2002
Revue de l’OCDE sur le droit et la politique de la concurrence
Renforcement des capacités pour une politique efficace de la concurrence dans les économies en développement et en transition
Secrétariat de l’OCDE
[*]
La présente note commence par indiquer brièvement en quoi une
politique de la concurrence est importante pour les économies en développement et en
transition. Elle aborde ensuite certains éléments essentiels de l’établissement d’une
culture de la concurrence. Idéalement, ce processus devrait tout d’abord consister en une
« évaluation des besoins » dans différents domaines, qui permettra probablement de
dresser une liste de mesures à hiérarchiser et à prendre. Les priorités peuvent souvent
être regroupées en trois grandes catégories d’actions: mobiliser les principaux acteurs
en les sensibilisant à la concurrence ; minimiser l’ampleur des distorsions de la
concurrence induites par un large éventail de mécanismes institutionnels ; et élaborer un
dispositif efficace de mise en œuvre de la législation de la concurrence, capable de faire
face aux pratiques anticoncurrentielles du secteur privé. La note s’attache ensuite à
résumer les éclairages intéressants de pays qui ont été fournisseurs ou bénéficiaires d’un
renforcement des capacités et d’une assistance technique. Cette synthèse est issue des
réponses fournies à un questionnaire transmis en 2001 aux délégués du Comité de la
concurrence de l’OCDE et aux non-membres qui avaient été invités à participer au
deuxième Forum mondial sur la concurrence de février 2002
[**]. Elle est suivie d’un bref
exposé du rôle très utile que peuvent jouer la coopération et l’examen par les pairs dans
le processus d’institutionnalisation d’un organisme national de mise en œuvre. Après de
rapides commentaires sur la Déclaration de Doha, la note résume les actions de
renforcement des capacités entreprises par l’OCDE dans le domaine de la concurrence.
Enfin, elle suggère en conclusion les éléments d’une stratégie diversifiée en matière
d’actions futures de renforcement des capacités et d’assistance technique.
1. Importance d’une politique efficace de la concurrence
L’existence de lois de la concurrence réellement appliquées et de
réformes économiques guidées par des principes concurrentiels est de plus en
plus reconnue comme un préalable essentiel au développement économique,
à la croissance et au mieux-être économique.
Il existe des liens forts entre la politique de la concurrence et les
nombreux piliers fondamentaux du développement économique que sont les
politiques menées dans les domaines suivants : gouvernance, privatisation,
déréglementation ou réforme de la réglementation, libéralisation des
échanges, attraction de capital risque privé, création d’un solide tissu de PME,
agriculture, santé, innovation, réduction de la pauvreté et éducation. Dans le
monde entier, il apparaît clairement que l’intensification de la concurrence va
immanquablement de pair avec la hausse de la croissance économique, de la
productivité, des investissements et du niveau de vie moyen
[1]. A l’inverse, les
récents travaux réalisés par l’OCDE sous forme d’analyses empiriques
approfondies semblent indiquer que le manque de concurrence a une
incidence négative indéniable sur les taux d’emploi des pays de l’OCDE.
Au cours de la décennie écoulée, un certain nombre de pays de
différentes régions du globe ont fait les premiers pas, et parfois bien avancé,
sur la voie de l’établissement d’économies ouvertes fondées sur les principes
d’une concurrence libre et efficace. Au début des années 1990, ce processus a
été largement enclenché par l’évolution politique de l’Europe de l’Est, où des
économies naguère planifiées se sont lancées résolument dans le processus
de transition vers l’économie de marché. Dans d’autres parties du monde, des
changements similaires se sont produits dans des pays qui avaient eux aussi
opté pour des variantes du modèle soviétique. Plus récemment, les pressions
de la mondialisation ont servi de catalyseur à la réforme dans différentes
régions de la planète. Ces économies se trouvant plus exposées aux influences
externes, la réforme interne des institutions et du marché est devenue
impérieuse. Enfin, de plus en plus sensible aux risques associés à la
marginalisation économique croissante du monde en développement, le
monde industrialisé affiche désormais plus fortement que jamais sa volonté
d’accorder la priorité à la réduction de la pauvreté et aux réformes favorables
à l’économie de marché dans les pays en développement et les moins avancés.
2. Établissement d’une culture de la concurrence
Pour les dirigeants de tout pays qui s’est engagé sur la voie d’une
économie davantage fondée sur le marché, il n’est pas d’étape plus
fondamentale que l’établissement d’une culture de la concurrence. Sur cette
voie, il peut s’avérer extrêmement utile de commencer par opérer une
évaluation des besoins et des priorités élémentaires du pays du point de vue
de la concurrence. Une telle évaluation devra aborder trois grands thèmes :
i) le niveau de compréhension des effets bénéfiques de la concurrence, ses
liens étroits avec d’autres domaines de l’action des pouvoirs publics, et le
degré d’implication des principaux acteurs du pays vis-à-vis de la
concurrence ; ii) la nature et l’étendue des freins institutionnels à la
concurrence ; et iii) l’efficacité de tout dispositif éventuellement en place pour
lutter contre les pratiques anticoncurrentielles du secteur privé ou, en
l’absence d’un tel dispositif, les mesures à prendre pour le créer.
2.1. La mobilisation des principaux acteurs est essentielle
L’expérience montre sans ambages que l’établissement d’une culture de
la concurrence dans un pays en développement ou en transition risque d’être
lent et au mieux fragile si les principales parties prenantes n’appréhendent
pas les bienfaits de la concurrence, ne sont pas conscientes d’au moins
quelques liens importants entre la politique de la concurrence et d’autres
politiques majeures, et n’adhèrent pas à l’idée qu’un renforcement de la
concurrence ne manquera pas d’améliorer le bien-être de la majorité des
agents économiques. A cet égard, on peut ranger parmi ces principaux acteurs
les responsables politiques, les fonctionnaires, les entreprises et les milieux
juridiques, les autorités de réglementation notamment sectorielle, les milieux
universitaires et la presse. Si l’un quelconque de ces groupes n’est pas sensible
aux effets bénéfiques qui, habituellement, accompagnent le renforcement de
la concurrence, ou se montre sceptique quant aux perspectives de
concrétisation de ces effets dans un délai raisonnable, le passage à une
situation de marché plus concurrentielle pourra être ardu et jalonné de
retours en arrière.
