2002
Revue de l’OCDE sur le droit et la politique de la concurrence
Examen des réformes sectorielles en République tchèque
Dans les secteurs de l’énergie et des transports Synthèse
David Parker
[*]
Depuis sa création en 1993, la République tchèque a connu une
période de larges et profonds changements s’agissant de sa structure
juridique et de son cadre institutionnel, rendus nécessaires pour assurer la
transition vers une économie de marché. Ce chapitre concerne les secteurs de
l’énergie (gaz et électricité) et du transport (routier et transport de
marchandise par rail). Ces secteurs sont importants dans les dépenses de
consommation finale, en tant qu’intrants dans d’autres secteurs et par leur
impact sur la compétitivité économique globale. Des progrès substantiels ont
été réalisés durant la dernière décennie. L’environnement réglementaire a été
libéralisé et une certaine concurrence s’est manifestée. La réforme cependant
demeure incomplète, l’état demeurant encore significativement impliqué dans
ces secteurs. Des progrès sont également nécessaires s’agissant du cadre
réglementaire pour établir une confiance dans le marché, par le biais d’une
clarté et d’une transparence accrues du processus réglementaire. Les
perspectives d’accession de la République tchèque à l’Union européenne
devraient encourager les autorités à mettre en place un tel cadre en conformité
avec les directives correspondantes de l’Union européenne.
Les réformes appliquées dans les secteurs de l’électricité et du gaz,
ainsi que dans les transports routier et ferroviaire de marchandises, ont
été considérables. Lorsque la République tchèque a été créée en 1993,
l’État intervenait directement dans la production, les entreprises de
service public étant organisées de façon monopolistique. La
réglementation des prix n’était pas fondée sur une politique qui aurait pu
se perpétuer dans une économie de marché – elle empêchait
l’augmentation des prix pour satisfaire à des objectifs de caractère social.
Les déficits des entreprises de service public et des organismes d’État qui
ne dégageaient pas assez de recettes de leurs ventes pour recouvrer leurs
coûts étaient résorbés par le budget de l’État. Cette souplesse budgétaire
et l’existence des monopoles faisaient disparaître toute incitation à
améliorer l’efficience qui, par conséquent, était faible.
Des progrès notables ont été réalisés au cours de la décennie écoulée.
De nombreux organismes d’État dans ces secteurs ont été transformés en
sociétés par actions pour lesquelles des objectifs commerciaux ont été
définis. Celles-ci ne sont plus strictement publiques dans la mesure où
leur direction et leurs objectifs sont indépendants ; en outre, plusieurs de
ces sociétés ont été partiellement ou totalement privatisées. On a assisté
à une libéralisation partielle de l’environnement réglementaire, à la
création de nouvelles institutions et à l’apparition d’un certain degré de
concurrence.
Désormais, le secteur du transport routier est effectivement un
marché concurrentiel dominé par des acteurs du secteur privé, et les prix
sont libéralisés. La politique des transports visant à libéraliser le secteur
du fret routier peut être considérée comme un franc succès. Pour l’heure,
cependant, la profession est en crise à cause de la récession
macroéconomique amorcée en 1997 qui a fait baisser la demande, des
hausses des coûts dues au renchérissement du pétrole et des conditions
très restrictives d’accès aux marchés de l’UE. Les autorités ont été bien
avisées de se garder d’intervenir dans le secteur pour limiter l’offre. En
effet, les solutions aux problèmes des entreprises de transport routier de
marchandises passent par la reprise économique générale et par
l’amélioration des conditions d’accès aux marchés de l’UE. Certes,
l’adhésion de la République tchèque à l’UE facilitera cet accès mais, en
attendant, les autorités devraient poursuivre systématiquement leurs
efforts de libéralisation en la matière.
Par ailleurs, les réformes dans les secteurs de l’électricité, du gaz et
du transport ferroviaire sont incomplètes. L’intervention de l’État y est
encore importante, le rééquilibrage des tarifs de l’électricité et du gaz n’a
pas encore été mené à son terme (les tarifs du fret ferroviaire ont été
déréglementés après 1993 ) et il est nécessaire d’apporter des
améliorations au cadre réglementaire pour instaurer la confiance sur le
marché à la faveur d’une clarté et d’une transparence plus grandes des
procédures liées à la réglementation.
Ces derniers mois, les réformes du secteur de l’énergie ont beaucoup
progressé. En particulier, l’entrée en vigueur de la loi sur l’énergie en
janvier 2001 crée un cadre propice à la concurrence et à la libéralisation
du marché qui est en harmonie avec les directives applicables de l’UE. Une
autre avancée importante découlant de cette loi est la création d’un
régulateur indépendant. De même, après quelques retards, le processus
de privatisation a été relancé. La méthode retenue par les pouvoirs publics
pour la privatisation du secteur de l’électricité comporte des éléments
positifs et négatifs du point de vue de l’ouverture à la concurrence. Parmi
les éléments positifs, à terme, le producteur qui occupe une position
dominante ne possédera plus le réseau de transport – ce qui permettra
d’éviter des distorsions affectant l’accès au réseau de transport au fur et à
mesure que progressera la libéralisation du marché, ce dont on ne peut
que se féliciter. En revanche, une mesure qui ne va pas dans le bon sens
dans la démarche de privatisation annoncée par le gouvernement à la
fin 2000 est la vente groupée du producteur d’électricité dominant et des
participations de l’État dans les entreprises de distribution régionales à un
seul acheteur (ou consortium). Il en résulterait un groupe d’entreprises
ayant un même propriétaire qui se trouverait en position dominante dans
les secteurs de la production et de la distribution verticalement intégrés.
C’est un recul par rapport à la situation actuelle car, selon toute
vraisemblance, le comportement des entreprises de distribution à l’égard
du producteur dominant ne sera plus indépendant. Cette manière de
procéder laisserait passer une occasion évidente de structurer le secteur
en suivant les « meilleures pratiques » et en favorisant le jeu de la
concurrence pour améliorer ses performances, comme cela s’est produit
dans d’autres pays en voie de libéralisation. Une organisation calquée sur
les « meilleures pratiques » aurait pu se mettre en place simplement et
dans des délais relativement brefs en privatisant séparément les
entreprises du secteur de la distribution qui étaient déjà juridiquement
distinctes. La stratégie de privatisation annoncée réduira les avantages de
la réforme au plan de l’efficience du secteur de l’énergie et se soldera par
une perte de bien-être économique pour les Tchèques, par rapport à celui
qu’ils auraient pu tirer d’une autre démarche. Dans le secteur du gaz, les
modalités de la privatisation restent à décider, mais les débats sont
actuellement axés sur une privatisation groupée des participations de
l’État dans les entreprises de transport et de distribution.
Les autorités ont décidé la privatisation des secteurs de l’électricité et
de gaz sur la base de quatre critères : la compétitivité et la stabilité du
secteur; la libéralisation du marché conformément aux règles de l’UE ;
une tarification optimale pour les consommateurs finals ; la
maximisation des recettes des ventes et la réduction au minimum de
l’impact social. Divers arbitrages des pouvoirs publics sont implicites dans
le choix de ces critères. Par exemple, la maximisation des recettes des
ventes dans le cadre de la privatisation est un objectif valable, mais ses
coûts dynamiques à moyen et à long terme, y compris la hausse des prix
de l’énergie, pourraient facilement l’emporter sur les avantages que
procureraient à l’État des recettes plus élevées. Qui plus est, l’atténuation
au minimum de l’impact social et la stabilité du secteur risquent de
freiner la croissance économique et d’aller à l’encontre du bien-être des
consommateurs. Il appartient aux pouvoirs publics de trouver le juste
équilibre entre ces critères. Cependant, de la plupart des points de vue, la
privatisation d’entreprises dominantes verticalement intégrées dans les
secteurs du gaz et de l’électricité n’est pas indispensable pour atteindre
les objectifs précités, étant donné que des marchés stables dans d’autres
pays opèrent efficacement avec une séparation verticale plus poussée que
celle qui découlera de la privatisation tchèque. La solution optimale serait
d’adopter rapidement un modèle de privatisation plus favorable à la
concurrence.
Si la privatisation se déroule comme il a été annoncé, un régime
réglementaire très efficace et sévère sera nécessaire pour empêcher des
pratiques commerciales abusives. Les autorités devront s’assurer de
l’efficacité des dispositions réglementaires qu’elles auront prises car les
conséquences négatives pour la concurrence de la privatisation
d’entreprises verticalement intégrées détenant un grand pouvoir de
marché sont difficiles à corriger. Les solutions de type réglementaire pour
remédier aux effets de la position dominante sur le marché d’entreprises
verticalement intégrées sont presque toujours moins efficaces et plus
coûteuses que prévu. Il est encore trop tôt pour chercher à savoir si le
nouvel Office de régulation de l’énergie mis en place aux termes de la
nouvelle loi sur l’énergie disposera de ressources et de pouvoirs suffisants
pour accomplir sa mission de protection des intérêts des consommateurs.
Le rôle de l’Office pour la protection de la concurrence économique sera
important également pour limiter les abus de pouvoir de marché de la
part des entreprises dominantes.
Dans la réforme du secteur national des chemins de fer, la
République tchèque est à la traîne par rapport aux autres PECO, même si
l’accès aux voies est autorisé pour les opérateurs ferroviaires privés
depuis 1994. Une loi dont est saisi le Parlement vise à s’attaquer aux
problèmes non encore résolus qu’il faudra surmonter pour mettre la
législation tchèque en conformité avec le cadre de l’UE. Indépendamment
de cette réforme nécessaire, le secteur ferroviaire continuera
probablement à ponctionner le budget de l’État, à l’instar de ce qui se
passe dans d’autres pays européens. La concurrence peut contribuer à la
solution des problèmes que connaît ce secteur, mais elle ne sera pas
suffisante : pour améliorer les performances des chemins de fer
tchèques, il faudra améliorer la gouvernance, donner à l’entreprise une
orientation plus commerciale et perfectionner encore le cadre
réglementaire.
