].
On peut également comparer les talibans à des fascistes, ou plutôt des néofascistes. Nous entendrons le terme de fascisme dans le sens de l’historien R. Rémond. Le fascisme est, pour lui, une idéologie peu rationnelle, une protestation de l’instinct, un sursaut des puissances élémentaires contre le rationalisme, un mouvement pragmatique qui met l’accent sur l’efficacité, les valeurs d’action et le combat. Il est aussi une réaction de type nationaliste, un nationalisme blessé, vaincu ou inquiet, contre l’humiliation de la défaite, un antiparlementarisme, un antilibéralisme, une réaction contre la philosophie libérale, un anti-individualisme, qui exalte les valeurs de groupe, de la collectivité, de la communauté nationale, la grandeur de la nation, aspire à l’hégémonie d’une race ou d’un peuple [59]. Le fascisme, contrairement au communisme et au marxisme-léninisme n’est pas universaliste, mais plutôt communautariste. Ainsi, toutes ces dimensions se retrouvent dans l’idéologie talibane : le peuple correspond à la communauté musulmane, la nation à l’Oumma islamique, et l’humiliation des vaincus est celle ressentie par tous les musulmans anciennement colonisés et aujourd’hui déshérités. Plus précisément, l’idéologie fasciste la plus proche de celle des talibans semble l’idéologie national-socialiste, car le talibanisme, comme le nazisme, se caractérise par une idéologie nihiliste, génocidaire et antisémite. En effet, les nazis inventèrent une race pure, la race aryenne, prônaient la guerre des races et la victoire des races dites supérieures sur les races dites inférieures. Les talibans rêvent d’un monde islamique, prônent la guerre sainte des musulmans croyants contre les juifs, les chrétiens et les musulmans laïques ou « mécréants », et la victoire des croyants. En somme, on peut identifier les talibans à une secte radicale, proche d’une société secrète dont l’idéologie s’apparente à un fascisme révolutionnaire.
 
Un terrorisme islamiste spécifique ?
 
 
Le terrorisme islamiste est-il un nouveau terrorisme ? Use-t-il de nouveaux moyens plus meurtriers, ou obéit-il à une logique différente de celle du terrorisme politique contemporain ? Est-il purement religieux ? S’apparente-t-il à un type particulier de terrorisme ?
L’organisation Al-Qaida : une organisation terroriste ?
Le réseau d’Oussama ben Laden s’apparente à une organisation criminelle internationale sans centre décisionnel, sans structure fixe et sans attache territoriale. Formé de nombreux combattants d’Afghanistan restés auprès des talibans ou retournés dans leur pays d’origine, le réseau s’est organisé autour de deux groupes distincts : Al-Qaida et l’International Islamic Front for Jihad against the Jews and the Crusaders. Créé en Afghanistan en 1988, pendant la guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques, Al-Qaida, qui signifie « la base », regroupe des organisations unies par leur lutte contre l’Occident, telles qu’Al-Guihad en Égypte ou l’Islamic Group, dirigé par le cheikh Omar Abdel Rhalman. Apparue en 1998, l’International Islamic Front réunit des islamistes radicaux d’Égypte, du Pakistan et du Bangladesh. Elle a pour but de combattre « l’alliance sioniste croisée » et d’obtenir « la libération de la mosquée d’Al-Aqsa de Jérusalem et la Sainte Mosquée de la Mecque [60] ».
Cette organisation islamiste est-elle terroriste et incarne-t-elle un nouveau terrorisme, ou le stade suprême du terrorisme classique ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de préciser le sens du terrorisme. J’adopterai pour ma part la définition du Dictionnaire de la sociologie, pour qui le terrorisme est une « stratégie politique dont le principe repose sur l’utilisation systématique d’actes de violence pour répandre l’insécurité [61] ». Et je me rallierai à la théorie selon laquelle le terrorisme obéit à une cause, souvent faible, comme le prolétariat, la nation, la religion, et qui devient une fin en soi, en cas de déclin de cette cause ou si la référence devient mythique et abstraite [62]. Ainsi, le terrorisme, défini comme « la guerre du pauvre » se distingue de la guerre proprement dite, non seulement par sa moindre ampleur, mais aussi par son refus des règles qui pourraient justifier ses actions violentes. Il se caractérise par le fait qu’il prend pour cible les non-combattants. Il refuse le principe de discrimination, qui impose aux belligérants d’épargner, autant qu’il est possible, les populations civiles, tenues a priori pour innocentes [63].
