2002
Revue de l’OCDE sur le droit et la politique de la concurrence
Concurrence et réglementation dans l’industrie pharmaceutique
Concurrence et réglementation dans l’industrie pharmaceutique
1. Synthèse par le Secrétariat
Les principaux points qui se dégagent des contributions écrites, de la
note de référence et des débats oraux peuvent être résumés comme suit :
1. L’industrie pharmaceutique est un secteur de haute technologie et à forte intensité
de savoir. Elle présente une structure à deux niveaux. Les plus grosses entreprises
du secteur réalisent la majorité des investissements en recherche-développement
et détiennent la plupart des brevets. Un grand nombre de petites entreprises
fabriquent soit des produits non brevetés, soit des produits brevetés pour lesquels
une licence leur a été délivrée. L’industrie pharmaceutique est fortement
réglementée et peu d’aspects de son activité échappent aux mesures
réglementaires.
Le secteur pharmaceutique produit et distribue des substances
possédant des propriétés thérapeutiques. Les produits pharmaceutiques
sont une composante importante des services de santé dans leur
ensemble. Les politiques les concernant doivent être mises en cohérence
avec les autres aspects des politiques de santé afin d’éviter des reports
inefficients sur d’autres produits ou d’autres services de santé, avec des
conséquences préjudiciables sur les coûts et la qualité des résultats. Dans
la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de médicaments représentent
de dix à 20 pour cent de la dépense totale de santé. La hausse des
dépenses de médicaments par habitant enregistrée au cours de la
dernière décennie dans plusieurs pays de l’OCDE a conduit les pouvoirs
publics à s’intéresser de près à l’industrie pharmaceutique et à la maîtrise
des dépenses de médicaments.
Les plus grosses entreprises du secteur réalisent des milliards de
dollars de recettes et emploient des dizaines de milliers de personnes.
Elles consacrent des sommes considérables à la commercialisation des
produits ainsi qu’à la R-D. Les dépenses de commercialisation sont
supérieures à celles affectées à la R-D. Les efforts de commercialisation
s’appuient en grande partie sur la pratique du « démarchage », c’est-à-dire sur les visites à visée promotionnelle auprès des médecins
prescripteurs. Bien que les pays de l’OCDE aient presque tous une
production nationale de médicaments, la grande majorité de la
production est concentrée au Japon, en Suisse, aux États-Unis et dans
l’Union européenne (surtout au Royaume-Uni). S’il arrive que les plus
grosses sociétés pharmaceutiques fabriquent des produits concurrents,
c’est essentiellement sur l’innovation (mise au point de nouveaux
traitements et/ou amélioration de traitements existants) que s’exerce la
concurrence entre ces sociétés. Les entreprises du second niveau –
fabricants de produits génériques ou de produits sous licence – effectuent
assez peu de R-D et la concurrence qu’elles se livrent est de type
conventionnel et s’exerce sur les prix, le service et l’efficience.
L’industrie pharmaceutique est fortement réglementée. Chaque
étape du cycle de vie d’un nouveau médicament – demande de brevet,
autorisation de mise sur le marché, commercialisation, expiration du
brevet et concurrence des génériques – est réglementée. Tous les
principaux acteurs du secteur – fabricants, grossistes, détaillants et
médecins prescripteurs – sont eux aussi soumis à des contrôles
réglementaires. Ces contrôles visent essentiellement trois objectifs :
- encourager les efforts de recherche et de développement afin de
garantir un flux continu de nouveaux médicaments ;
- garantir la sécurité des médicaments consommés par les patients ;
- contrôler le volume et améliorer la qualité des dépenses de
médicaments.
2. La protection des droits de propriété intellectuelle, en particulier grâce aux brevets,
est essentielle pour garantir la continuité de l’innovation dans de nouveaux
médicaments. Certains indices montrent que la protection des innovations par les
brevets joue un rôle plus important dans l’industrie pharmaceutique que dans
d’autres secteurs. Le processus de recherche et de développement de nouveaux
médicaments est coûteux et comporte des risques. Relativement peu de nouveaux
composés chimiques obtiennent l’autorisation de mise sur le marché. Pour ceux
qui l’obtiennent, la rentabilité commerciale est loin d’être toujours garantie. Les
fabricants de produits pharmaceutiques tirent une proportion non négligeable de
leurs recettes d’un assez petit nombre de produits.
