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Syntaxe et sémantique

2001/1 (N° 2)



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1. Composer des phrases à l’aide de pictogrammes

1.1. Un problème de dysfonctionnement langagier

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Pour communiquer avec des enfants IMC aphasiques [1]  Infirmes moteurs cérébraux ; terme médical. L’aphasie... [1] et paralysés, on a imaginé d’utiliser des langages pictographiques, où les mots sont remplacés par des pictogrammes. En pratique, les orthophonistes utilisent des « tableaux de communication » où ils pointent manuellement des images, qui peuvent servir à « parler », à questionner, à décrire des objets éloignés, etc. Nous avons, dans notre article paru en 1998 [2]  Abraham 1998b. [2] , décrit comment les praticiens utilisaient les codes des tableaux de communication [3]  Il existe plusieurs codes, les plus répandus étant... [3] . Dans ces utilisations, plusieurs difficultés apparaissent très vite :

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  • dans la représentation (et la perception) des pictogrammes, particulièrement en ce qui concerne les verbes [4]  Il ne s’agit ni de dessin d’art, ni, autant que possible,... [4] et, plus généralement, les mots qui indiquent des transformations opérant sur des entités (adjectifs, négation…) ;

  • dans l’organisation de la présentation de ces pictogrammes, afin qu’ils soient immédiatement retrouvés à l’écran dès que le vocabulaire s’étend ;

  • dans l’absence d’encodage morphologique indiquant les conjugaisons, accords…

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De plus, au moment de leur utilisation, ces tableaux révèlent des carences de vocabulaire. Divers moyens sont utilisés pour désigner un mot absent du lexique, mais soulèvent quelques problèmes abordés par ailleurs [5]  Abraham 1998a et 1998b. [5] .

1.2. « Réparer » une carence dans une architecture cognitive

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L’idée vient très vite d’automatiser les tableaux grâce aux ordinateurs, qui pourraient reconstruire de petites phrases à peu près correctes à partir des pictogrammes, et les faire prononcer par une synthèse vocale. Une phrase de la langue est alors écrite sous forme d’une suite de pictogrammes, qu’un traitement automatique doit traduire en la phrase de texte conceptualisée par le « locuteur ». La machine s’appuie sur une interface interactive présentant un langage pictographique : « parler » devient « montrer des représentations » [6]  Ce pourrait être aussi montrer explicitement des objets... [6] (d’objets, de propriétés, de schèmes d’action).

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La réalisation d’une telle machine pose tous les problèmes de l’organisation et de la structuration de la langue, de ses rapports avec l’image, du lexique polysémique, et de la classification des « mots ». Quant à la phrase, l’approche qui privilégierait des scripts et qui tenterait de la reconstruire en calculant son sens supposé d’après celui des mots qui la composent est peu pertinente, l’utilisation des rébus suffit pour s’en convaincre. Des scripts [7]  L’enfant peut se trouver dans toutes les situations... [7] , intéressants dans un domaine restreint à des dialogues prévisibles, ne peuvent envisager toutes les situations propres à des personnes qui échappent à la loi du plus grand nombre, et ne peuvent que donner des résultat peu fiables, ou même aberrants. De plus, est-il vraiment nécessaire que la machine tente de reconstituer un sens, et « comprenne » ce qu’elle devra prononcer ? À quoi cela servirait-il ? Il faut poser le problème autrement : il ne s’agit pas de penser à la place de l’enfant (en lui adjoignant une prothèse d’intelligence qui court le risque de l’être bien moins que lui), mais de permettre à son intelligence de s’exprimer, en choisissant ses mots et en structurant (ou pas) sa phrase, ce qui pose très clairement la question des relations entre les aptitudes cognitives de l’enfant et les reconstructions linguistiques destinées à être oralisées par la machine.

1.3. Le modèle cognitif de la GAC

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Un modèle de la langue doit considérer différents niveaux, les articuler entre eux, rendre compte des liens entre les perceptions visuelles et les structures de la langue, qui constitue un système de représentation des connaissances d’un référentiel externe perçu. Pour traduire une phrase du langage pictographique en une phrase de la langue, il faut s’appuyer sur une architecture de la langue qui permette de relier les observables de la langue à un niveau conceptuel compatible avec des représentations imagées. Nous prenons le modèle de la grammaire applicative et cognitive (GAC) [8]  Ce modèle a déjà été présenté dans plusieurs publications... [8] , qui retient trois niveaux de représentation de la langue : linguistique, prédicatif et cognitif.

Fig. 1 - Figure 1 : Représentation d’un même référentiel par la langue et par l’image
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Les représentations linguistiques d’une langue particulière sont organisées à partir de schémas grammaticaux spécifiques aux observables de cette langue où certaines unités grammaticales encodent des opérations, et où certaines unités lexicales expriment des significations. Les encodages et les expressions de signification sont déterminés par le système de la langue.

