Revue sur le droit et la politique de la concurrence
Ed. de l’OCDE

I.S.B.N.
170 pages

p. 151 à 168
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Volume 4 2002/4

2002 Revue de l’OCDE sur le droit et la politique de la concurrence

Le secteur de l’électricité en Russie

Sally van Siclen  [*]
Le secteur de l'électricité joue un rôle clé dans l'économie de la Fédération de Russie et pour le bien-être de ses citoyens. Déjà partiellement privatisé, ce secteur a connu sur le plan de la réforme de ses structures et de sa réglementation des hauts et des bas. Dans le cadre d'un soutien actif à long terme des efforts de réforme de la Fédération russe, une réunion s'est tenue à Moscou en mai 2001 au niveau des experts des pays membres de l'OCDE et des responsables russes pour discuter des leçons à tirer de l'expérience en matière de réforme de ce secteur des pays de l'OCDE. Les principales recommandations ont porté sur la restructuration – assurer une déconcentration suffisante au niveau de la production et un contrôle non discriminatoire à l'accès au réseau par des entreprises distinctes au niveau de la production et de la transmission – la formation des prix au niveau de la transmission, le service universel, les modalités institutionnelles (en donnant au régulateur indépendant des objectifs transparents ainsi que des pouvoirs) et les dispositions en période de transition. La Russie est un cas unique mais beaucoup de considérations politiques qui lui sont destinées s'appliquent également à de nombreux autres pays.
 
1. Introduction
 
 
Dans le secteur de l’électricité, une réforme bien conçue améliore les performances économiques, ce dont profitent les consommateurs industriels et commerciaux et les ménages. Elle se traduit en général par une réduction des coûts (grâce à une efficience accrue), une baisse des prix payés par les consommateurs industriels et commerciaux, une diminution des taxes payées par les ménages à mesure que disparaissent les subventions inutiles, une fiabilité supérieure, un meilleur service, un plus grand choix pour le client, et davantage d’innovations qu’en l’absence de réformes. La libéralisation du secteur de l’électricité amène les avantages de la concurrence, mais elle exige également des instruments destinés à limiter l’exercice du pouvoir de marché.
Les décisions concernant un certain nombre d’éléments de la réforme – structure du secteur, tarification du transport, conception du marché, conception institutionnelle et dispositions relatives au service universel – doivent être prises de manière cohérente, parce que la conception de chacun des éléments influe sur la faisabilité des autres et sur leur caractère souhaitable. Les décisions doivent tenir pleinement compte de la structure physique existante du secteur de l’électricité et des secteurs connexes, et des contextes physique, juridique et économique. La réforme du secteur de l’électricité doit être accompagnée de réformes dans d’autres composantes de l’économie, comme le développement de marchés efficaces pour les combustibles.
Il est essentiel que les décisions concernant les réformes structurelles et la conception du marché soient prises à un stade précoce. La structure du secteur peut difficilement être modifiée après la mise en œuvre des réformes, étant donné que le transfert des droits de propriété – dont le respect est une condition préalable à de nouveaux investissements du secteur privé – devient coûteux. De nombreuses décisions de conception, que l’on pourrait prendre pour des « détails », peuvent avoir des conséquences de grande portée pour le succès de la réforme. Les erreurs risquent d’être coûteuses et durables puisqu’elles peuvent affecter des décisions d’investissements dont la durée de vie économique peut atteindre 40 ans.
Il convient de dissocier la conception de la réforme et sa mise en œuvre. La participation des compagnies d’électricité, des consommateurs et des experts de l’industrie à la phase de conception peut contribuer à en assurer la cohérence technique. La mise en œuvre de la réforme, toutefois, devrait être confiée à des organismes officiels. Cette formule garantit au mieux la satisfaction des grands objectifs publics, et réduit le risque d’une recherche de consensus sur chacun des points, qui pourrait se traduire par des incohérences techniques. Du fait des étroites liaisons entre la politique de la concurrence et la politique de réforme structurelle, l’autorité responsable de la concurrence doit jouer un rôle de premier plan. (L’expérience de certains pays de l’OCDE donne à penser que les pouvoirs et les ressources des autorités chargées de la concurrence et de la réglementation doivent être considérablement accrus pour qu’elles puissent exercer leurs nouvelles responsabilités de manière adéquate.)
Mesurage et paiement sont tous deux essentiels pour un marché libéralisé. Les gains en efficience résultant de la concurrence sur un marché libéralisé et d’une meilleure réglementation économique exigent que des incitations économiques adéquates soient proposées aux acteurs du marché. L’absence de paiement ou de mesurage atténue les conséquences économiques des comportements. Faute de compteurs individuels, les consommateurs ne peuvent pas surveiller leur consommation, ne tirent aucun avantage de leurs économies d’énergie, et peuvent être victimes de coupures dues à un défaut de paiement de la part de l’entité responsable vis-à-vis de la compagnie d’électricité.
La plupart des pays de l’OCDE se sont engagés sur la voie de la réforme du secteur de l’électricité alors que les prix étaient supérieurs au coût, et la réforme est intervenue à peu près au moment où de nouvelles technologies et de nouvelles sources d’approvisionnement en combustible abaissaient les coûts. En Russie, la position de départ est fondamentalement différente, de sorte que la réforme sera plus difficile du point de vue politique. Des orientations politiques et un engagement clairs de la part des pouvoirs publics seront donc encore plus indispensables pour garantir la cohérence et faire en sorte que la réforme franchisse avec succès la phase de transition.
 