Aussi convient-il d’envisager l’adoption d’une stratégie exhaustive visant
à mobiliser en faveur de la concurrence ces parties prenantes, mais aussi le
grand public. C’est pour cette dernière cible que la presse et les établissements
d’enseignement pourront jouer un rôle particulièrement utile. En sensibilisant
les journalistes, enseignants et étudiants aux effets positifs de la concurrence
et à tout ce qui peut la fausser, ses partisans peuvent se ménager de précieux
appuis capables de mobiliser l’opinion publique en faveur de réformes pro-concurrentielles dans différents secteurs. Dès lors, le soutien exprimé par le
public au profit d’une plus vive concurrence pourra considérablement
compliquer la tâche de responsables politiques désireux d’abandonner, de
saper ou de contrecarrer les efforts de réforme du marché.
2.2. Distorsions institutionnelles
Même dans les pays industrialisés les plus avancés, les freins
institutionnels continuent probablement d’avoir sur la concurrence, au total,
une incidence bien plus grande que tous les freins privés conjugués. Cela est
en partie dû au fait que les distorsions de la concurrence provoquées par les
lois, réglementations et autres carcans institutionnels
[2] s’appliquent
d’ordinaire aux industries des infrastructures de base : transports,
télécommunications, énergie, agriculture, santé, services financiers et une
vaste palette de services professionnels. Par conséquent, toute évaluation des
besoins dans le domaine de la politique de la concurrence devrait d’abord
s’attacher à examiner à quel point la concurrence est biaisée par les lois,
réglementations, dispositifs de régulation de l’offre, régimes d’autorisation,
politiques de passation des marchés publics, restrictions en matière
d’investissements, normes de produits et autres mécanismes institutionnels.
Le principal objectif de cette évaluation devrait être d’identifier les secteurs
où, tout en poursuivant d’autres buts légitimes pour l’action publique,
les chances de réduire les distorsions induites par les restrictions
institutionnelles de la concurrence sont les plus grandes.
Il pourra être utile, pour préparer cette évaluation, de se référer aux
travaux de l’OCDE dans le domaine de la réforme de la réglementation, qui
sont pour la plupart disponibles sur le site de l’Organisation
[3]. On pourra
notamment s’intéresser au très complet rapport 1997 sur la réforme de la
réglementation qui, entre autres, détaille les motifs d’une réforme de la
réglementation ; signale les effets positifs de cette réforme dans différents
pays et secteurs ; analyse les manières de faire prévaloir différents objectifs de
l’action publique à la fois de manière plus efficace et de façon à atténuer les
distorsions de la concurrence ; expose un certain nombre de stratégies de
réforme couronnées de succès ; et formule une série de recommandations en
matière d’action réformatrice (les ministres de l’OCDE se sont félicités de ce
rapport et sont convenus d’œuvrer à l’application de ses recommandations
dans leurs pays)
[4].
Une autre source, les
Principles 1999 for Guiding the Development of a
Competition-Driven Policy Framework for APEC Economies du Conseil de
coopération économique du Pacifique
[5], gagnera à être consultée. Entre autres,
ces principes, qui ont été finalement validés sous une forme épurée dans les
Principes de l’APEC relatifs à l’amélioration de la politique de la concurrence et de la
réforme de la réglementation
[6], encouragent les économies de l’APEC à faire de la
concurrence l’élément fédérateur de toute l’action publique économique et
réglementaire, c’est-à-dire, en d’autres termes, à considérer que la
concurrence apporte « un cadre unifié d’évaluation et de révision des
orientations en place, ainsi que d’élaboration d’actions futures »
[7]. Cette
approche est vue comme porteuse d’« un puissant mécanisme de réalisation
de la stratégie de l’APEC visant à ouvrir les marchés et les rendre plus
concurrentiels pour renforcer l’efficience économique et le bien-être
économique »
[8]. En conformité avec l’orientation fondamentale des travaux de
l’OCDE dans le domaine de la réforme de la réglementation, un axe majeur de
ces principes de l’APEC consiste à « réduire la distorsion de la concurrence
qu’induisent les réglementations et autres mesures imposées ou approuvées
par l’administration au titre d’autres objectifs d’intérêt public légitimes »
[9]. A
cette fin, les principes de l’APEC incitent à adopter une série de principes
centraux, dont le premier est l’exhaustivité, ainsi que différentes mesures
fondamentales destinées à renforcer et concrétiser ces principes centraux
[10].
Les principes de l’APEC soulignent entre autres que « tout écart entre l’action
publique ou sa mise en œuvre et les principes de concurrence doit être motivé
de manière très convaincante et transparente »
[11]. Un autre principe de base
veut que les « exceptions à l’application de mécanismes de marché bien rodés
et au rôle de la concurrence » soient le plus possible réduites
[12]. On pourra
aussi noter que les principes de l’APEC mettent spécifiquement l’« accent sur
la création de possibilités pour les entreprises concurrentielles et les
consommateurs, et non pas sur une tentative de définition – ou d’orientation
de l’économie en direction – de résultats finaux bien précis (qui sont
nécessairement incertains) en termes de structures de marché ou de
concurrents spécifiques »
[13].
Dans l’exercice consistant à évaluer la meilleure articulation de la
transition de différents secteurs d’activité à la concurrence, il convient de
chercher à : i) réaliser la transition dans un délai optimal – c’est-à-dire souvent
« dès que possible » ; ii) amoindrir les chevauchements de compétence entre
les autorités de réglementation à vocation sectorielle ou autre et l’autorité
nationale de la concurrence (si elle existe), l’une des manières d’y parvenir
étant de donner à cette dernière la compétence exclusive en matière de
pratiques anticoncurrentielles du secteur privé ; iii) concevoir la séquence
chronologique de manière à maximiser l’encouragement à la concurrence – on
omet trop souvent cet aspect, et on en vient à perdre de vue l’objectif général
lorsque, par exemple, des privatisations ou une déréglementation
surviennent avant la mise en place d’un dispositif législatif efficace en matière
de concurrence, ce qui permet aux entreprises privatisées ou déréglementées
de remplacer les obstacles institutionnels à la concurrence antérieurs par de
nouveaux freins à la concurrence de nature privée ; iv) favoriser un
comportement plus propice à l’efficience de la part des entités réglementées,
par exemple en établissant un système de prix plafonds plutôt qu’un système
de taux de rentabilité ; v) mettre en place des mesures évitant les subventions
croisées entre les entités réglementées et leurs entités affiliées du secteur
concurrentiel ; vi) prévoir une durée de validité limitée ou des critères
objectifs concernant la fin du mandat des autorités de réglementation ; et
vii) garantir que l’appréciation de la bonne mise en œuvre de ces critères soit
confiée à une instance autre que l’autorité de la réglementation.
