2002
Sud/Nord
Humanitaire
Humanitaire
Précarité et souffrance psychique au Burkina Faso
Désiré Marie Patrice Yameogo
« Il ne faut pas me comparer avec ces jeunes qui sont dehors
dans la rue et qui étudient sous les lampadaires. C’est vrai, eux, ils n’ont
pas de moto pour aller à l’école. Ils n’ont pas toujours à manger. Il y en a
même qui n’ont pas de bonnes chaussures et ils n’ont pas de robinet (d’eau
courante) ni d’électricité et pour avoir l’argent, acheter le pétrole pour la
lampe et étudier, il faut parfois grouiller…
Ils ne souffrent pas comme moi. J’ai des problèmes
psychologiques qui me font souffrir beaucoup plus qu’eux… Eux, ils sont
pauvres, il est vrai, mais ils ne peuvent pas souffrir comme moi. »
Je me suis permis d’introduire ma communication en empruntant
ces propos d’un jeune collégien d’une famille aisée.
Ces propos et cette réflexion de ce jeune collégien pourraient
résumer à eux seuls notre communication. Est-ce qu’une personne en situation de
dénuement matériel peut avoir encore une préoccupation pour la qualité de sa
vie psychique ? Peut-elle souffrir psychologiquement ? Pour un psychologue, une
telle question peut paraître à bien des égards incongrue.
N’est-ce pas là nier l’existence de la réalité psychique et une
vie psychique pour une catégorie de personnes ? Au-delà, n’est-ce pas nier leur
humanité ? Bien souvent, dans nos démarches de recherche de financement pour
les projets de soutien psychologique auprès des partenaires au développement,
nous avons souvent entendu dire ceci : « Mais monsieur Yameogo, pour des pays
comme le vôtre, ce ne sont pas des psychologues qu’il faut. Il faut creuser des
puits, former des agronomes, etc. »
Ce n’est cependant pas dans un tel sens que nous allons
abonder. En évoquant ces propos, nous voulons tout simplement nous reposer
cette question : est-ce que, devant de tels discours, cette catégorie de
personne n’a pas fini elle-même par croire qu’elle n’a plus que des soucis
matériels et pas de vie psychique ?
Notre constat comme psychologue clinicien est le suivant : la
pauvreté et les soucis matériels dans lesquels se trouvent certaines
populations les amènent à asseoir ce que l’on pourrait appeler « une stratégie
de précarité » pour leur survie tout court. Dans cette stratégie de précarité,
les individus semblent parfois si abrutis par le souci du quotidien qu’à s’y
méprendre, on peut se demander s’il reste encore un peu de place pour parler de
la qualité de leur vie psychique et relationnelle. Le travail psychothérapique
avec de telles personnes amène inévitablement le psychologue, ou tout au moins
le convoque, à l’immersion dans le quotidien.
Comment avoir une écoute psychologique dans la cacophonie des
préoccupations du quotidien qui semblent étouffer et éclipser la demande de
soin psychique qui n’arrive même plus à se formuler comme telle ? Cette
stratégie de précarité et de survie plonge l’individu dans la sidération du
présent et l’entraîne dans une logique de résolution de ses préoccupations au
jour le jour. Comment y inscrire la question de soin psychique qui est un
travail dans le temps, sans perdre son temps et le leur si précieux ?
Voilà comment nous pouvons résumer, peut-être maladroitement,
notre travail auprès des personnes dont la souffrance est certainement visible
mais semble relever d’une tout autre préoccupation que celle ayant trait à la
qualité de leur vie psychique qui, elle, est toujours masquée, moins visible.
Nul doute qu’un tel travail, s’il se veut efficient et adapté à la situation,
se situe « hors cadre », hors du cadre classique de travail qui veut que le
psychologue s’en tienne au traitement psychique et s’abstienne de toute
intervention dans le quotidien du patient.