2. Le pouvoir de marché sur les marchés de l’électricité
 
 
L’électricité ne peut pas être stockée en grandes quantités de manière pratique, et elle est soumise à un large éventail de conditions d’offre et de demande. Par conséquent, chaque moment représente un marché des produits distinct et chaque marché des produits sera associé à un marché géographique distinct. Le marché géographique pertinent est déterminé (dans une grande mesure) par les contraintes de transport et les conditions de la demande dans d’autres régions. L’un des enseignements à tirer de l’expérience récente est que de gros problèmes peuvent surgir en un laps de temps très bref sur les marchés temporels de l’énergie électrique.
Au cours d’une période donnée, seules quelques sources de production seront à la marge ou proches de la marge, c’est-à-dire qu’elles produiront de l’énergie pour répondre à une demande résiduelle ou marginale. Les compagnies qui peuvent exercer un pouvoir de marché sont celles dont la centrale est nécessaire pour répondre à la demande résiduelle ou marginale. On peut ainsi à juste titre, pour évaluer la capacité d’exercer un pouvoir de marché, axer l’attention sur le nombre et la concentration des sources d’offre à la marge, dans diverses conditions d’offre et de demande [1]. Les incitations à exercer un pouvoir de marché dépendront toutefois dans une large mesure de la propriété des sources d’offre infra-marginale [2].
C’est au cours des périodes de demande de pointe que les problèmes de pouvoir de marché sont les plus susceptibles de se poser. Les contraintes de transport, qui surgiront le plus probablement au cours de ces périodes, réduisent effectivement le nombre de fournisseurs et augmentent la concentration parmi les fournisseurs en mesure de desservir une zone. En outre, le coût de l’offre supplémentaire tend à augmenter rapidement au cours de ces périodes, de sorte que retenir ne serait-ce qu’une faible partie de la production (ce qui constitue l’un des moyens d’exercer un pouvoir de marché) peut provoquer de fortes augmentations des prix. Par conséquent, lorsque le marché est libéralisé, la capacité de transport nécessaire est plus élevée que lorsque le secteur de l’électricité est réglementé.
Il existe, sur les marchés de l’électricité, d’importants déterminants de l’efficacité de la concurrence, parmi lesquels la structure du secteur, l’élasticité de la demande, les contraintes de transport, le caractère discriminatoire ou non de l’accès au réseau de transport, la forme de la courbe de l’offre, les règles du marché (par exemple, les protocoles de dispatching, les règles concernant les appels d’offres, les dispositions relatives aux services auxiliaires) et les conditions d’entrée (tant pour les nouvelles capacités de production et de transport que pour les capacités existantes agrandies). Ainsi, la restructuration ne peut pas être dissociée d’autres conditions jouant sur la concurrence sur les marchés de l’électricité. L’importance de ces interactions a pour conséquence que le nombre de producteurs suffisant pour la concurrence dépend de ces autres caractéristiques du marché.
L’utilisation d’une panoplie complète de correctifs au pouvoir de marché, tant avant qu’après l’introduction de la concurrence, sera nécessaire pour prendre en compte le pouvoir de marché face à l’ampleur et à la vitesse du changement des conditions du marché. L’utilisation d’un seul correctif, ou d’une gamme limitée, comporte un risque d’échec dans certains ensembles de conditions du marché.
On peut citer six approches essentielles permettant de limiter le pouvoir de marché; elles reposent sur l’expérience de la législation antitrust et sur la théorie économique :
  1. accroître la portée du marché des produits ;
  2. accroître la portée du marché géographique;
  3. accroître la sensibilité de la demande au prix;
  4. réduire la concentration entre les fournisseurs existants au sein des marchés concernés ;
  5. accroître la taille et la sophistication des clients ;
  6. réduire les obstacles à l’entrée.
Les thèmes abordés ci-dessous mettent en œuvre ces approches.
 
