Sud/Nord
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I.S.B.N.2749201470
208 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no 19 2004/1

2003 Sud/Nord

Éditorial

Michal Minard Edmond Perrier
Comme on le sait, c’est un petit groupe de psychiatres algériens et français qui a été à l’origine de la revue Sud/Nord, un petit groupe de psychiatres qui savaient bien que les pratiques psychiatriques, l’organisation des soins en psychiatrie, les théories psychiatriques elles-mêmes sont très étroitement conditionnés par le contexte culturel, politique, économique et idéologique dans lequel ils ont été élaborés, et que les modifications des sociétés qui les ont vu naître – évolutions, révolutions, involutions – les modifient aussi.
Francis Jeanson, qui fut des nôtres dès le premier numéro, mit en forme le manifeste fondateur de la revue. Il écrivait ainsi : « S’étonnera-t-on que l’impulsion première soit parmi nous venue d’un petit groupe où dominaient des “psys” ? Profondément sensibles à la multidimensionnalité de toute crise humaine, et multipliant depuis des années les rencontres avec des chercheurs de culture différente, quelques professionnels du champ psychiatrique ont souhaité que leur propre refus de s’enfermer (aussi bien dans leur spécialité que dans leur appartenance à telle ou telle région du monde) trouve ici le moyen de déboucher sur de plus suivies et de plus vastes confrontations. Ce qui – soit dit en passant – me confirme assez bien dans mon intime conviction, selon laquelle il n’est pas aujourd’hui de plus concrets philosophes que des “psys” soucieux de s’interroger – et d’être interrogés – sur leurs propres démarches… »
Francis Jeanson n’est pas psychiatre. Mais, depuis plus de vingt ans, c’est dans le champ de la formation continue en psychiatrie qu’il œuvre, et plus particulièrement de la formation des infirmières et des infirmiers de la psychiatrie.
Après la résistance à l’occupant national-socialiste, après le cheminement auprès de Jean-Paul Sartre et des existentialistes, après la collaboration à la revue Les temps modernes (à la demande de Merleau-Ponty), à la revue Esprit (à la demande d’Emmanuel Mounier) et aux éditions du Seuil (où il publiera Frantz Fanon), après sa lutte aux côtés des Algériens pour la conquête de leur indépendance, après qu’il a été appelé par André Malraux à diriger la maison de la culture de Chalon-sur-Saône, Francis Jeanson s’est engagé concrètement sur le terrain de la psychiatrie, en publiant deux ouvrages au Seuil, Éloge de la psychiatrie et La psychiatrie au tournant, en intégrant l’infipp (Institut national de formation des infirmiers et du personnel psychiatriques). Il a formé pendant plusieurs années les futurs psychiatres à l’université de Lyon, puis a créé, avec quelques-uns d’entre nous, la sofor (Sud-Ouest formation recherche).
Son engagement militant dans la psychiatrie est de même nature que ses engagements précédents : donner la parole à ceux qui ne l’ont pas (Français écrasés par le nazisme, Algériens colonisés par la France, prolétaires n’ayant pas accès à la culture). Les infirmiers des hôpitaux psychiatriques – le plus souvent maltraités par les médecins psychiatres qui les dirigent, maintenus par eux dans l’ignorance (du fait, quelquefois, de leur propre ignorance), infantilisés dans des tâches inutiles ou par des pratiques hiérarchiques antédiluviennes – l’intéressent au premier chef. Et son travail sera, pendant des années, de les aider à sortir de cette gangue invalidante dont ils sont prisonniers dans les vieux asiles qui ont tant de peine à se hisser hors de leur séculaire chronicité. Mais il sera aussi de réfléchir avec quelques professionnels de la psychiatrie (infirmiers, psychologues, psychiatres) aux effets chronicisants et iatrogènes de cette même gangue sur les usagers de la psychiatrie, et à tout ce qui est susceptible de libérer les uns et les autres de leurs aliénations multiples.
Il a été et il reste, pour beaucoup d’entre nous, celui qui, parmi quelques rares autres, appelle sans cesse à s’interroger sur toutes les questions concrètes que pose à chaque instant la pratique psychiatrique aux humains et aux citoyens que nous sommes. Son engagement est, en ce sens, profondément politique.
À qui, mieux qu’à lui, pourrions-nous dédier ce numéro de Sud/Nord ?
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