C’est sans doute pour cela qu’un tel travail est édifiant, en
ce qu’il permet d’interroger constamment la pratique du psychologue, ses
outils, ses certitudes théoriques et conceptuelles.
État de précarité et souffrance psychique
En parlant de personnes en état de précarité, une clarification
s’impose afin de mieux préciser ce concept et éviter toute confusion. Il faut
donc noter que, dans l’emploi courant du terme, la précarité, lorsqu’elle se
réfère à une population ou à une catégorie d’individus, est souvent employée
pour désigner des personnes en situation de pauvreté ou de dénuement
matériel.
Le caractère de précarité désigne également, dans ce contexte,
un état de fragilité générale lié à l’incertitude d’arriver à influer
positivement sur son devenir et cela en dépit de tous les efforts que l’on peut
déployer.
Le fait que cette situation coexiste presque toujours avec un
état de pauvreté et de dénuement matériel expliquerait peut-être la confusion
qui est souvent faite entre situation de précarité et état de
pauvreté.
Nous voudrions d’abord situer le cadre de notre travail de
psychologue au sein du Projet santé mentale.
Le Projet santé mentale a été mis en place par Handicap
international au Burkina Faso en 1997. Sa zone d’action couvre essentiellement
la province du Kadiogo sur un rayon de trente-cinq kilomètres environ. Plus
précisément, elle couvre la ville de Ouagadougou et les cinq départements
alentour. L’action du Projet santé mentale est donc beaucoup plus centrée sur
le milieu urbain et périurbain. Le contexte social et économique de notre zone
d’intervention est donc celui des grandes agglomérations des pays africains en
voie de développement.
L’objectif de ce projet est de contribuer à la promotion de la
santé mentale des populations par des actions de proximité. Plus précisément,
son domaine d’intervention comprend la prévention à base communautaire des
troubles mentaux et psychiques, les soins et l’intégration et la lutte contre
l’exclusion des personnes atteintes de ces troubles.
Pour atteindre cet objectif, le projet a mis en place un réseau
de partenaires-relais regroupés dans seize services et institutions et comptant
environ cinquante personnes. Ces partenaires-relais sont essentiellement
composés d’agents sociaux, d’infirmiers et d’éducateurs. Ce sont des
collaborateurs précieux et actifs qui interviennent dans les quartiers, à la
prison, dans les écoles préscolaires, primaires, secondaires et supérieures,
dans les lieux de formation, les casernes, les dispensaires, etc. Ils reçoivent
une formation de base sur la santé mentale et une formation continue sur
plusieurs thématiques relevant de leurs préoccupations dans le travail qu’ils
effectuent quotidiennement.
Ces partenaires-relais, sous l’encadrement et la supervision du
personnel du Projet, organisent des causeries-débats avec la population dans le
cadre de la sensibilisation. Ils assurent également un service à domicile des
patients pour soutenir leur démarche de soins et prévenir les risques
d’exclusion sociale, économique, éducative et professionnelle. Les thèmes
traités lors de ces causeries-débats sont proposés ou choisis en accord avec
les populations cibles et en fonction de leurs préoccupations, sans tenir
compte, a priori, de l’aspect santé
mentale.
La question de la qualité de la vie psychique et relationnelle
n’est inscrite qu’après coup, au cours des débats, à travers les préoccupations
diverses des populations pour l’amélioration de leurs conditions de
vie.
Ces causeries-débats constituent alors un cadre d’alerte qui
amènent la population à être attentive, entre autres préoccupations, à leur
santé mentale, à la qualité de leur vie psychique et relationnelle. C’est donc,
pour l’essentiel, de ces causeries qu’émergent des demandes de prise en charge
qui nous sont adressées.
Notre rôle consiste alors à accueillir les patients et leur
famille, à les écouter, à proposer et engager une prise en charge psychologique
et/ou à les orienter, le cas échéant, vers d’autres institutions plus indiquées
pour leur situation.