3. Restructuration proconcurrentielle
 
 
  • Il faut prendre rapidement des décisions aussi bien sur une structure que sur une conception du marché garantissant une concurrence suffisante. Les choix structurels peuvent exercer une influence considérable sur le développement ultérieur du secteur. Il s’est avéré très difficile, dans d’autres pays, d’intervenir plus tard pour corriger la structure ou limiter l’utilisation du pouvoir de marché.
  • Il faut restructurer pour réduire le pouvoir de marché. Le pouvoir de marché varie considérablement en fonction du moment de la journée, de la saison, des coûts relatifs des combustibles, des précipitations, et des pannes affectant la production ou le transport. Pour réussir une restructuration, on doit prendre en compte la grande diversité des conditions de l’offre et de la demande susceptibles de se trouver réunies. Il ne suffit pas de porter son regard sur la « structure générale » d’un marché.
La restructuration doit prendre en compte la localisation des centrales. Des centrales éloignées ne sont pas nécessairement des concurrents efficaces pour l’approvisionnement d’un centre de charge en cas de congestion des réseaux de transport. Les centrales éloignées peuvent aussi être confrontées à des risques supérieurs d’interruptions du transport ou à des pertes de charge de ligne significatives qui limitent leur importance sur le plan de la concurrence. La restructuration devrait avoir pour but de répartir la propriété de manière telle que l’on trouve, à l’intérieur de chaque région définie par les contraintes de transport, au moins cinq compagnies se livrant à une concurrence active pour fixer les prix à partir de leur centrale marginale.
Chaque centrale devrait, si possible, avoir un seul propriétaire. Si, pour diverses raisons (contraintes existantes et insolubles de propriété, par exemple), une concurrence géographique adéquate ne peut être assurée que par une propriété conjointe de centrales, cette formule peut être applicable, encore qu’elle aggrave considérablement le risque de collusion. Les économies d’échelle au niveau de la centrale, peuvent être différentes pour les exploitants et pour les propriétaires. Même si l’exploitation des centrales est concentrée pour des raisons d’économies opérationnelles, la propriété peut être davantage dispersée sans graves pénalités en termes d’inefficience [3].
  • Il faut réformer la composante demande du marché pour accroître la sensibilité aux prix. Le mesurage et la tarification en temps réel peuvent limiter de manière très sensible le pouvoir de marché parce qu’ils permettent aux consommateurs de réduire leur consommation lorsque les prix sont élevés. Il devient dès lors moins intéressant pour les producteurs d’augmenter les prix. Par ailleurs, la tarification en temps réel peut réduire le prix moyen parce que les consommateurs peuvent reporter une partie de leur consommation sur les périodes où les prix sont moins élevés. Le mesurage et la tarification en temps réel sont importants pour les utilisateurs industriels et seront probablement utiles pour les clients commerciaux. Les usagers résidentiels pourraient tirer avantage de compteurs plus simples, mesurant la consommation de jour et de nuit, et pourraient même, lorsque le prix de compteurs plus sophistiqués sera tombé assez bas, bénéficier d’un mesurage en temps réel. L’introduction du mesurage en temps réel est moins coûteuse lorsqu’elle intervient en masse que lorsqu’elle se fait au coup par coup.
  • Les décisions concernant les marchés de gros et de détail devraient se renforcer mutuellement. Sur les marchés de l’énergie électrique, les concurrences s’instaurant au niveau des marchés de gros et de détail peuvent se renforcer mutuellement de manière très sensible. Une concurrence efficace sur le marché de gros est un élément important pour une concurrence efficace sur le marché de détail puisqu’elle donne aux clients un plus grand choix de fournisseurs. Une concurrence efficace sur le marché de détail favorise la concurrence sur le marché de gros en augmentant la sensibilité des prix à la demande à laquelle doivent répondre les fournisseurs en gros.
3.1. Séparation verticale
Il existe, dans le secteur de l’électricité, trois relations verticales clés où la discrimination peut faire obstacle à la concurrence et augmenter le coût total de l’électricité [4] :
  • entre la production et le transport;
  • entre la distribution au détail et la distribution basse tension;
  • entre la production et la distribution au détail.
La discrimination dans l’accès aux réseaux de transport ou de distribution basse tension augmente le coût total du système, parce que ce n’est pas la production la moins coûteuse qui est utilisée. Lorsque les compagnies de distribution au détail possèdent leurs propres moyens de production, elles peuvent aussi compromettre l’efficacité du marché parce qu’elles utilisent leur propre production plutôt qu’une autre, qui pourrait être moins coûteuse.
  • Il conviendra, dès le début de la réforme, de mettre en place un système indépendant et non discriminatoire pour contrôler l’accès au réseau électrique et les normes de raccordement. Un accès non discriminatoire au réseau de transport est un élément fondamental d’une concurrence efficace sur le plan de la production.
  • La propriété des réseaux de transport devrait être dissociée de celle des moyens de production. C’est là le seul type de dissociation qui modifie les incitations à la discrimination. Les entreprises peuvent réaliser des bénéfices supérieurs en opérant une discrimination en faveur de leur propre production et à l’encontre d’autres producteurs. Seul le changement de propriété – et par conséquent le changement de la source des bénéfices – peut modifier ces incitations [5].
Il faut éviter d’avoir recours aux règles de comportement, plutôt qu’à la dissociation structurelle, pour empêcher les discriminations dans l’accès. Les règles de comportement exigent une surveillance permanente. Il peut être difficile, de par leur nature, de détecter et de documenter des comportements discriminatoires. La difficulté d’appréhender la discrimination tient au fait que la valeur de l’accès aux réseaux de transport est fortement sensible au facteur temps et aux modifications du risque. Le temps nécessaire pour résoudre les litiges en matière de discrimination représente un coût élevé pour une compagnie recherchant un accès.
  • La propriété des réseaux de distribution au détail devrait être dissociée de celle des réseaux de distribution basse tension. La discrimination dans l’accès aux réseaux de distribution basse tension peut interdire à des fournisseurs au détail non intégrés d’alimenter des consommateurs situés dans le territoire d’une compagnie de distribution à intégration verticale.
  • La propriété des moyens de production devrait être dissociée de celle des réseaux de distribution au détail. Si tous les consommateurs peuvent choisir leur propre fournisseur au détail, et si le propriétaire des réseaux de distribution au détail ne possède pas aussi les réseaux de distribution basse tension, alors, avec le temps, et lorsque la concurrence sera bien établie sur le plan de la distribution au détail, la réintégration de la production et de la distribution au détail suscitera moins de préoccupations [6].
3.2. Propriété des réseaux de transport, exploitation des réseaux et bourse de l’électricité
Séparer ou combiner l’exploitation des réseaux et la propriété des réseaux de transport suppose des compromis. Il est plus difficile d’inciter à l’efficacité un exploitant de réseau autonome qu’une entreprise intégrant un exploitant et un propriétaire de réseau de transport [7], mais une compagnie combinée peut préférer, pour résoudre des contraintes, des solutions reposant sur le transport plutôt que d’autres solutions. L’exploitant de réseau peut aussi être une organisation à but non lucratif, auquel cas il pourrait ne pas se comporter de manière efficace [8].
Il est sans doute préférable d’intégrer au sein d’une même organisation les opérations de dispatching et de marché, parce qu’elles exigent une étroite coordination [9]. Lorsque des contrats bilatéraux sont autorisés, l’exploitant de réseau doit gérer la compensation [10]. La conception du marché doit prendre en compte la souplesse des centrales électriques. Si l’on a choisi un modèle de mise en commun (pool) des installations de production dans lequel le prix marginal est établi au niveau du réseau, les centrales de base qui n’ont aucune flexibilité feront des offres extrêmement basses – voire égales à zéro – pour assurer le dispatching (puisqu’elles sont certaines que le prix du pool sera supérieur à leur coût marginal), mais s’il n’existe pas suffisamment de centrales souples pour la fixation du prix marginal, le prix du pool pourrait être très élevé pendant les périodes de pénurie. Les modèles de pool ont besoin d’une capacité adéquate pour modérer les prix moyens, et les consommateurs doivent apprendre à s’accommoder de prix du marché libre parfois très élevé (et à s’en protéger). Lorsqu’il n’existe qu’un petit nombre de centrales souples, la compensation par l’exploitant du réseau devient plus importante.
 
