2002
Sud/Nord
Deux maux de trop
Bernard Sigg
C’est très opportunément que Sud/Nord nous sollicite. Comment, en effet, se
contenter de protester en discourant ou en défilant ? Je suis donc poussé à
réfléchir et à prendre la plume.
Le terrorisme et la torture, tout comme les intégrismes issus
de monothéismes générateurs d’intolérance, témoignent non pas d’une « folie »
humaine mais de la stagnation de la civilisation et d’une régression des
sociétés et cultures. S’il est un événement qui a porté cela en pleine lumière,
c’est plus l’affrontement de Gênes que l’effondrement de Manhattan. En effet,
que les massacres soient instantanés (New York), prolongés (Balkans, Congo) ou
illimités (famines et sida), ils manifestent l’absolu mépris du pouvoir –
financier, politique ou militaire – à l’égard des humains dominés.
La tâche qui devrait s’imposer est la réduction de deux maux
fondamentaux :
- d’un part l’inégalité socio-économique croissante entre une
minorité richissime et la masse des ignorés concentrée en Afrique, Asie et
Amérique latine ;
- d’autre part l’avènement des pouvoirs incontrôlés,
principalement financiers, qui se jouent des lois.
S’aiguisant l’un l’autre, ces maux déracinent tous les acquis
de l’humanité, altèrent autant notre quotidien que l’avenir, et sont
susceptibles d’engendrer le monstrueux
[1] tant au niveau de chacun que dans les groupes et
institutions.
Tout faire pour développer, dès la prime éducation, une culture
de tolérance et de solidarité tout en rétablissant la justice et l’égalité, tel
est le premier impératif.
Quant au psychanalyste, il lui revient en outre d’éclaircir la
part des mécanismes subjectifs et idéologiques dans l’expansion de la
soumission et du consensus a- critique, sans lesquels la présente régression
n’aurait pas été possible.
[1]
Cf. « Le temps de la barbarie »,
Revue de psychotérapie psychanalytique de
groupe, n° 37, érès, mars 2002.