Personnes en situation de précarité
Après avoir précisé le cadre de notre pratique professionnelle
et le contexte géographique dans lequel nous intervenons, nous voudrions
revenir sur la notion de « personnes en situation de précarité ». Comme nous
l’évoquions plus haut, l’état de pauvreté, de dénuement économique et matériel
est un déterminisme certain qu’il convient de ne pas négliger lorsque l’on
parle de personne en situation de précarité. Il ne suffit cependant pas, à lui
seul, à rendre compte de cette situation.
Pour ce faire, il faut prendre en compte d’autres critères qui
relèvent plus d’un vécu spécifique à cette catégorie de personnes. C’est ainsi
par exemple que certaines personnes très aisées mais qui pratiquent la
prostitution, le proxénétisme ou encore le trafic de drogues peuvent être en
situation de précarité.
Concernant la pauvreté économique et matérielle et en regard du
contexte géographique, que pouvons-nous dire ? Après les indépendances et dans
le courant des années soixante, les métropoles africaines ont connu une
urbanisation galopante et incontrôlée. Cependant, jusqu’aux années 1980, ces
villes ont connu un développement économique certain par rapport aux zones
rurales. Elles étaient et sont peut-être aujourd’hui encore le symbole de la
réussite sociale, économique, de l’aisance et du pouvoir. C’est sans doute cela
qui explique que les populations des campagnes n’ont pas cessé d’affluer
massivement vers la ville en dépit de la crise économique qui s’est
progressivement installée dès la fin des années quatre-vingt, rendant ainsi les
conditions de vie des citadins et des néo-citadins plus difficiles.
Cependant, l’attrait actuel de la ville ne saurait s’expliquer
uniquement par la représentation de la ville comme symbole de réussite sociale,
de pouvoir économique et politique. En effet, de nombreux acteurs du
développement et les pouvoirs publics, prenant argument sur les conditions de
vie difficiles, précaires et misérables, ont proposé des programmes de « retour
à la campagne » et de décentralisation pour encourager ces citadins et
néo-citadins en situation de précarité à retourner vers la campagne ou vers des
villes plus modestes.
Mais on constate que, dans la plupart des cas, ces personnes en
situation de précarité, sans nier en rien leurs conditions de vie difficiles et
misérables, préfèrent encore plus leur état de précarité qu’un retour au
village. Comme ils le disent souvent : « Tout le monde se cherche, même au
village. »
De notre contact répété avec ces personnes dans le cadre de nos
consultations, nous nous sommes laissés quelque peu convaincre que ce constat
est à rapporter également à une dynamique de changements, de transformations et
de bouleversements sociaux, dans une espèce de brouillage des repères
identitaires traditionnels. Toutes choses que ces personnes elles-mêmes
qualifient fréquemment d’effets de modernisme ou de modernité : « Être moderne
», « c’est notre monde moderne qui est comme ça ».
C’est ainsi que nous pouvons convenir avec Georges Balandier
que cette modernité peut se définir comme le mouvement plus l’incertitude.
Voilà ce qui peut caractériser le vécu de ces personnes en situation de
précarité. Un mouvement perpétuel teinté de l’incertitude sur le devenir de
soi, de l’être tout court. Mouvement perpétuel où s’entrechoquent le désordre
et l’ordre, où s’opère un bouleversement des relations aux autres, aux
institutions, anciennes comme nouvelles, des systèmes de valeurs et de
repérage, des codes et des dispositifs inconscients qui règlent le quotidien.
C’est également la course à la liberté, à une pseudo-émancipation à l’égard de
l’ordre instituant, à la fois destructrice et créatrice.
Lorsque nous écoutons ces personnes en consultation, nous avons
l’impression d’avoir affaire à des riches tourneurs qui sont pris dans un
mouvement où il serait plutôt question de gommer tout sentiment d’existence, de
rencontre avec soi-même, afin de n’être plus qu’un astre anonyme qui poursuit
une course folle autour d’on ne sait quel dieu soleil. Nous avons souvent
l’impression que ces personnes qui ne vivent qu’au quotidien et d’expédients
étaient engagées dans une course contre la montre et sans fin, où il n’est pas
question de s’arrêter afin de ne pas se faire rattraper par soi-même.