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Les représentations conceptuelles sont organisées en prédicats et arguments, et engendrées à partir de schèmes conceptuels prédicatifs de la langue et des opérations universelles dont les unités linguistiques ne sont que les traces (prédication, énonciation, thématisation…).

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Les représentations cognitives sont engendrées à partir d’archétypes cognitifs décrits par une combinaison de primitives (universaux conceptuels) justifiées par la perception et l’action. La signification des mots peut être décrite par des réseaux de relations, et, pour les verbes, par des réseaux de schèmes [9]  La représentation des verbes qui expriment des modifications... [9] .

1.4. Des représentations compatibles issues de la langue et de l’image

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La langue n’est pas détachée des observables [10]  Nous faisons ici allusion au modularisme de Fodor. [10] , même si le système de la langue est détachable ; sinon, comment expliquer que l’on puisse passer du visuel au textuel, verbaliser un cheminement ? Pour relier le verbal au figuratif, les représentations sémantico-cognitives issues de la langue doivent être compatibles avec d’autres modes de représentation non verbalisés (comme les représentations figuratives ou imagées des situations extralinguistiques). Un texte qui décrit des situations spatio-temporelles extralinguistiques est une représentation verbalisée de ces situations. Comprendre un texte portant sur des situations spatiales évolutives, c’est construire des représentations intermédiaires qui aboutissent à des représentations « mentales » ou sémantico-cognitives. À l’inverse, ces représentations sont exprimées par le texte qui lui-même dénote une situation spatio-temporelle évolutive. Représentée par une image, la même situation externe doit aboutir à une représentation mentale compatible avec la représentation discursive. Nous cherchons à traduire la compatibilité entre les représentations cognitives construites :

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2. Le schème verbal

2.1. Décrire la sémantique des mots du lexique

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Nous posons l’hypothèse d’une polysémie organisée autour d’un invariant générateur, qui se spécifierait en contexte. Pour décrire les différentes significations, il nous faut rechercher :

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  • i) des unités primitives de signification qui ne peuvent être des mots de la langue ;

  • ii) puis, pour recomposer le mot, des opérations moins sommaires que les compositions booléennes opérant sur des traits, qui sont fréquemment utilisées ;

  • iii) enfin, rechercher un invariant qui puisse se spécifier en chacune des significations reconnues.

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Les primitives se situent à un niveau conceptuel, posé à titre d’hypothèse comme invariant par rapport à la diversité des langues. Elles doivent représenter des invariants cognitifs, non pas des sèmes définis en langue, mais des noèmes, de nature conceptuelle, reposant sur l’hypothèse de la perception d’un environnement spatio-temporel et des possibilités d’action sur l’environnement. Les primitives des grands domaines cognitifs (retenus par la physique) statique, cinématique, dynamique ont été présentées à plusieurs reprises [13]  Voir les travaux de J.-P. Desclés (en particulier Desclés... [13] dans les travaux de l’équipe LALIC. Elles sont utilisées dans la description des schèmes verbaux. D’autres primitives [14]  Nous filtrons le perçu via des schèmes culturels qui... [14] sont nécessaires, en particulier les catégorisateurs nommés par les parties du corps des êtres vivants qui en portent les propriétés caractéristiques, et des artefacts [15]  Des artefacts peuvent aussi, par les propriétés abstraites... [15] .

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Les verbes, qui encodent par le lexique le mouvement et le changement, sont modélisés par des schèmes sémantico-cognitifs (SSC) [16]  Un formalisme de lambda expressions typées. [16] . Les SSC s’appuient sur des situations référentielles entre lesquelles se passe une singularité, exprimée par une primitive de transformation spatio-temporelle (mouvement ou changement). Par exemple, un schème cinématique de /sortir / [17]  Quelques significations de /sortir /ont été données... [17] peut se représenter par une transformation spatio-temporelle entre une situation référentielle Sit1, où une entité est considérée comme étant repérée par rapport à l’intérieur d’un lieu indéterminé loc, et une situation référentielle Sit2, où cette même entité est considérée comme étant repérée par rapport à l’extérieur de ce même lieu.

Fig. 2 - Figure 2 : Situations initiale et finale d’une des significations de /sortir/.image2

2.2. Un exemple : le verbe /guérir/

2.2.1. Exemples d’emploi de /guérir/ avec des actants prototypiques

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Prenons l’exemple du verbe /guérir /. Pour faciliter la description de ses significations et de ses spécifications, prenons d’abord des exemples où les actants ont d’évidentes propriétés qui permettent immédiatement d’identifier leur rôle. Pour chacun des exemples présentés dans le tableau ci-dessous, nous indiquons :

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  • si la construction verbale est transitive (tr) ; ou intransitive (intr) ; ou combinée à une préposition (intprp, trprp) ;

  • le prédicat verbal (éventuellement combiné) ;

  • son arité et le nombre de paramètres possibles dans la construction donnée par l’exemple ;

  • le paramètre de la partie cinématique du schème verbal ;

  • le paramètre de la partie dynamique ;

  • son degré d’agentivité ; FAIRE pour un instrument, CONTR pour un contrôle ;

  • le sujet, affecté du rôle qu’il joue dans l’exemple ;

  • et le complément d’objet éventuel du verbe.