Les entreprises pharmaceutiques se caractérisent par une
dépendance exceptionnellement forte à l’égard de la protection des droits
de propriété intellectuelle (et notamment des brevets), qui leur garantit
les revenus nécessaires pour financer leurs activités de recherche-développement. La R-D est une activité à risque. Sur 10 000 produits
brevetés, une centaine seulement parviennent au stade des essais sur
l’homme et une dizaine sont commercialisés. Des études ont montré que
75 pour cent des profits des sociétés pharmaceutiques provenaient de dix
pour cent seulement de l’ensemble des médicaments. Quelques grandes
sociétés réalisent 70 à 80 pour cent de leur chiffre d’affaires grâce à trois
produits.
Tous les pays de l’OCDE sont signataires de l’Accord sur les aspects
des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC),
lequel fixe la durée de vie usuelle d’un brevet à 20 ans à compter du dépôt
de la demande. Toutefois, la procédure d’obtention de l’autorisation de
mise sur le marché peut être longue et coûteuse et s’étaler sur plusieurs
années, ce qui réduit la durée de vie effective du brevet. Aussi la plupart
des pays ont-ils pris des dispositions autorisant l’allongement, pour une
durée maximale de cinq ans, de la durée des brevets protégeant les
médicaments (la Nouvelle-Zélande et la Hongrie font figure d’exception
puisqu’elles n’autorisent aucun prolongement ; l’Italie a autorisé pendant
une courte période une extension plus longue). Ces dispositions
s’accompagnent souvent de mesures visant à faciliter et encourager la
mise sur le marché de génériques à l’expiration des brevets.
De nombreux pays ont instauré une procédure de reconnaissance
mutuelle en vertu de laquelle les médicaments agréés par les autorités
d’un pays peuvent bénéficier d’une procédure d’agrément accélérée (ou
automatique) dans un autre pays. L’Union européenne a également mis
en place une procédure centralisée au terme de laquelle les médicaments
ayant reçu l’agrément peuvent être commercialisés dans l’ensemble des
pays de l’Union. Le délai d’obtention de l’autorisation de mise sur le
marché semble très variable : la procédure prend plusieurs années aux
États-Unis mais ne dépasse pas 300 jours en Nouvelle-Zélande (pour les
médicaments à haut risque), 95 jours en Corée et 90 jours au Mexique
( 60 jours pour les médicaments ayant obtenu un brevet dans d’autres
pays).
3. L’intervention de l’assurance maladie (publique ou privée) conditionne fortement
la demande de médicaments. Dans bien des cas, l’assurance maladie prend en
charge l’intégralité ou une partie du coût de certains médicaments (en particulier
les médicaments délivrés sur ordonnance). Dans la mesure où ils ne supportent
pas la totalité des coûts, les assurés ne sont guère incités à modérer leur
consommation. Aussi les assureurs ont-ils été conduits à introduire divers
mécanismes de régulation du volume et de la qualité des dépenses de
médicaments, parmi lesquels la participation aux coûts, les formulaires et la
réglementation du prix des médicaments ainsi que de l’activité des médecins
prescripteurs et des pharmaciens.
Le marché des produits pharmaceutiques est largement conditionné
par les caractéristiques de la demande de médicaments, et en particulier
par le comportement des organismes d’assurance maladie. Dans le cas
des médicaments couverts par l’assurance maladie, le consommateur est
partiellement ou complètement coupé du coût des produits qu’il
consomme et n’est donc guère incité à arbitrer entre coût et qualité, à se
porter vers d’autres produits ou à renoncer complètement à son
traitement. On distingue généralement trois marchés pharmaceutiques :
a ) le marché des médicaments non remboursés ou en vente libre, dont le
consommateur paie l’intégralité du prix ; b ) celui des médicaments dits
« éthiques », qui sont remboursés et vendus sur prescription, dont la
demande est liée au niveau de prise en charge par l’assurance maladie ;
enfin, c), celui des médicaments achetés par les hôpitaux. Les hôpitaux
gèrent souvent eux-mêmes leurs dépenses de médicaments, ce qui peut
les inciter à contrôler les coûts et à optimiser la consommation de
médicaments.
