2002
Revue de l’OCDE sur le droit et la politique de la concurrence
Concurrence dans le transport routier
Concurrence dans le transport routier
1. Synthèse par le Secrétariat
Les documents présentés, la note de référence et la discussion
permettent de dégager les observations suivantes :
1. Le transport par route est incontestablement le mode de transport le plus important
dans les économies de l’OCDE. Au cours des cinquante dernières années, c’est presque
exclusivement au transport par route qu’il faut attribuer la croissance enregistrée dans
les modes de transport terrestres. Le transport par route est en concurrence avec les
autres modes, mais l’interchangeabilité modale dépend, dans chaque cas d’espèce,
d’un certain nombre de facteurs tels que le type de marchandises (ou de voyageurs)
transportés, la distance, l’importance accordée à la ponctualité, le niveau des
redevances d’utilisation des infrastructures. La profession routière peut être subdivisée
en de nombreux segments dont les caractéristiques sont très différentes et où les
possibilités de concurrence varient également beaucoup. S’agissant du degré de
concurrence possible, les différences entre ces segments tiennent notamment à
l’importance qui est attribuée à la ponctualité dans chacun d’eux, ainsi qu’aux
économies d’échelle et au champ d’activité.
La part du transport par route dans l’ensemble du secteur des transports
est plus importante que celle de tous les autres modes pris globalement, et ce
pour le transport de voyageurs et de marchandises. Le transport routier a
également connu une croissance beaucoup plus rapide que les autres modes.
Il existe une certaine concurrence intermodale, mais son importance dépend
notamment du type de marchandises (ou de voyageurs) transportés, du couple
origine-destination, de l’importance accordée à la ponctualité, ainsi que
des redevances d’utilisation des infrastructures et de l’impact sur
l’environnement. Les redevances d’infrastructures et les taxes de protection
de l’environnement devraient être structurées de façon à ne pas fausser la
concurrence intermodale. Idéalement, chaque mode devrait assumer
l’ensemble de ces coûts infrastructurels et environnementaux.
La profession routière se compose de nombreux petits segments dont les
caractéristiques du point de vue de la concurrence sont très différentes. La
plus importante distinction est à faire entre le marché voyageurs et le marché
marchandises. Dans le premier, on peut de nouveau distinguer les services à
grande distance et les services locaux, les services réguliers et les services
affrétés, et le transport par autocar/autobus et les services de taxi. S’agissant
du transport de marchandises, il peut être subdivisé entre transport de
charges complètes et groupage de charges partielles, ainsi qu’entre « transport
pour compte propre » et « transport pour compte d’autrui ».
2. Le secteur du transport de marchandises par route se prête à une vigoureuse
concurrence. La libéralisation s’y est traduite par d’importants gains de bien-être
découlant de réductions de prix, et d’une amélioration des services et d’un
accroissement de l’efficacité. Les mesures de contrôle qui demeurent en application
visent essentiellement à garantir la sécurité et à limiter au minimum l’impact du
transport routier sur l’environnement. Au plan international, les prix, les quantités et
les services sont encore réglementés par voie d’accords bilatéraux et multilatéraux.
Bien que le cabotage soit autorisé à l’intérieur de l’UE, il serait fort indiqué de
libéraliser davantage le transport international par route.
Le secteur du transport de marchandises par route a toujours été
fortement réglementé, souvent afin de protéger le rail. Cependant, au cours
des vingt dernières années, la plupart des pays de l’OCDE, suivant en cela
l’exemple des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Australie, ont
considérablement libéralisé leur marché du transport de marchandises. De
fait, la réglementation des prix, des services ou des quantités a été
grandement allégée. Les avantages de cette libéralisation ont été très
importants. Ainsi, les tarifs ont chuté de 15 à 25 pourcent et se sont ajustés
pour correspondre plus étroitement aux coûts sous-jacents. La productivité
s’est sensiblement améliorée grâce à une augmentation du niveau
d’utilisation des véhicules et des taux de chargement retour. De nouveaux
services ont vu le jour, tels que la livraison en flux tendus (laquelle a favorisé
une réduction sensible des frais de stockage aux États-Unis). L’effet
destructeur de la concurrence ou la baisse du niveau de sécurité que certains
appréhendaient ne se sont pas concrétisés. Si on l’encadre par des règles et
des mécanismes d’exécution appropriés, le développement de la concurrence
dans la profession routière ne met pas en péril la sécurité.