Ainsi, les attentats perpétrés par l’organisation de Ben Laden correspondent, non pas à un acte de guerre, mais bel et bien, à une action terroriste classique, porté à son stade suprême. Cet acte n’a pas pour précédent Pearl Harbor, l’attaque japonaise du 7 décembre 1941, mais plutôt Beyrouth en 1983, où deux camions-suicides avaient causé la mort de 21 marines et 58 parachutistes français, provoquant le départ des forces armées occidentales, du Liban [64]. La nouveauté de ce terrorisme, souligne Alain Joxe, réside en revanche, dans le caractère suicidaire et meurtrier de ce nouveau système terroriste [65].
Les causes du terrorisme néofondamentaliste
Les causes de ce terrorisme néofondamentaliste islamiste sont d’abord économiques, et tiennent en une phrase : le déséquilibre des richesses et des techniques entre le Nord et le Sud. Le monde musulman connaît en effet une situation économique de « sous-développement ». Elles sont également politiques : les régimes despotiques et autoritaires sont toujours en place depuis la décolonisation dans le monde arabo-musulman, et les principaux problèmes internationaux, tels le problème palestinien ou celui de l’embargo en Irak depuis 1991, ne sont pas résolus. Elles s’avèrent aussi sociales : la pauvreté croissante dans les pays du Sud, les problèmes de chômage, la détresse sociale, l’absence des libertés individuelles. Comme le signale M. Chebel, ce terrorisme est lié à l’incapacité des gouvernants musulmans qui ne parviennent pas à juguler la contestation sociale, à la paupérisation des masses et à la corruption des élites. Mais, ajoute-t-il, il est lié aussi à « la cécité des pays riches qui, au-delà même de la lutte idéologique, interprètent ces phénomènes brutaux comme une simple revanche de gueux dépenaillés sur les nantis [66] ». Elles peuvent être aussi psychologiques : le désenchantement, le rêve d’un monde plus juste, l’hostilité au matérialisme, le ressentiment, la frustration, le manque de reconnaissance. Mais c’est surtout le sentiment d’humiliation des islamistes, lié au fait que l’islam est considérée, aux yeux des islamistes, par les Occidentaux, comme une religion sous-développée, qui nourrit leur anti-occidentalisme et incite les plus radicaux d’entre eux au passage à la violence. On sait qu’au travers de l’expérience historique récente, l’humiliation des peuples a toujours été source de violence : l’injustice commise envers les Sudètes, l’humiliation du traité de Versailles considéré comme un diktat, ont conduit Hitler et les Allemands à la haine et à la guerre contre la France et l’Europe en 1939-1940. Certes, le sentiment anti-occidental des islamistes est lié non pas à la réalité de l’Occident, mais à celui qu’ils perçoivent, un Occident polythéiste, dont les nouvelles divinités s’appellent « l’argent, le pouvoir, le sexe, la violence, le bruit, la négation astucieuse ou brutale de toute spiritualité, de toute morale et de toute transcendance [67] ». C’est l’amalgame entre cet aspect de l’Occident et l’Occident tout entier qui mobilise radicalement les néofondamentalistes. Enfin, comme le souligne justement R. Girard, « le terrorisme est lié à un monde différent du nôtre, mais ce qui suscite cette différence l’éloigne de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance ». Le terrorisme islamique actuel est lié, selon lui, à « la volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident [68] ».
Vers une typologie du terrorisme politique et religieux
Pour tenter d’établir une typologie du terrorisme, j’ai retenu trois critères : la légitimité, la domination et la normalité. La légitimité est envisagée ici, non pas « en vertu de la tradition », « en vertu d’une croyance d’ordre affectif », mais d’« une croyance rationnelle en valeur » : c’est-à-dire validité de ce que l’on a jugé comme absolument valable [69]. Il s’agit, si l’on reprend la typologie de Max Weber de la légitimité, de « la légitimité à caractère rationnel-légal » qui a pour fondement la croyance dans la légalité des règles établies et dans la légitimité de ceux qui assurent cette domination conformément à la loi. La domination, quant à elle, est pensée comme un phénomène qui implique « la présence effective d’un individu qui commande avec succès à d’autres », et plus généralement comme un phénomène qui s’exerce dans le cadre d’un groupement, dont les membres sont, par l’application même des règlements, soumis à des règles de domination. Ainsi, la domination n’est pas nécessairement politique, elle peut être aussi économique [70]. Enfin, la normalité se définit, selon Durkheim, par la généralité, et la pathologie par son caractère exceptionnel. « Un fait social est normal pour un type social déterminé, considéré à une phase déterminée de son développement quand il se produit dans la moyenne des sociétés de cette espèce, considérées à la phase correspondante de leur évolution [71]. » À partir de ces définitions, j’ai distingué quatre types de terrorisme en combinant ces trois critères : le terrorisme « légitime-dominé-normal », le terrorisme « illégitime-dominé-normal », le terrorisme « illégitime-dominant-normal » et le terrorisme « illégitime-dominant-pathologique ».