1. Présentation du secteur de l’énergie
L’économie tchèque affiche une intensité énergétique relativement
forte, puisqu’elle consomme 2.3 fois plus d’énergie par unité de PIB que la
moyenne des pays de l’UE. C’est là le résultat d’une longue période de
planification centralisée de l’économie, faisant une place privilégiée à
l’industrie lourde. Par conséquent, l’efficience du secteur de l’énergie
revêt plus d’importance que d’ordinaire pour la compétitivité économique
générale de l’économie tchèque face aux autres pays. L’intensité
énergétique est en baisse, par suite des efforts d’économies d’énergie et
de la restructuration économique, ce dont témoigne l’importance
grandissante du secteur des services (voir chapitre 1).
Une description du secteur énergétique dans son ensemble et des
questions de fond qui se posent à son égard est présentée dans l’ouvrage
de l’AIE intitulé « Review of the Energy Policies of the Czech Republic »
(voir AIE 2001 ), lequel brosse un panorama intéressant servant de
contexte pour l’analyse de ce chapitre, axé sur les questions liées à la
réglementation dans les secteur du gaz et de l’électricité.
Le secteur électrique tchèque s’est très nettement orienté vers un
fonctionnement obéissant aux lois du marché. En particulier, il a fait
l’objet d’une profonde réorganisation structurelle et d’une privatisation
partielle, et il existe une certaine concurrence au niveau de la production
d’électricité. Néanmoins, les entreprises dominantes dans le secteur de
l’électricité sont en majeure partie détenues par l’État, dont les
représentants jouent un rôle prépondérant au sein des conseils de
surveillance qui les dirigent. Les municipalités possèdent des
participations importantes, mais minoritaires, dans les entreprises
régionales de distribution de l’électricité qui les desservent ; ces
entreprises comptent généralement parmi leurs actionnaires un
« investisseur stratégique » minoritaire qui est une entreprise énergétique
étrangère. Dans certains cas, les municipalités ont vendu leurs droits de
vote à l’investisseur stratégique depuis que le gouvernement central a
interdit la cession pure et simple de leurs portefeuilles d’actions. Dans son
organisation, le secteur gazier présente des similitudes avec celui de
l’électricité, bien que la privatisation y soit moins avancée, notamment en
ce qui concerne le réseau de transport de gaz, encore entièrement
contrôlé par l’État.
La réglementation a aussi imposé des restrictions à la concurrence
qui ont donné lieu à des distorsions et à des problèmes structurels. Des
progrès importants ont été accomplis pour supprimer ou réduire ces
obstacles. En date du 1er janvier 2001, la nouvelle loi sur l’énergie est
entrée en vigueur : elle transpose la directive de l’UE dans ce domaine et
ouvre progressivement le marché à la concurrence. L’ouverture du marché
commencera en janvier 2002 (selon les estimations, ouverture de 30 %) et,
à partir de janvier 2003, elle se poursuivra conformément au calendrier
prévu par la directive de l’UE, pour atteindre un taux d’ouverture estimé à
50 % en 2005. A partir de 2006, le marché sera complètement libéralisé.
Cette évolution offre des chances de mettre en avant des solutions
propices à la concurrence pour surmonter les problèmes non encore
résolus. Il est encourageant de voir que la République tchèque
a commencé à se préparer pour l’adhésion à l’UE sur le marché de
l’électricité. La nouvelle loi sur l’énergie crée aussi, parallèlement, un
cadre pour la réforme du secteur gazier, dans lequel l’ouverture du
marché sera moins rapide et moins prononcée, en conformité avec la
directive de l’UE en la matière.
Les principales questions abordées dans ce chapitre portant sur la
concurrence sont les suivantes :
- Si l’ouverture du marché est celle que prévoit la directive de l’UE en ce
qui concerne le gaz et plus poussée que la directive de l’UE pour
l’électricité, elle est toutefois lente en regard des bonnes pratiques de
règle dans la zone de l’OCDE, puisque les marchés s’ouvrent plus
rapidement dans beaucoup d’autres pays.
- D’après les décisions de privatisation des entreprises dominantes
d’électricité (CEZ a.s.) et de gaz (Transgas) prises par les autorités et
annoncées en octobre et novembre 2000, les participations majoritaires
de l’État dans six des entreprises régionales d’électricité et de gaz
devraient être vendues simultanément à un investisseur étranger
unique dans chacun de ces deux secteurs
[1]. Faisant exception à cette
intégration verticale, le gestionnaire du réseau de transport de
l’électricité (CEPS a. s.) sera strictement séparé du nouveau propriétaire
de CEZ a.s. dans un délai d’un an après la privatisation de cette
entreprise.
- Il s’impose d’analyser avec soin l’appareil réglementaire en évolution
(et, en particulier, le cadre juridique ainsi que les ressources et les
pouvoirs du régulateur) afin de vérifier s’il est approprié pour faire face
aux questions difficiles à régler que posera l’ouverture à la concurrence
compte tenu de l’organisation à forte intégration verticale des secteurs
de l’électricité et du gaz.
2. Le secteur de l’électricité dans la République tchèque
2.1. Description du secteur électrique tchèque
Le secteur de l’électricité qui, au départ, se composait d’une entité
unique verticalement intégrée, a fait l’objet d’une vaste restructuration en
République tchèque. Le processus a commencé en 1990, lorsque les huit
entreprises de distribution régionales ont été séparées de l’entreprise
d’État intégrée CEZ a.s. (Ceske Energeticke Zavody a.s.) et sont devenues
des « entreprises d’État » distinctes. Il existe désormais des entités
juridiquement dissociées dans les secteurs de la production, du transport
et de la distribution/commercialisation. Malgré une privatisation partielle,
l’État possède encore une proportion prédominante du capital dans tous
les secteurs. Les prix sont réglementés, aussi bien au niveau de la vente
par les producteurs aux entreprises d’électricité régionales qu’à celui de la
vente d’électricité par ces dernières aux consommateurs finals. Les
importations sont relativement faibles et principalement effectuées par le
producteur dominant, par l’entremise de l’entreprise de transport
(CEPSa.s.). Il existe une certaine concurrence au niveau de la production,
faite par un petit secteur de producteurs d’électricité indépendants et
quelques centrales de production combinée de chaleur et d’électricité
( 36 % de la demande en 2000).
Encadré 1. Regards sur le secteur électrique tchèque en 1999
Puissance installée : Total 15 216 MW : dont thermique classique 10642 MW, hydraulique 2 153 MW,
nucléaire 1 760 MW, CCG 573 MW, TGCS 87 MW, autres, 1 MW.
Production nette : Total 59.5 TWh : dont thermique 42.6 TWh ( 72 %), nucléaire 12.5 TWh ( 21%), hydraulique
2.3 TWh ( 3.8%) et CCG+TGCS 2.1 TWh ( 3.5%).
Importations-exportations : Importations 2.4 TWh, exportations 5.7 TWh, exportations nettes 3.3 TWh
Note : CCG = cycle combiné au gaz, TGCS = turbine à gaz en cycle simple.
Production
De nos jours, la plus grande entreprise du secteur tchèque de
l’électricité est CEZ a.s., qui possède la majeure partie du parc électrique
national et le réseau de transport à haute tension, par le biais de sa filiale
qu’elle contrôle à 100 % (CEPS a.s.). CEZ a.s. comptait 266 salariés et
enregistrait des ventes annuelles de 53.54 milliards de CZK ( 1.3 milliard
d’USD) en 1999. Elle appartient à hauteur de 67 % du capital au Fonds
national de la propriété. Le reste des actions a été cédé pendant la
première et la deuxième vagues de privatisation par distribution de
coupons en 1992 et 1994. Ces actions sont maintenant détenues par des
investisseurs privés. Un conseil de surveillance est à la tête de CEZ a.s. Ses
douze membres sont des représentants du ministère des Finances ( 1), du
ministère de l’Industrie et du Commerce ( 2), du Fonds national de la
propriété ( 3 ), du Parlement ( 3 ) et des syndicats ( 3 ). Le conseil de
surveillance désigne le conseil d’administration et peut opposer son veto
à certaines de ses décisions, notamment en ce qui concerne des
changements organisationnels ou financiers et la cession d’actifs. Les
actionnaires minoritaires – dont le plus important possède une
participation de 6.3 % – ne sont pas représentés au sein du conseil de
surveillance, le gouvernement n’ayant pas tenu compte des demandes
qu’ils avaient formulées dans ce sens.
Le secteur de la production est très concentré et le réseau de
transport, indispensable pour acheminer les importations considérables
d’électricité, est sous un régime de propriété commune avec le producteur
dominant, CEZ a.s. Néanmoins, la part revenant à CEZ dans la production
intérieure d’électricité a diminué ces dernières années : en 2000, elle s’est
établie à 64 %, contre 71.2 % en 1999 et 75 % en 1996. Cette baisse
s’explique surtout parce que des entreprises industrielles produisent
davantage d’électricité pour leur autoconsommation, et que les
entreprises d’électricité régionales s’efforcent de trouver d’autres sources
d’approvisionnement, notamment en s’adressant aux producteurs
indépendants, en investissant dans la cogénération et en effectuant des
importations. L’électricité produite par cogénération représente plus de
18 % du total. En dépit de la croissance de la part de marché des autres
fournisseurs, le marché tchèque de la production d’électricité est encore
de ceux qui affichent la plus forte concentration, comme le montre le
graphique 1. L’encadré 2 met en lumière certains des problèmes liés à
l’instauration de la concurrence en raison de cette grande concentration
du marché.