En dépit de ces avantages évidents, quelques pays n’ont pas encore
libéralisé le secteur intérieur du transport par route. Dans au moins un pays de
l’OCDE, l’État examine les prix établis par les transporteurs routiers afin de
s’assurer qu’ils ne déclenchent pas une concurrence commerciale « illicite ».
Au sein de l’UE, le transport international par route, y compris le
cabotage, est libéralisé depuis le 1er janvier 1998. En revanche, à l’extérieur de
l’Union, il demeure régi par des accords bilatéraux et multilatéraux qui
limitent souvent les quantités et/ou les tarifs. Les dispositions bilatérales
peuvent même comprendre des exemptions mutuelles de redevances ou
taxes routières, ce qui fausse la concurrence avec les transporteurs des autres
pays. En outre, bien que l’ALENA, entré en vigueur en 1994, prévoie une
certaine libéralisation du transport international par route, celle-ci n’a pas
encore été véritablement réalisée. Il y aurait tout intérêt à poursuivre l’effort
de libéralisation du transport routier international.
Le marché des services de transport de charges complètes est encore très
peu concentré, mais celui du transport de charges partielles et des services
de messageries express l’est beaucoup plus. Le degré de concentration de
ce marché aux États-Unis a augmenté de façon soutenue depuis la
déréglementation, les entreprises fusionnant afin de mieux profiter des
économies d’échelle et de champ d’activité. La part de marché des quatre plus
grandes entreprises, qui était de 18 pourcent en 1977, atteignait 37 pourcent
en 1987 et 50 pourcent en 1997. En Australie, où trois entreprises contrôlaient
90 pourcent du marché du transport express, l’ACCC a engagé une action pour
soumission concertée et accord de partage de marché anticoncurrentiels.
Il est également arrivé que se posent des questions en matière de
concurrence dans le secteur du transport de charges complètes, qui n’est pas
concentré. Aux États-Unis, il subsiste des exemptions à l’application du droit
de la concurrence qui permettent à des associations de transporteurs – les
« bureaux d’établissement des tarifs » – de négocier des hausses de tarifs
généralisées, ce qui risque, d’après le ministère de la Justice, de servir de plate-forme pour la collusion. En Irlande, le syndicat des transporteurs routiers a
organisé un blocus du port de Dublin pour forcer les clients du port à accepter
des tarifs plus élevés.
3. Le secteur du transport de voyageurs à grande distance semble relativement
concurrentiel, mais les économies d’échelle et de champ d’activité liées à l’exploitation
du réseau semblent également exercer une importante influence sur ce marché. Dans
certains pays, la libéralisation s’est traduite par l’émergence d’un seul opérateur
d’envergure nationale. Certains pays continuent d’exercer un contrôle sur l’entrée et les
prix, surtout en Europe méridionale. La concurrence et l’efficacité peuvent être
renforcées dans ce secteur par une combinaison de mesures de libéralisation et de
mesures expressément proconcurrentielles, par exemple en exigeant que les entrants
bénéficient d’un accès non discriminatoire aux gares routières et à d’autres
installations essentielles.
L’exploitation de réseaux de transport par autocar comporte certaines
économies d’échelle et de champ d’activité, qui favorisent la formation de
réseaux en étoile, analogues à ceux des compagnies aériennes. Ainsi, comme
dans le transport aérien, on note une tendance à la concentration. Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie, il n’y a qu’un seul opérateur national de
transport par autocar, bien qu’il existe souvent une concurrence non
négligeable de la part de petits réseaux régionaux et une concurrence point à
point sur certains itinéraires. En raison de ces économies d’échelle et de
champ d’activité, les fusions de réseaux de transport par autocar offrent des
avantages sur le plan de l’efficacité (sous forme d’économies d’échelle et de
champ d’activité), mais risquent en même temps de réduire la concurrence.
Ce risque est atténué par l’existence d’une vigoureuse concurrence
intermodale, en particulier avec le rail, l’avion et la voiture particulière.
Comme dans le transport aérien, il sera peut-être nécessaire, pour stimuler
une concurrence effective dans le secteur du transport par autocar, de faire
preuve de vigilance pour empêcher les comportements prédateurs et veiller à
ce que les opérateurs rivaux aient accès aux programmes de fidélité des
opérateurs en place ou à leurs programmes de commissions pour les agents
de voyage.