Il convient par ailleurs de confier à au moins un responsable ou organe
officiel – le chef de l’organisme de mise en œuvre du droit de la concurrence
étant souvent le mieux placé – la mission de se faire l’avocat de la concurrence
et de l’efficience dans les différents services de l’administration nationale et
infranationale, mais aussi auprès des instances juridictionnelles et des autres
organismes concernés.
2.3. Pratiques anticoncurrentielles du secteur privé
Le troisième grand sujet à traiter pour mener une évaluation des besoins
élémentaires d’un pays du point de vue de l’établissement d’une culture de la
concurrence est l’efficacité de tout dispositif législatif en vigueur dans le
domaine de la concurrence. En l’absence d’un tel dispositif, l’évaluation doit
s’attacher à indiquer les éléments nécessaires pour le mettre en place.
Entre autres, tout dispositif législatif efficace en matière de concurrence
doit absolument garantir que les effets bénéfiques de la libéralisation et de la
réforme du marché ne sont pas contrecarrés ou entièrement annulés par
l’apparition, à la place des distorsions institutionnelles antérieures de la
concurrence, de restrictions à la concurrence de nature privée. En outre,
l’existence d’un droit efficace de la concurrence est essentielle pour
encourager la concurrence et empêcher les pratiques anticoncurrentielles
dans de nouveaux secteurs d’activité et sur d’autres marchés non directement
touchés par la libéralisation ou les mesures réformatrices.
Si certains soutiennent que la mise en place d’un droit efficace de la
concurrence est inutile lorsque sont éliminés les obstacles aux échanges
externes et internes, ils oublient le caractère local de nombreux marchés, lié
par exemple au coût du transport, à la nature périssable ou fragile de certains
produits, ou encore à des préférences locales. De plus, les mesures de
libéralisation ne peuvent à elles seules prendre en compte les pratiques
d’exclusion de la part d’entreprises locales dominantes, les fusions visant au
monopole ou les comportements anticoncurrentiels de cartels internationaux.
Les points habituels nécessitant une évaluation des besoins dans le
domaine des freins à la concurrence émanant du secteur privé sont les
suivants :
- efficacité de la législation nationale de la concurrence;
- objectifs globaux de cette législation : sert-elle à réaliser des objectifs hors
du domaine de la concurrence, et dans l’affirmative, n’y a-t-il pas de
meilleurs instruments pour réaliser ces objectifs ?
- compétences et formation du personnel de l’organisme de mise en œuvre,
des autorités chargées des poursuites, des avocats et des juges ;
- degré du soutien politique dont bénéficie cette législation;
- niveau de financement de l’organisme ;
- degré d’indépendance de l’organisme chargé de la concurrence vis-à-vis des
pressions politiques ou autres;
- détermination de cet organisme à appliquer rigoureusement la
réglementation de la concurrence ;
- degré de transparence des politiques, pratiques et procédures de
l’organisme ;
- niveau de prévisibilité et certitude des décisions, pratiques, politiques et
procédures de l’organisme
- garantie d’une procédure régulière accordée aux personnes dont les
pratiques peuvent être contestées en vertu de la réglementation de la
concurrence;
- crédibilité de l’organisme du point de vue du respect de la confidentialité
des renseignements fournis par les entreprises ;
- rapidité de la prise de décision de l’organisme;
- efficacité des critères de filtrage des affaires, techniques d’enquête,
méthodes de raisonnement à partir de cas, instruments de communication
et contrôle de la conformité, et des modes alternatifs de règlement des
différends qu’emploie l’organisme;
- étendue de l’utilisation de l’informatique par l’organisme pour accroître son efficience ;
- ampleur de la coordination et de la coopération entre l’organisme et les
autres autorités compétentes en matière de concurrence
3. Renforcement des capacités et assistance technique
3.1. Efficacité de l’aide : étude récente de l’OCDE sur le renforcement
des capacités et l’assistance technique
En 2001, le Comité de la concurrence de l’OCDE a mené auprès de ses
délégations une enquête par questionnaire visant à connaître les conseils en
matière de renforcement des capacités et l’assistance technique fournis aux
non-membres par les membres de l’OCDE en 1999 et en 2000, ainsi que
l’opinion des délégations sur la façon la plus efficace de fournir de cette
assistance
[14]. Plus tard dans l’année, le Comité a diffusé auprès des pays non
membres devant assister au deuxième Forum mondial de l’OCDE sur la
concurrence un questionnaire comparable dont l’objectif était de recueillir
l’avis des destinataires (« pays bénéficiaires ») d’une assistance technique et
de conseils en matière de renforcement des capacités.
Pour la partie concernant les pays fournisseurs de cette assistance et de
ces conseils, l’enquête de l’OCDE cherchait entre autres à recenser les
principales activités et comprendre leurs modes de financement et de
prestation, à évaluer l’utilité de ces activités et à détecter les modes de
prestation les plus efficaces. Quant aux pays bénéficiaires, ils étaient priés de
fournir :
- des renseignements sur les types et la fréquence de l’assistance technique
qu’ils avaient reçue et sur leurs besoins actuels dans ce domaine ;
- leur opinion sur les types d’assistance les plus utiles, les caractéristiques
nécessaires des fournisseurs d’assistance technique et les caractéristiques
relatives des fournisseurs publics et privés ;
- leur avis sur le besoin de renforcer la coordination entre pays fournisseurs.
