Sud/Nord
érès

I.S.B.N.2865868826
192 pages

p. 47 à 56
doi: 10.3917/sn.017.0047

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Humanitaireries

no 17 2002/2

2002 Sud/Nord Humanitaireries
Humanitaireries

Solidarité internationale, entre le global et le local

Dominique Desplats
Sud/Nord, en me demandant d’écrire sur la solidarité internationale, m’oblige. Aux deux sens du terme : elle me crédite d’une capacité à en parler tout en m’imposant de réfléchir sur une expérience somme toute particulière car il n’y a pas, en ce domaine, de vérité acquise. Médecin coopérant dans le bled marocain dans les années 1970, j’ai ensuite, tout en pratiquant la médecine générale, milité à Médecins sans frontières avant de créer en 1984, avec quelques amis, une ong plus orientée vers le développement sanitaire et social : Santé Sud [1].
D’emblée, j’éprouve deux sortes de difficultés. La première est la crainte des lieux communs tant le sujet a fait couler d’encre ces dernières décennies. On peut citer, entre autres, X. Emmanuelli, J.-C. Ruffin, R. Brauman [2], qui ont largement contribué au débat sur la grandeur et les servitudes de l’« humanitaire », ou encore faire appel à des contempteurs zélés comme P. Bruckner et B. Hours [3] qui ont, chacun dans son registre, déconstruit ce qu’ils estiment une idéologie ritualisée peu différente de la volonté civilisatrice de la période coloniale, mais remise au goût du jour.
À la crainte d’en rester au discours convenu, qu’il soit d’un bord ou de l’autre, encore perceptible dans ce débat récurrent et très franco-français sur le tiers-mondisme et l’anti-tiers-mondisme [4], s’ajoute une seconde difficulté plus intime liée à l’action sur le terrain, celle-là même qui nous fait osciller de l’enthousiasme à la déception, de la chaleur du contact à la frustration de l’incompris ou de l’inachevé. Selon les périodes, des sentiments contradictoires situés entre l’espoir et le désenchantement prennent le pas sur la réalité, laissant peu de place à ce difficile équilibre entre l’idéalisme – la part du rêve – et ce réalisme qui nous tire volontiers vers un pessimisme ravageur. L’ancrage dans une réalité, pour éviter ces impasses, doit en effet s’accompagner d’un effort de l’esprit, celui du « regard éloigné [5] » qui permet cette nécessaire distanciation qui n’est pas indifférence mais une façon plus juste de percevoir l’humanité.
Car nous sommes, que nous le voulions ou non, des lilliputiens au regard de l’histoire des hommes et de leurs cultures. Cette assertion n’est pas gratuite : elle a des conséquences concrètes et immédiates dans notre rapport à l’Autre. À Madagascar, alors que nous discutions sur les dysfonctionnements d’un projet, je fus violemment mis en cause en ces termes par mon interlocuteur : « Mon grand-père, en 1947, a été fusillé par un tirailleurs sénégalais commandé par les Français [6] », forte parole suivie d’une longue diatribe sur nos exactions passées dont j’étais, à l’instant même, l’indigne représentant. Cette anecdote n’est pas factuelle : l’Histoire s’infiltre par toutes les jointures du présent, que ce soit en Afrique, dans les pays arabes, dans les Balkans ou ailleurs. Ce ressenti d’une histoire pleine de bruits et de fureurs, partagée collectivement par chaque peuple, fait partie d’un « non-dit » latent qui, même s’il ne s’exprime pas aussi brutalement, influence les attitudes et les comportements.
À cette confrontation historique s’ajoute la distance culturelle, source de nombreuses incompréhensions. « Vois-tu, me disait mon ami mauritanien, vous et nous n’avons pas les mêmes valeurs. Vous aimez le travail, mais pas nous. Le rêve du Maure, c’est de faire travailler les autres, d’être riche avec un beau boubou et plein d’argent dans la poche pour le distribuer à son entourage. » Dans un sourire, il joignit le geste à la parole alors que nous sirotions le thé sous la tente et que je m’inquiétais auprès de lui de l’absentéisme de son personnel de santé, ce qui compromettait les activités de développement que nous mettions en œuvre. Cette petite scène illustre bien cette notion de paradigme qui modèle l’univers mental dans lequel nous pensons et nous agissons. Les évidences des uns ne sont pas toujours – loin s’en faut – celles des autres et ce qui est « pensable » dans une société ne l’est pas forcément ailleurs [7].
Être sur le terrain, en situation, c’est se placer de facto dans une double perspective, diachronique – celle du temps – et synchronique – celle de l’espace. Influences croisées qui pèsent de façon subtile et souvent cachée sur cet « ici et maintenant » de l’action dont nous estimons volontiers qu’il se suffit à lui-même. Cet aveuglement explique, à lui seul, bien des déconvenues.
 