Les producteurs indépendants vendent généralement l’électricité
aux entreprises de distribution régionales avec une marge bénéficiaire
inférieure à celle qu’autorise à CEZ a.s. son prix réglementé. Les
producteurs indépendants se sont plaints également du fait que, à la suite
de la séparation de 1999 entre CEZ a.s. et CEPS a.s., les affectations des
coûts ont été progressivement reportées de la production au transport,
d’où la baisse artificielle du tarif de CEZ a.s. correspondant à l’énergie –
que les producteurs indépendants doivent concurrencer – et la hausse,
artificielle également, des coûts du transport et des services de réseau.
Graphique 1.
Concentration d’une et de deux entreprises,
Encadré 2. Concurrence dans la production d’électricité
au Royaume-Uni et en Espagne
Au Royaume-Uni comme en Espagne, le secteur de l’électricité a une
structure plus propice à la concurrence que dans la République tchèque
après les cessions d’actifs, et dans les deux pays il est apparu que les prix
du marché dépassaient largement les niveaux concurrentiels. Au
Royaume-Uni, il y avait trois gros producteurs d’électricité et, en
Espagne, ils étaient deux. Pendant un certain temps, les principaux
producteurs du Royaume-Uni n’étaient pas verticalement intégrés, mais
en Espagne ils étaient intégrés avec les entreprises de distribution et de
vente aux consommateurs finals et possédaient une partie du réseau de
transport.
Au Royaume-Uni, l’Office of Electricity Regulation a constaté que les
deux entreprises dominantes non nucléaires avaient sensiblement
relevé les prix et réduit la production pendant l’hiver 1997 /98. Les
producteurs concurrents ont accru leur production dans les limites de
leurs capacités. Pendant cette période, les deux entreprises ont fixé le
prix marginal du système pendant 70 % du temps. Ledirecteur général
en a conclu que le moyen le plus efficace d’intensifier la concurrence à
court terme passait par le transfert aux concurrents d’une plus grande
capacité appartenant aux deux entreprises dominantes. [Office of
Electricity Regulation 1998, pp. 8-9.]
Sur le marché espagnol, les deux plus grosses entreprises possédaient
76% des actifs de production et, en 1998, elles ont fourni la puissance
marginale pendant 59 % et 24 % du temps, respectivement. Plusieurs
analyses ont été réalisées pour le compte de la CNSE ou par elle-même,
la CNSE étant l’ancien organe consultatif indépendant dans le domaine
de l’énergie en Espagne. L’une de ses analyses, qui tenait compte de la
concurrence faite par les importations, proposait que l’une ou l’autre
entreprise puisse prendre l’initiative d’augmenter les prix. Une autre
analyse suggérait qu’un tel comportement risquait de donner lieu à un
prix moyen dépassant de 39 % les coûts marginaux. Une étude plus
récente du fonctionnement effectif du marché espagnol a recensé les
problèmes liés au pouvoir de marché. Une étude du marché espagnol,
effectuée en 1998, est parvenue à des conclusions semblables. Deux
rapports publiés par la CNSE en juillet 1999 ont décelé des cas précis,
en 1998, où les deux entreprises proposaient des prix très élevés sur le
marché spot aux producteurs situés dans des zones à forte
consommation et à faible production.
Certaines entreprises industrielles produisent de l’électricité et de la
chaleur pour leur autoconsommation et en vendent les excédents. Les
importations sont relativement faibles et essentiellement assurées par
l’entreprise dominante de production-transport. A quelques très rares
exceptions près, les consommateurs achètent l’électricité aux entreprises
d’électricité régionales. Celles-ci fournissent surtout de l’électricité
qu’elles achètent à CEZ a.s. (environ 90 % des besoins), mais elles en
achètent aussi de faibles quantités à des centrales de cogénération et à
des producteurs indépendants implantés dans leurs zones de desserte,
ainsi qu’à des producteurs étrangers, ou bien elles en produisent un peu
elles-mêmes. Les producteurs indépendants ont peu de chances de
vendre leur production en dehors de la région où ils sont implantés parce
qu’ils n’ont pas accès au réseau de transport.
CEZ a.s. possède également deux centrales nucléaires, celle de
Dukovany, en service depuis 1985, et celle de Temelin, comportant une
première tranche ( 1 000 MW) actuellement soumise à des essais de
fonctionnement, qui devrait produire de l’électricité au milieu de 2001 et
une deuxième tranche ( 1 000 MW) où la production devrait démarrer à
l’automne 2002. La surcapacité de production d’électricité est importante
en République tchèque, notamment en raison de la forte baisse de la
demande pendant la phase d’ajustement qui a suivi la restructuration de
son économie. Avec la production supplémentaire de la centrale de
Temelin, CEZ a.s. devrait, selon les prévisions, devenir un grand
exportateur d’électricité. Néanmoins, une proportion importante de la
puissance installée de Temelin sera absorbée pour compenser la
fermeture d’une ancienne centrale au charbon, comme le montre la
figure 2. Une fois que les deux tranches nucléaires de Temelin seront en
service, une bonne part de la capacité de production de CEZ sera
nucléaire. Le mode d’exploitation le plus rentable des centrales nucléaires
est en base, c’est-à-dire en permanence. En conséquence, les autres
centrales de CEZ et les importations devraient servir à lisser la demande
d’électricité.
Les centrales au charbon qui resteront en service à long terme ont été
équipées de dispositifs de désulfuration et de dénitrification à la fin
de 1998 et elles fonctionnent actuellement en respectant les limites
d’émissions de la loi sur la pureté de l’air. Compte tenu de la réduction
prononcée des émissions, les incidences négatives sur l’environnement
de la production d’électricité ont été sensiblement atténuées. Selon les
prévisions des autorités, la production d’électricité sera essentiellement
d’origine nucléaire, les réserves restantes de charbon s’épuiseront, le gaz
sera utilisé dans les unités de cogénération, la production hydroélectrique
se maintiendra au niveau actuel et l’utilisation des ressources en énergies
renouvelables se développera (graphique 2). Aucune nouvelle centrale
électrique de grande taille utilisant du charbon d’origine nationale n’est
prévue.
Pour l’heure, il n’existe aucune grande centrale thermique alimentée
au gaz, mais certaines installations de cogénération le sont ; dans
l’ensemble, le gaz représente une proportion faible, mais grandissante, de
l’énergie primaire utilisée dans le secteur de l’électricité, et cette tendance
à la hausse devrait se poursuivre – voir graphique 2. Cette tendance
s’explique, en partie, par la composition du parc électrique actuel de la
République tchèque : même s’il affiche une surcapacité globale, celle-ci
concerne surtout les centrales – nucléaires et au charbon – qui
conviennent le mieux pour la production en base. Les centrales au gaz,
notamment les centrales à cycle combiné au gaz naturel (CCGN), sont plus
indiquées pour la production en pointe nécessitant des démarrages et des
arrêts rapides, c’est pourquoi une puissance installée supplémentaire de
ce type aiderait à équilibrer le réseau, en plus de l’utilisation qui en est
faite actuellement pour amortir les décalages dans le temps des transits
des importations et des exportations. Sur un marché libéralisé, on
pourrait s’attendre que les signaux des prix tendent à favoriser les flux
d’investissement allant à ces centrales de pointe. Il importe donc, pour
optimiser encore plus le parc électrique au fil du temps, que les réformes
dans le secteur gazier progressent afin d’éviter que les choix énergétiques
ne soient faussés par des distorsions. Sur un plan plus général, on peut
faire la même observation en ce qui concerne l’utilisation du gaz et de
l’électricité au stade de la consommation finale ainsi que l’utilisation du
gaz dans le secteur de la cogénération. Par conséquent, il est important, et
l’on peut s’en féliciter, qu’une partie de la première étape de la
libéralisation prévue du marché gazier en 2005 ménage aux producteurs
d’électricité à partir de gaz la possibilité d’accéder à des
approvisionnements gaziers concurrentiels.
Graphique 2.
Production d’électricité par source, 1973-2020
Bilans énergétiques des pays de l’OCDE, AIE/OCDE Paris, 2000 et
communication du pays membre.
Transport
En 1999, le réseau tchèque de transport de l’électricité (CEPS a.s.) a été
séparé de CEZ a.s. et constitué comme filiale à 100 % de CEZ a.s. Le réseau
de transport est composé de lignes de 400 kV, de 220 kV et, dans la région
où les centrales électriques sont implantées à proximité, de 110 kV, ainsi
que des postes de transformation nécessaires et d’un centre de
dispatching. CEPS a.s. prend les décisions concernant l’accès au réseau de
transport et seul un petit nombre d’installations de production
d’électricité appartenant à des entreprises autres que CEZ a.s. sont reliées
directement au réseau de transport à haute tension. (Sokolovská Uhelná
a.s. et certains gros producteurs indépendants sont les seuls producteurs
raccordés à ce réseau.) En conséquence, les producteurs indépendants ont
encore relativement peu d’autres choix que celui de vendre l’électricité à
l’entreprise de distribution locale dans la zone de desserte où ils sont
implantés. A partir de janvier 2002, la nouvelle loi sur l’énergie prévoit
d’accorder un droit d’interconnexion non discriminatoire au réseau de
transport à des tarifs d’accès réglementés aux producteurs disposant
d’une puissance installée supérieure à 10 MW. A partir de janvier 2003,
tous les producteurs bénéficieront également de ce droit. Il reste à voir
comment ces nouveaux droits seront appliqués dans la pratique et si le
nouveau régime de réglementation sera en mesure de mettre un terme à
toutes les formes de discrimination exercées à l’encontre des producteurs
indépendants.