4. Accès et tarification du transport
 
 
Bien que le transport ne représente qu’une faible part du coût total, sa réglementation est extrêmement importante pour un marché de l’électricité. L’existence de droits d’accès au réseau de transport, dont on puisse contrôler l’application, et s’exerçant dans des conditions non discriminatoires, transparentes et efficaces, est indispensable. Ces droits d’accès sont nécessaires non seulement pour assurer la concurrence entre les exploitants en place, mais aussi pour encourager de nouveaux investissements de la part de ces exploitants et de nouveaux entrants. Pour induire des comportements efficaces, le prix du transport devrait comprendre des éléments dépendant de phénomènes à court terme (« prix de transport à court terme ») et des éléments dépendant de phénomènes à long terme (« prix de transport à long terme »).
  • Le réseau de transport doit être librement accessible. Autrement dit, dès lors qu’une centrale satisfait à toutes les normes techniques pour se connecter au réseau, elle doit être autorisée à la faire. Un tel système réduit les obstacles à l’entrée sur le marché de gros.
  • La tarification du transport à court terme doit induire un dispatching optimal. La tarification à court terme peut dépendre des pertes marginales (égales au double des pertes moyennes) et des contraintes. Dans un pays de la taille de la Russie, il est particulièrement important de traiter de manière adéquate la question des pertes de transport [11]. Les pertes peuvent être imputées aux producteurs ou supportées par l’ensemble des utilisateurs du réseau. L’imputation accroît l’efficacité du dispatching et améliore les décisions d’implantation de nouveaux producteurs.
  • La tarification à court terme peut prendre en compte de trois façons les contraintes de transport : tous les producteurs reçoivent le même prix, à l’exception de ceux dont la production varie pour faire face aux contraintes [12], les prix de l’électricité peuvent varier selon les « zones » ou selon les nœuds ». Les zones sont généralement définies de telle sorte que leurs limites se situent souvent aux points de congestion du réseau. Les nœuds sont les points du réseau où producteurs et charge sont interconnectés. Les nœuds constituent une subdivision des zones [13]. Chacune des trois méthodes connaît des utilisations [14]. Le choix entre les méthodes dépend de la topologie du réseau de transport et de la localisation de la production et des charges. Une mauvaise solution peut avoir des conséquences financières catastrophiques. Une solution comportant des incitations à réduire les contraintes de transport peut avoir d’importants effets favorables aux consommateurs sur le prix du marché de l’électricité [15].
  • La fixation des prix du transport à long terme doit induire des décisions optimales d’implantation et une expansion du réseau de transport. Il est possible d’influer sur l’implantation tant des nouvelles capacités de production que des industries à forte intensité énergétique. Les redevances de connexion et une différenciation spatiale des prix à court terme peuvent accroître la différence de rentabilité de la construction de nouvelles centrales en différents endroits [16].
L’imposition de « redevances profondes » (cas dans lequel le nouveau producteur doit payer tout renforcement indirect du réseau – qui peut se trouver à une certaine distance de la centrale) donnent, d’un point de vue territorial, des signaux de prix indiquant les localisations efficaces, contrairement à l’imposition des plus classiques « redevances superficielles » (cas dans lequel la nouvelle centrale ne doit supporter que le coût direct de la connexion d’un générateur au point le plus proche d’un réseau). Les redevances profondes correspondent à un contrat à long terme de paiement de redevances de connexion différenciées du point de vue géographique, mais leur inconvénient est qu’elles risquent de décourager les entrées.
La tarification reposant sur les critères à court terme ci-dessus pourrait ne rapporter qu’environ un quart à un tiers des montants nécessaires pour couvrir les coûts. Pour assurer la viabilité à long terme, l’insuffisance des recettes doit être compensée. La meilleure manière de percevoir les recettes nécessaires en introduisant le moins de distorsions possible consiste probablement à faire payer aux producteurs un droit annuel de capacité, et aux consommateurs leur demande à la pointe simultanée du réseau.
 
5. Service universel
 
 
La réforme doit être conçue de manière à garantir à la fois le « service universel » et les avantages de la concurrence. La garantie de l’accès universel à l’électricité, besoin fondamental de la vie moderne, est un objectif légitime pour la société. Dans le présent contexte, le service universel consiste à « accorder à tous les citoyens l’accès à l’électricité à un prix qu’ils peuvent se permettre de payer ».
  • La réforme échouera à moins que les subventions et les subventions croisées en vigueur dans le système existant, qu’elles soient dues aux obligations du service universel ou à d’autres mesures, comme des subventions à des clients faisant une consommation intensive d’énergie, ne soient identifiées et arrêtées ou financées à partir de sources durables. Si l’opérateur historique doit procéder à des subventions croisées internes, la liberté d’entrée et la concurrence permettront aux nouveaux entrants de casser les prix proposés par l’opérateur historique aux clients qui contribuent à cette péréquation en faveur des clients payant trop peu. Cela rend intenable la position de l’opérateur historique.
Le coût que représente l’application aux citoyens de prix inférieurs au prix coûtant tout en assurant aux plus pauvres d’entre eux l’accès au service peut être limité, soit en désignant certains consommateurs seulement comme pouvant bénéficier de fournitures d’électricité à un prix subventionné, soit en offrant cet avantage à tous les citoyens, mais en limitant la quantité que chacun peut acquérir au prix subventionné.
L’absence de crédits adéquats pour les subventions pourrait bien avoir pour conséquence une insuffisance d’investissements de la part de l’opérateur historique. Le sous-investissement ne constitue pas une source durable de crédits, et peut porter préjudice à d’autres secteurs de l’économie, car il réduit la fiabilité. D’autres clients et le système général de recettes et de dépenses fiscales pourraient représenter des sources durables de crédits. La source la plus durable de crédits destinés aux subventions prend la forme d’une surtaxe incontournable et transparente à payer par tous les consommateurs. En règle générale, c’est à l’opérateur en place qu’est assignée la responsabilité d’assurer le service universel. Les autorités réglementaires veillent également à ce qu’il y ait un « fournisseur de dernier recours » pour desservir les clients qui ne seraient plus approvisionnés si leur fournisseur au détail venait à quitter le marché.
Dans un marché libéralisé, la permanence de l’approvisionnement est assurée de diverses manières décentralisées. Les compagnies d’électricité et les autorités réglementaires préparent ensemble des projections relatives à la croissance de la demande d’électricité, puis les compagnies établissent leurs plans et investissent sur la base de ces projections. Dans de nombreux marchés libéralisés, un producteur peut s’implanter là où il le souhaite, pour autant qu’il y soit autorisé par les responsables de l’aménagement du territoire. Une nouvelle installation industrielle peut soit concluree un contrat à long terme avec une compagnie d’électricité pour qu’elle construise l’infrastructure nécessaire entre autres à la production, soit produire elle-même l’électricité sur place. Habituellement, le promoteur ou le constructeur d’une cité d’habitation la raccorde au réseau et inclut le coût du raccordement dans le coût total des nouvelles unités d’habitation.
 
