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Sud/Nord

2005/1 (no 20)

  • Pages : 192
  • ISBN : 9782749203256
  • DOI : 10.3917/sn.020.0009
  • Éditeur : ERES

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1

Entre le bouclage de ce vingtième numéro de Sud/Nord et la rédaction de son éditorial, le hasard a voulu que nous visitions ensemble le camp de concentration du Struthof, seul camp d’extermination de l’Allemagne hitlérienne en territoire français. Un autre rédacteur de Sud/Nord, Alain Castéra, nous accompagnait, ainsi que son épouse.

2

Le temps était de circonstance : froid, brumeux, sinistre. Il y avait assez peu de visiteurs (français et allemands), hormis de nombreux cars scolaires amenant là des flots de lycéens silencieux. L’émotion qui nous gagnait peu à peu, à la visite de ce haut lieu de l’horreur humaine, étreignait aussi très visiblement les lycéens : certains d’entre eux, filles et garçons, éclataient en sanglots à la vue des plus terribles instruments de la barbarie nazie (chambre à gaz, four crématoire, salle d’expérimentation « médicale », cages exiguës d’emprisonnement, potence et crochets de pendaison), consolés chaleureusement par leurs camarades moins bouleversés. Et la vue de ces lycéens en pleurs nous toucha d’une autre émotion.

3

Le spectacle de ce camp dans ce qu’il avait de plein (l’enceinte barbelée et électrifiée, le portail d’entrée, les cellules jouxtant le crématoire et le crématoire lui-même, les miradors, les reliques du musée) et dans ce qu’il avait de vide (les immenses rectangles tracés au cordeau des dix-sept blocs aujourd’hui disparus) nous ramenait sans cesse à ce que, de tout temps, dans ce camp comme ailleurs, le pouvoir de quelques hommes sur d’autres hommes a produit de plus immonde : emprisonnement, avilissement, esclavage, torture, meurtre, assassinat.

4

Mais le spectacle de ces jeunes gens troublés par ce qui nous troublait, sensibles à ce à quoi nous étions sensibles, nous rasséréna : le jour n’est pas encore arrivé où les hommes et les femmes renonceront à leur liberté de faire et de penser, à leur liberté d’être, sous la botte de quelque dictateur que ce soit.

5

Ce n’est pas la fin de l’histoire : elle continue dans ses alternances de guerre et de paix, de richesse et de misère, d’aliénation et de rebellion, d’avancées et de reculs, d’asservissement et de libération.


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