2002
Sud/Nord
Un gros caillou dans la soupe de l’histoire !
François Bourgeois
Depuis une quinzaine d’années, au moment de la fin du bloc
soviétique, nombreux étaient les penseurs qui affirmaient avec Francis Fukuyama
que l’histoire était arrivée à sa fin, que le capitalisme seul pouvait,
pourrait sans combattre, assurer l’avenir de la planète en triomphant
indéfiniment. Avec le 11 septembre 2001, l’histoire s’est donc
réveillée…
Le mythe de l’invulnérabilité de l’aigle américain s’est donc
écroulé du fait d’un dangereux rebond de l’Amérique elle-même. Les talibans ont
été instrumentalisés et aidés par les États-Unis eux-mêmes quand il s’agissait
de lutter contre l’Union soviétique, envahisseur de l’Afghanistan avant 1989.
Ces intégrismes musulmans, version wahhabite, se retournent donc contre la main
qui les a nourris. Ainsi se sont enchaînées des escroqueries idéologiques
incroyables : la lutte contre le terrorisme, version présentable, au nom du
Dieu protestant, de la Bible, de la croisade pour la « liberté immuable »,
s’installe, sans aucune inquiétude, ni traitement du non-développement des pays
du Sud. Depuis 1948, le peuple palestinien est spolié de sa terre et le concert
des nations riches alliées contre Ben Laden ne peut donc arrêter le bras armé
d’Israël, et continue de courir depuis sa provocation de la Grande Mosquée, le
Premier ministre Sharon, responsable des massacres de Sabra et Chatila, dont
les chars et les avions bombardent le seul génie de l’espoir de paix restant :
Yasser Arafat…
Les deux tours jumelles du Wold Trade Center se sont effondrées
comme deux symboles – deux cathédrales du capitalisme, verticales mais
fragiles. Et il fallait voir et entendre une semaine après l’horreur, après la
censure sur les images, l’agressivité et la fierté dominante des
golden boys, des
traders de Wall Street, la
mini-bannière étoilée à la main ou au revers de la boutonnière, fiers de
reprendre les spéculations boursières et d’exploiter les peuples du
Sud…
Alors que personne ne mérite ce qui est arrivé aux États-Unis
et qui constitue un crime abominable, on ne peut oublier le Viêtnam, le régime
des colonels en Grèce, la dictature de Pinochet et la fin d’Allende, les camps
d’entraînement pour les tortionnaires latino-américains, les interventions
armées au Salvador et au Nicaragua, comme les bombardements sur l’Irak. Ce
n’est pas le peuple américain qui est en cause. L’organisation des
multinationales et les lobbies ont fait de l’omc « leur chose » pour soumettre les États à
la loi de leurs intérêts transnationaux, à celle du complexe
militaro-industriel américain et des intérêts spécifiques des marchés
financiers.
La guerre du Golfe a été la préfiguration des guerres
exemplaires (et symboliques) du Nord riche sur les pauvres du Sud. Les
tragédies de l’Afrique des grands lacs au sida dans ce continent sont la preuve
que l’Amérique laissera pourrir tout ce qui n’a pas un intérêt stratégique pour
elle. Cet État-leader de l’égoïsme, dont la culture cannibalise toute la
planète, veut reposer sur l’hyperlibéralisme et sur l’hyperpuissance
militaire.
L’intégrisme islamiste des terrorismes est lui aussi une
horreur pour les femmes, les intellectuels, les homosexuels (cf. la situation
en Égypte pour les gays !).
La réponse violente à la violence du capitalisme
ne constitue pas une solution pour résoudre les déséquilibres du
monde. Les peuples palestiniens, et bien d’autres, ont droit à
l’existence, et à disposer d’un État et du droit à disposer d’eux-mêmes
!
La lutte des classes est camouflée derrière ces États
corrompus, ces élites vendues au libéralisme international. Les soubresauts ne
sont pas finis. Il est grand temps de sortir de tous les intégrismes religieux
et politiques sécrétés par cet état injuste du monde pour les quatre cinquièmes
de l’humanité.