Dans de nombreuses villes, les possibilités de concurrence entre les gares
routières sont limitées. Pour que s’instaure une concurrence effective, il
faudra donc également que les opérateurs concurrents de services d’autocars
bénéficient d’un accès non discriminatoire aux gares routières existantes.
Lorsque les propriétaires de ces gares sont également des prestataires de
services, ils seront fortement tentés d’agir de façon discriminatoire à l’égard
des transporteurs rivaux. Ainsi, en Turquie, l’exploitant d’une gare routière a
facilité la conclusion d’un accord horizontal entre opérateurs de services
d’autocars, pour ensuite exercer une discrimination à l’égard des opérateurs
qui ne se conformaient pas l’accord.
Plusieurs pays de l’OCDE réglementent encore l’accès au marché et les
prix des services d’autocars à grande distance. Dans certains cas, les prix et
services sont réglementés pour éviter la concurrence avec le rail. De fait, les
services d’autocars peuvent être limités de façon à servir davantage de
complément (en acheminant les voyageurs à la gare ferroviaire la plus proche)
que comme un service de substitution. Dans de nombreux pays, la délivrance
d’une licence est soumise à l’évaluation préalable de la nécessité du nouveau
service concerné, cette condition ayant pour objectif délibéré d’empêcher de
nouveaux entrants d’offrir des services qui entreraient trop directement en
concurrence avec les services déjà offerts.
Dans d’autres pays, des droits de monopole sont maintenus sur certaines
lignes, mais ces droits sont progressivement mis en adjudication. L’appel
d’offres spécifie notamment la fréquence du service nécessaire et la qualité
des véhicules à utiliser. Les soumissionnaires présentent ensuite leur offre en
fonction du prix qu’ils ont l’intention de pratiquer. Cette façon de faire limite
la rente de monopole que les opérateurs peuvent tirer de leurs services,
empêche l’émergence d’un opérateur national dominant et assure un niveau
de service minimum sur les routes faisant l’objet d’une soumission. Elle a
d’autre part des inconvénients car elle limite en effet rigoureusement la
capacité des opérateurs de services d’autocars à lancer de nouveaux services,
à abandonner des services existants ou à rationaliser leurs réseaux pour
mieux répondre à la demande.
4. Plusieurs facteurs donnent à penser que la concurrence traditionnelle dans le marché
des services locaux serait limitée. Lorsque deux autobus locaux ou plus sont en
concurrence sur la même ligne, les opérateurs ne peuvent pas protéger les ressources
qu’ils ont investies dans leurs horaires. En outre, il est probable que les économies
d’échelle du réseau et de champ d’activité seront particulièrement importantes, surtout
compte tenu du fait que les opérateurs ont tendance à vouloir utiliser un système
d’abonnement pour obliger les voyageurs à emprunter un réseau de transport unique.
L’expérience du Royaume-Uni en matière de déréglementation du transport local par
autobus a donné certains résultats favorables, surtout des gains d’efficacité, mais la
concurrence dans le marché demeure limitée et les réformes réalisées récemment dans
le pays s’écartent de ce modèle. La plupart des pays, dans le but de protéger
l’établissement d’horaires intégrés, d’assurer la coordination nécessaire avec les autres
services de transport et de limiter les subventions au minimum, ont opté pour la
concurrence « pour le marché » en recourant à l’adjudication.
Les économistes des transports ont mis en évidence certaines difficultés
qui se posent en ce qui concerne la concurrence dans le marché des services
locaux. Ainsi, un opérateur risque de perdre les ressources qu’il investit dans
ses horaires (par exemple, en publicité) aux mains d’un concurrent qui
programmera ses services pour arriver juste avant lui. Dans le pire des cas, il
arrive que les autobus « fassent la course » pour arriver le premier au prochain
arrêt. Dans une telle situation, les opérateurs de services d’autobus
n’investiront vraisemblablement pas dans la publicité de leurs horaires et il
est probable qu’ils modifieront leurs horaires fréquemment. Il est possible
d’éviter certains de ces problèmes en autorisant les opérateurs à protéger leur
investissement dans leurs horaires, en empêchant les services d’autres
opérateurs de trop se rapprocher, dans le temps ou dans l’espace, des arrêts
existants.