Pour nous résumer, ce sont les personnes qui sont prises dans
cette situation que nous avons qualifiées de personnes en situation de
précarité. C’est sans doute le ressenti de leur vécu qui nous amène à supposer
que ces personnes semblent abruties par ce mouvement perpétuel, qu’elles
donnent parfois l’impression de ne manifester aucun soucis pour la qualité de
leur vie psychique et par conséquent ne peuvent formuler qu’une demande
effilochée et le plus souvent ambivalente.
L’expression de la souffrance psychique
Au rendez-vous de la prise en charge psychologique, nous nous
rendons très vite compte que ces types de patients ont du mal à se conformer au
cadre d’une psychothérapie type. L’heure des rendez-vous n’est pas respectée.
Ils manquent leurs séances sans aucune explication et réapparaissent tout à
fait à leur aise comme si cela n’était rien. De plus, nous avons l’impression
qu’ils nous tournent en ridicule, nous et notre psychothérapie. Ils ne prennent
pas assez au sérieux les séances de soins et semblent tout tourner en dérision,
recherchant plus à créer une certaine complicité qu’à préserver une certaine
distance. Les plus âgés arrivent à nous dire littéralement que notre âge est un
handicap pour les prendre en charge. Finalement, c’est nous qui semblons avoir
le tournis à force de les suivre.
Cependant, lorsque nous essayons de recadrer les choses,
certains prennent un air désemparé et disparaissent pour toujours. C’est ainsi
que nous avons compris que nous et notre fameux cadre de thérapie étions trop
dangereux pour eux. Nous ne sommes tolérables que s’ils peuvent nous utiliser à
leur rythme et à leur manière. C’est-à-dire ne pas nous prendre trop au sérieux
et accepter qu’ils puissent jouer avec nous, nous tourner en dérision et aller
et venir comme ils veulent.
Parmi eux, les rares personnes qui arrivent à s’accrocher y
arrivent au détour de sérieuses dépressions vraiment inquiétantes.
C’est ainsi que nous avons compris, ou tout au moins, nous le
supposons, que leur course contre la montre est un mouvement perpétuel, une
course contre l’angoisse. Elle ne doit surtout pas s’arrêter car, lorsqu’elle
s’arrête, ils rencontrent la dépression, le suicide ou la violence contre soi
avant d’être retournée contre l’autre pour un oui ou pour un non.
La souffrance psychique est là, ils se débattent avec elle dans
leur course folle. Ils nous la montrent alors que nous leur demandons de nous
la dire. C’est sans doute ce que veut nous signifier l’un d’entre eux en nous
demandant si nous avons déjà failli nous noyer. Il finit par nous dire tout
agacé que nous ne pouvons pas comprendre, à moins d’avoir de l’eau qui monte
au-dessus des narines sans pouvoir appeler au secours.
Nous avons alors compris qu’user avec eux d’un cadre trop
rigide les oblige à s’arrêter brutalement, à faire face violemment à eux-mêmes
et à leurs angoisses.
Suspendre leur course est pour eux faire face à un présent qui
sidère du fait de la montée d’une trop forte angoisse. Utiliser le cadre et
l’envahir constamment en ne nous sollicitant que sur leur quotidien est pour
eux une manière de prendre progressivement pied, une médiation pour arriver à
prendre soin de leur vie psychique. C’est tout simplement pour eux une manière
de dire leur souffrance psychique. Ils demandent à être accueillis « hors-cadre
» car ce dernier leur apparaît de prime abord comme un miroir qui
sidère.
Quel dispositif technique pour le travail psychique avec ce type
de patient ?
