2002
Sud/Nord
Humanitaire
Humanitaire
Enfants non accompagnés au Rwanda
Augustin Nziguheba
Céline Lanaspre
Handicap international est arrivé au Rwanda en 1994, après la
guerre et le génocide qui ont mis à terre tout le pays, tuant et séparant
plusieurs centaines de milliers de personnes, dont beaucoup d’enfants.
Le projet psychosocial a commencé à intervenir auprès de ces
enfants placés dans des centres, au départ dans le soutien matériel direct et
des activités de jeux, puis dans la réintégration familiale et dans
l’accompagnement psychosocial.
Notre but aujourd’hui n’est pas de reprendre l’historique ou
l’ensemble des activités de ce projet mais plutôt d’axer notre réflexion sur un
aspect plus précis de notre travail, à partir de l’outil des médiations par le
dessin.
Avant d’exposer notre problématique, il nous paraît important
de repréciser quelque peu en quoi consistent les médiations mises en place par
un bref résumé, cela ayant déjà été développé lors du précédent congrès dans la
présentation sur « dessins et destins d’enfants ».
Pour revenir dans le vif du sujet, beaucoup d’enfants, en 1994,
se sont retrouvés rassemblés dans des centres, les centres d’enfants non
accompagnés, souvent dans l’espoir ou l’attente de retrouver leur famille. La
plupart de ces enfants ont été très ébranlés par les événements de 1994
(violence subie ou vue, mort des proches, séparations, conditions de vie très
difficiles…), et il est apparu nécessaire de leur permettre d’exprimer tout ce
vécu douloureux, au demeurant peu « criant » dans leur comportement ou leurs
dires.
C’est dans ce cadre que le dessin s’est avéré pertinent comme
support et médiateur de l’expression, voire de l’élaboration de ce vécu. Le
dessin, peu à peu, a pris place et forme dans le cadre d’ateliers de médiation
par le dessin proposés aux enfants des centres. Cette activité se fait en
groupe, généralement composés d’environ huit enfants et deux ou trois adultes.
Quatre séances sont proposées avec des thèmes de dessin suggérés à chaque fois
: se dessiner soi-même, la vie du centre, un bon et un mauvais souvenir, la
famille, l’avenir et enfin un dessin au choix.
Cet atelier s’avère riche et multiple pour l’enfant lui-même,
permettant l’expression d’un vécu douloureux, la décharge d’un ressenti
affectif souvent sous contrôle, la reconnaissance de ce vécu et de cette
souffrance par le groupe, la réalisation de quelque chose, autant d’effets et
d’impacts positifs, voire thérapeutiques, que peut provoquer l’atelier de
médiation. Il permet également de faciliter la relation enfant-adulte.
Ces ateliers, initiés par l’équipe psychosociale, ne sont pas
restés dans les mains des dits spécialistes, mais au contraire les encadreurs
des centres ont très vite participé à leur mise en place.
Par la suite, le projet a évolué. En effet, l’expérience
initialement instaurée dans un centre ayant été très positive, il a été décidé
de l’étendre aux autres centres du pays. hi a décidé d’appuyer ces structures par des
actions de formation et de suivi. Cette décision a posé et peut encore poser
des interrogations, mais c’est en tout cas l’orientation qu’a choisie
hi, il y a presque trois ans
maintenant.
C’est ainsi que l’équipe psychosociale a mené des actions de
sensibilisation et de formation auprès des centres intéressés, plus ou moins
vingt-cinq dans tout le pays, pour qu’ils puissent eux-mêmes s’approprier et
mettre en place cette activité de médiation.
Notre problématique de ce jour est précisément de voir comment
s’est faite cette appropriation par les centres, comment « l’outil médiation »
a été compris et utilisé et aussi quels sont les avantages, les difficultés et
les limites que cela implique. Il ne s’agit pas là uniquement de dresser un
tableau de la situation mais plutôt d’en faire le bilan, et de voir quels sont
les effets des médiations chez ou sur les encadreurs. Nous ferons ce travail de
bilan dans un premier temps, puis par la suite nous reprendrons un certain
nombre de questions.