Comme dans le transport par autocar, il pourrait y avoir d’importantes
économies d’échelle et de champ d’activité liées à l’exploitation du réseau. Les
voyageurs privilégieront peut-être un opérateur qui leur offre des services plus
fréquents ainsi qu’un réseau plus étendu, surtout s’ils doivent s’en remettre à
un réseau unique en achetant un abonnement. L’opérateur qui offrira des
services plus fréquents et/ou un réseau plus étendu jouira vraisemblablement
d’un avantage de taille pour commercialiser son abonnement. Plusieurs
opérateurs de services d’autobus peuvent concluree un accord pour offrir un
abonnement conjoint, valable sur les réseaux de chacun d’eux, mais cette
formule supprime également la concurrence entre les opérateurs participants.
Le Royaume-Uni a déréglementé les services locaux en 1985. L’efficacité
des services s’est sensiblement améliorée, mais la concurrence dans le
marché est demeurée rare. Après une période initiale de concurrence,
pendant laquelle certains ont eu parfois recours à des pratiques d’éviction, le
marché semble s’être stabilisé et avoir trouvé un équilibre où la tolérance a sa
place.
La plupart des pays procèdent par adjudication pour choisir les
prestataires de services locaux d’autobus. L’adjudication permet de s’assurer
de l’intégration des horaires et de la coordination avec les autres services de
transport, et de maintenir les subventions au minimum. Inconvénient
toutefois, la planification des services est centralisée, ce qui ne permet pas de
s’adapter rapidement aux variations quantitatives et qualitatives de la
demande. Il est possible de résoudre certains de ces problèmes en n’accordant
pas d’exclusivité – c’est-à-dire en autorisant des services concurrents sur les
lignes existantes mises en adjudication.
5. Bien que le marché des taxis se caractérise par un grand nombre de fournisseurs
concurrents, plusieurs facteurs contribuent à y maintenir une concurrence imparfaite,
car les consommateurs sont souvent pressés, et les comparaisons de prix et
l’évaluation de la qualité du service sont souvent difficiles. Ces facteurs constituent
surtout un problème dans le marché des taxis hélés en rue et dans celui des taxis pris
aux stations de taxis, surtout lorsque l’usage veut que le client prenne le premier taxi
de la ligne. En partie pour ces raisons, la plupart des villes réglementent le nombre des
taxis et les tarifs qu’ils pratiquent. Les licences de taxi sont souvent transférables et
changent parfois de main à un prix équivalant à plusieurs fois le revenu annuel d’un
chauffeur de taxi. Cela donne à penser que des « rentes de monopole » sont comprises
dans les tarifs pratiqués. L’un des principaux obstacles à la libéralisation du marché
des taxis est l’opposition à la perte considérable de richesse qui s’ensuivrait. Certaines
villes ont libéralisé les services de taxi, ce qui s’est en général traduit par une
augmentation sensible du nombre de taxis et par un effet mitigé sur les tarifs. Des
problèmes se posent parfois dans des circonstances particulières, par exemple dans les
stations de taxis aux aéroports. Il serait fort indiqué de poursuivre la libéralisation,
notamment en ce qui concerne les restrictions visant l’accès à la profession, surtout si
l’on prend soin d’appliquer certaines mesures visant à préserver la concurrence.
Le marché des services de taxi peut être subdivisé en trois segments –
celui des taxis réservés par téléphone, celui des taxis pris à une station de
taxis et celui des taxis hélés en rue – dans lesquels le degré de concurrence
n’est pas le même. En principe, le marché des taxis réservés par téléphone est
concurrentiel, puisque les voyageurs peuvent se renseigner avant de faire leur
choix, comme ils le font lorsqu’ils achètent d’autres services par téléphone.
Dans le marché des taxis pris à une station de taxis, les possibilités de
concurrence varient selon que le client doit prendre ou non le premier taxi de
la ligne (système du « premier arrivé, premier parti »). Enfin, dans le marché
des taxis hélés en rue, la possibilité de choisir est limitée, surtout si les taxis
se font rares.