Tableau 1.
Parc électrique et régime de propriété
Tableau 1. Parc électrique et régime de propriété
Producteurs
Tranches Nombre CEZ Total
Centrales indépendants
(MW) de tranches (MW) (MW)
(MW)
Nucléaires 440 4 1 760 0 1 760
Thermiques classiques 6 517 4 124 10 642
CCG 573 573
TGCS – – 0 87 87
Hydroélectriques – 1 872 281 2 153
Autres – 1 0 1
Total 10 151 5 065 15 216
Note : CCG = cycle combiné au gaz, TGCS = turbine à gaz en cycle simple.
La capacité totale de transport dans la République tchèque est
grande, le réseau étant surdimensionné de 40 %. En outre, la capacité
d’importation/exportation est relativement élevée, puisqu’elle représente
environ un tiers de la capacité de production nationale. A l’intérieur du
système CENTREL (République tchèque, Slovaquie, Pologne, Hongrie), le
réseau électrique de la République tchèque est interconnecté de façon
synchrone avec le réseau UCTE d’Europe occidentale. La République
tchèque est défavorisée par des flux en boucle (externalités causées par
d’autres usagers du réseau électrique), imputables surtout à des
producteurs polonais et à des consommateurs allemands. Cela a
notamment pour effet de créer des contraintes sur une ligne par laquelle
la République tchèque pourrait exporter de l’électricité à destination de
l’Allemagne, de sorte que ses exportations ne peuvent pas dépasser le
niveau de l’an 2000. Bien qu’il existe, en principe, 2 100 MW de puissance
installée disponible pour fournir l’Allemagne, 600 MW seulement sont
utilisables pour les échanges.
Pour accompagner la croissance des exportations d’électricité, la
capacité de transport vers les pays voisins devra être accrue. La
compatibilité entre le mécanisme d’affectation de la capacité
d’interconnexion et les contrats d’électricité favoriserait la concurrence.
Si les contrats à long terme permettent d’acheter de l’électricité à plus bas
prix que sur le marché spot, il est logique d’envisager des transactions sur
un marché secondaire de la capacité d’interconnexion et des contrats à
long terme, car cela intègre les deux éléments nécessaires à la livraison
d’électricité produite à l’étranger. De façon analogue, les échanges
internationaux sont facilités en cas de compatibilité des mécanismes
d’affectation de ce qui est, pour l’essentiel, la même capacité
d’interconnexion des deux côtés des frontières. Un protocole européen de
transport international pourrait donner lieu à une utilisation
économiquement plus rationnelle de la capacité existante, et stimuler des
investissements qui réduisent les coûts du système européen.
Distribution
Il existe huit entreprises régionales de distribution et de vente aux
consommateurs finals. Elles possèdent les réseaux de 110 kV, 35 kV, 22 kV
et 0.4 kV dans leurs zones de desserte, les centres de conduite
correspondants et certaines installations de cogénération reliées au
réseau de 110 kV dans les régions desservies. Les entreprises d’électricité
régionales fournissent tous les consommateurs, à de très rares exceptions
près. Les huit entreprises de distribution et de vente aux consommateurs
finals ont des monopoles dans les régions suivantes : Nord, Ouest, Est,
Bohême du Sud et Bohême centrale, Prague ainsi que Moravie du Nord et
du Sud. Ces régions coïncident avec les zones de desserte des entreprises
régionales d’approvisionnement gazier. Cependant, les entreprises de
distribution d’électricité n’interviennent guère dans les activités de
fourniture de gaz (ou vice versa ), bien que la propriété des entreprises soit
en partie commune, par le biais des participations des investisseurs
étrangers. Les entreprises d’électricité régionales sont détenues par le
Fonds national de la propriété ( 46-58 % selon l’entreprise), les
municipalités de la région et, en général, un investisseur stratégique, qui
est un électricien étranger.
Les entreprises de distribution régionales sont très tributaires de
CEZ a.s. pour leur approvisionnement en électricité – leur taux de
dépendance est compris entre 72 et 96 %. Les prix de l’électricité vendue
par CEZ a.s. sont réglementés. Cependant, on a constaté que CEZ a.s.
exerce ou a la possibilité d’exercer un pouvoir de marché, dans le cadre du
régime de prix plafonds réglementés, en facturant des prix plus élevés
aux entreprises de distribution qui ont moins de choix
d’approvisionnement. Par exemple, STE (entreprise de distribution
régionale de Bohême centrale) et CEZ a.s. ont signé en 1996 un contrat de
dix ans : STE estime qu’elle a pu négocier des approvisionnements
électriques supplémentaires dans de meilleures conditions parce que sa
propre centrale ECKG était en concurrence avec CEZ a.s. (voir Rapport
annuel de STE, 1999).
Face au pouvoir de marché de CEZ a.s., les entreprises de distribution
régionales cherchent activement d’autres sources d’approvisionnement, y
compris en recourant à des importations et en investissant dans des
installations d’autoproduction ou dans des centrales de cogénération
construites sous couvert d’entreprises conjointes. Cette réaction est
révélatrice, en particulier compte tenu de la surcapacité générale
en République tchèque, de l’inefficience potentielle et des
investissements en pure perte pour la collectivité imputables à l’absence
de concurrence réelle sur le marché de la production. En plus de
rechercher des approvisionnements supplémentaires d’origine nationale,
les entreprises de distribution ont coopéré pour constituer une compagnie
d’importation d’électricité, První energetická a.s. Ces évolutions font
ressortir que les entreprises de distribution régionales s’efforcent de
s’affranchir de la dépendance à l’égard de CEZ a.s. Ces entreprises sont les
principaux clients des producteurs indépendants.
Les factures d’électricité impayés ont posé un problème grave aux
entreprises de distribution et de vente aux consommateurs finals.
Nombre des mauvais payeurs sont des entreprises d’État, comme
Vitkovice, elle-même majoritairement contrôlée par le Fonds national de
la propriété. Severomoravska energetika (SME), à laquelle l’aciérie devait
plus de 800 millions de CZK, a réduit la fourniture de moitié en mars 2000,
après onze mois de paiements en souffrance.
2.2. Comparaison de prix avec d’autres pays
En République tchèque, les prix de l’électricité sont relativement bas
en regard de la norme internationale (graphique 3 et tableaux 2 et 3). Les
prix de gros maximums de l’électricité, c’est-à-dire des ventes du
producteur d’électricité aux entreprises de distribution, et les prix
maximums de détail, c’est-à-dire des ventes des entreprises de
distribution aux consommateurs finals, étaient réglementés par le
ministère des Finances. (Cette fonction de réglementation a été transférée
au nouvel Office de régulation de l’énergie à partir du 1er janvier 2001.)
Comparés aux clients industriels, les ménages acquittent des tarifs
relativement bas – en 1998, ils payaient l’électricité moins cher que
l’industrie, alors que dans d’autres pays ils acquittent généralement le
double du prix industriel, compte tenu de la valeur unitaire plus faible de
leurs transactions habituelles. On observe le même déséquilibre dans le
secteur gazier. Il en résulte une distorsion du barème tarifaire et le
gouvernement a annoncé qu’il s’y attaque actuellement en préparant une
proposition de rééquilibrage.
Graphique 3.
Prix de l’électricité dans les pays de l’AIE, 1999
Graphique 4.
Prix de l’électricité dans les pays de l’AIE, 1999
Energy Prices and Taxes, AIE/OCDE Paris, 2000.
Tableau 2.
Prix moyens annuels de l’électricité ( 1998 )
Tableau 2. Prix moyens annuels de l’électricité ( 1998 )
Ménages
Industrie Ménages
(USD/kWh)
(USD/kWh) (USD/kWh)
sur labase desPPA
République tchèque 0.0517 0.0496 0.1177
Europe OCDE 0.0657 0.1296 0.1289
Royaume-Uni et Pays-Bas (moyenne) 0.0624 0.1244 0.1172
Note : Les prix pour l’industrie ne tiennent pas compte de la TVA, alors que celle-ci est
comprise dans les prix payés par les ménages.
Source : AIE, Energy Prices and Taxes Quarterly Statistics, deuxième trimestre 2000,
AIE, Energy Prices and Taxes Quarterly Statistics, deuxième trimestre 2000, partie II, D tableaux 19 et 20, et partie II, F tableau 20.
Le principal objectif de la réglementation des prix, d’ici la fin 2002, est
de corriger progressivement les prix de l’électricité et du gaz affectés de
distorsions afin que le prix de la fourniture corresponde au coût de
l’approvisionnement, en tenant compte de la structure de la
consommation des clients. Cela permettrait de supprimer les subventions
croisées, en conformité avec les réglementations de l’UE. Dans le même
temps, la catégorisation des clients devrait être plus détaillée. Depuis le
1er janvier 2000, un système de tarification plus détaillé est utilisé pour les
gros consommateurs industriels, et il s’appliquera également aux petites
entreprises et aux ménages à partir du 1er juillet 2001. L’objectif du
nouveau barème est de refléter les coûts, d’autoriser une certaine
souplesse dans les relations contractuelles entre les entreprises
d’électricité et les clients, ainsi que d’encourager les entreprises
d’électricité à améliorer l’efficience. Des tarifs reflétant les coûts
obligeront à éliminer progressivement les dispositions spéciales en
vigueur qui entraînent des écarts sensibles entre certains tarifs et le coût
du service.
Tableau 3.