La mondialisation comme fait
 
 
Sur cette trame, en toile de fond, il y a la mondialisation dont on parle tant aujourd’hui, comme s’il s’agissait d’un phénomène nouveau. Pourtant F. Braudel nous parlait déjà de cette « économie-monde », née au xve siècle lorsque l’Europe entreprit de découvrir la planète Terre. Depuis cette époque, la circulation de biens, d’informations et de capitaux n’a fait que s’accélérer, jusqu’au xxe siècle où le processus s’est enrayé avec la guerre froide et la fracture bipolaire mondiale. Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, on assiste simplement à la reprise d’un mouvement qui s’était grippé pendant une cinquantaine d’années, ce qui est finalement bien peu [8].
À notre échelle, aux endroits où nous travaillons, cette nouvelle accélération est perceptible. Grâce aux moyens de communication, nous sommes en contact immédiat avec nos homologues du Sud, situation inimaginable il y a seulement quelques années. Avec les satellites, l’accès à une information généralisée se développe à grande vitesse et commence à atteindre le moindre village africain. Les villageois peuvent ainsi contempler sur les écrans collectifs disposés dans les ruelles nos mœurs et « ces guerres terribles que vous vous faites entre ethnies au Kosovo ou en Tchétchénie ». Cette ouverture entraîne des réactions beaucoup plus ambivalentes à l’égard d’un Occident qui fascine toujours mais qui, en même temps, révulse. Et si la part entre fiction et réalité n’est souvent pas bien départagée, la curiosité et l’esprit critique se manifestent de plus en plus. Il faut s’attendre à des évolutions aussi imprévisibles qu’inéluctables [9].
La mondialisation est un fait. Mais la suprématie occidentale qui marque depuis si longtemps les rapports Nord/Sud n’est peut-être plus aussi assurée, contrairement aux apparences. Ses excès produisent des prises de conscience et les « effets boomerang [10] » vont probablement se multiplier. Sans remettre en cause les acquis matériels et techniques que personne ne récuse sérieusement, ils seront, sous des formes variées, parfois violentes, les symptômes de la faillite d’un modèle de croissance de moins en moins acceptable à l’échelle mondiale. En ce début du xxie siècle, pour la première fois, le progrès n’est plus le progrès : il recèle bien des dangers pour l’être humain et son environnement [11].
 