Dans le cas des médicaments délivrés sur ordonnance, puisque le
consommateur final n’a guère de motif pour modérer sa consommation,
c’est à l’assurance maladie (qui fonctionne souvent en liaison étroite avec
les pouvoirs publics) qu’incombe la responsabilité de réguler les dépenses
de médicaments et d’en améliorer la qualité. Les assureurs ont à leur
disposition divers mécanismes pour garantir l’efficacité de la
consommation de médicaments par rapport à son coût, notamment la
participation aux coûts, les formulaires, la réglementation du prix des
médicaments ou les mesures de contrôle visant les médecins
prescripteurs et les pharmaciens.
De nombreux pays ont institué des agences spécialisées chargées de
la gestion des dépenses pharmaceutiques – gestion des formulaires
nationaux, définition des politiques de participation aux coûts et
instauration des mesures de contrôle réglementaire et financier visant les
médecins et les pharmaciens. Aux États-Unis, où l’essentiel du système
de soins est privé, la plupart de ces fonctions sont assurées par des
sociétés de gestion des soins pharmaco-thérapeutiques (les Pharmacy
Benefit Managers ou PBM). L’expérience de ce pays tend à démontrer qu’il
s’agit d’un domaine où la responsabilité des mesures réglementaires peut
être efficacement confiée à un organisme commercial.
a) Politiques de remboursement et de participation aux coûts
La mesure dans laquelle les patients sont incités à modérer leurs
dépenses de médicaments dépend du montant du paiement marginal
qu’ils doivent supporter, c’est-à-dire de leur participation aux coûts.
Celle-ci peut varier en fonction du type de médicaments, de l’identité de
la personne assurée ou du montant annuel des dépenses de médicaments
ou de soins de santé en général encourues par l’assuré. Le montant de la
participation aux coûts est généralement réduit pour les personnes
démunies ou les malades chroniques. Comme la majeure partie des
dépenses de santé est le fait d’une minorité de consommateurs, la
limitation des remboursements jusqu’à hauteur d’un certain plafond de
dépenses pharmaceutiques annuelles (système appliqué au Danemark,
en Suède et en Norvège) peut être un instrument efficace de régulation
des dépenses de santé.
b) Formulaires
Presque tous les organismes d’assurance maladie ont établi des
« formulaires », c’est-à-dire des listes où sont répertoriés les médicaments
pris en charge par l’assurance, l’étendue et les conditions de cette prise en
charge, ainsi que les conditions d’utilisation ou de prescription des
médicaments. Des mesures simples, comme le fait d’exclure du
formulaire les médicaments dont le rapport coût/efficacité est inférieur à
un certain seuil, peuvent avoir des effets sensibles sur la consommation
de médicaments.
c) Contrôles des prix
La plupart des assureurs exercent également un contrôle sur les prix
auxquels les médicaments sont vendus (ou limitent le taux de
remboursement). Il existe différentes méthodes de fixation des prix.
Lorsque des médicaments appartenant à une même classe thérapeutique
sont de proches équivalents, leur prix est souvent aligné sur celui du
produit le moins cher de cette classe.
La fixation du prix est plus délicate lorsque le médicament n’a pas de
proche substitut. Dans ce cas, on se base fréquemment sur une
comparaison internationale des prix de médicaments équivalents. Le fait
que la grande majorité des pays s’appuient sur de telles comparaisons
pour fixer les prix tend à amplifier l’importance des politiques de fixation
des prix des pays qui n’ont pas recours à cette méthode. Quelques pays
ont un système de fixation des prix en fonction des coûts (on parle
également de système de contrôle des bénéfices). Ces dispositions sont
parfois complétées par d’autres mesures applicables à l’ensemble du
secteur, comme la limitation du taux d’augmentation des prix, le gel ou la
réduction des prix.