En résumé, les pays bénéficiaires ayant répondu à l’enquête ont confirmé
l’avis des pays fournisseurs selon lequel l’assistance technique sera à l’avenir
non pas moins, mais davantage, nécessaire. A cet égard, même si les besoins
qui ont été recensés ont pu varier selon le stade atteint par le pays dans
l’élaboration d’une politique de la concurrence, les pays bénéficiaires ont fait
savoir qu’ils souhaitaient pratiquement toutes les formes d’assistance. Ainsi,
les pays en train de rédiger leur législation de la concurrence ont signalé un
besoin d’aide dans ce domaine. Il est d’ailleurs intéressant de noter que
quelques pays plus expérimentés, au moment où ils modifient leur loi ou
rédigent les règlements d’application, ont aussi réclamé ce type d’assistance.
D’autres pays, eux aussi essentiellement novices en matière d’application
d’un droit de la concurrence, ont cerné un besoin d’assistance pour la
conception de leurs institutions de mise en œuvre. Pour certains autres pays
encore, les activités de sensibilisation à la concurrence ont été désignées
comme un sujet d’importance.
Les pays bénéficiaires ont aussi, à l’unanimité, insisté sur leur besoin de
disposer d’une assistance pratique à l’application des lois. Cette catégorie
d’assistance recouvre pratiquement tous les aspects de la mise en œuvre, y
compris l’élaboration de techniques d’enquête et de compétences
analytiques. Les pays ayant répondu à l’enquête ont décrit comme importants
à leurs yeux tous les volets essentiels d’une politique de la concurrence, c’est-à-dire les accords anticoncurrentiels (parmi lesquels les ententes détiennent
la palme des citations), l’abus de position dominante et les fusions. Ils ont
insisté sur le fait que leurs besoins étaient plus de nature pratique (traitement
et analyse des affaires) que théorique (théorie économique et droit comparé).
Nonobstant ce besoin bien cerné d’un surcroît d’assistance technique et
d’activités de renforcement des capacités dans le domaine de la concurrence,
les pays fournisseurs ont mis en exergue les limites existantes en matière de
financement et indiqué que les organismes de la concurrence et les autres
organismes intéressés pouvaient et devaient sensibiliser davantage leurs
gouvernants à l’importance d’une assistance de cette nature.
Les pays fournisseurs ont aussi convenu avec les pays bénéficiaires que la
forme optimale de l’assistance technique et/ou des conseils pour le
renforcement des capacités était fonction de l’avancement de la politique de
la concurrence du pays bénéficiaire. Au stade le moins avancé, lorsqu’un pays
ne dispose pas de législation de la concurrence et n’en est qu’à envisager son
introduction, l’étude a constaté que les pays bénéficiaires gagneraient à avoir
des contacts avec d’autres pays disposant d’une expérience dans le domaine,
de manière à tirer des enseignements en ce qui concerne à la fois les effets
bénéfiques d’une politique efficace de la concurrence et les structures
élémentaires possibles d’un système de la réglementation de la concurrence.
La tenue de conférences réunissant des représentants de plusieurs pays se
trouvant dans une telle situation, ainsi que l’organisation de brèves visites ou
missions de hauts fonctionnaires du pays bénéficiaire, ont été considérées
comme un moyen efficace de faire passer ce message. La Division de la
concurrence de l’OCDE a constaté qu’il pouvait être utile pour des
représentants de ces pays bénéficiaires de participer à des manifestations
internationales telles que le Forum mondial de l’OCDE sur la concurrence, les
réunions et conférences organisées par la CNUCED, le Groupe de travail de
l’interaction du commerce et de la politique de la concurrence de l’OMC ou la
Banque mondiale, et la conférence annuelle du nouveau Réseau international
de la concurrence.
Lorsqu’un pays a pris l’engagement interne d’adopter une politique
active de la concurrence et en est au stade de la rédaction d’une loi sur la
concurrence et de ses textes d’application, l’enquête a permis de concluree
que le pays tirerait particulièrement parti de consultations et de visites
d’étude de courte durée. Ces formes d’assistance technique et de conseils en
matière de renforcement des capacités sont très précieuses pour de petits
groupes de représentants de pays bénéficiaires et fournisseurs, qui se rendent
alternativement chez les uns et les autres pour mener pendant quelques jours
des discussions intensives et spécifiques sur les projets de lois.
En ce qui concerne les pays se trouvant à un stade plus avancé, l’enquête
a constaté que les organismes de mise en œuvre de la concurrence pouvaient
souffrir d’un manque de compétences spécialisées et de ressources, et être
confrontés à des difficultés imputables à l’absence dans leur pays d’une solide
« culture de la concurrence » susceptible d’appuyer efficacement leur action.
Les experts étrangers sont mal placés pour prendre en compte les problèmes
d’attribution des ressources et de culture de la concurrence, car ils mettent en
jeu la question fondamentale de l’engagement national vis-à-vis de
l’économie de marché et d’une politique efficace de la concurrence. Pour le
pays bénéficiaire, il s’agit en fin de compte d’une question politique. Du point
de vue de l’assistance technique et du renforcement des capacités, des
conférences bien médiatisées réunissant des hauts fonctionnaires des pays
fournisseurs et bénéficiaires peuvent contribuer à promouvoir ces valeurs
fondamentales pour la politique de la concurrence. Dans certains pays, les
« examens par les pairs » peuvent constituer un mécanisme complémentaire
pour cerner les questions essentielles et attirer sur elles l’attention des
principaux acteurs. Une autre façon de contribuer à la promotion d’une
culture de la concurrence consiste à renforcer la capacité des organismes de la
concurrence bénéficiaires à sensibiliser leurs gouvernants à la concurrence.
L’assistance technique et les conseils en matière de renforcement des
capacités sont bien adaptés à la lutte contre le manque de compétences
spécialisées dans les pays bénéficiaires. Certains pays fournisseurs estiment
que le forme d’assistance la plus efficace pour ces pays est la présence de
conseillers détachés à long terme par un pays au bénéfice d’un autre. Les
conseillers résidant un certain temps dans le pays bénéficiaire acquièrent une
connaissance intime des spécificités de celui-ci, connaissance qui leur permet
d’appliquer au bon contexte des compétences spécialisées probablement
accumulées dans des circonstances très différentes. Par ailleurs, les
conseillers à demeure sont en mesure de gagner la confiance de leurs clients,
c’est-à-dire des responsables des questions de concurrence dans le pays
bénéficiaire. Leurs conseils seront à la fois mieux ciblés, car ils reflètent une
connaissance concrète du contexte local, et mieux acceptés. Ce type
d’assistance technique a été considéré par les bénéficiaires comme
particulièrement intéressant. Ils ont fait observé que les retombées positives
des exercices d’assistance technique et de renforcement des capacités étaient
directement fonction de la durée du séjour des conseillers – six mois au moins
étant la durée préconisée.