6. Les relations entre les institutions et la législation
 
 
  • Il faut prévoir, lors de la conception de la réforme, une institution habilitée à réglementer le secteur, et plus spécialement l’accès aux réseaux de transport et de distribution basse tension. Le ressort des autorités réglementaires doit être au moins aussi étendu que les zones interconnectées [17]. On évite ainsi une situation dans laquelle la meilleure solution à un goulet d’étranglement dans un marché ne serait pas du ressort de ces autorités. On évite aussi des décisions contradictoires dans un marché partagé entre deux ressorts territoriaux. Le manque de cohérence peut avoir un effet de découragement ou de distorsion sur les investissements. Cela devient coûteux lorsque, par exemple, de nouveaux moyens de production sont implantés là où c’est le plus rentable du fait de la réglementation plutôt que là où ils offriraient les plus grands avantages pour le réseau. Lorsqu’il existe des autorités réglementaires au niveau fédéral et à un niveau inférieur, la réglementation doit être cohérente [18].
  • Il faut recenser les problèmes susceptibles de surgir sur le plan de la concurrence, ainsi que les outils et pouvoirs qui seront nécessaires pour la mise en œuvre effective, à l’avenir, de la loi sur la concurrence dans le secteur. La surveillance du marché peut être utilisée pour réduire, de manière indirecte, le comportement anticoncurrentiel sur les marchés de l’électricité, et pour déterminer les modifications à apporter aux règles du marché. C’est l’exploitant du réseau, plutôt que l’organisme réglementaire, qui peut surveiller le marché [19].
  • Il faut assurer une coordination étroite entre la réglementation des compagnies d’électricité et le respect des règles de la concurrence [20]. Le premier avantage est que cela facilite le partage de compétences spécifiques au marché entre les concurrents et les responsables des décisions réglementaires. En deuxième lieu, les décisions réglementaires prendront plus probablement en compte le point de vue de la concurrence. Cela permet à la concurrence de jouer un rôle plus important que lorsqu’elle est considérée comme une solution de rechange à la réglementation, puisque l’objectif peut être de renforcer une concurrence effective plutôt que de réglementer en vue de modérer un comportement anticoncurrentiel ou l’usage du pouvoir de marché. Cela permet, en troisième lieu, d’utiliser de manière plus cohérente, sur un marché, un plus large éventail d’instruments en matière de réglementation et de concurrence.
  • Les autorités réglementaires devraient être indépendantes, aussi bien des entreprises réglementées que des pressions politiques à court terme. Il ne faut pas en déduire que cette indépendance doit être complète vis-à-vis du contrôle politique. C’est normalement le Parlement qui prend les grandes décisions de principe, lesquelles sont ensuite mises en œuvre par les autorités réglementaires. Ces dernières doivent généralement présenter un rapport annuel au Parlement, qui procède périodiquement à un examen de leurs activités. De plus en plus souvent, les autorités réglementaires sont indépendantes ; dans les pays de l’OCDE, c’est le cas pour une douzaine d’organismes de réglementation du secteur de l’électricité.
  • Les décisions des autorités réglementaires doivent être neutres, transparentes et à l’abri des pressions politiques quotidiennes. L’organisme de réglementation doit posséder ses propres compétences en matière d’analyse, pour ne pas dépendre de celles des compagnies réglementées. Il faut assurer une séparation fonctionnelle entre cet organisme et les instances d’élaboration des politiques, afin de préserver la neutralité du régime réglementaire. Pour que son impartialité soit évidente, l’organisme de réglementation devrait avoir des obligations bien précises de transparence, notamment en ce qui concerne ses processus décisionnels et l’information sur laquelle reposent ces décisions. Par ailleurs, les objectifs de l’organisme doivent être clairement énoncés, et les progrès vers leur réalisation surveillés. Enfin, les pouvoirs de l’organisme doivent aussi être clairement affichés. La combinaison des transparences des objectifs, des pouvoirs, des processus, des décisions et de l’information donne au public des critères lisibles de performance lui permettant d’évaluer dans quelle mesure l’organisme de réglementation remplit son rôle.
Bien qu’ils ne soient pas spécialement adaptés à la fonction de réglementation, les tribunaux exercent une influence sur les organismes qui en sont chargés. Dans de nombreux pays, les tribunaux sont trop lents pour pouvoir jouer le rôle de décideurs dans les cas où, par exemple, un retard dans l’obtention d’un accès au réseau de transport peut s’avérer fatal pour un nouveau producteur. L’examen par les tribunaux peut toutefois assurer une protection contre de mauvaises décisions réglementaires [21].
 