Comment s’est faite cette intégration/appropriation des ateliers
de médiations par les encadreurs ? (Augustin Nziguheba)
Pour dresser ce bilan, nous nous appuyons sur le travail de
suivi-évaluation réalisé auprès des encadreurs, soit lors des visites dans les
centres, soit lors des sessions d’évaluation. Il est entendu que par «
évaluation » nous n’avons pas l’idée de jugement ni de résultat objectif,
puisque les médiations ne se posent pas en ces termes-là, mais plutôt le souci
de voir comment les encadreurs ont pu faire leur et même enrichir cette
approche de médiation.
Vingt-quatre centres ont participé au processus, le principe
étant que deux encadreurs par centre soient formés et puissent devenir
animateurs et personnes ressources dans leur propre centre.
Certains centres ont eu plus de difficultés, ne serait-ce que
dans la mise en place très pratique des ateliers, d’autres ont très vite
intégré l’activité, sans pour autant « appliquer à la lettre » l’approche
proposée. Il est vrai que notre but premier n’est pas une « duplication » de
l’atelier mais plutôt son appropriation.
Dans un premier temps, il est intéressant de repérer
ce que les ateliers ont permis ou ont apporté aux
encadreurs.
Nous partirons de leurs propres éléments de réponse :
- l’amélioration de leur capacité d’écoute ;
- le changement dans leur façon de voir les enfants, par
davantage d’éléments sur leur histoire et les possibilités pour les orienter
;
- de meilleures relations avec les enfants, sur la base d’une
meilleure communication : « Ce qui nous a satisfaits après tous les dessins des
enfants, c’est que nous avons remarqué qu’ils ont davantage confiance en nous,
en les écoutant et en les soutenant dans leurs différentes situations »
;
- la contribution à l’allégement de la souffrance des enfants
: « déblocage de certains enfants » ;
- la possibilité de donner une bonne éducation aux enfants
;
- en définitive, un meilleur travail avec les enfants : «
Être à l’approche des enfants, intervenir si possible pour qu’ils puissent
s’exprimer, comprendre et être aidés pour affronter leurs difficultés.
»
Dans un deuxième temps, on peut souligner
les limites et les difficultés
exprimées par les encadreurs eux-mêmes. Les encadreurs ont déclaré que
l’animation des séances de médiation par le dessin est une activité exigeante
en termes de temps, d’énergie, d’organisation, de discipline et d’intelligence
!
Reprécisons qu’après les séances de dessin avec les enfants,
l’atelier comprend un autre temps très important, celui de la synthèse. Les
enfants ne participent pas à ce temps-là. Il s’agit de pouvoir reprendre les
dessins des enfants et de les confronter à l’histoire connue et au comportement
observé dans le but de mieux connaître la situation actuelle de l’enfant et de
s’y adapter si besoin est. On peut par exemple recommander un suivi, une
réorientation ou réfléchir en groupe aux difficultés éventuelles repérées. Il
s’agit d’un réel temps pris pour chaque enfant, pour mieux connaître qui il
est, d’où il vient, ce qu’il vit…
Une des difficultés de la diffusion des médiations est que la
plupart des centres (ceux hors Kigali en fait) doivent gérer eux-mêmes ce temps
de synthèse, l’équipe de hi ne
pouvant y participer. Les encadreurs sentent pourtant qu’ils ont besoin d’être
accompagnés dans ce travail, souvent complexe. Nous reparlerons de cette limite
de notre travail plus tard.
Les encadreurs souhaiteraient reprendre le cas des enfants qui
posent problème. Nous avons pu travailler dans ce sens lors des journées
communes d’évaluation, mais cela ne peut se faire de façon
systématique.
Les principales difficultés soulignées par les encadreurs dans
le cadre des médiations, mais aussi de façon plus large en termes
d’accompagnement psychologique des enfants, sont les suivantes :
- le manque de temps ;
- les connaissances insuffisantes ;
- l’insuffisance de moyens matériels ;
- le nombre important d’enfants à suivre ;
- les difficultés, voire l’échec, à se faire comprendre et à
échanger avec les enfants ;
- la non-reconnaissance de leur travail ;
- le travail avec les adolescents qui, en particulier, ont
des difficultés scolaires.