Malheureusement, la fourniture de conseils à demeure sur une longue
durée coûte cher. De plus, de nombreux pays ou organismes fournisseurs de
moindre taille ne disposent pas des équipes nécessaires à l’affectation d’une
ou plusieurs personnes à l’étranger pendant plusieurs mois. A cela, il faut
ajouter que si ce type d’assistance s’avère particulièrement utile pour le pays
bénéficiaire, les contraintes en matière de ressources limitent sa fourniture à
quelques pays en même temps. Aussi les séminaires et ateliers doivent-ils
jouer un rôle important, dans la mesure où ils permettent de rassembler
plusieurs pays bénéficiaires et nécessitent des dépenses moindres de la part
des pays fournisseurs. Souvent, ces manifestations mélangent conférences et
exercices pratiques menés par un groupe d’experts des pays fournisseurs. Les
études de cas fondées sur des situations réelles de pays bénéficiaires
constituent fréquemment le moyen principal et le plus efficace de transférer
le savoir-faire. Les exercices à base de situations hypothétiques et de jeux de
rôles se sont aussi montrés efficaces. Dans les actions menées par l’OCDE
auprès des pays non membres, les séminaires et ateliers sont habituellement
organisés région par région, les pays bénéficiaires étant par exemple ceux
d’Europe de l’Est ou d’Amérique latine. Cette méthode est jugée comme
efficace et efficiente car les pays d’une région donnée ont en commun de
nombreuses caractéristiques et sont très susceptibles de rencontrer les
mêmes difficultés d’acceptation et de mise en œuvre de leur politique de la
concurrence. Les manifestations régionales ont aussi ceci de fort important
qu’elles facilitent la constitution d’un réseau de relations entre des
fonctionnaires de pays voisins responsables de la mise en œuvre de la
concurrence. (Les manifestations interrégionales, surtout si elles concernent
des fonctionnaires de haut rang, encouragent aussi utilement ce maillage.)
On notera qu’il est possible d’acquérir certaines connaissances locales,
dont l’importance a été soulignée par les bénéficiaires, sans engager les
dépenses que représente la résidence prolongée de conseillers : lorsqu’un
pays fournisseur est en mesure de prolonger un programme sur plusieurs
années, son personnel acquiert de telles connaissances locales. Par exemple,
le programme de l’OCDE destiné à l’organisme russe de la concurrence est en
place depuis 1990, ce qui a créé les conditions d’un niveau élevé de confiance
et de compréhension mutuelle. Comme le renforcement réel des capacités en
matière de politique de la concurrence est une opération de longue haleine,
les pays fournisseurs devraient chercher, chaque fois que cela est possible, à
financer des programmes de longue durée.
La mise à disposition de documents rédigés spécialement à l’intention
des pays en développement est un élément important, et parfois négligé, de
l’assistance technique en matière de politique de la concurrence. Plusieurs
pays et organisations internationales, dont l’OCDE, ont élaboré de tels
documents. Parmi les contributions de l’OCDE dans ce domaine, il faut citer
les documents de référence fournis aux participants à ses séminaires d’études
de cas organisés à Vienne, et une publication produite en collaboration avec la
Banque mondiale sous le titre A Framework for the Design and Implementation of
a Competition Law and Policy. Cette publication est consacrée à tous les aspects
de l’analyse de fond (définition du marché et poursuites contre les ententes,
par exemple) et, entre autres, une annexe proposant un modèle de la loi sur la
concurrence. Aux États-Unis, les autorités de la concurrence ont aussi élaboré
des documents utiles du même genre, dont a Practical Handbook of Antimonopoly
Law Enforcement for an Economy in Transition. Il faut toutefois noter que l’utilité
de documents écrits est décuplée lorsqu’une traduction est disponible dans la
langue du pays bénéficiaire. La fourniture de traductions, bien entendu,
augmente le coût de ce mode d’assistance.
Enfin, en ce qui concerne les qualifications des fournisseurs de
l’assistance, l’enquête a permis de constater que l’efficacité de l’assistance
technique était optimisée lorsque ses fournisseurs possédaient : 1) un savoir
technique acquis sur le terrain ; 2) une expérience de la mise en œuvre de la
réglementation de la concurrence ; 3 ) une bonne connaissance pratique de
l’environnement du pays bénéficiaire dans lequel les conseils sont prodigués;
et 4) une expérience de l’assistance technique aux pays en développement et
en transition.
Tout compte fait, les responsables des organismes de la concurrence des
pays fournisseurs sont plus susceptibles que des consultants du secteur privé
de présenter les caractéristiques décrites ci-dessus. Pourtant, pour le
renforcement des capacités dans le domaine de la concurrence, les ressources
non négligeables que distribuent les organismes donateurs nationaux sont
souvent affectées à des sociétés privées plutôt qu’à l’organisme national de la
concurrence – qui est le mieux équipé pour les utiliser. Les autorités de la
concurrence devraient donc peut-être s’attacher à accroître le rôle qu’ils
jouent dans la conception et la mise en œuvre de l’assistance technique de
leur pays en matière de politique de la concurrence, en recherchant des
financements supplémentaires auprès du pouvoir législatif et en travaillant
plus étroitement avec les organismes publics chargés de l’aide extérieure.
3.2. Coopération
La coopération avec les autorités d’autres pays peut s’avérer très utile
pour accélérer la montée en puissance d’un organisme de mise en œuvre de la
concurrence. De nombreuses possibilités existent :
- coopération au cas par cas engagée dans le cadre d’accords bilatéraux de
coopération ;
- réunions à haut niveau et à niveau inférieur, informelles et adhoc, destinées
à discuter d’approches analytiques, de politiques, de pratiques ou de
procédures;
- réunions bilatérales périodiques avec des pays désignés;
- réunions régionales multipartites ;
- échanges et détachements de personnel ;
- participation à des conférences et réunions internationales telles que celles
décrites au paragraphe 22 ci-dessus.
