2002
Sud/Nord
Humanitaireries
Humanitaireries
Solidarité internationale, entre le global et le local
Dominique Desplats
Sud/Nord, en me
demandant d’écrire sur la solidarité internationale, m’oblige. Aux deux sens du
terme : elle me crédite d’une capacité à en parler tout en m’imposant de
réfléchir sur une expérience somme toute particulière car il n’y a pas, en ce
domaine, de vérité acquise. Médecin coopérant dans le bled marocain dans les
années 1970, j’ai ensuite, tout en pratiquant la médecine générale, milité à
Médecins sans frontières avant de créer en 1984, avec quelques amis, une
ong plus orientée vers le
développement sanitaire et social : Santé Sud
[1].
D’emblée, j’éprouve deux sortes de difficultés. La première est
la crainte des lieux communs tant le sujet a fait couler d’encre ces dernières
décennies. On peut citer, entre autres, X. Emmanuelli, J.-C. Ruffin, R.
Brauman
[2], qui ont
largement contribué au débat sur la grandeur et les servitudes de l’«
humanitaire », ou encore faire appel à des contempteurs zélés comme P. Bruckner
et B. Hours
[3] qui ont,
chacun dans son registre, déconstruit ce qu’ils estiment une idéologie
ritualisée peu différente de la volonté civilisatrice de la période coloniale,
mais remise au goût du jour.
À la crainte d’en rester au discours convenu, qu’il soit d’un
bord ou de l’autre, encore perceptible dans ce débat récurrent et très
franco-français sur le tiers-mondisme et l’anti-tiers-mondisme
[4], s’ajoute une seconde
difficulté plus intime liée à l’action sur le terrain, celle-là même qui nous
fait osciller de l’enthousiasme à la déception, de la chaleur du contact à la
frustration de l’incompris ou de l’inachevé. Selon les périodes, des sentiments
contradictoires situés entre l’espoir et le désenchantement prennent le pas sur
la réalité, laissant peu de place à ce difficile équilibre entre l’idéalisme –
la part du rêve – et ce réalisme qui nous tire volontiers vers un pessimisme
ravageur. L’ancrage dans une réalité, pour éviter ces impasses, doit en effet
s’accompagner d’un effort de l’esprit, celui du « regard éloigné
[5] » qui permet cette nécessaire
distanciation qui n’est pas indifférence mais une façon plus juste de percevoir
l’humanité.
Car nous sommes, que nous le voulions ou non, des lilliputiens
au regard de l’histoire des hommes et de leurs cultures. Cette assertion n’est
pas gratuite : elle a des conséquences concrètes et immédiates dans notre
rapport à l’Autre. À Madagascar, alors que nous discutions sur les
dysfonctionnements d’un projet, je fus violemment mis en cause en ces termes
par mon interlocuteur : « Mon grand-père, en 1947, a été fusillé par un
tirailleurs sénégalais commandé par les Français
[6] », forte parole suivie d’une longue diatribe sur nos
exactions passées dont j’étais, à l’instant même, l’indigne représentant. Cette
anecdote n’est pas factuelle : l’Histoire s’infiltre par toutes les jointures
du présent, que ce soit en Afrique, dans les pays arabes, dans les Balkans ou
ailleurs. Ce ressenti d’une histoire pleine de bruits et de fureurs, partagée
collectivement par chaque peuple, fait partie d’un « non-dit » latent qui, même
s’il ne s’exprime pas aussi brutalement, influence les attitudes et les
comportements.
À cette confrontation historique s’ajoute la distance
culturelle, source de nombreuses incompréhensions. « Vois-tu, me disait mon ami
mauritanien, vous et nous n’avons pas les mêmes valeurs. Vous aimez le travail,
mais pas nous. Le rêve du Maure, c’est de faire travailler les autres, d’être
riche avec un beau boubou et plein d’argent dans la poche pour le distribuer à
son entourage. » Dans un sourire, il joignit le geste à la parole alors que
nous sirotions le thé sous la tente et que je m’inquiétais auprès de lui de
l’absentéisme de son personnel de santé, ce qui compromettait les activités de
développement que nous mettions en œuvre. Cette petite scène illustre bien
cette notion de paradigme qui modèle l’univers mental dans lequel nous pensons
et nous agissons. Les évidences des uns ne sont pas toujours – loin s’en faut –
celles des autres et ce qui est « pensable » dans une société ne l’est pas
forcément ailleurs
[7].