Théoriquement, les prix des produits pharmaceutiques devraient
être fixés en fonction d’analyses coût-avantage, encore appelées analyses
pharmaco-économiques. Ces analyses consistent à quantifier les effets
bénéfiques d’un médicament (par exemple, diminution des effets
secondaires et du nombre d’hospitalisations – ce type d’évaluation
comportant inévitablement une part de subjectivité) puis à les comparer à
son coût. En principe, tous les médicaments (ou autres biens médicaux)
dont le ratio avantage-prix est supérieur à un certain seuil devraient être
couverts. Plusieurs pays (dont le Royaume-Uni) ont recours aux analyses
pharmaco-économiques pour évaluer la qualité des dépenses de produits
pharmaceutiques et d’autres types de dépenses médicales.
d) Mesures de contrôle visant les médecins prescripteurs et les pharmaciens
La plupart des assureurs exercent un contrôle sur les habitudes de
prescription des médecins afin de s’assurer que les patients bénéficient
des thérapies présentant le meilleur rapport coût-efficacité. Ce mode de
régulation prend généralement la forme de lignes directrices en matière
de prescriptions ou de contrôles sur les personnes autorisées à prescrire
certains médicaments. Quelques pays attribuent aux médecins des
budgets de prescription nominaux ou explicites, ou accordent des
compensations à ceux qui prescrivent un certain volume de médicaments
génériques (Espagne). Dans un petit nombre de cas, les prestataires de
soins se voient allouer un budget fixe, ce qui les incite fortement à
économiser sur les dépenses de médicaments et autres dépenses
médicales. L’exemple le plus caractéristique de ce type de pratique est
celui du Royaume-Uni, où les médecins gestionnaires d’un budget
(fundholders) sont chargés d’acheter des services de santé pour un groupe
de patients en contrepartie d’une somme forfaitaire par patient. Dans ce
type de systèmes, c’est la concurrence entre les médecins qui garantit le
maintien de la qualité des prestations.
De nombreux assureurs contrôlent aussi l’activité des pharmaciens.
La rémunération de ces derniers correspondant en général à un certain
pourcentage du prix des produits qu’ils vendent, ceux-ci ont intérêt à
augmenter le prix de leurs produits s’il n’existe aucun contrôle formel. De
nombreux pays autorisent, encouragent ou imposent la substitution,
c’est-à-dire la délivrance de produits bio-équivalents moins onéreux à la
place des produits prescrits. Dans certains cas, les pharmaciens sont
autorisés à conserver une fraction des économies engendrées par la
substitution d’équivalents thérapeutiques moins coûteux. Le Japon et la
Corée sont les deux seuls pays où les pharmaciens ont à la fois le droit de
prescrire des médicaments et de les délivrer. En Corée, une proposition
visant à séparer ces deux fonctions pour réduire l’incitation financière à la
sur prescription est actuellement à l’étude.
4. Les coûts de maintien d’un réseau de distribution au détail sont un élément
important du coût total des produits pharmaceutiques. Dans le cas où les assurés
bénéficient de la prise en charge de leurs dépenses pharmaceutiques, ils ne sont
nullement incités à s’adresser à la pharmacie la plus économique et la concurrence
entre pharmacies ne peut permettre d’assurer la fourniture efficiente et efficace de
services de pharmacie. Il est donc nécessaire de réglementer la marge des
pharmaciens.
L’accès aux produits pharmaceutiques et leur disponibilité en
quantité suffisante est l’une des composantes de la qualité des services de
santé. Dans le cas où les assurés bénéficient de la prise en charge de leurs
dépenses pharmaceutiques, la concurrence entre pharmacies ne peut
permettre d’assurer la fourniture efficiente de services de pharmacie.
L’efficience des services de pharmacie nécessite dans ce cas la
connaissance des coûts d’exploitation de chaque officine
pharmaceutique (ou de chaque réseau d’officines). Or la plupart des pays
fixent la marge des pharmaciens à l’échelle nationale sans tenir compte
des variations de coûts d’une zone géographique à l’autre, de sorte que la
rémunération des pharmaciens est excessive dans certaines zones et
peut-être insuffisante dans d’autres (notamment dans les zones rurales).