L’OCDE facilite depuis longtemps la coopération entre organismes de
mise en œuvre de la réglementation de la concurrence. Pendant de
nombreuses années, cette coopération est restée limitée aux autorités de la
concurrence de ses pays membres. Le principal vecteur de cette coopération
a été et demeure la tenue de réunions périodiques du Comité de la
concurrence, au cours desquelles des hauts fonctionnaires des différents
pays mettent en commun leurs expériences, se consultent et enregistrent
réactions et recommandations. Parfois, les « tables rondes » et d’autres
échanges au sein du Comité ont abouti à la détermination de « pratiques
optimales » volontaires pour tel ou tel dossier. Ces dernières années, l’OCDE
en général, et la Division de la concurrence en particulier, ont amplifié leurs
relations avec les non-membres : le Comité de la concurrence compte
désormais six observateurs non membres réguliers
[15], et les réunions du
Forum mondial de l’OCDE sur la concurrence – organisé sous l’égide du
Centre pour la coopération avec les non-membres (« CCNM ») – ont accueilli
des représentants d’environ 25 autres pays. En outre, des non-membres ont
fait usage du
Formulaire-cadre de notification des fusions transnationales du
Comité et ont été invités à s’associer à la Recommandation de l’OCDE sur les
ententes.
En 1967, l’OCDE a publié la première de ses Recommandations sur la
coopération volontaire, destinée à restreindre les conflits et à encourager
l’entraide dans la mise en œuvre de la réglementation de la concurrence. La
version aujourd’hui en vigueur est la Recommandation de 1995 sur la
coopération entre pays membres dans le domaine des pratiques
anticoncurrentielles affectant les échanges internationaux
[16]. La
Recommandation de 1998 sur les ententes développe certaines des
dispositions de la Recommandation de 1995 pour ce qui est des
investigations concernant les ententes (et énonce les grands principes à
respecter pour des activités de mise en œuvre des autorités nationales et
pour la coopération internationale)
[17].
Bien que son apport le plus connu – tant pour les pays membres que non
membres – soit son rôle de modèle d’accord de coopération bilatéral
[18], la
Recommandation de 1995 est bien plus que cela. Il s’agit en fait d’un accord
opérationnel international en matière de coopération volontaire, dont tout
pays membre peut se prévaloir, et qui constitue le véritable fondement de la
plupart des actions actuelles de coopération des pays membres de l’OCDE.
Seule une minorité de ces pays membres a conclu des accords de coopération
bilatéraux, et ils sont encore moins nombreux à en avoir conclu plus d’un ou
deux. Ainsi, la coopération entre la plupart des pays membres de l’OCDE se
fonde exclusivement sur la Recommandation, qui stipule que tout membre de
l’OCDE peut requérir la coopération d’un autre membre.
Un résumé détaillé des dispositions de la Recommandation de 1995
sortirait du cadre de la présente note. Pour ce qui nous intéresse, il suffira
d’indiquer que la partie A de ce document, consacrée à la notification,
l’échange d’informations et la coordination des actions, énonce trois principes
généraux :
- lorsqu’un pays membre, en application de sa législation de la concurrence,
engage une enquête ou une procédure pouvant affecter des intérêts
importants d’un ou de plusieurs autres pays membres, il devrait le notifier
à ce ou ces pays membres, si possible à l’avance, et en tout cas à un moment
qui facilite les commentaires ou les consultations ;
- lorsque deux pays membres ou plus engagent une enquête ou une
procédure à l’égard d’une pratique anticoncurrentielle affectant les
échanges internationaux, ils devraient s’efforcer de coordonner leur action
autant qu’il est opportun et possible de le faire;
- par des consultations ou d’une autre manière, les pays membres devraient
coopérer à la mise au point ou à l’application de mesures satisfaisantes et
fructueuses pour chacun d’entre eux en vue de faire face aux pratiques
anticoncurrentielles affectant les échanges internationaux. A cet égard, la
Recommandation précise certains types de coopération, dont l’assistance
dans le cadre des enquêtes.
La partie B de la Recommandation contient différentes dispositions
visant à encourager la consultation et la conciliation dans diverses
circonstances, y compris en considérant attentivement et avec bienveillance
les vues exprimées par l’autre pays membre.
En pratique, les pays membres de l’OCDE s’informent régulièrement
lorsque leurs enquêtes sont susceptibles d’avoir une incidence sur des intérêts
mutuels importants et, parfois, requièrent et fournissent une assistance dans
les limites de la législation applicable et de leurs intérêts importants, y compris
les contraintes de ressources. Pour tout renseignement complémentaire sur le
mode de fonctionnement de cette coopération, nous renvoyons le lecteur à la
masse d’informations disponible sur le site Web de la Division de la
concurrence ou sur celui du Forum mondial de l’OCDE sur la concurrence. A ce
sujet, on pourra se reporter notamment aux documents préparés par le
Secrétariat sur la coopération dans les affaires d’ententes et de fusions pour les
réunions d’octobre 2001 et de février 2002 du Forum mondial de l’OCDE
[19].
3.3. Examen par les pairs
L’examen par les pairs peut être une autre façon très utile de contribuer à
établir une culture de la concurrence au sein des économies en
développement et en transition. La Division de la concurrence de l’OCDE a
ainsi constaté que les organismes de mise en œuvre de la concurrence étaient
de chauds partisans de l’examen par les pairs, parce qu’il est l’occasion de
bénéficier de précieux commentaires sur leurs pratiques, politiques et
procédures, et parce que le rapport final, dans son intégralité ou non, peut être
utilisé pour faire évoluer la réglementation de leur pays.
Les activités du Comité de la concurrence se distinguent depuis plusieurs
années par la conduite d’examens rigoureux par les pairs. Ces examens se
fondent sur un rapport exhaustif établi par le Secrétariat de l’OCDE sur le
dispositif du pays membre en matière de concurrence, lequel sert de base à
l’analyse des autres membres et à l’échange de vues qui s’ensuit au sein du
Comité. Ce rapport comporte des recommandations précises sur le
renforcement du droit et de la politique de la concurrence du pays examiné.