Être sur le terrain, en situation, c’est se placer
de facto dans une double perspective,
diachronique – celle du temps – et synchronique – celle de l’espace. Influences
croisées qui pèsent de façon subtile et souvent cachée sur cet « ici et
maintenant » de l’action dont nous estimons volontiers qu’il se suffit à
lui-même. Cet aveuglement explique, à lui seul, bien des déconvenues.
La mondialisation comme fait
Sur cette trame, en toile de fond, il y a la mondialisation
dont on parle tant aujourd’hui, comme s’il s’agissait d’un phénomène nouveau.
Pourtant F. Braudel nous parlait déjà de cette « économie-monde », née au
xve siècle lorsque l’Europe entreprit de
découvrir la planète Terre. Depuis cette époque, la circulation de biens,
d’informations et de capitaux n’a fait que s’accélérer, jusqu’au
xxe siècle où le processus s’est enrayé
avec la guerre froide et la fracture bipolaire mondiale. Depuis la chute du mur
de Berlin en 1989, on assiste simplement à la reprise d’un mouvement qui
s’était grippé pendant une cinquantaine d’années, ce qui est finalement bien
peu
[8].
À notre échelle, aux endroits où nous travaillons, cette
nouvelle accélération est perceptible. Grâce aux moyens de communication, nous
sommes en contact immédiat avec nos homologues du Sud, situation inimaginable
il y a seulement quelques années. Avec les satellites, l’accès à une
information généralisée se développe à grande vitesse et commence à atteindre
le moindre village africain. Les villageois peuvent ainsi contempler sur les
écrans collectifs disposés dans les ruelles nos mœurs et « ces guerres
terribles que vous vous faites entre ethnies au Kosovo ou en Tchétchénie ».
Cette ouverture entraîne des réactions beaucoup plus ambivalentes à l’égard
d’un Occident qui fascine toujours mais qui, en même temps, révulse. Et si la
part entre fiction et réalité n’est souvent pas bien départagée, la curiosité
et l’esprit critique se manifestent de plus en plus. Il faut s’attendre à des
évolutions aussi imprévisibles qu’inéluctables
[9].
La mondialisation est un fait. Mais la suprématie occidentale
qui marque depuis si longtemps les rapports Nord/Sud n’est peut-être plus aussi
assurée, contrairement aux apparences. Ses excès produisent des prises de
conscience et les « effets boomerang
[10] » vont probablement se multiplier. Sans remettre en
cause les acquis matériels et techniques que personne ne récuse sérieusement,
ils seront, sous des formes variées, parfois violentes, les symptômes de la
faillite d’un modèle de croissance de moins en moins acceptable à l’échelle
mondiale. En ce début du
xxie siècle, pour la première fois, le
progrès n’est plus le progrès : il recèle bien des dangers pour l’être humain
et son environnement
[11].
Prégnance des jeux de rôle
« To mean globaly and to act localy » résumait l’ambition
personnelle que s’était donnée René Dubos et inspire mon propos. Localement en
effet, la modernité, entendue comme une volonté de changer le monde, n’est pas
une idée partagée par tout un chacun
[12]. Nombre de sociétés, malgré les transformations
qu’imposent les influences extérieures, vivent leur quotidien selon des normes
sociales et religieuses fort éloignées du mythe prométhéen. Cela a des
conséquences sur les relations qui s’inscrivent au jour le jour au niveau des
actions concrètes, impliquant de part et d’autre des jeux de rôles souvent
stéréotypés.