Une rémunération excessive conduit à des niveaux de prix anormalement
élevés pour le consommateur et rend inefficiente l’entrée de nouveaux
venus sur le marché. Aussi les pays réglementent-ils l’installation et
l’implantation des pharmacies. En Australie, par exemple, une pharmacie
peut être réimplantée sur un site situé à une distance d’au moins deux
kilomètres d’une autre pharmacie, et peut être autorisée à se rapprocher
d’un kilomètre tous les deux ans de pharmacies existantes. En Suède, les
services pharmaceutiques sont dispensés par une entreprise d’État
détentrice d’un monopole.
Une autre façon de procéder consisterait à adjuger par appel d’offres
le droit de fournir des services pharmaceutiques dans un lieu donné ou
d’approvisionner un réseau d’officines dans une région. La procédure
d’appel d’offres permettrait de recueillir des informations sur les coûts
des pharmacies. L’assouplissement des règles de remboursement des
dépenses de médicaments est une autre solution envisageable. Les
patients pourraient par exemple bénéficier du remboursement du prix de
gros des médicaments mais non des frais de dispensation. En faisant
payer aux consommateurs une partie de ces frais, on rétablirait la
concurrence entre les pharmacies ainsi qu’avec d’autres types de
détaillants comme les sociétés de vente de produits pharmaceutiques par
correspondance ou par Internet. La vente de médicaments par
correspondance ou par Internet est strictement interdite dans certains
pays (notamment en République tchèque). Aux États-Unis et au Mexique,
pays où les dépenses de médicaments ne sont pas ou pratiquement pas
remboursées par les régimes publics d’assurance, le marché des
pharmacies est très peu réglementé.
De nombreux pays réglementent également les prix et l’activité des
grossistes en produits pharmaceutiques. Les raisons pour lesquelles ils le
font restent obscures. Beaucoup de pays font valoir que le secteur de la
vente de produits pharmaceutiques en gros est relativement concentré.
Certains accordent aux pharmacies le monopole de la vente des
médicaments délivrés sans ordonnance, exigent que les propriétaires des
pharmacies soient des pharmaciens, ou limitent la constitution de
chaînes de pharmacies. L’utilité des ces restrictions n’apparaît pas non
plus très évidente.
5. Les différences de politiques de fixation des prix se traduisent par des différences
de prix de gros des produits pharmaceutiques entre les pays. Cette situation
favorise le commerce international des produits pharmaceutiques. Ce type de
commerce, encore limité pour le moment, risque d’entamer la capacité des
fabricants de produits pharmaceutiques, des pouvoirs publics et des assureurs de
mener des politiques différenciées selon les pays.
Les différences de politiques de contrôle des prix encouragent les
négociants à acheter des produits pharmaceutiques dans les pays à bas
prix et à les vendre dans les pays où les prix sont élevés. Ce phénomène
réduit la capacité des pays de mener des politiques indépendantes de
fixation des prix des produits pharmaceutiques, ce qui risque de se
traduire par des prix plus élevés dans les pays pauvres.
6. La législation sur la concurrence s’applique intégralement à l’industrie
pharmaceutique (des dérogations étant possibles pour les « comportements
réglementés » ). On a coutume de fonder l’analyse du marché de produits pertinent
sur des systèmes standardisés de classification des produits par « classe
thérapeutique », comme le système de classification ATC. Le degré de
concentration est élevé dans bon nombre de classes thérapeutiques, où une ou
deux entreprises réalisent la majorité des ventes. Les autorités responsables de la
concurrence dans les pays de l’OCDE sont intervenues à diverses reprises,
notamment lors de fusions et d’ententes verticales et horizontales ou de cas
d’abus de position dominante. L’une des situations les plus délicates à régler est
celle des fusions ou des ententes qui risquent d’être nuisibles à l’innovation.