On pourra noter que le prochain Forum mondial sur la concurrence de
février 2003 inclura le premier « examen mutuel » de l’OCDE concernant un
pays non membre (l’Afrique du Sud), et que plusieurs autres non-membres
ont manifesté un intérêt vis-à-vis d’un tel examen au cours de prochaines
réunions du Forum.
3.4. Paragraphe 24 de la Déclaration de Doha
Un exposé sur le renforcement des capacités et l’assistance technique
dans le domaine de la concurrence ne serait pas complet sans noter que le
paragraphe 24 de la Déclaration de Doha décrit explicitement un type
d’assistance et de renforcement des capacités différent du renforcement des
institutions de la concurrence abordé ci-dessus et au paragraphe 25 de la
Déclaration de Doha. Ce type spécifique d’assistance et de renforcement des
capacités décrit au paragraphe 24 vise à aider les pays en développement et
les moins avancés à « mieux évaluer les implications d’une coopération
multilatérale plus étroite pour leurs politiques et objectifs de développement,
et le développement humain et institutionnel ». La CNUCED et le Groupe de
travail de l’interaction du commerce et de la politique de la concurrence de
l’OMC se sont efforcés de faire face à ce besoin, mais il reste beaucoup de
travail à faire pour permettre aux pays en développement et aux pays les
moins avancés d’acquérir une bonne compréhension et une bonne maîtrise
des questions et, ainsi, d’évaluer correctement les implications décrites au
paragraphe 24. L’Unité des activités avec les économies non membres de la
Division de la concurrence a l’intention de rechercher activement les
possibilités d’assistance dans ce domaine.
4. Actions de renforcement des capacités menées par l’OCDE
dans le domaine de la concurrence
Le Secrétariat de la Division de la concurrence de l’OCDE fournit des
conseils de renforcement des capacités dans le domaine de la politique de la
concurrence depuis de nombreuses années. Ce programme a vraiment débuté
en 1991, après l’éclatement de l’Union soviétique. Les premières années, il a
d’abord concerné les pays en transition d’Europe centrale et orientale : Russie
et groupe de Visegrad, c’est-à-dire la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la
République tchèque. La Russie reste un bénéficiaire important (et même le
premier bénéficiaire), tandis que les pays du groupe de Visegrad, ayant adhéré
à l’OCDE, n’en reçoivent plus d’assistance ; de pays bénéficiaires, ils sont
devenus pays fournisseurs.
Aujourd’hui, l’emprise géographique du programme d’activités avec les
économies non membres est plus vaste. Outre des manifestations au bénéfice
d’autres ex-républiques soviétiques d’Europe et d’Asie centrale, l’Unité des
activités avec les économies non membres du Secrétariat gère des
programmes pour les pays baltes, et s’est récemment intéressée à l’Europe du
Sud-Est. Elle est aussi active en Asie, en Amérique latine et dans le cadre de la
Communauté du développement de l’Afrique australe (SADC), et administre
des programmes nationaux spécifiques en Chine, au Brésil et en Russie.
L’expansion récente du programme d’activités de l’OCDE avec les économies
non membres dans le domaine de la concurrence est rendue possible par des
contributions financières et des détachements de personnel consentis
volontairement par l’Australie, la Corée, les États-Unis, la Hongrie, le Japon, le
Royaume-Uni et la Suède.
La majorité des conseils de l’OCDE en matière de renforcement de
capacités prend la forme de séminaires et d’ateliers. Le « séminaire d’étude de
cas » est devenu un symbole du programme de l’OCDE dans ce domaine. A
l’occasion de ce type de séminaire, les participants des pays bénéficiaires et
les experts des pays membres de l’OCDE examinent des cas réels concernant
les pays bénéficiaires et s’en servent pour illustrer les différents aspects de
l’analyse de la concurrence. Lancé en 1992, le Séminaire d’étude de cas de
Vienne en est le prototype. De hauts responsables chargés de la concurrence
de 18 pays bénéficiaires, de sept ou huit pays membres de l’OCDE et du
Secrétariat prennent part à cette manifestation qui s’étale sur deux semaines.
Des séminaires d’étude de cas inspirés des Séminaires de Vienne se tiennent
aujourd’hui régulièrement dans d’autres parties du monde.
Le Secrétariat utilise aussi d’autres mécanismes pour les conseils en
matière de renforcement des capacités, dont des visites et des consultations
de courte durée. Par exemple, il organise avec les responsables russes et
chinois des échanges de vues réguliers sur la rédaction de leur réglementation
de la concurrence. De plus en plus, il entreprend des études approfondies sur
la politique de la concurrence de certains pays. Récemment, de telles études
ont été menées dans les pays baltes, en Chine et au Brésil, et ont donné lieu à
la publication de rapports complets. Le Secrétariat a en outre récemment
parrainé en Russie une série de séminaires sur l’encouragement de la
concurrence dans les industries d’infrastructures : chemins de fer,
télécommunications, électricité et gaz naturel. Des rapports de synthèse
complets sur ces manifestations ont été rédigés et publiés. Un programme
similaire sur le secteur ferroviaire s’est récemment tenu en Chine.
Enfin, l’OCDE a récemment créé le Forum mondial sur la concurrence, qui
s’est réuni en octobre 2001 et février 2002. Chacune de ces réunions a
rassemblé à Paris des hauts responsables de la concurrence d’une vingtaine de
pays, qui ont examiné, avec les représentants des 30 pays membres et des six
pays observateurs qui composent le Comité de la concurrence, des thèmes
d’intérêt commun dans le domaine de la politique de la concurrence. Le
Forum mondial ne constitue pas une « assistance technique » au sens défini
plus haut, car aux débats sur les politiques, il associe la recherche d’un
consensus entre pairs, une ambition éducative et un travail de maillage des
participants. Il n’en joue pas moins un rôle évidemment important dans la
promotion de la politique de la concurrence dans les pays en développement.
Comme nous l’avons souligné plus haut, différents pays ont pris conscience
des effets positifs de ces « examens par les pairs » menés dans le cadre du
Forum mondial. Le Secrétariat de l’OCDE prépare actuellement le premier de
ces examens, qui sera consacré à l’Afrique du Sud en février 2003. Plusieurs
autres pays ont déjà fait connaître leur souhait d’être soumis dans un proche
avenir à un exercice similaire.