La réglementation du secteur des taxis relève habituellement des
municipalités, dont les politiques varient. De nombreuses villes limitent le
nombre de taxis disponibles. Dans certains cas, ce nombre n’a pas changé
depuis des décennies, malgré une forte croissance démographique pendant
cette période. On comptait environ 20 000 taxis en circulation à New York au
début des années 30, tandis qu’ils n’étaient que 13 566 en 1937 et 11787 dans
les années 90. L’une des conséquences de ces restrictions est que les taxis
bénéficient souvent d’une rente de monopole substantielle, comme en
témoignent les prix pratiqués pour la vente des licences, qui représentent
souvent plusieurs fois le revenu annuel d’un chauffeur. Les conséquences de
ces rentes de monopole du point de vue du bien-être peuvent être
importantes. Les données concernant l’Italie donnent à penser que l’élasticité
de la demande de services de taxi est forte et que les taxis sont surtout utilisés
par les consommateurs à faible revenu (qui n’ont pas les moyens de s’acheter
une automobile). La valeur importante des licences de taxi peut représenter
un élément non négligeable du patrimoine des chauffeurs de taxi et par le fait
même l’un des principaux motifs d’opposition à une réforme du secteur.
Les taxis ne sont en général pas exploités de façon indépendante, mais
appartiennent à des regroupements qui comprennent habituellement des
systèmes centralisés de réservation par téléphone. Dans beaucoup de villes,
ces regroupements indépendants sont très peu nombreux, ce qui leur permet
d’exercer une puissance de marché soit en limitant l’offre de taxis (le nombre
d’heures hebdomadaires de circulation), soit en limitant la capacité des
membres de quitter le regroupement pour en former un autre qui lui ferait
concurrence, soit en empêchant les chauffeurs d’accepter des réservations à
l’extérieur du système centralisé de réservation. Les projets de fusion et/ou
d’accord entre ce genre de regroupements ont souvent rencontré l’opposition
des autorités de la concurrence.
Dans certaines villes, les stations de taxis (en particulier aux aéroports et
aux gares ferroviaires) représentent parfois une proportion considérable de
l’activité du secteur. Les autorités de la concurrence ont accueilli d’un œil
méfiant les tentatives des propriétaires de ces stations d’exercer un pouvoir
de marché en limitant le nombre d’exploitants de taxis ou le nombre de
véhicules pouvant desservir ces stations.
Plusieurs pays ont libéralisé le marché des taxis, notamment la Suède, la
Nouvelle-Zélande, de même que certains États d’Australie et plusieurs villes
des États-Unis. La libéralisation est en général associée à un accroissement
sensible du nombre de taxis et à des améliorations des délais de prise en
charge, mais les prix n’ont pas toujours baissé, surtout aux stations des
aéroports. Cette situation a parfois donné lieu à la formation de longues files
d’attente aux stations d’aéroport, à des différends entre chauffeurs au sujet de
leur place dans la ligne et parfois au refus de prendre des clients pour de
courtes courses.
Ces problèmes ont démontré que la libéralisation devait s’accompagner
de certaines mesures de sauvegarde visant à promouvoir la concurrence.
Celles qui peuvent être notamment envisagées sont l’élimination du système
du « premier arrivé, premier parti » aux stations de taxis, le réaménagement
des stations afin de permettre aux clients de choisir leur taxi, l’obligation
d’afficher les tarifs à l’extérieur du taxi pour faciliter les comparaisons, et
l’obligation de pratiquer les mêmes tarifs pour les taxis pris aux stations et les
taxis réservés par téléphone. Certaines villes encouragent la concurrence en
distinguant les services de taxis qui peuvent être hélés en rue et ceux qui ne
peuvent être réservés que par téléphone. Ces derniers ne sont pratiquement
pas soumis à réglementation (comme à Londres, où il existe une distinction
entre taxis et « minicabs » et en Irlande, où on distingue les taxis des
« hackneys »). Dans les marchés où ces mesures de protection se révèlent
insuffisantes (par exemple sur le marché des stations de taxis aux aéroports),
il pourrait être nécessaire de recourir au plafonnement des prix.
En prenant des mesures adaptées, il est encore largement possible de
libéraliser le marché des taxis. La limitation du nombre de véhicules, en
particulier, n’est pas nécessaire. Les restrictions quantitatives devraient être
levées, tandis qu’il convient de maintenir des normes minimales en ce qui
concerne la sécurité des véhicules et la capacité professionnelle des
chauffeurs. L’effritement des rentes de monopole importantes qui existent
dans certaines villes laisse entrevoir des avantages tangibles pour le
consommateur.