La principale difficulté de la prise en charge de ce type de
patients réside à notre avis dans la fragilité du lien thérapeutique. En effet,
nous avons eu souvent l’impression que tout lien qui peut renvoyer le patient à
sa vie psychique est perçu comme quelque chose de dangereux du fait d’une trop
grande mobilisation des angoisses de nature primaire.
Nous avons pu constater également que ce type de patients peut
utiliser positivement le cadre à notre insu, pour peu que celui-ci ne soit pas
trop rigide, et profiter à plus d’un titre d’une véritable prise en charge
psychologique. Toutefois, il est nécessaire de prendre en compte la spécificité
de leur situation et d’opérer un réaménagement du cadre, si l’on veut éviter
que la prise en charge psychologique ne soit hors jeu.
Outre le déterminisme de l’état de pauvreté et du dénuement
matériel qu’il convient de ne pas négliger dans la prise en charge des
personnes en situation de précarité, nous estimons qu’il faut également et
surtout prendre en compte certains aménagements défensifs qui leur sont
spécifiques.
La personne en situation de précarité est très souvent en
rupture de liens. La rupture de liens peut s’appréhender et parfois même se
constater à plusieurs niveaux. La personne en situation de précarité est
d’abord en rupture de lien avec une image de soi, une représentation de soi
trop dépréciée, source d’une souffrance narcissique terrible. Elle est en
rupture de lien avec des objets internes peu gratifiants. Elle est aussi en
rupture de lien social, culturel et même communautaire.
Nous pensons que la souffrance psychique induite par ces
différentes situations amène le sujet à recourir à des aménagements défensifs,
tels que figer la pensée et toute activité d’auto-représentation pour ne pas
être confronté à cette souffrance psychique. Ces aménagements défensifs sont
d’autant plus rigides que les rapports aux autres et aux repères identitaires
traditionnels sont faussés et s’inscrivent dans une stratégie de survie qui les
réduit à leur caractère opératoire et utilitaire. C’est sans doute ce
qu’eux-mêmes essaient de nous signifier lorsqu’ils tiennent ces propos : « Le
monde est gâté », « il n’a plus de famille », « tout le monde est faux », « il
n’y a plus de relations humaines, ce sont des relations d’intérêts ».
Un jeune homme nous disait : « Est-ce que moi-même je pense ?
»
Une jeune femme séropositive qui a perdu son mari et tous ses
enfants, a dépensé toutes ses économies pour s’acheter une nouvelle moto alors
qu’elle avait besoin de cet argent pour entreprendre ses soins. Lorsque nous
lui faisons remarquer qu’il aurait fallu peut-être garder cet argent pour ses
soins, elle nous tient ces propos : « Monsieur Yameogo, laissez-moi profiter de
la vie, m’offrir ce plaisir. Même mon propre père a essayé de me convaincre de
vendre la maison de mon mari pour qu’il fasse du commerce avec l’argent en
disant que comme cela au moins, quand je ne serai plus, il n’aura pas tout
perdu. »
Une autre me raconte que son pasteur a dit dans son prêche que
Dieu ne laissera jamais une personne séropositive aller au paradis, alors
qu’elle était allée à l’église pour trouver un peu de réconfort. Un autre jeune
homme, après avoir aidé son copain à dérober l’antenne de télévision de son
frère pour la lui revendre après, nous dit ceci : « J’en suis réduit à faire
des “deals” comme ça, pour avoir de l’argent de poche, je ne veux même plus
penser à cela. »
Tout cela nous amène à la conclusion que la principale
stratégie défensive pour préserver leur vie tout court consiste à éviter la
souffrance psychique en essayant de dénier la réalité psychique elle-même par
une hyperactivité, même de la pensée, exclusivement focalisée sur des
préoccupations quotidiennes.
Ainsi, une veuve nous disait ceci : « Je ne pense pas.
Moi-même, je ne compte pas. Si je me lève le matin et j’arrive à trouver de
quoi donner à manger à mes enfants, ce n’est pas fini ? Est-ce que la vie,
c’est plus que cela ? »