2.2.2. Constructions du verbe et structure actancielle

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Le verbe /guérir / admet plusieurs constructions syntaxiques :

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N1 V (exemples (1), (2), (3), (4) et (5)) ;

20

N1 V N2 (exemples (6), (7), (8) et (9)) ;

21

Prep N2 N1 V (exemples (10), (11) et (12)) ;

22

N1 Prep N2 V N3 (exemple (13)) ;

23

N1 Prep N2 V N3 Prep N4 (exemple (15)) ;

24

Prep N2, N1V N3 (exemples (17) et (18)) ;

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N1 Prep N2 V N3 Prep N4 (exemples (19) et (20)) ;

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N1 V Prep N2 Prep N3 Prep N4 (exemple (21)) ;

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Prep N1 N2 V N3 Prep N4 (exemples (22) et (23)) ;

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Les exemples, dont la liste n’est pas close, montrent qu’un même item verbal peut entrer dans des constructions différentes (mono ou bi-actancielle) ; combiné avec une préposition, l’item verbal reçoit un paramètre supplémentaire. Les constructions N1 V montrent que /guérir /peut aussi bien signifier qu’un actant (paramètre de la partie cinématique du SSC) change d’état, qu’un actant (paramètre de la partie dynamique du SSC) fait changer d’état (avec un degré d’agentivité plus ou moins grand), ou même que l’état change. /guérir/, qui permet d’encoder à la fois des transformations temporelles et le responsable de ces transformations, est un bon exemple d’illustration de l’absence de bijection entre les structures syntaxiques et les structures sémantiques d’un verbe.

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Cherchons à caractériser comment le schème verbal de /guérir / peut combiner différentes relations, à partir des constructions syntaxiques, des propriétés des différents actants des places possibles, et des prépositions qui permettent de placer les actants dans la phrase.

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La construction intransitive N1 V qui correspond à un prédicat unaire, reconnaît un sujet actant dans la phrase (4) (et (3)), mais explique les phrases (1) et (2) (construction ergative) en disant que le patient /objet prend la place du sujet. Nous préférons distinguer complètement les fonctions syntaxiques et les rôles interprétatifs, et, dans les exemples, repérer les rôles d’agent (A), d’instrument (I), de patient (P) et d’état (E) et dire que /guérir/ encode soit la transformation cinématique affectant le patient ou son état, soit la transformation dynamique exercée par un agent ayant la propriété de contrôle, ou bien par un instrument.

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  • le malade (P, celui qui est dans l’état de maladie), engendre un système qui peut passer de l’intérieur d’un état à l’extérieur de ce même état.

  • le médecin (A) possède (par contexte) la propriété saillante de contrôler une certaine modification, avec éventuellement une téléonomie sur la situation résultante ; cependant, si cet actant ne possédait pas cette propriété, le schème verbal la lui donnerait, comme dans : un chat guérit le stress ; la compagnie des chiens guérit les asociaux ; cette aventure a guéri Marie de se promener seule la nuit.

  • l’aspirine (I) possède (par contexte) une propriété d’instrument pour provoquer un changement d’état ; si ce paramètre ne possédait pas cette propriété, le schème verbal la lui donnerait (l’air de la montagne guérit le rhume) [18]  On peut se demander si le rôle du chat montre plus... [18] .

  • la maladie (E) est un des états du système engendré par une entité ; les états n’appartiennent pas nécessairement au contexte médical ; on peut leur reconnaître la propriété d’être jugés améliorables.

2.2.3. D’autres exemples d’emploi

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Pour faire apparaître les différentes significations encodées par le verbe, nous avons, dans les exemples précédents, pris des actants prototypiques qui ont intrinsèquement certaines propriétés. Les termes nominaux ou propositionnels ont un rôle grammatical (d’agent, de patient…) lorsqu’ils sont insérés dans une configuration, mais ils n’ont pas en eux-mêmes un rôle. C’est ainsi que l’on peut « agentiviser » une unité qui n’a pas intrinsèquement les propriétés prototypiques des unités agentives (animé, défini, individualisable, capacité de contrôle intentionnel…) [19]  Desclés & Guentcheva 1993, p. 83, note 14. [19] , comme dans l’air sec guérit le rhume. Notons :

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  • P1 la propriété du patient de pouvoir changer d’état (vers un meilleur état) ;

  • P2 la propriété dynamique de l’agent (ou de l’instrument) de faire changer d’état (avec plus ou moins d’agentivité) ;

  • P3 la propriété de l’état d’un système engendré par le patient de trouver une meilleure valeur.