Le terrorisme « légitime-dominé-normal » correspond plutôt au terrorisme de résistance qui s’opère au nom des valeurs universelles et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il s’agit par exemple du terrorisme de la Résistance française pendant l’Occupation, du terrorisme palestinien depuis 1967 de l’olp et du Fatah, dans les territoires occupés, du terrorisme des indépendantistes lors des mouvements de libération nationale en Algérie ou en Indochine, ou dans les Indes britanniques. Ces terroristes sont, ou étaient, animés par des velléités d’émancipation, d’indépendance, et leurs revendications sont ou étaient plutôt conformes à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, ou légitimes au regard de l’onu. Leurs motivations sont légitimes, car cette légitimité est universellement reconnue. Ces activistes mènent un terrorisme normal, c’est-à-dire fréquent dans ce type de situation historique, occupent une position politiquement et économiquement dominée, et font face à des États dominants, qui exercent à leur endroit leur domination politico- économique. Il participe plus largement à une résistance légitime à une domination occidentale et renvoie, à mon sens, à l’idée de la « guerre juste », qui, selon C. Morris, est une guerre qui doit répondre à six conditions : « Être déclarée par une autorité compétente, servir une juste cause, répondre à une intention juste, utiliser des moyens proportionnés aux fins, offrir un espoir raisonnable de succès, constituer le dernier recours [72]. » De ces six critères, les cinq derniers semblent convenir aux organisations auxquelles je fais allusion, comme l’olp, avant 1993.
Le terrorisme « illégitime-dominé-pathologique » revêt une triple forme, idéologique, nationaliste et religieuse. Il ressemble à celui des anarchistes du tournant du xixe-xxe siècle en France ou en Russie, à celui d’extrême gauche en Europe (Action Directe en France, la Bande à Bader en Allemagne, les Brigades rouges en Italie), au terrorisme nationaliste, corse et basque, enfin, au terrorisme religieux de l’ira en Irlande du Nord, des islamistes algériens proches du gia en France en 1995, des islamistes de l’Al-Qaida de Ben Laden en 2001. Ce terrorisme émane certes de réseaux dominés et marginaux, qui véhiculent des idéologies minoritaires, opposées à l’idéologie dominante, libérale et démocratique, dans des pays occidentaux. Leur illégitimité tient au fait que les causes qu’ils défendent ne soient pas reconnues par une instance ou une institution légitime, et parce que leurs valeurs ne sont pas conformes aux droits de l’homme universels. Leur caractère pathologique est, quant à lui, lié à la faiblesse de leur fréquence, au caractère inouï des moyens utilisés, ou à son ampleur meurtrière.
Le terrorisme « illégitime-dominant-normal » correspond à un terrorisme d’État. Il s’agit du terrorisme despotique perpétré à l’égard des minorités ethniques ou religieuses : il est incarné par le terrorisme russe en Tchétchénie, le terrorisme serbe génocidaire au Kosovo durant le régime de Milosevic en Serbie, par celui des anciennes puissances coloniales à l’égard des colonisés, comme celui de la France pendant la colonisation algérienne et surtout la guerre d’Algérie, par l’actuel terrorisme d’État du gouvernement israélien d’Ariel Sharon envers les Palestiniens, du terrorisme irakien à l’égard des Kurdes. Il s’exprima lors des régimes révolutionnaires transitoires, comme la Terreur en 1793 sous Robespierre en France après la Révolution de 1789, avec l’épisode vendéen, ou la Terreur bolchevique entre 1918 et 1921 lors de la guerre civile qui a suivi la révolution d’Octobre. Certes, ce terrorisme normal, car fréquent en ce genre de situation, est légitimé par les États ou les dirigeants des révolutions qui le commettent ou le commettaient, mais cette légalité est ou était injuste, et donc illégitime aux yeux de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Enfin, le terrorisme « dominant-illégitime-pathologique » correspond à un terrorisme d’État qui prit le nom au xxe siècle de nazisme, de stalinisme, de kémalisme, de régime des Khmers rouges. La Terreur représente donc ici une méthode de gouvernement despotique qui ne répond à aucune justification et à aucune légitimité rationnelle et légale. En effet, pendant toute la période nazie, la terreur a été organisée envers les Juifs et les Tsiganes, dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne en 1933 : terrorisés dans les rues, puis victimes de pogroms organisés, et enfin envoyés dans des camps de concentration ou d’extermination, les Juifs et les Tsiganes ont péri parce qu’ils étaient nés tels. En urss, Staline déclencha l’opération de dékoulakisation qui consista à l’extermination de millions de paysans riches (koulaks), les purges staliniennes où tous les « ennemis du peuple », selon l’expression de Staline, furent exécutés ou envoyés, par millions, au goulag. Ce terrorisme s’avère pathologique car exceptionnel : en effet, l’Holocauste est un phénomène unique dans l’histoire contemporaine, tant par son ampleur que par les moyens industriels utilisés ; la Terreur stalinienne fut unique par son ampleur et par la population exécutée qui dépasse de loin des opposants politiques.