Tel est le cas du
faire
semblant, notion à laquelle se réfère A. Doguet
[13] à propos d’une société « ethnologisée »
depuis des décennies, les Dogons du Mali, dont elle analyse la « remarquable
aptitude à jouer le rôle que l’on attend d’eux ». Ce
faire semblant qui appartient à la
sociabilité africaine – et sans doute aussi à d’autres sociabilités dites
traditionnelles – consiste « à jouer avec rigueur et gravité ses rôles
quotidiens, à s’identifier à l’image requise par la situation, à privilégier la
maîtrise des attitudes du personnage au détriment des émotions et inclinations
de la personne » (Sory Camara, cité par A. Doguet). Il n’est pas correct de
dire « non » à certaines personnes parmi lesquelles l’hôte étranger que l’on
reçoit. Il vaut mieux faire « comme si » pour ne pas compromettre l’avenir
d’une relation, le vrai et le faux étant affaire de circonstance.
Cette attitude flexible et adaptative, mal comprise par
l’occidental dont la pensée fonctionne toujours sur un mode rationnel binaire,
donne lieu à des méprises parfois sévères. Telle action semblait comprise et
acceptée, mais il n’en était rien car d’autres impératifs n’avaient été ni
perçus ni débattus. Et ces manques sont d’autant plus mal interprétés qu’ils
s’inscrivent dans le cadre de l’échange inégal Nord/Sud qui n’épargne en rien
la solidarité internationale. Un échange qui n’est jamais symétrique, laissant
ceux que l’on appelle les bénéficiaires dans l’impossibilité de faire jeu
égal
[14].
On perçoit mieux ainsi combien les relations entre «
partenaires » – mot à la mode depuis quelques années – peuvent être
problématiques, même si la bonne volonté des individus s’évertue souvent à les
rendre souriantes et positives. Les attentes et les points de vue sont rarement
superposables, laissant place, de part et d’autre, à des stratégies qui
répondent à des logiques d’opportunité
[15]. Cette notion de partenariat me semble ambiguë car
les règles du jeu sont d’emblée biaisées. Seules la détermination des
protagonistes à vouloir travailler ensemble sur des objectifs communs, leur
aptitude à négocier et à s’entendre – c’est-à-dire à se comprendre et à faire
des compromis – peuvent éviter les travers d’un nouveau paternalisme. Et le
contrat, explicite mais aussi implicite, en inscrivant les droits et devoirs de
chaque partie, semble être le mieux à même de rétablir une forme d’équilibre et
un climat de confiance
[16].
L’Afrique noire exclue
[17] ?
L’Afrique apparaît aujourd’hui, vue de l’Occident, comme un
continent perdu soumis à un sous-développement chronique, déchiré par des
soubresauts violents plus ou moins déchiffrables. Et c’est même une
Sénégalaise, Axelle Kabou, qui pose en titre de son livre la question
subversive : Et si l’Afrique refusait le
développement ?
Les causes du sous-développement de l’Afrique noire
[18] sont nombreuses,
cumulatives, impossibles à résumer en quelques lignes. Je voudrais insister ici
seulement sur deux facteurs qui ont, depuis les indépendances en 1960,
contribué à enfermer ce continent dans l’impasse. Tout d’abord trente années de
guerre froide qui ont alimenté des conflits et renforcé des dictatures
soutenues par les deux blocs. Ensuite, une politique internationale de prêts
inconsidérés qui ont creusé les déficits et rendu la plupart des pays africains
exsangues
[19]. Ces
deux phénomènes se sont conjugués pour favoriser la corruption, un affairisme
de prébende et des conflits inextricables. On sort tout juste de cette période
avec l’apparition d’une nouvelle donne internationale qui redistribue les
cartes, mais les séquelles sont importantes et il faudra probablement le temps
d’une nouvelle génération, mieux formée et plus responsable, pour apurer ce
lourd passé.
Contrairement à ce qui se dit, le développement n’est pas une
question d’argent. Il y en a eu trop, et surtout mal utilisé. Un retour au bon
sens et à des priorités calées sur les besoins réels s’impose. Quelles sont ces
priorités ?