Évolution des prix
Tableau 3. Évolution des prix
(en CZK/MWh)
1994 1995 1996 1997 1998
Moyenne 1 582 1 583 1 587 1 641 1 798
Gros consommateurs industriels 1 800 1 773 1 759 1 749 1 741
Petits consommateurs-entreprises 2 388 2 286 2 280 2 286 2 488
Petits consommateurs-ménages 883 954 1 018 1 174 1 470
Source : wwwww. pre. czle 1er novembre 2000.
wwwww. pre. czle 1er novembre 2000.
Les tranches tarifaires sont source d’inefficience lorsque le barème de
tarification ne reflète pas suffisamment les coûts. Cela s’explique
parce que les tranches regroupent des consommateurs n’ayant pas les
mêmes structures de consommation, ce qui implique des coûts
d’approvisionnement différents. Même lorsque les consommateurs d’une
même tranche tarifaire, pris ensemble, acquittent les coûts de leur
approvisionnement, de sorte qu’il n’y a pas de subvention nette ni
d’excédent pour le groupe, il existe des subventions croisées à l’intérieur
même de la catégorie de consommateurs concernée. Avec l’instauration
d’une concurrence réelle, les clients qui financent les subventions
croisées se tourneront vers d’autres fournisseurs et le système ne pourra
plus durer. Par conséquent, il faut que les tarifs s’alignent plus
étroitement sur le coût effectif de l’approvisionnement pour qu’un
barème de tarification soit durable. Les mesures visant à mieux faire
correspondre les tarifs et les coûts, ainsi que l’application de prix
plafonds, devraient rapprocher le secteur des objectifs d’efficience
économique. Il est également indispensable que les prix reflètent les
coûts pour que des tarifs réglementés puissent être maintenus
durablement lorsqu’il existe parallèlement un marché réglementé et un
marché libéralisé.
On peut mesurer d’un certain point de vue les conséquences des
distorsions des tarifs de l’électricité et du gaz à l’aune des prix relatifs de
ces deux formes d’énergie. Par exemple, si le prix de l’énergie sous forme
de gaz utilisée pour produire l’électricité est comparé au prix de l’énergie
sous forme d’électricité consommée par les ménages, on obtient une
indication très approximative de la marge bénéficiaire des nouvelles
centrales au gaz fonctionnant en pointe. Cette marge varie d’un moment
à l’autre, mais elle se situait par exemple, en gros, dans la fourchette
comprise entre 3 et 3.6 au cours du premier semestre 2000 dans la
République tchèque, tandis que les chiffres comparables pour les États-Unis et le Royaume-Uni étaient de l’ordre de 6.5 et de 9.75. (Les marges
dans les pays importateurs de gaz, dans les premières années pour
lesquelles on dispose de données, sont comparables à celles observées
auxÉtats-Unis et au Royaume-Uni.) Cet exemple illustre bien comment
les distorsions des tarifs du gaz et de l’électricité sont susceptibles d’aller
à l’encontre de l’optimisation du parc électrique en tendant à augmenter
la part relative de la puissance de pointe. (Voir AIE, Energy Prices and Taxes,
partie II, B pour les données. Tous les calculs sont hors taxes.)
L’Administration de réglementation de l’énergie et le ministère de
l’Industrie et du Commerce ont utilisé le coût historique après
amortissement comme base de calcul des prix proposés au ministère
des Finances, en prévoyant un rendement donné de l’investissement pour
déterminer les bénéfices à tirer des ventes. Il faudra procéder rapidement
à la réévaluation des actifs, de préférence en tenant compte de la valeur
de remplacement, car le coût historique des actifs acquis avant la
libéralisation est beaucoup plus faible que le coût de remplacement
actuel. Cette réévaluation entraînera une hausse des tarifs de transport
pour les clients nationaux. Une fois opéré le rééquilibrage des tarifs
nécessaire pour que ceux-ci reflètent à peu près les coûts, il serait
souhaitable que l’Office de régulation de l’énergie, en qualité de nouveau
régulateur des prix, applique des méthodologies plus modernes pour
réglementer les prix, par exemple fondées sur des incitations, en utilisant
notamment des prix plafonds.
2.3. Objectifs des pouvoirs publics de la République tchèque
etpolitique de l’UE dans le secteur de l’électricité
La politique énergétique et les objectifs généraux de la République
tchèque sont énoncés dans le document intitulé « Politique énergétique »,
publié par le ministère de l’Industrie et du Commerce (MIC 2000) qui traite
notamment des aspects suivants :
- la protection de l’environnement dans le respect des principes du
développement durable ;
- la sécurité d’approvisionnement énergétique ;
- l’action en faveur de la compétitivité de l’économie.
Dans le secteur de l’électricité, les objectifs définis dans le document
« Politique énergétique » publié par le ministère de l’Industrie et du
Commerce sont de parvenir à la stabilité du secteur électrique et de créer
les conditions propices à l’adhésion de la République tchèque à l’Union
européenne, par les moyens suivants :
- la correction du niveau et de la structure des tarifs de l’énergie, et
notamment l’ajustement des taux et des bases d’amortissement dans
le secteur électrique,
- la privatisation effective des participations de l’État dans les grandes
entreprises du secteur de l’énergie, en conservant à l’État un degré
d’influence raisonnable sur la gestion des sources et des infrastructures
énergétiques, par le biais des droits de propriété et de la législation,
- la définition d’un cadre de réglementation clair pour les différentes
branches du secteur de l’énergie, et notamment la définition et
l’établissement des bases législatives concernant d’éventuelles
obligations qui pourraient être imposées aux entreprises du secteur
énergétique dans l’intérêt économique et général (par exemple pour
garantir la fiabilité et la sécurité de la fourniture d’électricité, des
conditions de fourniture non discriminatoires, le respect de normes de
produits et de qualité du service, l’exploitation des ressources en
énergies renouvelables, la protection de l’environnement, etc.),
- la mise en place des conditions requises pour que la concurrence règne
au niveau de la production et de la fourniture d’énergie, accompagnée
d’une ouverture progressive du marché offrant la possibilité
à différentes catégories de clients de choisir leur fournisseur, compte
tenu de l’évolution au sein de l’UE et dans les pays candidats à
l’adhésion, et sans bouleverser l’équilibre et les tendances de la balance
commerciale du pays,
- la création d’un système d’aide aux économies d’électricité, à
l’utilisation rationnelle des sources d’énergie renouvelables et à la
cogénération de chaleur et d’électricité qui fonctionne de façon
satisfaisante et soit non discriminatoire, transparent et incitatif.
2.4. Institutions et mesures réglementaires
Institutions réglementaires. La nouvelle loi sur l’énergie de la
République tchèque a radicalement modifié les institutions
réglementaires du pays en janvier 2001. Auparavant, le secteur était
réglementé par le ministère des Finances ainsi que par le ministère de
l’Industrie et du Commerce, qui étaient responsables au premier chef de
la politique énergétique aux termes de la loi de 1994 sur l’énergie. Le
ministère de l’Industrie et du Commerce comprenait l’Administration de
réglementation de l’énergie, créée en janvier 1998, qui relevait
directement du ministre. Toutefois, le ministère des Finances avait le
pouvoir de réglementer les tarifs dans le cadre de ses attributions
générales en matière de réglementation des prix. L’Inspection de l’énergie
de l’État veillait au respect de la loi sur l’énergie par les organismes
soumis à réglementation, et rendait compte de ses activités au ministère
de l’Industrie et du Commerce. Cette Inspection exerçait les fonctions de
contrôle et évaluait les pénalités que devait acquitter une entreprise si elle
ne prenait pas les mesures préconisées dans un rapport la concernant. Par
ailleurs, l’Office pour la protection de la concurrence économique
applique le droit de la concurrence.
La nouvelle loi tchèque sur l’énergie est en vigueur depuis
janvier 2001. C’est le principal instrument législatif au service des
objectifs de la réforme fondamentale lancée par les autorités dans le
secteur de l’électricité pour y intensifier la concurrence en prenant des
mesures qui transposent la directive de l’UE en la matière. En vertu de la
nouvelle loi :
- Le ministère de l’Industrie et du Commerce conserve ses compétences
en matière de politique énergétique, d’observation des accords
internationaux et de participation aux organisations internationales ; il
est responsable également de la délivrance d’autorisations de
construction des nouvelles centrales d’une puissance égale ou
supérieure à 30 MW et des installations de transport.
- Le nouveau régulateur indépendant, l’Office de régulation de l’énergie,
reprend la majeure partie des fonctions réglementaires du ministère de
l’Industrie et du Commerce et de l’Administration de réglementation de
l’énergie en ce qui concerne le secteur de l’énergie (qui comprend la
production d’électricité, de gaz et de chaleur) ainsi que les fonctions de
réglementation des prix précédemment dévolues au ministère des
Finances.
- Un président désigné par le gouvernement est à la tête de l’Office de
régulation de l’énergie. Il ne peut être démis de ses fonctions que pour
incapacité ou pour acte répréhensible. Le président se prononce en
deuxième instance sur les recours intentés contre les décisions prises
en première instance par le régulateur.
- L’Office de régulation de l’énergie accorde et retire les autorisations
d’activité commerciale, notamment dans la production, le transport, la
distribution et le négoce d’électricité en se fondant sur des critères
relatifs à l’honorabilité ainsi qu’aux capacités financières,
professionnelles et techniques.
- Les titulaires d’autorisations doivent tenir des comptes séparés des
recettes et des dépenses, et établir des bilans à part, pour chaque
activité autorisée. La loi ne prescrit pas la séparation structurelle,
juridique ou opérationnelle, mais seulement la séparation comptable,
ce qui est conforme au cadre de l’UE. Les détenteurs d’autorisations
doivent communiquer au régulateur des informations sur les profits et
les pertes ainsi que sur le bilan.