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Dans grâce au coca-cola, M. Truc guérit Marie, aucun des actants ne possède ontologiquement de propriété particulière liée au verbe /guérir/, mais nous repérons bien le schème verbal mis en jeu, qui indique que le coca donné par M. Truc fait passer Marie d’une situation Sit1 où elle était dans un état considéré comme désagréable vers un état meilleur en Sit2. Nous traiterions de même les exemples : un froncement de sourcil de son père guérit Marie de son fou rire, cette histoire me guérit de faire confiance à n’importe qui. Nous remarquons toutefois, pour que ces exemples aient un sens, qu’il faut préciser de quoi on est guéri, et qui est guéri. Le froncement de sourcil n’a pas de propriété particulière de guérison ; le verbe permet de lui en donner dans une situation particulière, qui doit être indiquée : si les actants ne possèdent pas les propriétés intrinsèquement, la combinaison des relations encodées par le schème permet de les leur donner.

Fig. 3 - Figure 3 : Un SSC de /Guérir /.

2.2.4. Schèmes sémantico-cognitifs de /guérir/

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/guérir / encode une transformation spatio-temporelle d’une situation référentielle Sit1 vers une situation référentielle Sit2 ; en Sit1, le système engendré par le paramètre y est à l’intérieur d’un état E1 ; en Sit2 ce même SYS (y) est à l’extérieur de l’état E1, et il existe une relation entre les valeurs de l’intérieur et de l’extérieur de l’état E1 : val (EX (E1))> val (IN (E1)). La transformation peut être provoquée par un paramètre x décrit dans la partie dynamique du schème ; x possède une propriété dynamique plus ou moins agentive : faire (pour un instrument) ou CONTR (contrôle, pour un agent), et, éventuellement, une téléonomie sur la situation Sit2. Le paramètre de la cinématique (un système engendré par une entité, ou bien l’état de ce système) subit une transformation ; que ce paramètre soit ou non instancié, /guérir / encode la transformation d’un système ou de l’état d’un système vers un état final à valeur supérieure.

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Le schème du verbe permet d’encoder :

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  • une transformation spatio-temporelle (dans la partie cinématique du SSC) ;

  • le responsable du mouvement, dans la partie dynamique du SSC ;

  • des spécifications introduites par des prépositions qui peuvent concerner un patient, l’état de ce patient, un agent, ou un instrument.

2.2.5. Rôles interprétatifs des paramètres de /guérir /

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Le schème de la figure 3 ne correspond, tel quel, à aucune des significations instanciées de /guérir /. Pour placer tous les paramètres dans la phrase, il faut combiner /guérir / ou ses paramètres avec des prépositions, et tenir compte de l’ordre des mots. En définissant une signification de /guérir / par les rôles qu’elle supporte, nous avons quinze combinaisons possibles, commentées ci-dessous :

E l’état change
x propriété d’un agent
y un système change d’état
z propriété d’un instrument
Ex un agent fait changer un état
xy un agent fait changer un patient
Ey un patient change d’état
yz un instrument fait changer un patient
xz un agent utilise un instrument pour changer d’état
Ez un instrument fait changer un état
xEy un agent fait changer d’état à un patient
xEz un agent opère un changement vers un meilleur état par l’intermédiaire d’un instrument
xyz un agent fait changer d’état à un patient par l’intermédiaire d’un instrument
zEy un instrument fait changer d’état à un patient
xyzE un agent fait changer d’état à un patient par l’intermédiaire d’un instrument, et l’état est précisé
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Plusieurs arrangements sont possibles pour un ensemble donné de rôles interprétatifs [20]  Remarquons toutefois que tous les arrangements ne sont... [20] . Limitons-nous à la question des significations correspondant à la prise en compte des rôles, sans tenir compte de leur encodage linguistique [21]  Par manque de place, nous traiterons ce problème dans... [21] , c’est-à-dire de l’ordre dans lesquels se placent les paramètres, et des spécifications par des prépositions. Nous avons quinze cas possibles, représentés par quinze états dans un réseau où les états sont les sous-ensembles non vides de l’ensemble des rôles interprétatifs acceptés par /guérir /. Un état qui correspond à une combinaison de rôles, peut être représenté par plusieurs schèmes. En général, un même verbe peut se combiner avec plusieurs prépositions pour donner des spécifications différentes. Dans la construction syntaxique à une place, le rôle du paramètre peut être un agent, un patient, l’état du patient ou bien un instrument. Dans une construction transitive N1 V N2 à deux places (prédicat binaire), la syntaxe encode en position sujet le paramètre de la partie dynamique du SSC (l’agent ou l’instrument), et en position d’objet, la partie cinématique du SSC (le patient ou son état). Combiné à la préposition de, /guérir-de / permet d’accepter les rôles de patient et d’état dans le malade guérit de la grippe. Une détermination de chacun des paramètres est possible dans la construction l’aspirine du médecin guérit le rhume du malade, qui porte les quatre rôles : N1 DE N2 V N3 DE N4. La construction spécifie l’instrument de l’agent (sujet) et l’état du patient (objet). Comme nous l’avons dit, nous avons identifié les différentes significations par les rôles qu’elles permettaient de supporter, sans tenir compte de l’ordre de construction des paramètres, de l’arité des prédicats ni des combinaisons éventuelles avec des prépositions. Les rôles mis en jeu dans le schème de /guérir / sont encodés dans la langue à l’aide des prépositions et de l’ordre des mots dans la phrase.