Prégnance des jeux de rôle
 
 
« To mean globaly and to act localy » résumait l’ambition personnelle que s’était donnée René Dubos et inspire mon propos. Localement en effet, la modernité, entendue comme une volonté de changer le monde, n’est pas une idée partagée par tout un chacun [12]. Nombre de sociétés, malgré les transformations qu’imposent les influences extérieures, vivent leur quotidien selon des normes sociales et religieuses fort éloignées du mythe prométhéen. Cela a des conséquences sur les relations qui s’inscrivent au jour le jour au niveau des actions concrètes, impliquant de part et d’autre des jeux de rôles souvent stéréotypés.
Tel est le cas du faire semblant, notion à laquelle se réfère A. Doguet [13] à propos d’une société « ethnologisée » depuis des décennies, les Dogons du Mali, dont elle analyse la « remarquable aptitude à jouer le rôle que l’on attend d’eux ». Ce faire semblant qui appartient à la sociabilité africaine – et sans doute aussi à d’autres sociabilités dites traditionnelles – consiste « à jouer avec rigueur et gravité ses rôles quotidiens, à s’identifier à l’image requise par la situation, à privilégier la maîtrise des attitudes du personnage au détriment des émotions et inclinations de la personne » (Sory Camara, cité par A. Doguet). Il n’est pas correct de dire « non » à certaines personnes parmi lesquelles l’hôte étranger que l’on reçoit. Il vaut mieux faire « comme si » pour ne pas compromettre l’avenir d’une relation, le vrai et le faux étant affaire de circonstance.
Cette attitude flexible et adaptative, mal comprise par l’occidental dont la pensée fonctionne toujours sur un mode rationnel binaire, donne lieu à des méprises parfois sévères. Telle action semblait comprise et acceptée, mais il n’en était rien car d’autres impératifs n’avaient été ni perçus ni débattus. Et ces manques sont d’autant plus mal interprétés qu’ils s’inscrivent dans le cadre de l’échange inégal Nord/Sud qui n’épargne en rien la solidarité internationale. Un échange qui n’est jamais symétrique, laissant ceux que l’on appelle les bénéficiaires dans l’impossibilité de faire jeu égal [14].
On perçoit mieux ainsi combien les relations entre « partenaires » – mot à la mode depuis quelques années – peuvent être problématiques, même si la bonne volonté des individus s’évertue souvent à les rendre souriantes et positives. Les attentes et les points de vue sont rarement superposables, laissant place, de part et d’autre, à des stratégies qui répondent à des logiques d’opportunité [15]. Cette notion de partenariat me semble ambiguë car les règles du jeu sont d’emblée biaisées. Seules la détermination des protagonistes à vouloir travailler ensemble sur des objectifs communs, leur aptitude à négocier et à s’entendre – c’est-à-dire à se comprendre et à faire des compromis – peuvent éviter les travers d’un nouveau paternalisme. Et le contrat, explicite mais aussi implicite, en inscrivant les droits et devoirs de chaque partie, semble être le mieux à même de rétablir une forme d’équilibre et un climat de confiance [16].
 
L’Afrique noire exclue [17] ?
 