7. Transition
 
 
  • Il est préférable de concevoir dès le début la trajectoire de la réforme parce que des coalitions se forment en vue de rendre plus difficiles de nouveaux changements. Nonobstant ce conseil, il convient de disposer d’une trajectoire de remplacement à utiliser en cas d’opposition à des stades ultérieurs de la réforme.
  • La réforme est plus facile lorsqu’il existe un excédent de capacité [22] et lorsque le secteur appartient majoritairement à l’État. La première observation découle de l’absence d’un besoin – induit par la fiabilité – d’investissements permanents, étant donné que les investisseurs potentiels pourraient hésiter à investir tant que le plan de réforme ne sera pas clair. La seconde signifie que l’on pourra prendre des décisions rationnelles plutôt que commodes. Ces deux points donnent à penser que la Russie devrait accélérer la réforme pour tirer parti de la situation actuelle.
  • On devra avoir recours, pour faciliter la transition, à des contrats à long terme soigneusement choisis. Entre autres, ils devraient avoir des dates d’expiration étalées afin que le marché puisse s’adapter par petites étapes au passage à un mécanisme de marché. Il faudra aussi, toutefois, éviter que des contrats à long terme n’entraînent une impossibilité d’entrée. En particulier, des contrats à long terme entre l’opérateur historique et des clients, surtout les gros clients faciles à desservir, peuvent rendre peu intéressante l’entrée de nouveaux producteurs. Cela constituera un obstacle au développement ultérieur de la concurrence.
Les coalitions opposées à la réforme peuvent être disloquées si ;’on parvient à trouver des rentes permettant de verser des subventions croisées à ces coalitions. L’un des moyens de créer de telles rentes consiste à payer un prix moyen peu élevé aux producteurs d’énergie hydroélectrique, mais à leur permettre de recevoir, à la marge, le prix du marché.
 
8. Synthèse des recommandations
 
 
La Russie a entrepris, depuis près d’une décennie, de réformer le secteur de l’électricité. Dans l’avenir immédiat, l’engagement du gouvernement à développer la concurrence dans ce secteur devra trouver son expression dans le prochain ensemble de décisions de principe concernant la structure du secteur, la tarification du transport, la conception du marché, la conception institutionnelle et les dispositions relatives au service universel. Ces décisions doivent être prises de manière cohérente, et utiliser tous les instruments destinés à limiter l’exercice du pouvoir de marché pour faciliter la transition vers une concurrence efficace dans le secteur.
On trouvera ci-après nos principales recommandations, regroupées en cinq catégories.
8.1. Restructuration
Il faut prendre rapidement des décisions aussi bien sur une structure que sur une conception du marché qui garantissent une concurrence suffisante à l’intérieur de chaque région définie par les contraintes de transport, en particulier au moment des pointes de la demande. Il faut restructurer pour réduire le pouvoir de marché, en tenant compte de la grande diversité des conditions de l’offre et de la demande susceptibles de se trouver réunies. Il ne suffit pas de définir une « structure générale » adéquate d’un marché.
Il convient, dès le début de la réforme, de mettre en place un système indépendant et non discriminatoire pour contrôler l’accès au réseau d’énergie électrique et les normes de raccordement, en dissociant la propriété des réseaux de transport de celle des moyens de production. La propriété des réseaux de distribution au détail doit être dissociée de celle des réseaux de distribution basse tension et des moyens de production.
Il faut accroître la sensibilité de la demande aux prix pour réduire le pouvoir de marché. Il faut veiller à ce que les conceptions des marchés de gros et de détail se renforcent mutuellement, pour contribuer au développement de la concurrence sur les deux marchés.
Il faut proposer des incitations pour réduire les contraintes sur le transport.
8.2. Accès et tarification du transport
L’accès aux réseaux de transport doit être ouvert de façon non discriminatoire et dans des conditions efficaces. Cela implique, entre autres, que les conditions d’accès doivent être réglementées par un organisme indépendant et transparent, et que l’accès doit être ouvert à tout producteur auquel a été délivrée une licence.
Le barème de tarification du transport doit être conçu de manière à induire, à court terme, un dispatching optimal et, à long terme, des décisions optimales quant à l’implantation des centrales et des industries à forte intensité énergétique et à l’expansion du réseau de transport. On devra veiller à ce que les redevances de connexion constituent des incitations à implanter les moyens de production là où cela présente des avantages du point de vue du coût global du réseau. Cela se traduira à peu près certainement par des différences significatives des prix de l’électricité dans des zones très éloignées les unes des autres, au profit des consommateurs des zones exportatrices.
8.3. Service universel
Le « service universel » doit être défini de manière à répondre aux objectifs sociaux légitimes et à être financièrement viable. La fourniture du « service universel » doit être garantie.
Il faut recenser les subventions et les subventions croisées en vigueur dans le système existant et choisir celles qui devront être arrêtées. Pour celles qui seront maintenues, il faudra trouver une source durable de crédits, comme par exemple une surtaxe incontournable et transparente à payer par tous les consommateurs d’électricité.
8.4. Cadre institutionnel
Il faut donner à une institution l’autorité nécessaire pour réglementer le secteur, et spécialement l’accès aux réseaux de transport et de distribution basse tension. On veillera à ce que le ressort de l’autorité réglementaire soit au moins aussi étendu que les zones interconnectées. Il faut assurer une coordination étroite entre la réglementation des compagnies d’électricité et le respect des règles de la concurrence.
L’autorité réglementaire devrait être indépendante, aussi bien des entreprises réglementées que des pressions politiques à court terme. Ses décisions doivent être neutres, transparentes et prises à l’abri des pressions politiques quotidiennes. Objectifs, pouvoirs, processus et décisions doivent être transparents.
8.5. Transition
Pour faciliter la transition, on devra avoir recours, dans la mesure où c’est nécessaire, à des contrats à long terme soigneusement choisis.
Il convient de concevoir dès le début la trajectoire de la réforme, et mettre en œuvre la réforme tant qu’il existe un excédent de capacité et que le secteur appartient encore majoritairement à l’État.
 