Figure 4 : Combinatoire des paramètres de /guérir /.

2.3. Classe de verbes et organisation des schèmes verbaux

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Nous pouvons distinguer deux organisations des significations, celle de la polysémie et celle des classes de synonymes.

2.3.1. Polysémie de / guérir /

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Nous venons de voir qu’il peut exister plusieurs descriptions sémantiques du verbe /guérir /. Considérer les mots comme polysémiques revient à organiser les différentes significations en un réseau dont l’organisation fait apparaître le passage d’une signification à une autre (fig. 4) ; en allant de gauche à droite dans le réseau des rôles interprétatifs, un arc permet de passer d’un état à un autre par une spécification qui introduit un nouveau paramètre ayant un nouveau rôle. Par exemple, l’arc E-Ey permet de spécifier le patient y qui est dans l’état E, etc. Une même forme verbale encode des significations différentes, qui s’organisent autour d’un sens abstrait [22]  Le signifié de puissance chez les guillaumiens (Picoche... [22] (fig. 5). Ce dernier, qui n’appartient pas à la langue, engendre des schèmes que l’on peut enrichir par des spécifications dans les domaines spatiaux, temporels et notionnels. La signification concrète de /guérir / concerne un mal physique, et concernant plutôt des êtres vivants, mais nous avons vu que ce mal pouvait être moral ou abstrait. L’archétype de /guérir /, construit par abduction à partir de significations, se rapprocherait de la description suivante : /guérir / encode un changement d’état affectant un système engendré par une entité : le système passe d’une situation Sit1 à une situation Sit2 où l’état est considéré comme meilleur par rapport à la situation précédente.

Figure 5 : Polysémie verbale.
Figure 6 : Organisation des SSC.

2.3.2. Synonymes ou classe de verbes encodant la même transformation

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Certaines des significations désignées par les états construits à partir des rôles peuvent être encodées par des synonymes (Fig. 6) de /guérir /. Nous relevons /rétablir / qui peut encoder les significations des états {x, z, xy, zy, xzy} du réseau. Les verbes /apaiser /, /adoucir /, /calmer /, peuvent aussi encoder les significations des états {x, z, xy, xE, zy, zE, xzE, xyzE} du réseau, mais spécifient de plus une valeur de l’état de la situation Sit2, val (EX (E1)), qui devient plus paisible, plus douce ou plus calme. La signification de /soulager / est aussi donnée par les états {x, z, xy, zy, xE, zE, xzE, xzy, xyzE} du réseau, mais cette fois, la situation Sit2 décrite par /guérir / n’est pas atteinte complètement, et, au lieu de : y ɛ0 EX (E1), nous aurons y ɛ0 IN E2, avec la condition : val (EX (E1))> val (E2)> val (E1). /Débarrasser de / peut être représenté par les significations décrites par les états {xE, zE, xzE, xyE, zyE} ; /consoler / décrit par les états {x, xy} spécifie un état moral ; /sauver/ {x, xy, zy} spécifie un très grand écart de valeur entre l’état initial et l’état final du patient, et l’écart est encore plus grand dans /ressusciter / {y, xy, zy} ; cet écart de valeurs est aussi encodé dans /revivre /, qui n’est synonyme que de la signification {y} ; /aller mieux / décrit les états {y, E} ; /se remettre / décrit les états {y, yE}.

3. Interface coopérative de la « machine à parler »

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Une situation imagée est perçue globalement à partir d’un agencement particulier de ses composants, que nous pouvons appeler grammaire d’image. L’écriture de chacun des éléments d’une situation doit être distinguée de la perception globale de la situation construite. Si nous voulons écrire une « phrase » iconique utilisant le pictogramme du verbe /guérir / nous devons :

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  • à l’écran, organiser la présentation des pictogrammes des verbes ;

  • pour chaque image, représenter au mieux la transformation encodée par le verbe ;

  • enfin, dans la construction de la suite de pictogrammes destinée à l’écriture de la phrase, indiquer les actants et leur rôle.