Les difficultés sont donc aussi nombreuses que variées et
nécessitent des solutions également variées, en termes d’organisation, et
éventuellement d’analyse de leur travail de formation. Mais il est vrai que
cela dépasse largement une approche uniquement psychologique, ce qui apparaît à
la fois positif et négatif. Positif dans le sens où l’enfant (et la situation)
est vu dans sa globalité, avec un certain nombre d’éléments interreliés.
Négatif ou du moins limitatif, car les encadreurs doivent un peu remplir tous
les rôles (éducatif, parental, psychologique…), sans qu’il n’y ait de
spécialiste ni de fonction bien précise des uns et des autres. Cela fait écho à
la façon dont nous-mêmes, équipe psychosociale, sommes parfois perçus et devons
apporter des solutions à tous les problèmes rencontrés par les centres, quels
qu’ils soient, du manque de savon aux difficultés psychologiques des
enfants.
Discussion (Céline Lanaspre)
Les questions et les limites soulevées par cette diffusion des
médiations et son appropriation sont multiples et variées.
Il ne s’agit certes pas de remettre en cause tout le travail
effectué et bien sûr tous les aspects positifs engendrés, très nombreux au
demeurant, comme nous l’avons souligné précédemment. Mais il importe plutôt de
voir qu’effectivement cette situation comporte aussi des limites, et, au final,
l’idéal serait de pouvoir réduire au maximum ces différentes limites
repérées.
1. Un premier élément important à relever est que
les encadreurs des centres ne sont pas des «
spécialistes » de cette approche.
Ce sont souvent des gens qui ont peu de formation, en
particulier dans le domaine éducatif. Effectivement, après 1994, dans certains
centres, il a fallu engager beaucoup de personnel assez rapidement, souvent des
femmes, ce qui leur permettait à la fois de travailler et de trouver un «
lieu-refuge » pour elles-mêmes, souvent aussi fragilisées que les
enfants.
Il existe une très grande variété de centres, concernant le
nombre et le niveau des encadreurs, aussi est-il difficile de généraliser, mais
le fait est que ce ne sont pas nécessairement des gens formés à un travail
psychologique. Précisons bien entendu que le niveau de formation n’est pas une
condition suffisante à ce travail, mais, quand il est faible, cela peut être un
facteur « limitant ».
Il nous apparaît donc difficile de demander à des gens dont ce
n’est pas toujours la formation de pouvoir intégrer une approche somme toute
complexe, d’autant plus qu’eux-mêmes ont souvent eu besoin ou ont encore besoin
d’un accompagnement ou d’un soutien. Leur demander d’être à l’écoute de la
souffrance des enfants peut les mettre dans des situations difficiles à vivre,
si pour le moins il n’y a pas un travail avec eux à ce niveau-là.
Ce faible niveau de formation « professionnelle » des
encadreurs s’est particulièrement ressenti au niveau du travail de synthèse.
Souvent les encadreurs sentent qu’ils ont des difficultés à réaliser ce
travail, non pas qu’ils ne s’y investissent pas mais, de fait, la synthèse
requiert des capacités d’analyse, d’élaboration, de questionnement qui
n’entrent pas forcément dans leur domaine de compétences.
2. On propose une démarche, celle de la médiation par le
dessin, et le risque est que celle-ci soit perçue
comme l’application stricte d’un outil, c’est-à-dire que les
encadreurs veuillent la suivre à la lettre, privilégiant la technique plutôt
que le fond. Or nous savons que, dans ce domaine-là, il ne peut y avoir de «
recette miracle », de procédure parfaite ni idéale et qu’un cadre trop rigide
restreint beaucoup les possibilités et le travail psychique en cours au sein du
groupe de médiation.
Les encadreurs, ce qui est compréhensible, ont souvent le souci
de bien faire ou de beaucoup faire (un centre avait réalisé neuf groupes en un
temps record), sans un recul minimum pour que, justement, s’élabore un réel
travail psychique, au sein du groupe, à travers le dessin et même au-delà de
l’atelier.
On ne peut qu’insister sur le fait que l’application stricte du
cadre de l’atelier n’est pas suffisante en soi ; bien au contraire, ce n’est
qu’un moyen pour parvenir à plus d’élaboration, d’expression, de relation, de
sens en termes psychiques.