 
L’Afrique apparaît aujourd’hui, vue de l’Occident, comme un continent perdu soumis à un sous-développement chronique, déchiré par des soubresauts violents plus ou moins déchiffrables. Et c’est même une Sénégalaise, Axelle Kabou, qui pose en titre de son livre la question subversive : Et si l’Afrique refusait le développement ?
Les causes du sous-développement de l’Afrique noire [18] sont nombreuses, cumulatives, impossibles à résumer en quelques lignes. Je voudrais insister ici seulement sur deux facteurs qui ont, depuis les indépendances en 1960, contribué à enfermer ce continent dans l’impasse. Tout d’abord trente années de guerre froide qui ont alimenté des conflits et renforcé des dictatures soutenues par les deux blocs. Ensuite, une politique internationale de prêts inconsidérés qui ont creusé les déficits et rendu la plupart des pays africains exsangues [19]. Ces deux phénomènes se sont conjugués pour favoriser la corruption, un affairisme de prébende et des conflits inextricables. On sort tout juste de cette période avec l’apparition d’une nouvelle donne internationale qui redistribue les cartes, mais les séquelles sont importantes et il faudra probablement le temps d’une nouvelle génération, mieux formée et plus responsable, pour apurer ce lourd passé.
Contrairement à ce qui se dit, le développement n’est pas une question d’argent. Il y en a eu trop, et surtout mal utilisé. Un retour au bon sens et à des priorités calées sur les besoins réels s’impose. Quelles sont ces priorités ?
En premier lieu, la scolarisation. Des régions où le taux d’alphabétisation est à moins de 20 %, ce qui est fréquent, ne peuvent pas se développer. L’écriture, ainsi que l’a bien montré Jack Goody [20], représente une étape fondamentale. Tout l’argent gaspillé aurait dû servir à une sorte de plan Marshall pour l’Afrique afin de multiplier les écoles, former des instituteurs et, surtout, les payer. Il en est de même pour la formation professionnelle de base, passablement négligée alors que des efforts importants ont été faits pour l’enseignement supérieur.
L’Afrique est rurale, avec une myriade de villages souvent isolés, voire enclavés. Là aussi, l’aide internationale aurait dû, sans barguigner, ouvrir routes et pistes pour permettre la circulation des produits et des gens. L’enclavement, le manque de débouchés sont l’une des causes de l’exode rural vers des villes-capitales qui grandissent démesurément sans pouvoir offrir, contrairement aux villes européennes de la période industrielle, des emplois en nombre suffisant.
Écrit et communication – incluant les nouvelles technologies en plein essor – sont les deux clés d’un décollage qui pourrait s’enclencher avec des mesures volontaristes [21]. Les démocraties naissantes dans plusieurs pays, accompagnées de politiques de décentralisation, représentent un espoir pour une partie de l’Afrique. Mais il faudra du temps, ce temps que les développeurs pressés d’imposer des normes ne prennent pas en compte alors que le changement social est un processus interne, une alchimie complexe où se cristallisent conflits et intérêts autour de ce qui est ancien et de ce qui est nouveau. Le développement ne se décrète pas !
Cela dit, on peut s’interroger sur les évolutions qui se font jour depuis quelques années concernant l’aide au développement, marquées par une montée en puissance du « multilatéral » et du monde des experts. Le terrain est désinvesti : les bons connaisseurs des réalités locales – praticiens du développement ou chercheurs – sont en voie de disparition au profit d’une expertise à court terme qui n’a pas pour mission de s’impliquer localement dans des processus de changement qui demandent du temps. Les ong, avec leurs partenaires locaux, assurent le relais comme elles le peuvent, mais avec des moyens qui restent limités [22].