3.1. Les SSC générateurs d’animations représentant les pictogrammes verbaux

3.1.1. Microdomaines sémantiques (MDS)

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On peut s’interroger sur l’opposition verbo-nominale et sur les poids respectifs des noms et des verbes dans leurs contributions respectives à la constitution du sens de la phrase. Si les noms peuvent être organisés sans trop de problèmes dans des MDS, les verbes, fortement polysémiques, traversent les MDS concernant les noms. Pour être présentés à l’écran de notre machine et identifiés immédiatement, les verbes sont regroupés en micro-domaines sémantiques (MDS), différents de ceux qui organisent les noms. Pour le moment, nous avons retenu :

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3.1.2. Pictogramme prototypique du schème verbal de /guérir /

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La machine vise une production de paroles en s’adressant à la perception visuelle, ce qui exige une bonne représentation pictographique, la plus intuitive possible : À l’écran, les pictogrammes doivent être reconnus et identifiés quasi immédiatement ; pour cela, nous faisons l’hypothèse qu’une représentation d’un mouvement ou d’une action sont plus intuitifs si le pictogramme est un schème de mouvement animé : représenter les transformations encodées par les verbes par leurs situations saillantes suggère de « jouer » la succession des situations à l’écran. Sous l’hypothèse que les pictogrammes sont assez bien reconnaissables, une première expérimentation, en collaboration avec le CIRLEP [24]  Des expériences (en cours), en collaboration avec l’équipe... [24] , a fait apparaître différents degrés de reconnaissance suivant les classes de verbes, organisés, dans l’ordre : mouvement> état> communication> perception> changement d’état> cognitifs. À l’intérieur de chaque classe, on peut s’interroger sur les contributions respectives du schème verbal et de ses paramètres dans l’identification du verbe :

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  • comment faire apparaître visuellement le rôle des différents actants d’un verbe ?

  • quel est le poids de la représentation des paramètres du verbe dans la perception visuelle des schèmes verbaux ?

Figure 7 : Comparaison entre les parties cinématique et dynamique de / guérir /.
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Un seul mot du lexique correspond à chaque pictogramme. Nous voulons éviter que l’utilisateur reconnaisse un synonyme, au lieu du mot. Penser sélectionner /soigner / en pointant le pictogramme de /guérir / pourrait conduire à construire des phrases comme le malade soigne de son rhume. Pour éviter une telle confusion, nous devons élaborer très soigneusement la spécification figurative des verbes. Le schème de /guérir /, polysémique, à une ou deux places, peut se spécifier par des combinaisons du verbe avec des prépositions qui permettent d’intégrer toutes les places avec des topicalisations. Il reste à déterminer si, pour être bien interprétées, les pictogrammes doivent représenter la signification la plus spécifiée (avec le maximum d’actants), ou la moins spécifiée (avec un minimum d’actants), ou bien prendre en compte l’archétype cognitif du mot, très abstrait et donc difficile à représenter, mais permettant la polysémie, ou s’éparpiller en multiples spécifications dans les différents MDS, ou encore les prototypes évoqués par les mots. Des schèmes trop spécifiés induisent des interprétations trop précises et ne représentent ni le mot ni surtout l’économie de son fonctionnement. Nous avons choisi comme image d’un verbe, un meilleur représentant, plus facilement perçu. Il faut alors se demander quelle est la partie du verbe qui participe le mieux à son identification. Est-ce la transformation cinématique, ou bien l’indication de celui qui est responsable de cette transformation, ou nécessairement les deux ? À l’appui des exemples de la figure 7, il nous semble qu’apparaît mieux le schéma de transformation cinématique affectant un patient (2) ou l’état du système que ce dernier engendre (l’état 1, représenté conventionnellement par un pointillé entourant le système). Les constructions dynamiques à une place encodent une propriété portée par l’agent prototypique (3,4), mais pourraient aussi bien encoder /soigner / que /guérir /; si l’agent n’est plus prototypique, le schéma de transformation n’est plus compris.

3.2. Représenter visuellement l’action

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En utilisant des films mettant en scène des objets sans propriété agentive particulière, E. Thommen [25]  Thommen 1992. [25] caractérise la perception de la causalité dans les actions. Elle relève que l’utilisation de films [26]  Michotte 1946, cité par Thommen. [26] a réussi à induire une impression d’autolocomotion en présentant le mouvement d’un rectangle en deux phases. Ce dernier s’allonge d’abord vers la droite puis il se raccourcit du côté gauche à la même vitesse que le déplacement vers la droite. La répétition du cycle induit la perception du mouvement d’une chenille. Un autre exemple, un film de Heider et Simmel montre un scénario qui peut être résumé en quatre phases : le cercle est allié au petit triangle. Le grand triangle se bat avec le petit triangle pour lui enlever le cercle. Il échoue. De rage, il démolit le rectangle. Ce sont les interprétations données en général par les sujets adultes.