En conclusion, l’islam n’est donc pas une religion intrinsèquement violente, mais une religion de préférence pacifique, humaniste et universaliste, qui s’inscrit dans la continuité du judaïsme et du christianisme plutôt qu’en rupture avec la civilisation judéo-chrétienne. Si l’islam s’est diffusé parfois de manière violente au cours de l’histoire, cette violence ne lui est pas spécifique, mais semblable à celle qu’a connu le christianisme, par exemple lors des Croisades médiévales. L’islamisme est, quant à lui, un islam politique pluriel, qui revêt des aspects révolutionnaires, réformistes ou réactionnaires. C’est surtout le néofondamentalisme islamiste, particulièrement réactionnaire, qui peut prendre un caractère violent, comme l’islamisme taliban. Cette véritable pathologie de l’islam, qui n’est pas seulement l’ennemie de l’Occident, mais aussi de l’humanité tout entière, dont fait partie l’islam, a débouché sur un militantisme islamiste très activiste et très visible. Il s’agit d’une action politique, terroriste, illégitime, dominée et pathologique, incarnée par l’organisation Al-Qaida de Ben Laden, qui s’avère avant tout une entreprise nihiliste, irrationnelle, fondée sur la haine de l’Autre, qui instrumentalise l’islam à des fins politiques et militaires, ou bien résulte d’une idéologie millénariste, apocalyptique, purement fanatique et irrationnelle.
 
NOTES
 
[1] M. Arkoun, Ouvertures sur l’islam, Grancher, 1992, p. 35.
[2] Ibid., p. 35.
[3] Ibid., p. 85.
[4] J. Neirinck ; T. Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ? Favre, 1999, p. 147.
[5] Ibid., p. 148.
[6] Ibid., p. 148.
[7] Le Coran, Gallimard, 1967.
[8] J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 149.
[9] M. Arkoun, Le Monde, 7-8 octobre 2001, p. 20.
[10] Ibid.
[11] J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 153.
[12] M. Arkoun, op. cit., 1992, p. 97.
[13] Ibid., p. 125.
[14] Ibid., p. 202-207.
[15] P. Aziz, Mahomet, Ramsay, 1997.
[16] Ibid., p. 115.
[17] J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 39-43.
[18] M. Arkoun, Le Monde, op. cit., p. 20.
[19] M. Arkoun, op. cit., p. 97.
[20] Ibid., p. 36.
[21] M. Arkoun, op. cit.
[22] R. Girard, Le Monde, 6 novembre 2001, p. 20.
[23] A. Lamchichi, L’Islamisme politique, L’Harmattan, 2001, p. 11.
[24] Ibid., p. 13-14.
[25] Ibid., p. 9.
[26] Ibid., p. 15-21.
[27] O. Roy, Généalogie de l’islamisme, Hachette, 1995.
[28] Ibid.
[29] A. Lamchichi, op. cit., p. 41-42.
[30] Ibid.
[31] Le Monde, 9 octobre 2001.
[32] B. Lewis, Le Retour à l’islam, Gallimard, 1985.
[33] O. Roy, op. cit.
[34] A. Lamchichi, op. cit., p. 41-42.
[35] F. Burgat, « L’islamisme en France », dans Connaissance de l’islam, Syros, 1992, p. 118.
[36] Ibid., p. 119.
[37] Ibid., p. 120-121.
[38] Ibid., p. 116-117.
[39] Ibid., p. 127.
[40] O. Roy, op. cit.
[41] A. Lamchichi, op. cit., p. 55-61.
[52] O. Roy, op. cit.
[43] P. Lory, Le Monde, 5 octobre 2001, p. 18.
[44] Le Coran, op. cit., 1967.
[45] J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 107.
[46] M. Arkoun, op. cit., 1992, p. 107.
[47] Ibid.
[48] J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit.
[49] M. Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1964, p. 236.
[50] Ibid., p. 244-246.