En premier lieu, la scolarisation. Des régions où le taux
d’alphabétisation est à moins de 20 %, ce qui est fréquent, ne peuvent pas se
développer. L’écriture, ainsi que l’a bien montré Jack Goody
[20], représente une étape
fondamentale. Tout l’argent gaspillé aurait dû servir à une sorte de plan
Marshall pour l’Afrique afin de multiplier les écoles, former des instituteurs
et, surtout, les payer. Il en est de même pour la formation professionnelle de
base, passablement négligée alors que des efforts importants ont été faits pour
l’enseignement supérieur.
L’Afrique est rurale, avec une myriade de villages souvent
isolés, voire enclavés. Là aussi, l’aide internationale aurait dû, sans
barguigner, ouvrir routes et pistes pour permettre la circulation des produits
et des gens. L’enclavement, le manque de débouchés sont l’une des causes de
l’exode rural vers des villes-capitales qui grandissent démesurément sans
pouvoir offrir, contrairement aux villes européennes de la période
industrielle, des emplois en nombre suffisant.
Écrit et communication – incluant les nouvelles technologies en
plein essor – sont les deux clés d’un décollage qui pourrait s’enclencher avec
des mesures volontaristes
[21]. Les démocraties naissantes dans plusieurs pays,
accompagnées de politiques de décentralisation, représentent un espoir pour une
partie de l’Afrique. Mais il faudra du temps, ce temps que les développeurs
pressés d’imposer des normes ne prennent pas en compte alors que le changement
social est un processus interne, une alchimie complexe où se cristallisent
conflits et intérêts autour de ce qui est ancien et de ce qui est nouveau. Le
développement ne se décrète pas !
Cela dit, on peut s’interroger sur les évolutions qui se font
jour depuis quelques années concernant l’aide au développement, marquées par
une montée en puissance du « multilatéral » et du monde des experts. Le terrain
est désinvesti : les bons connaisseurs des réalités locales – praticiens du
développement ou chercheurs – sont en voie de disparition au profit d’une
expertise à court terme qui n’a pas pour mission de s’impliquer localement dans
des processus de changement qui demandent du temps. Les
ong, avec leurs partenaires locaux,
assurent le relais comme elles le peuvent, mais avec des moyens qui restent
limités
[22].
Et c’est pourtant au niveau local que « se passent les choses
», même s’il est vrai que les choix politiques et stratégiques doivent être
faits à des échelons supérieurs. L’école, la banque de micro-crédits, la
mutuelle de santé, les services municipaux sont, à titre d’exemple, les outils
de la mobilisation sociale qui peuvent améliorer les conditions de vie. Et pour
mener à bien ce développement local, il faut des ressources humaines capables
d’agir comme des leviers. Elles existent de plus en plus mais, dans les divers
projets, on oublie souvent de créer les conditions nécessaires pour leur
permettre de jouer pleinement leur rôle
[23]. Ce sont pourtant les initiatives individuelles qui
sont souvent les mieux à même de promouvoir des idées nouvelles et de les
transformer en action. Encore faut-il qu’elles ne soient pas barrées par les
rigidités ou les abus des puissances publiques, nationales et
internationales
[24]…
Qui d’autre, en effet, que l’instituteur, le médecin de campagne, le
vétérinaire, le promoteur agricole – pour ne citer que ceux-là – est mieux
placé pour faire évoluer sa société
[25] ?
Le bien-être social, le plaisir à vivre ensemble, ne se
mesurent pas avec un
pib et les
désillusions du progrès, ses dangers dont on prend aujourd’hui la mesure, nous
conduisent à douter du modèle de développement sans limites que propose
l’Occident. Il serait, en effet, absurde – voire suicidaire – de concevoir un
rattrapage du Sud sans que soient réalisées en même temps des révisions
déchirantes concernant les modes de consommation au Nord
[26] ! Ce rééquilibrage indispensable ne se
fera que lorsque les pays développés seront convaincus qu’ils y ont intérêt
pour leur survie, c’est-à-dire sous la « pression de la nécessité » et, sans
doute aussi, après quelques déconvenues majeures.