NOTES
 
[*]Sally van Siclen est membre de la Division de la concurrence de l’OCDE.
[1]Les directives relatives aux fusions énoncées par les organismes antitrust des États-Unis à propos du niveau de concentration des parts de marché considéré comme critique seraient par conséquent appliquées pour mesurer la concentration parmi les fournisseurs concernés (fournisseurs dont les offres sont supérieures de 5 % ou moins à l’offre de la dernière centrale dispatchée) plutôt que, par exemple, la concentration de tous les fournisseurs dans les conditions de la demande données.
[2]Cette analyse a des incidences sur la structure de la propriété des centrales nucléaires. La faiblesse des coûts marginaux et la longueur des périodes d’accélération font que les centrales nucléaires sont généralement destinées à fournir la charge de base. Ainsi, elles sont généralement les moins susceptibles de jouer le rôle de fournisseurs marginaux. Par conséquent, il est moins probable que la structure de la propriété de ces unités affecte directement la capacité d’exercer un pouvoir de marché dans un système de dispatching où chaque centrale dispatchée est payée au prix d’équilibre du marché. Toutefois, si une entreprise possède des centrales nucléaires et d’autres capacités de production se trouvant plus fréquemment à la marge, il est probable qu’elle sera davantage tentée d’exercer un pouvoir de marché parce que la production des centrales nucléaires bénéficierait de toute augmentation des prix.
[3]Aux États-Unis, par exemple, de nombreuses grandes centrales ont plusieurs propriétaires. Chacun d’entre eux détermine de manière indépendante la production et la destination de la partie de la capacité de la centrale qui lui appartient.
[4]Au Royaume-Uni, l’intégration verticale des compagnies d’électricité en Écosse a eu pour effet d’augmenter le coût de l’électricité pour les consommateurs. En Angleterre et au pays de Galles, les propriétaires des réseaux de transport sont différents de ceux des moyens de production, de distribution basse tension et de distribution au détail. En Écosse, les activités sont intégrées verticalement. Au début de la réforme au Royaume-Uni, les prix pratiqués en Écosse étaient inférieurs d’environ 8 % à ceux en vigueur en Angleterre et au pays de Galles. Aujourd’hui, les prix écossais sont supérieurs, d’environ 5 %, à ceux pratiqués en Angleterre et au pays de Galles, et les producteurs écossais exportent environ un quart de leur production vers l’Angleterre et le pays de Galles.
[5]Le changement de contrôle peut aussi modifier les incitations, comme le montre l’expérience des exploitants indépendants aux États-Unis.
[6]En Angleterre et au pays de Galles, l’intégration de la production d’électricité et de la distribution au détail a été autorisée pour la seule raison que la distribution basse tension et la distribution au détail étaient distinctes, et que tous les consommateurs avaient le droit de choisir leur propre fournisseur d’électricité. Cela permettait aux consommateurs de court-circuiter les fournisseurs possédant les moyens de production et de concluree au contraire des contrats avec les fournisseurs non confrontés à de tels conflits.
[7]La faible valeur des actifs d’un exploitant de réseau, par rapport à la valeur des moyens de transport, fait qu’il est beaucoup plus difficile de lui offrir des incitations – en modifiant ses bénéfices – sans introduire des distorsions ailleurs, qu’on ne peut le faire dans une situation d’intégration de l’exploitation et des réseaux de transport.
[8]On a observé, aux États-Unis, que les exploitants de réseau indépendants à but non lucratif tendent à ne pas être fortement incités à agir de manière efficace, et que les clients ne constituent pas leur principal point d’intérêt ; ils ont au contraire tendance à gérer les réseaux de manière trop prudente.
[9]L’expérience de la Californie, où les exploitants de réseaux indépendants et la bourse de l’électricité étaient séparés, montre qu’ils ont pris des décisions contradictoires. Dans d’autres circonscriptions, les activités ont été intégrées avec succès, par exemple dans le réseau interconnecté PJM dans les États du centre du littoral de l’Atlantique aux États-Unis et dans le Marché national australien de l’électricité.
[10]L’Angleterre et le pays de Galles, de même que l’Australie, présentent des exemples contrastants de la nature des contrats bilatéraux. En Angleterre et au pays de Galles, plus de 95 pour cent des échanges d’électricité s’effectuent dans le cadre de contrats bilatéraux. En Australie, il existe un marché de gros au comptant obligatoire, de sorte que les contrats bilatéraux sont des instruments purement financiers.
[11]En Australie, par exemple, les pertes de transport peuvent atteindre jusqu’à 40 pour cent. La tarification du transport pratiquée en Australie incite les producteurs à s’implanter dans des emplacements à coût élevé, à proximité des sources de combustible et non à proximité de la charge.
[12]Dans de tels cas, les coûts supplémentaires versés aux producteurs pour qu’ils produisent dans un ordre autre que celui des coûts croissants pour atténuer les contraintes sont souvent socialisés, ou moyennés sur l’ensemble des consommateurs.
[13]En Angleterre et au pays de Galles, par exemple, il existe 15 zones mais environ 200 nœuds.
[14]L’Angleterre et le pays de Galles utilisaient auparavant la méthode sans imputations, mais utilisent aujourd’hui celle des zones. La Scandinavie utilise les zones, qu’elle définit comme des régions où les importations ou les exportations sont soumises à des contraintes. L’Australie utilise la méthode des zones, et met aux enchères l’utilisation du transport soumis aux contraintes entre zones. Les recettes sont affectées à la réduction des redevances d’utilisation du réseau.
[15]En Angleterre et au pays de Galles, l’introduction d’un système de paiements à la compagnie de transport pour atténuer les contraintes a fait que les montants accordés aux producteurs pour résoudre les contraintes de transport sont tombés à 10 pour cent de leur niveau antérieur.
[16]Les redevances et les prix peuvent être combinés à la récupération des coûts, auquel cas ils seront soumis au plafond global de recettes. Cela peut signifier que certains producteurs seront payés (redevance négative) pour se connecter à certains points du réseau. Pour s’assurer qu’il introduit effectivement de l’énergie dans le réseau au moment où c’est le plus utile, un producteur pourrait se voir imposer une redevance très élevée pour une connexion en période de pointe du réseau, mais ne rien avoir à payer le reste du temps.