- L’Office de régulation de l’énergie réglemente les prix et la qualité du
service, les conditions de raccordement et les activités de négoce ; en
outre, il définit les zones de desserte. Les décisions réglementaires
doivent être rendues publiques. Il remplace ainsi le ministère des
Finances qui exerçait auparavant les fonctions de réglementation des
prix. L’Office de régulation de l’énergie sera habilité à rassembler des
informations et à décider les procédures et méthodes de régulation des
prix (notamment, les règles en matière d’affectation des coûts,
de rentabilité de l’investissement, d’évaluation et d’amortissement des
actifs).
- L’Office de régulation de l’énergie peut examiner les cas où un accord
d’accès de tiers n’a pas pu être conclu.
- L’Office de régulation de l’énergie peut émettre des avis sur les projets
de codes et de règles de fonctionnement des réseaux de transport et de
distribution, ainsi que sur les transactions sur le marché. Ces règles
feront l’objet d’un décret préparé par le ministère de l’Industrie et du
Commerce.
- L’Office d’État d’inspection de l’énergie succède à l’organisme
d’inspection précédent et supervise les activités dans le secteur
énergétique.
-
Libéralisation pour les consommateurs. Aux termes de la loi sur l’énergie,
les consommateurs bénéficieront de la libéralisation selon le calendrier
suivant :
- Le 1er janvier 2002, du côté de la demande, les clients finaux ayant une
consommation annuelle supérieure à 40 GWh dans un seul site,
autoproduction comprise, seront des clients éligibles. Du côté de l’offre,
le droit d’accès aux réseaux de transport et de distribution sera accordé
aux titulaires d’autorisations de production d’électricité disposant
d’une puissance installée supérieure à 10 MW. (Selon les estimations,
l’ouverture est supérieure à 30 % du marché).
- Le 1er janvier 2003, du côté de la demande, les clients finaux ayant une
consommation annuelle supérieure à 9 GW h dans un seul site,
autoproduction comprise, seront des clients éligibles. Du côté de l’offre,
le droit d’accès aux réseaux de transport et de distribution sera accordé
à tous les titulaires d’autorisations de production d’électricité. (Selon
les estimations, l’ouverture est supérieure à 40 % du marché).
- Le 1er janvier 2005, les clients finaux ayant une consommation annuelle
supérieure à 100 MWh desservis par des réseaux à basse tension seront
éligibles. (Selon les estimations, l’ouverture est supérieure à 50 % du
marché.)
- A partir du 1er janvier 2006, tous les clients finaux seront éligibles
(ouverture du marché de 100 %).
Apparemment, aucun mécanisme n’est prévu pour accélérer par
décret le calendrier d’ouverture du marché de l’électricité établi dans la
législation. Selon les prévisions, la libéralisation commencera
en 2002 après le rééquilibrage des tarifs pour qu’ils reflètent les coûts. Le
degré d’ouverture du marché prévu à terme est plus large que celui
qu’impose la directive de l’UE, mais l’ouverture effective sera plus lente
que dans nombre d’autres pays de l’UE (mais non dans tous).
Accès et interconnexion. Dans le nouveau dispositif, un producteur
détenteur d’une autorisation a le droit d’être raccordé au réseau s’il a
conclu un contrat d’approvisionnement avec un client et un contrat de
transport et/ou de distribution, et que le gestionnaire du réseau de
transport ou de distribution concerné lui a demandé de fournir de
l’électricité (c’est la fonction de dispatching). Les producteurs doivent
communiquer des informations sur les contrats à des fins de dispatching.
Le gestionnaire du réseau de transport doit assurer le dispatching
technique.
Aux termes de la nouvelle loi, le gestionnaire du réseau de transport
et ceux des réseaux de distribution doivent offrir les mêmes conditions
d’accès, convenues à des prix maximums réglementés, à tous les clients
éligibles et aux producteurs autorisés
[2] qui respectent les règles de
fonctionnement et d’exploitation du réseau énoncées dans le Code de
fonctionnement des réseaux de transport et de distribution (qui sera
ultérieurement promulgué par décret). Le gestionnaire du réseau de
transport ou ceux des réseaux de distribution peuvent refuser
l’interconnexion en cas de capacité de transport insuffisante ou de
risques pour la fiabilité de fonctionnement du réseau. Le gestionnaire du
réseau de transport peut restreindre ou suspendre le transport dans des
situations de danger ou d’urgence, ainsi que pour des réparations – mais
apparemment, il ne peut pas le faire en vertu de contrats
d’approvisionnement interruptibles en cas de congestion. Le gestionnaire
du réseau de transport doit assurer les services de transport sur la base de
contrats conclus et il est responsable de la prestation des services
auxiliaires, notamment les réglages de la tension, de la fréquence et de la
puissance. Le gestionnaire du réseau de transport est également
responsable du dispatching ou de l’équilibrage du réseau et les
gestionnaires des réseaux de distribution sont chargés de l’équilibrage des
réseaux secondaires faisant partie de leurs réseaux de distribution. Dans
les faits, en conséquence, les propriétaires du réseau de transport et des
réseaux de distribution sont également chargés de les exploiter – la loi ne
prévoit pas la possibilité d’exploitation du réseau par un gestionnaire de
réseau indépendant. Cependant, la décision du gouvernement spécifiant
les conditions de privatisation de CEZ a.s. et de CEPS a.s. impose la
séparation structurelle du gestionnaire du réseau de transport un an
après la privatisation de CEZ a.s.. Les détails concernant l’exploitation du
réseau et le dispatching seront publiés dans un décret ultérieur.
Le gestionnaire du réseau de transport ne doit pas exercer de
discrimination entre les clients par le biais des modalités d’accès. Il ne
peut pas non plus être titulaire directement d’une autorisation de négoce
ou de production d’électricité. On voit donc, dans ce cas, que la loi exige
plus qu’une séparation comptable entre ces activités, qui doivent aussi
faire l’objet d’une séparation juridique, mais elle ne semble pas exclure la
propriété commune des différentes entités détentrices de ces
autorisations ; autrement dit, elle n’impose pas la séparation structurelle.
Le gestionnaire du réseau de transport peut limiter les importations
si le régulateur en décide ainsi, sur la base des conditions décrites ci-après. A partir de 2001, CEPS a.s. jouera le rôle de gestionnaire du réseau
de transport (GRT). Le changement de statut du gestionnaire de réseau de
transport est envisagé au moment de la privatisation de CEZ a.s.
Le cadre régissant les activités des gestionnaires des réseaux de
distribution est équivalent pour ce qui a trait aux conditions de
raccordement, à la tarification et au dispatching. Il est à noter toutefois
qu’un gestionnaire de réseau de distribution peut ne pas être titulaire
d’une autorisation de transport d’électricité. Cette fois encore, il semble
que la séparation juridique soit obligatoire, mais non la séparation
structurelle. Le régulateur peut décider qu’une même entité détienne une
autorisation de distribution et une autorisation de négoce d’électricité. Le
gestionnaire du réseau de distribution peut choisir le fournisseur
d’électricité pour les clients protégés, et il a l’obligation d’assurer leur
fourniture.
Un client éligible a le droit d’acheter de l’électricité dans la
République tchèque à des producteurs et à des négociants autorisés, mais
il est à noter qu’il ne peut pas en acheter à des détenteurs d’autorisations
de distribution, à moins que ceux-ci ne soient titulaires également d’une
autorisation de production ou de négoce. On peut en déduire que le
titulaire d’une autorisation de distribution devra également être
négociant pour pouvoir vendre de l’électricité. Cette condition garantit la
séparation comptable entre ces fonctions. De même, les clients éligibles et
les négociants ont le droit d’acheter de l’électricité dans d’autres pays, si
des restrictions aux importations ne les en empêchent pas.
Un opérateur du marché de l’électricité sera tenu de préparer des
bilans des transits d’électricité sur la base des informations figurant dans
les contrats conclus entre les acteurs du marché à l’intention des
gestionnaires des réseaux de transport et de distribution (à des fins de
dispatching). L’opérateur du marché sera également chargé du
fonctionnement d’un éventuel marché à court terme, en regroupant les
offres et les demandes, en fixant les prix et en communiquant aux parties
intéressées le résultat de l’équilibrage qui en découlera pour
l’établissement des contrats. L’opérateur du marché évaluera également
les approvisionnements effectifs et contractuels pour fixer le prix de
règlement entre les participants du marché et préparer des bilans à plus
long terme pour en informer le marché. L’opérateur du marché peut exiger
des participants qu’ils communiquent des informations pertinentes pour
exécuter les tâches qui lui sont dévolues. Les règles de fonctionnement du
marché n’ont pas encore été arrêtées et elles seront promulguées par
décret.
Le ministère de l’Industrie et du Commerce peut imposer des limites
aux importations d’électricité pour des raisons de sécurité, mais aussi
pour prévenir les abus de position dominante, notamment au détriment
des clients protégés (non éligibles), ainsi que dans les cas où les
obligations et les tâches imposées aux producteurs d’électricité et aux
clients éligibles dans le pays exportateur ne sont pas comparables aux
droits et aux obligations des producteurs d’électricité et des clients
éligibles en République tchèque (exigence de réciprocité). Jusqu’en
janvier 2005, les importations peuvent également faire l’objet de
restrictions en cas de déséquilibre de l’approvisionnement électrique
en République tchèque ou dans les services de réseau et de risque de
préjudice lié à l’utilisation des ressources primaires dans le pays.
Coûts échoués. La République tchèque ne s’attend pas à des coûts
échoués importants découlant de la réforme de la réglementation. Dans le
cadre d’un programme qui est arrivé à son terme à la fin de 1998, plus de
47 milliards de CZK ont été investis dans des technologies de
désulfuration, des chaudières à lit fluidisé et des dispositifs de
dénitrification afin de respecter les normes environnementales de l’UE.