Et c’est pourtant au niveau local que « se passent les choses », même s’il est vrai que les choix politiques et stratégiques doivent être faits à des échelons supérieurs. L’école, la banque de micro-crédits, la mutuelle de santé, les services municipaux sont, à titre d’exemple, les outils de la mobilisation sociale qui peuvent améliorer les conditions de vie. Et pour mener à bien ce développement local, il faut des ressources humaines capables d’agir comme des leviers. Elles existent de plus en plus mais, dans les divers projets, on oublie souvent de créer les conditions nécessaires pour leur permettre de jouer pleinement leur rôle [23]. Ce sont pourtant les initiatives individuelles qui sont souvent les mieux à même de promouvoir des idées nouvelles et de les transformer en action. Encore faut-il qu’elles ne soient pas barrées par les rigidités ou les abus des puissances publiques, nationales et internationales [24]… Qui d’autre, en effet, que l’instituteur, le médecin de campagne, le vétérinaire, le promoteur agricole – pour ne citer que ceux-là – est mieux placé pour faire évoluer sa société [25] ?
Le bien-être social, le plaisir à vivre ensemble, ne se mesurent pas avec un pib et les désillusions du progrès, ses dangers dont on prend aujourd’hui la mesure, nous conduisent à douter du modèle de développement sans limites que propose l’Occident. Il serait, en effet, absurde – voire suicidaire – de concevoir un rattrapage du Sud sans que soient réalisées en même temps des révisions déchirantes concernant les modes de consommation au Nord [26] ! Ce rééquilibrage indispensable ne se fera que lorsque les pays développés seront convaincus qu’ils y ont intérêt pour leur survie, c’est-à-dire sous la « pression de la nécessité » et, sans doute aussi, après quelques déconvenues majeures.
Dans ce contexte qui est le nôtre, la solidarité internationale, qu’il s’agisse d’action humanitaire ou d’appui au développement [27], joue trop souvent un rôle d’alibi commode face aux intérêts géostatiques des nations. Sa raison d’être n’est pas, objectivement, de créer un monde meilleur mais de contribuer, là où elle intervient, à redéfinir les enjeux et les choix, à créer de « l’intelligence collective » pour que chaque société puisse trouver en elle-même ses propres solutions.
Car il est vrai que nous sommes, gens du Nord, victimes d’une sorte de dramaturgie permanente qui nous fait considérer les situations au Sud comme étant inacceptables, voulant ainsi, de façon inconsciente mais très idéologique, faire de l’Autre le même. La pratique du terrain montre, en fait, que ce qui nous apparaît dramatique de l’extérieur ne l’est pas forcément de l’intérieur, et ce différentiel d’appréciation en termes de valeur est sans doute le plus difficile à accepter dans une situation d’interculturalité. Comme médecin, il m’est souvent arrivé d’être révolté devant des cas de maladies qu’il eût été facile de soigner dans nos pays mais cette révolte n’était pas partagée, ni par les soignants, ni par l’entourage des malades [28].
Finalement, les bons sentiments sont de peu de secours : nous sommes devant ce qui est, devant des faits. Qu’il nous suffise de les comprendre et si possible, selon nos moyens, d’y prendre notre part.
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NOTES
 