[17]Aux États-Unis, par exemple, si les ressorts des autorités réglementaires étaient au moins aussi étendus que les réseaux interconnectés, il existerait au maximum trois organismes de réglementation, correspondant aux trois réseaux interconnectés, au lieu des cinquante organismes d’État actuels. Le système des organismes d’État avait été mis en place lorsque le secteur de l’électricité était fortement réglementé et que les échanges entre États étaient peu importants. Depuis la libéralisation, il existe des exploitants de réseaux couvrant plusieurs États et les échanges entre États se sont développés. Il a été proposé d’étendre le ressort des autorités réglementaires fédérales aux dépens des organismes d’État.
[18]L’Australie en est un exemple. Dans ce pays, les autorités réglementaires fédérales s’attachent à encourager une politique réglementaire cohérente dans l’ensemble du pays en sollicitant l’avis d’un groupe consultatif, composé des chefs des organismes de réglementation de l’électricité dans les États participant au Marché national de l’électricité, avant de prendre leurs décisions en matière réglementaire, et en organisant des discussions périodiques sur les questions réglementaires.
[19]En Australie, l’Administrateur national de l’électricité soumet toutes les offres à un examen critique afin de détecter les éventuels abus de pouvoir de marché ou manipulations de prix. Aux États-Unis, les exploitants de réseau indépendants du PJM (dans les États du centre du littoral de l’Atlantique), de New York et de la Nouvelle-Angleterre possèdent des divisions de surveillance du marché pratiquement indépendantes. En Californie, l’exploitant de réseau indépendant a un comité indépendant de surveillance du marché, dirigé par des économistes des grandes universités de l’État. Ils font état d’une expérience positive dans l’élaboration de directives pour l’identification des offres « suspectes ». Il arrive souvent, en effet, que les modifications des règles du marché soient accélérées par des rapports des unités de surveillance du marché sur les offres et sur la performance du réseau ; autrement dit, la surveillance du marché a joué un rôle dans les modifications des règles du marché.
[20]En Australie, où l’autorité de la concurrence est indépendante, c’est une même autorité qui est responsable à la fois de la réglementation fédérale applicable aux sociétés assurant des services publics, parmi lesquelles les compagnies d’électricité, et du respect de la concurrence. Cela tient au fait que la loi sur l’accès est l’une des composantes de la loi sur la concurrence.
[21]Les systèmes juridiques assurent cette protection de diverses manières. Aux États-Unis, les tribunaux peuvent réexaminer les décisions réglementaires prises par un organisme de réglementation en invoquant aussi bien des motifs de procédure qu’un fondement « clairement erroné ». Au Royaume-Uni, l’imposition de conditions de délivrance de permis aux compagnies constitue le principal instrument de réglementation dans le secteur de l’électricité. Si une compagnie n’accepte pas les changements de conditions proposés par l’organisme de réglementation, le litige est soumis pour résolution à la Commission de la concurrence, un organisme d’arbitrage spécialisé.
[22]C’est là une des principales raisons pour lesquelles les récents problèmes de fiabilité et de tarification qui se sont posés en Californie ne concernent pas la Russie. On peut citer plusieurs raisons à la hausse des prix et aux problèmes de fiabilité récemment observés en Californie : caractéristiques fondamentales (croissance importante de la demande, mais pas de construction de nouvelles centrales pendant plus d’une décennie, fortes contraintes de transport et absence de nouveaux réseaux de transport, et faible participation du côté de la demande du fait d’une tarification moyenne) ; conditions météorologiques ; divers facteurs à court terme, comme les arrêts imprévus de centrales nucléaires et les arrêts normalement prévus pour les réparations ; coût accru des quotas d’émission ; pouvoir de marché ; et règles du marché (notamment interdiction de couverture de la part des compagnies traditionnelles ; concurrence inefficace sur le marché de détail, d’où une moindre incitation à minimiser le coût ; problèmes de programmation, symptomatiques des incitations aux adjudications à prix multiple (pay-as-bid) par opposition au prix unique ; règles de fiabilité aggravant le manque d’élasticité de la demande ; et tarification des services auxiliaires).
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Sally van Siclen est membre de la Division de la concurrenc...
[suite] Suite de la note...
[1]
Les directives relatives aux fusions énoncées par les organ...
[suite] Suite de la note...
[2]
Cette analyse a des incidences sur la structure de la propr...
[suite] Suite de la note...
[3]
Aux États-Unis, par exemple, de nombreuses grandes centrale...
[suite] Suite de la note...
[4]
Au Royaume-Uni, l’intégration verticale des compagnies d’él...
[suite] Suite de la note...
[5]
Le changement de contrôle peut aussi modifier les incitatio...
[suite] Suite de la note...
[6]
En Angleterre et au pays de Galles, l’intégration de la pro...
[suite] Suite de la note...
[7]
La faible valeur des actifs d’un exploitant de réseau, par ...
[suite] Suite de la note...
[8]
On a observé, aux États-Unis, que les exploitants de réseau...
[suite] Suite de la note...
[9]
L’expérience de la Californie, où les exploitants de réseau...
[suite] Suite de la note...
[10]
L’Angleterre et le pays de Galles, de même que l’Australie,...
[suite] Suite de la note...
[11]
En Australie, par exemple, les pertes de transport peuvent ...
[suite] Suite de la note...
[12]
Dans de tels cas, les coûts supplémentaires versés aux prod...
[suite] Suite de la note...
[13]
En Angleterre et au pays de Galles, par exemple, il existe ...
[suite] Suite de la note...
[14]
L’Angleterre et le pays de Galles utilisaient auparavant la...
[suite] Suite de la note...
[15]
En Angleterre et au pays de Galles, l’introduction d’un sys...
[suite] Suite de la note...
[16]
Les redevances et les prix peuvent être combinés à la récup...
[suite] Suite de la note...
[17]
Aux États-Unis, par exemple, si les ressorts des autorités ...
[suite] Suite de la note...
[18]
L’Australie en est un exemple. Dans ce pays, les autorités ...
[suite] Suite de la note...
[19]
En Australie, l’Administrateur national de l’électricité so...
[suite] Suite de la note...
[20]
En Australie, où l’autorité de la concurrence est indépenda...
[suite] Suite de la note...
[21]
Les systèmes juridiques assurent cette protection de divers...
[suite] Suite de la note...
[22]
C’est là une des principales raisons pour lesquelles les ré...
[suite] Suite de la note...