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Nous relevons, dans Causalité et Intentionnalité chez l’enfant [27]  Thommen 1992, p. 25. [27] , quelques caractéristiques des mouvements simulant des actions causales : les mouvements successifs avec un contact momentané donnent l’impression qu’un élément frappe l’autre ; les mouvements simultanés avec un contact prolongé produisent l’impression qu’un élément tire l’autre ; les mouvements simultanés sans contact donnent l’impression d’actions psychologiques des éléments les uns sur les autres ; les mouvements successifs sans contact font penser à des provocations, des esquives. Ces deux dernières situations sont typiques de l’interaction entre êtres animés.

3.3. Écriture de la phrase iconique

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Décrire et représenter la signification des mots par des pictogrammes, organiser leur présentation en domaines sémantiques, permet de sélectionner rapidement les pictogrammes voulus. Les pictogrammes sont destinés à entrer dans la composition de phrases dont l’encodage grammatical soit suffisant pour qu’elles soient compréhensibles par des colocuteurs non avertis et qu’elles ne trahissent pas le sens pensé par l’enfant [28]  L’enfant ne peut vocaliser, ce n’est pas son mental... [28] , qui doit rester maître de ce qu’il souhaite exprimer. Il est clair qu’il n’y a pas de relation biunivoque entre un mot de la langue et le pictogramme qui le représente, pas plus qu’il n’y en a entre une phrase de la langue et la suite pictographique qui doit lui correspondre. Les raisons en sont :

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  • morphologiques (les opérations de flexion, conjugaison… ne sont pas encodées de la même manière sur des mots et sur des pictogrammes, à supposer qu’elles le soient sur ces derniers) ;

  • syntaxiques (le « locuteur par pictogrammes » organise-t-il spontanément sa phrase sur le modèle de la langue dans laquelle ses pictogrammes seront traduits ?).

55

Se pose aussi la question de l’organisation des pictogrammes dans l’écriture de la phrase pictographique. Plusieurs solutions peuvent être envisagées : l’instanciation des schèmes par des pictogrammes, une suite de pictogrammes dans le même ordre que les mots qu’ils représentent, une organisation sous forme prédicative (correspondant au niveau 2 de la GAC), un marquage des rôles [29]  Rappelons que le rôle des paramètres du verbe d’une... [29] par des pictogrammes fonctionnels.

3.3.1. Instancier un schème par des pictogrammes ?

56

Un SSC est l’écriture développée des combinaisons de relations encodées par le verbe. Les rôles interprétatifs sont les marqueurs observables des relations entre places d’arguments de la relation prédicative sous-jacente à la phrase. Les rôles acceptés par le verbe /guérir / peuvent être représentés visuellement par un SSC, dans une écriture à deux dimensions où le rôle agentif des paramètres instanciés de la partie dynamique est mieux explicité que dans une phrase. La partie cinématique encode un changement affectant un paramètre dont nous pouvons instancier la situation finale par son pictogramme telle qu’indiquée dans le lexique, mais pour lequel on ne peut pas prévoir la représentation de la situation Sit1, qui devrait montrer son altération. Nous proposons alors une solution telle que celle donnée ci-dessous (le chocolat de Maman guérit Mamie), où la partie cinématique n’est pas instanciée, et reste prototypale. Une telle écriture expliciterait presque mieux qu’en français la partie dynamique (dans le cas où l’on préciserait la fonction FAIRE de l’instrument ou CONTR de l’agent), mais nous voyons mal comment représenter l’état exprimé dans la situation Sit1 de la partie cinématique, qui devrait être redessiné à chaque fois ; il ne s’agirait alors plus d’utiliser un dictionnaire de pictogrammes. Gardons donc la représentation prototypique pour la partie cinématique.

Figure 8
57

La figure ci-dessous instancie les schèmes l’aspirine du médecin guérit le handicap et le médecin, par l’aspirine, guérit le handicap.

Figure 9
58

La grammaire de la langue encode des opérations qui peuvent être difficiles à représenter visuellement. Il faut définir les opérations, les combiner entre elles, et proposer pour les encoder un signe suffisamment évocateur pour qu’il puisse être retrouvé rapidement. Décrire chacun des schèmes des exemples des constructions de /guérir / nous entraînerait trop loin, mais les relations spécifiées par des prépositions doivent être encodées. Par exemple, dans la figure 9, nous avons encodé le handicap du malade, en représentant par une flèche courbe la relation de détermination spécifiée par la préposition de. Guérir le handicap du malade est un prédicat intégré, qui demande une bonne représentation des situations Sit1 et Sit2 du SSC.

3.3.2. Écriture en une suite de pictogrammes

59

L’hypothèse retenue est que l’enfant qui va construire une phrase à oraliser possède la notion de la structure de la phrase. Lui demander d’organiser les pictogrammes dans le même ordre que les mots de la phrase permet de spécifier les rôles des actants dans la phrase et donc d’encoder par les places une partie des opérations grammaticales influant sur les conjugaisons des verbes en particulier.