Pour définir le marché de produits pertinent pour l’analyse de la
concurrence dans l’industrie pharmaceutique, on a coutume d’utiliser des
systèmes de classification standardisés comme la Classification
anatomique thérapeutique (Classification ATC), reconnue par
l’Organisation mondiale de la Santé. Cette classification des médicaments
(en particulier le « niveau 3 ») sert souvent de point de départ à la
définition du marché, certains médicaments étant exclus ou ajoutés selon
que la classe thérapeutique ATC est trop large ou trop étroite pour les
besoins de l’analyse de la concurrence. Il peut également s’avérer
nécessaire d’opérer une différenciation des marchés de produits
pharmaceutiques en fonction du mode d’administration des produits (un
médicament injectable peut ne pas être considéré comme équivalent à un
médicament administrable par voie orale) ou de son mode de distribution
(un médicament exclusivement dispensé à l’hôpital peut ne pas faire
concurrence à un produit équivalent vendu sur prescription et largement
diffusé).
De nombreuses études du secteur pharmaceutique ont mis en
évidence une assez forte concentration dans certaines classes
thérapeutiques. Sur de nombreux segments du marché, une ou deux
entreprises réalisent la majorité des ventes. Toutefois, la connaissance
des parts de marché détenues à un moment donné ne donne pas
forcément une image précise du marché car ces parts évoluent avec le
temps à mesure que des produits substituts sont mis au point et que les
brevets arrivent à expiration.
La dernière décennie a été marquée par une vague de fusions
horizontales entre les grandes sociétés pharmaceutiques. L’analyse de ces
fusions sous l’angle de la concurrence doit prendre en compte non
seulement les produits actuellement commercialisés, mais aussi ceux
susceptibles d’être mis sur le marché au cours des prochaines années
(c’est-à-dire ceux qui n’ont pas encore obtenu l’autorisation de mise sur le
marché). En outre, il convient d’évaluer les conséquences des fusions sur
l’incitation à innover. Lorsqu’il existe des obstacles à la mise en place d’un
programme de recherche viable dans un domaine donné, la fusion de
deux entreprises dont les activités de recherche se recoupent peut freiner
ou limiter le rythme des innovations. C’est ainsi qu’aux États-Unis, la FTC
a exigé la cession du programme de recherche-développement d’un
nouveau médicament parvenu aux essais de la phase 3. Ce programme a
été racheté par une firme concurrente, ce qui a permis de mettre au point
un substitut viable au médicament proposé par l’entité issue de la fusion.
Les sociétés pharmaceutiques concluent fréquemment des ententes
et des accords de co-entreprise aux différents stades du processus de
fabrication – au stade de la R-D (par exemple, pour mettre en commun
leurs découvertes brevetées) et/ou à celui de la commercialisation et de la
promotion (notamment pour tirer parti de la complémentarité de leurs
forces de vente). Il est fréquent qu’un accord de coopération en matière de
recherche, s’il donne naissance à un produit rentable, se prolonge par un
accord de co-marketing.
En ce qui concerne les fusions verticales, les autorités en charge de la
concurrence dans les pays de l’OCDE ont été confrontées à des cas de
fusions entre fabricants de produits pharmaceutiques et grossistes
(notamment en Australie) ou entre fabricants et sociétés de gestion des
soins pharmaco-thérapeutiques (États-Unis). Les autorités craignent
notamment que ces fusions ne favorisent les produits des sociétés mères
ou ne permettent le partage d’informations facilitant la collusion en
amont.
Les cas d’abus de position dominante sont relativement rares mais il
en existe. La France a connu un cas où une entreprise fabriquant un
produit A pour lequel elle détenait une position nettement dominante, et
un produit B dont le brevet arrivait à expiration, a tenté de préserver les
recettes procurées par le produit B en obligeant les acheteurs du produit A
à acquérir également le produit B. Les États-Unis rapportent que des
groupes de pharmacies ont engagé une action collective pour s’opposer à
la diminution des taux de remboursement proposés par les assureurs. En
outre, plusieurs pays font état d’actions engagées contre des groupements
de pharmaciens qui tentaient de coordonner leurs tarifs ou les conditions
d’accès à la profession.