De plus, les encadreurs peuvent risquer de tomber dans une «
routine » en perdant éventuellement l’idée que chaque enfant est spécifique ou
en pensant que l’atelier est suffisant pour répondre à leurs
difficultés.
L’équipe de hi doit
être consciente de ces éléments et pouvoir sensibiliser les encadreurs sur le
fait que l’outil médiation n’est qu’une technique dans le sens d’un moyen, d’un
facilitateur, mais que la démarche va bien au-delà.
hi doit être le garant de cette
démarche et doit travailler avec les encadreurs dans ce sens, ce qui peut
limiter les risques potentiels d’une application systématique et limiter des
médiations. C’est pourquoi la grande partie de notre travail actuel consiste à
suivre les centres dans leur démarche, travailler sur les cas qui leur posent
question, reprendre avec eux les problématiques et les difficultés rencontrées
au travers des groupes réalisés.
3. À un niveau plus immédiat, il existe déjà
des limites plus conjoncturelles et
opérationnelles à la mise en place des ateliers de médiations dans les
centres. Dans certains centres, il y a beaucoup d’enfants (jusqu’à
400), dans d’autres, il y a peu d’encadreurs. La plupart des centres ont peu de
temps à investir dans une démarche plutôt inhabituelle d’accompagnement
psychologique des enfants, qui sort de leurs préoccupations éducatives
courantes. Enfin, certains centres peuvent présenter certaines résistances ou
être limités par une certaine lourdeur d’organisation.
Il faut en définitive que les centres investissent vraiment
cette activité pour qu’elle puisse se mettre en place, à savoir qu’ils y
consacrent du temps et de l’énergie.
4. La conception même de
l’atelier peut poser question.
En effet, les quatre séances de dessin permettent d’amorcer un
réel travail psychique qui ne peut pas forcément être repris par la suite,
parce que, d’une part, ce n’est pas le rôle des encadreurs, et, d’autre part,
ils n’en ont pas les compétences. Encore une fois, ne les met-on pas dans une
situation, une place impossible d’accompagnement des enfants sans qu’ils en
aient tous les moyens ?
Pour tenter de répondre à cette inquiétude, il est évident que
l’on ne peut ni ne doit attendre des encadreurs qu’ils deviennent des
spécialistes, voire des thérapeutes, mais on peut espérer qu’ils sont
sensibilisés à l’aspect psychologique de leur travail auprès des
enfants.
On a vu, en première partie, que les ateliers permettaient une
meilleure connaissance de l’enfant, une meilleure qualité de relation entre
enfants et adultes, mais n’appauvrit-on pas le but de la démarche qui est,
avant tout, d’instituer un travail psychique, en tout cas de le permettre ?
Pour reprendre cela de façon imagée, c’est un peu comme si les encadreurs, à
travers l’atelier, ouvraient une porte aux enfants pour accéder à un réel
travail psychique, mais qu’ils n’étaient pas en mesure de les accompagner plus
loin que le seuil de cette porte.
Plusieurs ont pressenti cette limite centrale, voire cruciale,
de la diffusion des ateliers de médiation, et se demandent si ce n’est pas
risquer de « réouvrir une blessure de l’enfant », de « le faire pleurer pour
rien ». Nous sommes bien convaincus que ce n’est pas pour rien et que ce n’est
pas l’atelier lui-même qui fait pleurer l’enfant mais plutôt tout ce qu’il
engendre en termes de réactivation psychique. Autrement dit, on sent la
nécessité d’aller plus loin avec ces enfants qui commencent à s’ouvrir et à
être prêts à faire un réel travail psychique et, dans le même temps, il n’est
justement pas toujours possible d’aller plus loin !
Notre option a été de sensibiliser au maximum les encadreurs
pour qu’ils puissent repérer les cas où, effectivement, il faudrait aller plus
loin et pour qu’ils puissent les référer à des structures plus spécialisées.
Les résultats montrent que cela se fait quelquefois, mais nous travaillons à ce
que cela puisse être beaucoup plus systématique. Cela implique que les centres
puissent accepter et reconnaître l’idée que les enfants ont des besoins et des
souffrances en termes psychiques, ce qui nous paraît déjà une étape importante.
