Dossier : Pouvoir et psychiatrie
Quelques exemples historiques d’utilisations perverses du pouvoir
psychiatrique
Michel Minard
Les lignes qui suivent ont été écrites pour un colloque de
psychiatrie qui s’est déroulé à Brumath en mars 2004. J’avais alors utilisé
quelques témoignages historiques pour tenter d’illustrer le fait que beaucoup
de professionnels de la psychiatrie, dans un passé somme toute assez proche, ne
respectaient en rien les droits des patients qu’ils soignaient, comme s’il
s’agissait en fait de sous-hommes, voire d’extraterrestres. Le terme « aliéné
», utilisé pendant deux mille ans dans les pays de langue latine, exprimait
bien cette idée d’une altérité si tranchée que celui qui était étiqueté comme
tel était ressenti par tout un chacun comme un « autre », un étranger au monde
humain ordinaire, dont il convenait, du fait même de son étrangeté, de se
méfier comme de la peste, et qu’il fallait mettre à l’écart, voire
supprimer.
L’« asile d’aliénés » a été inventé en grande partie pour exercer
cette fonction, même s’il a été utilisé par les meilleurs de ses professionnels
comme un lieu sacré d’accueil et de soins des plus déshérités de nos
concitoyens. Mais il a pu devenir, aux mains des plus médiocres ou des plus
pervers, un outil de domination dévoyé de sa fonction initiale, un outil de
pouvoir fou.
On verra clairement dans les quelques exemples qui suivent, qui
peuvent paraître bien banals, comment un savoir supposé a pu justifier
d’exorbitants et néfastes pouvoirs, exercés au détriment des individus que ceux
qui étaient les détenteurs de ce savoir avaient pour mission d’accueillir, de
protéger et de soigner.