Il existe dans le domaine de la politique de la concurrence un besoin
d’assistance technique et de conseils de renforcement des capacités qui croît
rapidement et dépasse de loin les ressources de ceux qui les fournissent. Par
ailleurs, les pays sont plus nombreux à participer à cette action. Ces deux
considérations soulèvent d’importantes questions de financement et de
coordination. Au-delà de la nécessité de plus en plus impérieuse de
coordination des demandes de financement et des contacts correspondants
avec les organismes de financement, les défis que représente le financement
impliquent la mise en place d’une stratégie multiforme visant entre autres :
i) à renforcer les efforts mutuels que consentent les pays fournisseurs afin
d’encourager et d’obtenir des financements supplémentaires pour de
nouvelles actions d’assistance technique et de renforcement des capacités ;
ii) à sensibiliser davantage les organismes de financement a) aux liens entre la
politique de la concurrence et d’autres domaines importants pour le
développement, et b) aux effets bénéfiques de l’application d’une solide
politique de la concurrence; iii) en toute occasion, à sensibiliser à ces effets
bénéfiques et liens des hommes et des femmes politiques influents, des chefs
d’entreprise et d’autres décideurs des pays fournisseurs; et iv) à faire en sorte
que ces mêmes sphères influentes, dans les pays en développement et dans
les pays les moins avancés, comprennent bien ces effets positifs et ces liens,
et accordent ainsi une plus grande importance au besoin d’assistance dans ce
domaine lorsqu’ils élaborent et examinent leurs priorités avec les organismes
de financement et d’assistance. L’objectif global de ces efforts devrait être un
net renforcement de la portion très congrue accordée à la politique de la
concurrence dans l’enveloppe générale de l’aide au développement.
Dans le cadre du point iv) ci-dessus, il convient de définir une stratégie
susceptible d’aider les personnes influentes des pays bénéficiaires à mieux
appréhender les liens et effets bénéfiques évoqués ci-dessus : elles pourront
ainsi se montrer réceptives aux idées concernant les projets potentiels
d’assistance technique et de renforcement des capacités, accueillir
chaleureusement toute assistance et tout conseil fournis, et militer pour la
poursuite des réformes. A cet égard, il ne faut pas mésestimer le rôle que
peuvent jouer la presse, les milieux universitaires et d’autres acteurs pour
mobiliser l’opinion en faveur de la concurrence. Autrement dit, la stratégie de
mise en place d’une culture de la concurrence devrait viser aussi bien les
décideurs que le grand public.
L’accroissement du nombre d’organisations concernées par des activités
d’assistance technique et de renforcement des capacités en matière de
politique de la concurrence soulève une autre question de coordination, à
savoir le besoin de mesures actives pour bien faire connaître les activités
d’autres fournisseurs – en particulier lorsque ces activités concernent ou ont
concerné le même pays bénéficiaire. A tout le moins, lorsque deux
fournisseurs ou plus entretiennent avec un même bénéficiaire des relations
actives en matière d’assistance technique ou de renforcement des capacités,
ils devraient coordonner leurs efforts de manière à limiter les doublons, les
conseils contradictoires, les sujets de confusion pour les représentants du
pays bénéficiaire, et les risques de surcharge de ces représentants. En cas de
multiplicité des pays fournisseurs, il importe que le pays bénéficiaire exige
une coordination destinée à éviter ce genre de résultats fâcheux. Ce besoin de
coordination existe aussi lorsqu’un pays bénéficiaire reçoit une assistance de
la part d’experts de la concurrence et d’experts de certains secteurs.
[*]
La présente contribution du Secrétariat de l’OCDE ne correspond pas
nécessairement aux opinions des pays membres Elle a été présentée au Groupe
intergouvernemental d’experts du droit et de la politique de la concurrence de la
CNUCED Quatrième session, Genève, 3-5 juillet 2002.
[**]
Assistance technique dans le domaine du droit et de la politique de la concurrence: point de vue des
bénéficiaires concernant leurs besoins et le degré d’efficacité des méthodes de fourniture d’assistance
employées – Implications pour les fournisseurs d’assistance, Forum mondial de l’OCDE sur la
concurrence, février 2002,
www. oecd. org. comnet
[1]
Certains de ces faits sont résumés dans le
Rapport de l’OCDE sur la réforme de la
réglementation : synthèse, OCDE ( 1997). Voir par exemple le chapitre II. Rapport ci-après dénommé « Rapport de synthèse ».
[2]
Voir par exemple le
Rapport de synthèse,
ibid., p. 6.
[3]
www. oecd. org/ competition
[4]
Rapport de synthèse : supra, note 2, dans l’avant-propos.
[5]
Conseil de coopération économique du Pacifique, 1999.
[6]
Disponible à l’adresse
www. dfait-maeci. gc. ca/ trade/ canada-apec/ principles-e. asp
[7]
Supra, note 6, p. 5.
[9]
Ibid., p. 6.
[10]
Les autres principes centraux sont la transparence, la responsabilisation et la non-discrimination.
Ibid., p. 6 et 17.
[14]
Relations de l’OCDE avec les économies et activités d’assistance technique des pays
membres en 1999-2000, Forum mondial de l’OCDE sur la concurrence, février 2002,
Disponible à l’adresse
www. oecd. org/ competition
[15]
L’Argentine, le Brésil, la Fédération de Russie, Israël, la Lituanie et le Taipei chinois.
[16]
[(C) 95( 130)]. Disponible à l’adresse
www. oecd. org/ competition
[17]
Disponible sur le site Web de l’OCDE. Voir note 4.
[18]
La coopération entre les trois pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) a pris pour
modèle la Recommandation de l’OCDE.
[19]
Contrôle des fusions et coopération internationale;
Échange des renseignements dans les
enquêtes sur les ententes;
Information Sharing in Cartel Cases – Suggested Issues for
Discussion and Background Material;
Coopération internationale dans les enquêtes sur les
fusions – Résumé des réponses au questionnaire soumis aux invités et propositions de
questions à examiner. Disponibles à l’adresse :
www. oecd. org/ competition