[51] R. Arnaldez, Averroes, un rationaliste en islam, Balland, 1998, p. 133.
[52] A. Rashid, 2000.
[53] P. Lory, op. cit., p. 18.
[54] Ibid., p. 28.
[55] Lénine, L’État et la Révolution, Moscou, 1967.
[56] Programme du parti socialiste révolutionnaire en 1917.
[57] M. Arkoun, op. cit., p. 197.
[58] Assr-e MA (extraits), Téhéran, Courrier international, 20-26 septembre 2001, p. 42.
[59] R. Rémond, Introduction à l’histoire de notre temps. Le xxe siècle, Le Seuil, 1974, p. 122-135.
[60] F. Blanc, « Le cas Oussama ben Laden », iep, Grenoble, 2001, dans Le Monde, 20 septembre 2001.
[61] R. Boudon, (dir.), Dictionnaire de la sociologie, Larousse, 1997, p. 226.
[62] Ibid., p. 226.
[63] T. Ferenzi, Le Monde, 20 septembre 2001.
[64] G. Chaliand, Le Monde, 18 septembre 2001, p. 13.
[65] A. Joxe, Le Monde, 24 septembre 2001, p. 12.
[66] M. Chebel, Le Monde, 5 octobre 2001, p. 18.
[67] J. Neirinck, T. Ramadan, op. cit.
[68] R. Girard, Le Monde, 6 novembre 2001, p. 20.
[69] M. Weber, Économie et société, Plon, 1995, p. 72.
[70] R. Boudon, (dir.), op. cit., 1997.
[71] E. Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique, puf, 1960, p. 64.
[72] C. Morris, Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, puf, 1996.
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J. Neirinck ; T. Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ? ...
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Ibid., p. 148. Suite de la note...
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Ibid., p. 148. Suite de la note...
[7]
Le Coran, Gallimard, 1967. Suite de la note...
[8]
J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 149. Suite de la note...
[9]
M. Arkoun, Le Monde, 7-8 octobre 2001, p. 20. Suite de la note...
[10]
Ibid. Suite de la note...
[11]
J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 153. Suite de la note...
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M. Arkoun, op. cit., 1992, p. 97. Suite de la note...
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Ibid., p. 125. Suite de la note...
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Ibid., p. 202-207. Suite de la note...
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P. Aziz, Mahomet, Ramsay, 1997. Suite de la note...
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Ibid., p. 115. Suite de la note...
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J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 39-43. Suite de la note...
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M. Arkoun, Le Monde, op. cit., p. 20. Suite de la note...
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M. Arkoun, op. cit., p. 97. Suite de la note...
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Ibid., p. 36. Suite de la note...
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M. Arkoun, op. cit. Suite de la note...
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R. Girard, Le Monde, 6 novembre 2001, p. 20. Suite de la note...
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A. Lamchichi, L’Islamisme politique, L’Harmattan, 2001,...
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Ibid., p. 9. Suite de la note...
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Ibid., p. 15-21. Suite de la note...
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O. Roy, Généalogie de l’islamisme, Hachette, 1995. Suite de la note...
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Ibid. Suite de la note...
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A. Lamchichi, op. cit., p. 41-42. Suite de la note...
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Le Monde, 9 octobre 2001. Suite de la note...
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B. Lewis, Le Retour à l’islam, Gallimard, 1985. Suite de la note...
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O. Roy, op. cit. Suite de la note...
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A. Lamchichi, op. cit., p. 41-42. Suite de la note...
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F. Burgat, « L’islamisme en France », dans Connaissance...
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Ibid., p. 120-121. Suite de la note...
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Ibid., p. 127. Suite de la note...
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O. Roy, op. cit. Suite de la note...
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A. Lamchichi, op. cit., p. 55-61. Suite de la note...
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O. Roy, op. cit. Suite de la note...
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P. Lory, Le Monde, 5 octobre 2001, p. 18. Suite de la note...
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Le Coran, op. cit., 1967. Suite de la note...
[45]
J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit., p. 107. Suite de la note...
[46]
M. Arkoun, op. cit., 1992, p. 107. Suite de la note...
[47]
Ibid. Suite de la note...
[48]
J. Neirinck ; T. Ramadan, op. cit. Suite de la note...
[49]
M. Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitali...
[suite] Suite de la note...
[50]
Ibid., p. 244-246. Suite de la note...
[51]
R. Arnaldez, Averroes, un rationaliste en islam, Ballan...
[suite] Suite de la note...
[52]
A. Rashid, 2000. Suite de la note...
[53]
P. Lory, op. cit., p. 18. Suite de la note...
[54]