Ces investissements étaient nécessaires pour permettre la poursuite de
l’exploitation des grandes centrales électriques (comportant des tranches
d’une puissance installée supérieure à 50 MW) dans le système électrique
tchèque. Si certaines de ces tranches étaient fermées, les investissements
correspondants deviendraient des coûts échoués, ce qui se produirait
aussi en cas d’importation d’électricité bon marché. Néanmoins, le cadre
juridique mis en place en vertu de la loi prévoit une restructuration des
importations, si cela s’avère nécessaire.
Application du droit de la concurrence. Le droit de la concurrence
s’applique au secteur de l’énergie et c’est l’Office pour la protection de la
concurrence économique qui est chargé de veiller à son respect. Dans la
mesure où une activité du secteur de l’électricité est menée en conformité
avec la loi sur l’énergie, elle ne contrevient pas à la loi sur la concurrence
et la compétence de l’Office ne sort pas du cadre prévu par la loi sur
l’énergie. En cas de violation possible de la loi sur la concurrence, l’Office
coopère avec l’Office d’État d’inspection de l’énergie ou avec le ministère
de l’Industrie et du Commerce. L’Office a défini le marché géographique
de l’électricité, qui coïncide avec les territoires desservis par chacune des
entreprises de distribution régionales. Il n’a pas encore eu à traiter de
propositions de fusions dans le secteur de la distribution. Par ailleurs,
compte tenu des plans de privatisation proposés pour CEZ a.s. et les
entreprises de distribution régionales, il est peu probable que se posent
des problèmes importants liés à des fusions, sauf peut-être au niveau de
la production, car la privatisation entraînera, en réalité, une fusion du
secteur de la distribution. Il est pertinent d’analyser les conséquences
pour le jeu de la concurrence de la privatisation proposée et de se
demander, par hypothèse, si l’Office autoriserait une fusion de toutes les
entreprises de distribution régionales si elles appartenaient à des
investisseurs différents.
2.5. Autres aspects liés à la concurrence dans le secteur
électrique tchèque
Il est encore prématuré d’évaluer les chances de réussite des
nouvelles dispositions réglementaires car beaucoup de détails doivent
encore être arrêtés par décret. Par conséquent, l’analyse ci-après est axée
sur les grandes questions structurelles et les éventuels problèmes liés à la
réglementation.
Un aspect qui revêt de l’importance est la définition du marché
considéré pour évaluer les questions liées à l’instauration de la
concurrence. Les grands problèmes que soulève la stratégie de
privatisation annoncée par les autorités sont notamment une forte
concentration au niveau de la capacité de production et une intégration
structurelle verticale importante entre le producteur dominant et le
secteur de la distribution et de la vente aux consommateurs finals. La
concentration au niveau de la production pourrait ne pas poser de
difficultés si le marché considéré était un marché européen intégré –
car le secteur tchèque ne représenterait que 2 % environ de la production
européenne. En revanche, si le marché considéré est la République
tchèque, ou s’il correspond à des régions infranationales, l’instauration de
la concurrence posera des problèmes indéniables. Pour plusieurs raisons,
on estime qu’il vaut mieux envisager l’analyse dans l’optique d’un marché
national tchèque. Premièrement, les prix de l’électricité sont relativement
faibles dans le pays, qui devrait en outre devenir un exportateur net
important. De surcroît, les prix de l’électricité (hors taxes) varient très
sensiblement d’un pays de l’UE à l’autre, ce qui permet de penser que le
marché communautaire n’est pas encore très intégré
[3]. En conséquence,
pour l’heure, les importations sont peu susceptibles d’exercer des
pressions concurrentielles. Au fur et à mesure que l’intégration
progressera au sein de l’UE et que les prix augmenteront en conséquence
dans la République tchèque, il sera plus avisé de considérer le secteur de
la production et le marché de gros tchèques comme étant partie
intégrante d’un marché européen plus vaste, mais cela prendra plusieurs
années. Deuxièmement, la démarche adoptée par les autorités dressera
des obstacles à l’entrée du marché intérieur de la distribution et de la
vente aux consommateurs finals, qui resteront sans doute importants.
Selon toute vraisemblance, la majeure partie de ce secteur sera
verticalement intégrée sous la houlette du producteur dominant, de sorte
que l’ouverture à la concurrence dépendra des nouveaux entrants, c’est-à-dire des négociants dont l’activité sera tributaire de l’application
effective de l’accès réglementé aux services de transport et de
distribution. Des marchés de cette nature sont plus localisés que les
marchés de gros. Il est déraisonnable de supposer que la libéralisation
conférera au marché considéré une dimension internationale, sauf peut-être pour les très gros clients. Partant, la suite de l’analyse portera
essentiellement sur le marché intérieur tchèque.
Encadré 3. Cadre pour l’analyse de la concurrence
dans le secteur électrique tchèque
Le cadre décrit ci-après sert de base pour réfléchir aux questions soulevées
par l’ouverture à la concurrence du secteur tchèque de l’électricité. Il part des
principes selon lesquels, lorsque la concurrence est possible, il n’est pas
nécessaire ou souhaitable de réglementer le comportement du marché, sauf
pour des questions de sécurité, d’environnement et de protection des
consommateurs ; lorsque la concurrence n’est pas possible, la réglementation
devrait viser à obtenir les mêmes résultats que donnerait une situation de
marché (notamment par la réglementation des prix dans les monopoles
naturels) et, si la réglementation s’avère nécessaire pour remédier à une
défaillance du marché, il faudra user d’une prudence considérable pour éviter
une défaillance de la réglementation (qui risque d’avoir des effets bien plus
graves qu’une défaillance du marché). Les questions suivantes se posent :
- Dans quels segments du secteur est-il possible de faire jouer la concurrence
et quels sont ceux où ce n’est pas possible ?
- Est-il possible d’instaurer une concurrence plus intense ou plus efficace
au niveau de la production ?
- Pour parvenir à une meilleure situation de concurrence, gagnerait-on à
autoriser, au niveau de la vente aux consommateurs finals, la concurrence
entre les entreprises de distribution ou l’entrée de nouveaux acteurs dans
ce segment du marché ?
- Quels sont les mécanismes permettant de faire régner une concurrence
réelle dans les segments où elle peut jouer, afin de réduire ainsi la
réglementation nécessaire ?
- Le strict respect de la directive de l’UE sur l’électricité permettra-t-il de
parvenir à ce résultat, ou bien le gouvernement tchèque devrait-il pousser
plus loin les réformes ou en accélérer l’application ?
- Quel est le meilleur moyen de garantir une réglementation efficace des prix et
de la qualité dans les segments non concurrentiels, en particulier le transport ?
- Quelles sont les institutions et les pouvoirs de réglementation qu’il
conviendrait de mettre en place ?
- Quelles sont les formes de réglementation incitative qui peuvent être
mises en œuvre ?
Privatisation. Le gouvernement prévoit de poursuivre la privatisation
du secteur de l’électricité. Des propositions dans ce sens avaient déjà été
avancées, d’où il ressort des divergences internes sur la meilleure manière
de procéder. Plus récemment, en octobre 2000, le ministère de l’Industrie
et du Commerce a annoncé que la privatisation se poursuivrait en 2001
par la vente groupée, à un seul acheteur (ou consortium), de la
participation de 67 % de l’État dans le capital de CEZ a.s., dont il
conserverait toutefois 3 %
[4], et de ses participations de contrôle dans les
entreprises de distribution. De ce fait, l’acheteur unique détiendra une
entreprise verticalement intégrée, qui contrôlera la majeure partie de la
production ( 64 % de la demande en 2000) et possédera des participations
majoritaires dans six des huit entreprises de distribution régionales. Cet
acheteur pourrait théoriquement aussi détenir ou acquérir des
participations dans les deux autres entreprises de distribution régionales.
Les perspectives d’instauration de la concurrence au bénéfice des
consommateurs sont compromises par cette démarche de privatisation.
Dans cette structure, le seul espoir d’ouverture à la concurrence vient du
régulateur et des nouveaux entrants. Il faut se demander si la séparation
comptable (sans séparation structurelle) et les plans visant à privatiser CEZ
a.s. en la laissant intacte et intégrée avec les entreprises de distribution est
la meilleure stratégie pour maximiser la croissance économique et le bien-être des consommateurs dans la République tchèque.
De par son intégration verticale, CEZ a.s. participe directement ou
indirectement, par le biais des filiales dont elle détient des participations
majoritaires, à des activités qui pourraient être concurrentielles et à des
activités monopolistiques, d’où son intérêt à exercer une discrimination à
l’encontre des nouveaux entrants ou des concurrents existants. La
discrimination à l’égard des producteurs indépendants en atteste de
manière évidente. A l’heure actuelle, les producteurs indépendants
vendent de l’électricité en concurrence avec CEZ a.s. aux entreprises de
distribution régionales qui ont pu, dans une certaine mesure, s’affranchir
de la dépendance à l’égard de CEZ a.s. en recherchant d’autres sources
d’approvisionnement électrique. Or, si CEZ a.s. et les entreprises de
distribution régionales appartiennent à un même actionnaire privé,
l’autonomie des entreprises de distribution régionales vis-à-vis de CEZ
a.s. cessera probablement
[5]. Le propriétaire unique de CEZ a.s. et des
entreprises de distribution régionales ne serait disposé à acheter de
l’électricité aux producteurs indépendants qu’à condition que leur prix
soit inférieur au coût marginal de production de CEZ a.s. En conséquence,
l’éventail des nouveaux clients potentiels des producteurs indépendants
pourrait sensiblement se réduire et se limiter aux clients considérés
éligibles dans le calendrier de libéralisation
[6].