Dans ce contexte qui est le nôtre, la solidarité
internationale, qu’il s’agisse d’action humanitaire ou d’appui au
développement
[27],
joue trop souvent un rôle d’alibi commode face aux intérêts géostatiques des
nations. Sa raison d’être n’est pas, objectivement, de créer un monde meilleur
mais de contribuer, là où elle intervient, à redéfinir les enjeux et les choix,
à créer de « l’intelligence collective » pour que chaque société puisse trouver
en elle-même ses propres solutions.
Car il est vrai que nous sommes, gens du Nord, victimes d’une
sorte de dramaturgie permanente qui nous fait considérer les situations au Sud
comme étant inacceptables, voulant ainsi, de façon inconsciente mais très
idéologique, faire de l’Autre le même. La pratique du terrain montre, en fait,
que ce qui nous apparaît dramatique de l’extérieur ne l’est pas forcément de
l’intérieur, et ce différentiel d’appréciation en termes de valeur est sans
doute le plus difficile à accepter dans une situation d’interculturalité. Comme
médecin, il m’est souvent arrivé d’être révolté devant des cas de maladies
qu’il eût été facile de soigner dans nos pays mais cette révolte n’était pas
partagée, ni par les soignants, ni par l’entourage des malades
[28].
Finalement, les bons sentiments sont de peu de secours : nous
sommes devant ce qui est, devant des faits. Qu’il nous suffise de les
comprendre et si possible, selon nos moyens, d’y prendre notre part.
[1]
Santé Sud, 200 boulevard National, Le Gyptis, Bât. N, 13003
Marseille. Site internet :
www. santesud. org.
[2]
Trois noms que j’ai connus, issus de
msf, créé en 1971, qui fut la
pépinière de toute une génération de médecins qui se sont engagés publiquement,
y compris au plus haut niveau politique.
[3]
Bernard Hours, anthropologue, a aussi été président de Medicus
Mundi France. Dans de nombreux écrits, il a dénoncé « l’humanitarisme ». Voir
son livre
L’idéologie humanitaire ou le spectacle
de l’altérité perdue.
[4]
Le numéro 10 de
Sud/Nord reprend ce débat avec un article engagé
de Philippe Lavodrama intitulé : « Un révisionnisme peut en cacher un autre :
les égarements de l’anti-tiers-mondisme ». Cette polémique me semble largement
dépassée dans la mesure où le tiers-monde n’existe plus au sens que lui avait
donné Alfred Sauvy, inventeur du mot.
[5]
Lévi-Strauss, dans son ouvrage
Le
regard éloigné, cite en ouverture cette observation pertinente de
J.-J. Rousseau : « Le grand défaut des Européens est de philosopher toujours
sur l’origine des choses d’après ce qui se passe autour d’eux. »
[6]
Le soulèvement malgache de 1947 a été réprimé dans le sang par
la France coloniale (environ 90 000 morts) qui a utilisé massivement les
tirailleurs sénégalais. La métropole n’en a rien su. Voir
Madagascar 1947, la tragédie oubliée,
actes du colloque
afaspa des 9, 10 et
11 octobre 1997, Éd. Le temps des cerises.
[7]
L’approche anthropologique, se posant la question « comment les
autres pensent les autres ? » (Marc Augé), devrait être aussi celle des acteurs
de la solidarité internationale.
[8]
Cette courte période au regard de l’histoire fut aussi celle de
toutes les tragédies avec un « coût humain » inégalé depuis l’aube de
l’humanité.
[9]
À titre d’exemple, on peut citer le rôle du téléphone portable
qui, lors des dernières élections au Sénégal, a contribué au contrôle
démocratique des bureaux de vote.
[10]
L’expression est de Susan George et rejoint la thématique du
livre de Sophie Bessis,
L’Occident et les
autres, La Découverte, 2001, en particulier le chapitre intitulé «
Le début de la fin ? »
[11]
Ces lignes ont été écrites avant le 11 septembre 2001,
événement au symbolisme tragique qui n’est pas sans rapport avec l’« asymétrie
» du monde.
[12]
Le christianisme est, de mon point de vue, à l’origine de cette
idéologie qui veut transformer le monde et le conquérir.