Par ailleurs, ce travail de mise en réseau semble plus que nécessaire pour une
politique de santé mentale efficace, combien même les ressources sont limitées
et les besoins très grands.
5. Enfin, et là il s’agit plus de questions que de constats,
nous ne savons pas vraiment quelle sera la
suite, à savoir comment les encadreurs vont réussir ou non à
pérenniser l’activité et continuer de s’y investir. Par ailleurs, quand
Handicap international ne sera plus garant de la démarche et de son suivi,
comment s’assurer de la qualité du travail ? En fait, la question de fond,
indépendamment même de la présence de hi, est plutôt de savoir comment garantir que
la démarche reste pertinente et qu’elle est faite dans de bonnes
conditions.
En conclusion, nous souhaiterions relater une situation
concrète illustrant bien toute la dynamique en jeu.
Dernièrement, nous sommes partis rendre visite à un centre dans
le cadre du suivi des médiations. Nous avons échangé avec les encadreurs sur
les derniers ateliers mis en place, sur les difficultés qu’ils ont rencontrées,
sur ce qu’ils ont retenu, et sur ce que cela leur a apporté.
C’est alors qu’une maman (éducatrice) nous parle du cas d’un
garçon qui l’a particulièrement intéressée. Sur le thème de la famille, il ne
dessine que ses frères et sœurs, omettant ses parents tués pendant le génocide.
Elle nous précise aussi qu’elle avait remarqué sur son dessin, comme sur les
précédents d’ailleurs, un parapluie. (Pour les gens qui ne connaissent pas le
Rwanda, il est bon de dire que l’on voit partout sur les collines de ces grands
parapluies multicolores qui protègent aussi bien du soleil que de la pluie !)
La maman demande donc à l’enfant pourquoi il a dessiné plusieurs fois un
parapluie et l’enfant de lui répondre : « Ça me rappelle ma maman quand elle
mettait le parapluie sur moi. »
Il est sûr que toutes les mamans/éducatrices n’auraient
peut-être pas su « regarder » ce parapluie, somme toute objet anodin mais
tellement significatif symboliquement… Il apparaît aussi qu’il faudrait pouvoir
rebondir sur l’image de ce parapluie protecteur mais aussi image-écran d’un
souvenir sans doute encore trop difficile à exprimer. Mais en tout cas, on voit
ici qu’un réel travail psychique a pu être amorcé, à travers le dessin, à
travers la médiation, à travers l’écoute et l’œil de la maman, et nous sentons
que c’est déjà beaucoup…
Ce cas nous interpelle forcément en tant que psychologue ou
spécialiste parce que l’on se sent finalement frustré de ne pas aller plus
loin, en termes d’élaboration, de travail et d’accompagnement psychologique. Or
nous savons, comme nous l’avons présenté, que ni le cadre ni la formation des
mamans ne permettent une démarche psychothérapeutique et nous insistons encore
une fois sur le fait que les encadreurs ne peuvent et ne savent être des
thérapeutes. Mais au lieu de s’arrêter là, il nous semble plutôt important de
souligner jusqu’où la maman a pu aller. Sans les médiations et tout le travail
autour, cette maman ne se serait sans doute jamais penchée et questionnée sur
ce que pouvait ressentir ce garçon privé de sa maman.
De façon générale, c’est d’ailleurs la conclusion que l’on tire
de l’ensemble du processus : peut-être les encadreurs ne vont pas « jusqu’au
bout » des ateliers de médiation et de ce qu’ils permettraient d’apporter, mais
ils en intègrent beaucoup d’éléments. Que ce soit déjà, et tout simplement,
écouter chaque enfant et communiquer avec lui, que ce soit être sensible à ce
qu’il ressent, à ce qu’il vit, que ce soit chercher comment l’aider et changer
sa façon d’être avec lui.
Les médiations apparaissent aussi comme un besoin exprimé par
les centres qui pressentent toute la richesse du travail entrepris. Cela les
aide précisément à « médiatiser » ce qui reste un domaine difficile à
atteindre, à comprendre, à intégrer, celui de la vie psychique des
enfants.