[1] Santé Sud, 200 boulevard National, Le Gyptis, Bât. N, 13003 Marseille. Site internet : www. santesud. org.
[2] Trois noms que j’ai connus, issus de msf, créé en 1971, qui fut la pépinière de toute une génération de médecins qui se sont engagés publiquement, y compris au plus haut niveau politique.
[3] Bernard Hours, anthropologue, a aussi été président de Medicus Mundi France. Dans de nombreux écrits, il a dénoncé « l’humanitarisme ». Voir son livre L’idéologie humanitaire ou le spectacle de l’altérité perdue.
[4] Le numéro 10 de Sud/Nord reprend ce débat avec un article engagé de Philippe Lavodrama intitulé : « Un révisionnisme peut en cacher un autre : les égarements de l’anti-tiers-mondisme ». Cette polémique me semble largement dépassée dans la mesure où le tiers-monde n’existe plus au sens que lui avait donné Alfred Sauvy, inventeur du mot.
[5] Lévi-Strauss, dans son ouvrage Le regard éloigné, cite en ouverture cette observation pertinente de J.-J. Rousseau : « Le grand défaut des Européens est de philosopher toujours sur l’origine des choses d’après ce qui se passe autour d’eux. »
[6] Le soulèvement malgache de 1947 a été réprimé dans le sang par la France coloniale (environ 90 000 morts) qui a utilisé massivement les tirailleurs sénégalais. La métropole n’en a rien su. Voir Madagascar 1947, la tragédie oubliée, actes du colloque afaspa des 9, 10 et 11 octobre 1997, Éd. Le temps des cerises.
[7] L’approche anthropologique, se posant la question « comment les autres pensent les autres ? » (Marc Augé), devrait être aussi celle des acteurs de la solidarité internationale.
[8] Cette courte période au regard de l’histoire fut aussi celle de toutes les tragédies avec un « coût humain » inégalé depuis l’aube de l’humanité.
[9] À titre d’exemple, on peut citer le rôle du téléphone portable qui, lors des dernières élections au Sénégal, a contribué au contrôle démocratique des bureaux de vote.
[10] L’expression est de Susan George et rejoint la thématique du livre de Sophie Bessis, L’Occident et les autres, La Découverte, 2001, en particulier le chapitre intitulé « Le début de la fin ? »
[11] Ces lignes ont été écrites avant le 11 septembre 2001, événement au symbolisme tragique qui n’est pas sans rapport avec l’« asymétrie » du monde.
[12] Le christianisme est, de mon point de vue, à l’origine de cette idéologie qui veut transformer le monde et le conquérir.
[13] Anne Doguet, Les masques dogons, Karthala, 1999. Remarquable étude ethnologique sur les interactions entre une recherche occidentale et une société aux prises avec son identité.
[14] Voir Essai sur le don de Marcel Mauss : « Donner, c’est manifester sa supériorité, être plus haut ; accepter sans rendre ou rendre plus, c’est se subordonner, devenir client et serviteur, devenir petit, choir plus bas. »
[15] Voir Sociétés, développement et santé. Coordination : D. Fassin et Y. Jaffre, Ellipses/Aupelf, 1990. En particulier le chapitre « Sociétés et développement », écrit par J.-P. Olivier de Sardan.
[16] La contractualisation permet, en fixant des règles communes, de rééquilibrer les termes de l’échange, sous réserve d’une élaboration concertée, dans la transparence, en sachant aussi qu’elle n’est pas la panacée et qu’elle doit être, au cours de l’action, réactualisée périodiquement.
[17] Connaissant surtout l’Afrique subsaharienne francophone et Madagascar, je me limiterai à quelques observations en relation avec ce vaste continent.
[18] Le continent noir représente 1 % du Produit intérieur brut (pib) mondial et 2 % des échanges commerciaux internationaux (Le Monde du 4 septembre 2001).
[19] La crise du pétrole en 1973 a mis en circulation une masse de pétrodollars dont les banques se sont servies pour des prêts à taux avantageux mobilisés pour des projets souvent inadaptés (les fameux éléphants blancs).
[20] Jack Goody, La raison graphique, Éd. de Minuit, 1978.
[21] L’annulation de la dette des pays pauvres très endettés (initiative ppte qui devrait concerner trente-trois pays) consiste en fait à réinjecter, pendant toute la durée des échéances, l’argent de la dette dans un programme de lutte contre la pauvreté. Cela représente des sommes considérables sur le long terme. Bien utilisée, cette initiative ppte permettrait, par exemple, la mise en place de programmes de scolarisation généralisés. Tout va dépendre de la volonté des pays concernés, et de leur capacité à mettre en œuvre cette opportunité. Qu’en sera-t-il réellement ?
[22] Seulement 0,6 % de l’Aide publique au développement (apd) est réservée aux organisations de solidarité internationale, un maigre budget d’accès fastidieux, en décalage complet avec le discours officiel sur la « mobilisation de la société civile » D’autres pays font mieux : 9 % au Canada, 13 % en Suisse.
[23] Il y aurait beaucoup à dire sur le drame des « diplômés-chômeurs » qui ne trouvent pas les appuis nécessaires (aides, mesures incitatives) pour s’installer et exercer leur profession.
[24] Le manque de souplesse est l’une des caractéristiques de l’aide internationale. Les États, quant à eux, ont du mal à rompre avec les habitudes du parti unique et se méfient des initiatives de la société civile.
[25] Depuis plus de dix ans, Santé Sud mène un projet au Mali qui consiste à créer des conditions favorables afin de permettre aux médecins maliens de s’installer dans les villages. Ils sont aujourd’hui plus de soixante « médecins de campagne » à avoir fait le choix de quitter la capitale pour exercer en milieu rural.
[26] Par exemple l’énergie : 20 % de la population mondiale consomme 80 % des ressources énergétiques. Ces pourcentages sont comparables pour la consommation de médicaments. Mais ce clivage Nord/Sud, binaire, est réducteur car nombreux sont les pays qui abritent en leur sein d’énormes disparités et s’en satisfont.
[27] Ces deux approches, la première orientée vers l’urgence (court terme) et la seconde vers le développement (moyen et long terme) sont très différentes mais doivent rester complémentaires.
[28] Je ne fais pas référence ici aux situations liées à des catastrophes naturelles ou à des crises humanitaires (guerres civiles, génocides), mais à ce que l’on peut appeler « l’urgence chronique » qui est l’état habituel du sous-développement.
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