[13]
Anne Doguet,
Les masques
dogons, Karthala, 1999. Remarquable étude ethnologique sur les
interactions entre une recherche occidentale et une société aux prises avec son
identité.
[14]
Voir
Essai sur le don
de Marcel Mauss : « Donner, c’est manifester sa supériorité, être plus haut ;
accepter sans rendre ou rendre plus, c’est se subordonner, devenir client et
serviteur, devenir petit, choir plus bas. »
[15]
Voir
Sociétés, développement et
santé. Coordination : D. Fassin et Y. Jaffre, Ellipses/Aupelf, 1990.
En particulier le chapitre « Sociétés et développement », écrit par J.-P.
Olivier de Sardan.
[16]
La contractualisation permet, en fixant des règles communes, de
rééquilibrer les termes de l’échange, sous réserve d’une élaboration concertée,
dans la transparence, en sachant aussi qu’elle n’est pas la panacée et qu’elle
doit être, au cours de l’action, réactualisée périodiquement.
[17]
Connaissant surtout l’Afrique subsaharienne francophone et
Madagascar, je me limiterai à quelques observations en relation avec ce vaste
continent.
[18]
Le continent noir représente 1 % du Produit intérieur brut
(
pib) mondial et 2 % des échanges
commerciaux internationaux (
Le Monde
du 4 septembre 2001).
[19]
La crise du pétrole en 1973 a mis en circulation une masse de
pétrodollars dont les banques se sont servies pour des prêts à taux avantageux
mobilisés pour des projets souvent inadaptés (les fameux éléphants
blancs).
[20]
Jack Goody,
La raison
graphique, Éd. de Minuit, 1978.
[21]
L’annulation de la dette des pays pauvres très endettés
(initiative
ppte qui devrait
concerner trente-trois pays) consiste en fait à réinjecter, pendant toute la
durée des échéances, l’argent de la dette dans un programme de lutte contre la
pauvreté. Cela représente des sommes considérables sur le long terme. Bien
utilisée, cette initiative
ppte
permettrait, par exemple, la mise en place de programmes de scolarisation
généralisés. Tout va dépendre de la volonté des pays concernés, et de leur
capacité à mettre en œuvre cette opportunité. Qu’en sera-t-il réellement
?
[22]
Seulement 0,6 % de l’Aide publique au développement (
apd) est réservée aux organisations de
solidarité internationale, un maigre budget d’accès fastidieux, en décalage
complet avec le discours officiel sur la « mobilisation de la société civile »
D’autres pays font mieux : 9 % au Canada, 13 % en Suisse.
[23]
Il y aurait beaucoup à dire sur le drame des «
diplômés-chômeurs » qui ne trouvent pas les appuis nécessaires (aides, mesures
incitatives) pour s’installer et exercer leur profession.
[24]
Le manque de souplesse est l’une des caractéristiques de l’aide
internationale. Les États, quant à eux, ont du mal à rompre avec les habitudes
du parti unique et se méfient des initiatives de la société civile.
[25]
Depuis plus de dix ans, Santé Sud mène un projet au Mali qui
consiste à créer des conditions favorables afin de permettre aux médecins
maliens de s’installer dans les villages. Ils sont aujourd’hui plus de soixante
« médecins de campagne » à avoir fait le choix de quitter la capitale pour
exercer en milieu rural.
[26]
Par exemple l’énergie : 20 % de la population mondiale consomme
80 % des ressources énergétiques. Ces pourcentages sont comparables pour la
consommation de médicaments. Mais ce clivage Nord/Sud, binaire, est réducteur
car nombreux sont les pays qui abritent en leur sein d’énormes disparités et
s’en satisfont.
[27]
Ces deux approches, la première orientée vers l’urgence (court
terme) et la seconde vers le développement (moyen et long terme) sont très
différentes mais doivent rester complémentaires.
[28]
Je ne fais pas référence ici aux situations liées à des
catastrophes naturelles ou à des crises humanitaires (guerres civiles,
génocides), mais à ce que l’on peut appeler « l’urgence chronique » qui est
l’état habituel du sous-développement.