La discrimination peut aussi s’exercer de manière indirecte,
notamment par le biais des modalités d’affectation de la capacité et du
choix du moment où l’information est communiquée. Une régulation
indépendante peut tenter de lutter contre les comportements
discriminatoires, mais la réglementation peut être très interventionniste
et coûteuse pour le régulateur et l’entreprise, sans pour autant s’avérer
d’une grande efficacité, en général. Par contre, des solutions structurelles,
applicables aisément et relativement vite en République tchèque,
introduisent une concurrence réelle par la séparation de la propriété des
entreprises menant des activités concurrentielles de celle des entreprises
qui jouissent d’un monopole naturel. Il faut certes que les activités
monopolistiques soient réglementées de manière indépendante pour
prévenir les pratiques de prix abusifs, mais le régulateur n’est plus chargé
de la tâche ardue consistant à déceler et à empêcher la discrimination.
Vente. La ventes et la commercialisation de l’électricité constituent
une activité potentiellement concurrentielle. Dans le contexte tchèque, de
nouveaux entrants peuvent s’engager dans cette activité en qualité de
négociants autorisés à acheter et à vendre de l’électricité à d’autres clients
éligibles sur le marché de l’électricité, c’est-à-dire à des clients non
protégés. Ces négociants auront besoin d’accéder aux installations de
transport de CEPS a.s. ainsi qu’aux installations de distribution. Comme il
n’existe pas de solution de rechange, dans la plupart des cas, il ne serait
pas rentable pour les nouveaux entrants d’éviter les transits par les
réseaux de distribution ou de transport en construisant leurs propres
installations. Aux termes de la nouvelle loi sur l’énergie, l’accès aux
réseaux de transport et de distribution doit être réglementé par l’Office de
régulation de l’énergie et les gestionnaires de ces réseaux sont obligés
d’y accorder l’accès à des prix réglementés.
En cas de différend en matière d’accès, l’entreprise verticalement
intégrée l’emporte sur sa rivale non intégrée parce que celle-ci subit une
discrimination tant que le différend n’est pas réglé. En raison des retards,
l’entrée sur le marché risque de ne pas être rentable. Le règlement rapide
des différends est un facteur positif dans un régime réglementaire. Une
réglementation de l’accès ex ante, conforme au droit de la concurrence et
permettant un règlement rapide des différends – surtout pendant les
premières phases de la libéralisation –, vaut beaucoup mieux que l’octroi
de l’accès ex post, après saisine des autorités compétentes, enquête,
décision et mesures d’application pour l’obtenir. Aussi, l’obligation prévue
par la législation tchèque d’accorder l’accès aux réseaux de transport et
de distribution à des tarifs réglementés par l’Office de régulation de
l’énergie est-elle un élément du cadre prévu qui va dans le bon sens.
En tout état de cause, la structure économique qui résultera de la
privatisation en bloc de CEZ a.s. et des entreprises de distribution
régionales qui en seront les filiales compliquera considérablement la
tâche du régulateur tchèque pour assurer l’accès aux réseaux. Bien que la
nouvelle loi sur l’énergie transpose le degré de séparation requis par la
directive de l’UE sur l’électricité, cette dernière n’empêche pas les pays
d’adopter des solutions structurelles plus radicales. Un nombre croissant
d’indices (voir OCDE 2000 ) tendent à prouver que la séparation
structurelle est de nature à produire des résultats plus favorables à la
concurrence et réduit le poids de la réglementation nécessaire pour que
les résultats sur le marché s’apparentent davantage à des solutions
concurrentielles. Le risque de défaillance de la réglementation est
d’autant plus faible, et son coût moins lourd, que le fardeau imposé par les
mesures réglementaires est moindre.
La privatisation intégrée proposée soulève une autre question délicate,
du fait de l’actionnariat extrêmement concentré des entreprises de
distribution régionales, et limite sensiblement les perspectives
d’instauration rapide de la concurrence au niveau de la vente aux
consommateurs finals. Dans le cas contraire, les entreprises de distribution
régionales auraient sans doute rivalisé entre elles en s’introduisant sur
leurs marchés régionaux respectifs. Or, il ne sera pas dans l’intérêt de
l’actionnaire qui les contrôle toutes que ce type de concurrence apparaisse
– en revanche, il a intérêt à conserver un pouvoir de marché maximum. Par
conséquent, pour que règne la concurrence dans le secteur de la vente aux
consommateurs finals, il faudrait que des négociants en électricité, en
faisant leur entrée sur le marché, décident de mettre sur pied des activités
de fourniture. Il est particulièrement regrettable que l’on laisse échapper
l’occasion de stimuler la concurrence à ce niveau, car c’est un secteur qui
aurait normalement offert de bonnes perspectives d’ouverture rapide à la
concurrence. Ainsi qu’il a été signalé plus haut, l’expérience observée dans
de nombreux pays donne à penser que la séparation structurelle est une
démarche plus propice à la concurrence – les propositions tchèques sont
loin de correspondre à cette pratique exemplaire. C’est pourquoi des
arguments solides plaident pour la privatisation séparée des entreprises de
distribution régionales. Étant donné que la restructuration antérieure du
secteur de l’électricité avait déjà fait de ces entreprises des entités
distinctes, il serait relativement simple de les privatiser séparément. En ce
sens, la stratégie de privatisation annoncée par les autorités se solde par
une occasion manquée. Les investisseurs étrangers – principalement des
entreprises énergétiques – qui ont acquis des participations dans les
entreprises de distribution mais dont aucune offre n’a été retenue lors de la
privatisation seront des actionnaires minoritaires d’entreprises qui seront
probablement contrôlées par l’un de leurs concurrents. Compte tenu du
piètre bilan de beaucoup d’investisseurs étrangers possédant des
participations minoritaires dans des entreprises tchèques, par suite de
problèmes liés au cadre de gouvernance des entreprises (voir chapitre 1),
cette situation risque de dissuader les investisseurs étrangers d’engager
des capitaux en République tchèque.
Quelle que soit l’organisation qui se dessinera dans le secteur de la
vente aux consommateurs finals, il importera que les autorités accordent
l’attention voulue aux problèmes de protection des consommateurs qui
sont apparus dans certains marchés où la concurrence venait de
s’instaurer. En particulier, il faudra prendre garde aux problèmes que
poserait la multiplication des entreprises sur le marché de la fourniture
aux clients finals (où les nouveaux entrants poussent inopportunément
les consommateurs à changer de fournisseur) et assurer une protection
puissante des consommateurs contre des comportements abusifs des
entreprises ou un service qui pourrait laisser à désirer.
Concurrence au niveau de la production. Une certaine concurrence
s’exerce d’ores et déjà sur le marché au niveau de la production.
Cependant, comme on l’a signalé précédemment, l’un des effets
particulièrement regrettables de la réintégration des participations de
l’État dans ce secteur prévue dans la privatisation proposée, tient à ce
qu’elle « étranglera » les producteurs indépendants et renforcera
concrètement la position dominante de CEZ a.s. au niveau de la
production. Partant, pour préserver un environnement concurrentiel à ce
niveau, il importerait de ne pas vendre CEZ a.s. et les entreprises de
distribution régionales sous une forme intégrée.
Une autre possibilité de stimuler la concurrence passerait par la
séparation horizontale de la capacité de production de CEZ a.s. entre
plusieurs entreprises concurrentes – d’autres pays ont opté pour cette
solution qui avait été précédemment préconisée en République tchèque –
voir SEVEn ( 1999). CEZ a.s. ne possède pas une grande puissance installée
en comparaison de certaines des plus grandes entreprises internationales
d’électricité, mais cela ne signifie pas forcément que l’éclatement de son
parc de production en un certain nombre de groupes concurrents
donnerait lieu à des entreprises qui n’atteindraient pas l’échelle
d’efficience minimale. Il faudrait effectuer une étude détaillée des coûts
de production de CEZ a.s. pour formuler des recommandations
judicieuses sur le nombre viable d’entreprises concurrentielles auquel
pourrait aboutir une telle séparation. Une étude de cette nature ne rentre
pas dans le cadre du présent rapport, mais il serait souhaitable que les
autorités tchèques la réalisent pour être en mesure de prendre des
décisions plus rationnelles. Cette démarche serait sans doute beaucoup
plus intéressante pour d’autres acteurs en place dans le secteur, et pour
les producteurs indépendants en particulier. En effet, ce n’est pas une
concurrence excessive qui inquiète les producteurs indépendants, mais
un abus de position dominante de la part de CEZ a.s., ainsi qu’un conflit
d’intérêts dans l’appareil réglementaire. L’instauration d’une concurrence
réelle dans ce secteur est le meilleur moyen d’atténuer autant que
possible la flambée des prix à la consommation, en ce sens que les
économies imputables à la concurrence au niveau de la production
pourront compenser en partie la suppression des subventions croisées
actuellement créées par le rééquilibrage des tarifs (voir encadré 4).
CEZ a.s. a perdu des parts de marché au profit des producteurs
indépendants, pour l’essentiel en raison des prix plus élevés qu’elle
pratique. En conséquence, le pouvoir de marché détenu par CEZ a.s. est
allé en diminuant. Il pourrait se réduire encore par suite de l’intégration
des marchés européens. C’est pourquoi, si la séparation horizontale de
CEZ a.s. pourrait être jugée souhaitable, elle aura peut-être moins
d’importance à plus long terme que la séparation verticale sur laquelle on
a insisté plus haut. Pour l’heure, le pouvoir de marché de CEZ a.s. pose des
problèmes pour concevoir le marché de gros dans le cadre de la
libéralisation. Il est plausible d’envisager que CEZ a.s. exercera un pouvoir
de marché à ce niveau en tant que producteur marginal – c’est-à-dire qu&rs