60

On pourrait aussi vouloir indiquer par exemple la structure actancielle par des marqueurs iconiques de cas, ou bien de rôles ; le nombre de pictogrammes d’une phrase deviendrait alors supérieur à celui des mots ; pour des paralysés, l’effort supplémentaire d’écriture et la lisibilité nous font rejeter cette écriture.

Figure 10 : Une écriture possible de : « le médecin guérit le handicap du malade. »

4. Résultats et perspectives

61

Nous avons construit un lexique de verbes représentés par des images éventuellement animées. Ces verbes entrent dans des schémas actanciels dont nous avons vu que les rôles (dont la représentation pictographique reste à discuter) sont indiqués par des places éventuellement introduites par des prépositions supplémentaires. La représentation visuelle de /guérir/ et son utilisation dans la construction d’une phrase nous ont conduit à rechercher les rôles interprétatifs mis en jeu dans l’usage du verbe, à représenter au mieux le pictogramme du verbe, et à intégrer ce pictogramme dans une suite de pictogrammes, qui constitue une nouvelle écriture spécifiant la reconstruction d’une phrase de texte. La présentation des pictogrammes verbaux a permis de montrer l’importance du schème verbal dans la phrase et de montrer comment un schème peut recevoir plus de deux actants par des spécifications réalisées en se combinant avec des prépositions. Pour indiquer visuellement le rôle d’un paramètre, plusieurs solutions ont été envisagées :

62
  • Une écriture des cas, par des pictogrammes casuels, ce qui conduit à augmenter le nombre de pictogrammes encodant des relations et à leur trouver une bonne représentation.

  • Une instanciation des schèmes, dans une écriture qui n’est plus linéaire ; la représentation visuelle nous montre qu’un verbe encode plusieurs relations : statique, cinématique, dynamique. La partie cinématique du schème doit montrer la transformation opérée sur le paramètre ; or ce changement peut affecter aussi bien l’état, une valeur… La situation Sit1 dépend des propriétés de l’entité transformée et ne serait représentable qu’à condition de produire cas par cas l’état altéré.

  • Le calque de l’écriture habituelle, en remplaçant les mots par les pictogrammes qui leur correspondent.

63

Chacune des solutions présente des inconvénients d’écriture. Dans le cas d’une aide à la parole pour des enfants IMC paralysés, c’est la dernière solution qui a été retenue.

64

Nous avons montré dans plusieurs articles [30]  Abraham 1998a. [30] que :

65
  • le verbe, dans sa partie cinématique, modifie ses paramètres ;

  • les prépositions encodent des opérations ;

  • polysémiques, elles peuvent encoder différentes opérations ;

  • elles peuvent changer le type sémantique du paramètre qui leur est associé.

66

Ce ne sont pas les propriétés et les types des compléments possibles (augmentés des relations sémantiques qui les relient) qui peuvent forcer la préposition combinée au verbe, c’est-à-dire la description de la transformation encodée par le prédicat complexe, mais c’est l’opérateur [31]  D’autres auteurs, par d’autres méthodes et avec d’autres... [31] formé de la combinaison d’un verbe et d’une préposition qui construit la relation qui donne la signification de la phrase. La tentative de reconstruire, à partir des propriétés intrinsèques des paramètres transformés par le verbe, l’opération encodée par la combinaison ne peut conduire à un résultat fiable, si on ne précise pas par ailleurs les relations contextuelles extralinguistiques des situations initiale et finale, c’est-à-dire ce qui se passe dans la transformation cinématique. C’est précisément ce que fait, de manière économique, le prédicat complexe.


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Notes

[1]

Infirmes moteurs cérébraux ; terme médical. L’aphasie de ces enfants est dans un premier temps considérée uniquement à un niveau articulatoire et vocal ; il existe d’autres aphasies, en particulier dues à des lésions cérébrales, manifestées par des troubles divers d’organisation dans la langue, à caractériser, et qui ne relèvent pas nécessairement de la solution proposée ici.

[2]

Abraham 1998b.

[3]

Il existe plusieurs codes, les plus répandus étant COMMUNIMAGE et GRACH, qui utilisent des images réalistes. Dans ces codes, si les mots concrets sont bien reconnus, il n’en est pas de même pour les verbes, où COMMUNIMAGE est généralement remplacé par bliss pour une mise en œuvre pragmatique et plus efficace. bliss repose sur des primitives et permet de créer des concepts. Ce langage symbolique n’est pas très intuitif : les primitives sont nombreuses, et bien que la relation entre une primitive et le concept représenté soit explicitée, le symbole résultant est souvent difficile à interpréter. Les mots composés à partir de ces symboles le sont donc encore plus.

[4]

Il ne s’agit ni de dessin d’art, ni, autant que possible, de codage abstrait ; nous visons une perception intuitive par des enfants. Un bon résultat dépendra de classes de verbes : /courir / est plus facile à représenter que /savoir /.

[5]

Abraham 1998a et 1998b.

[6]

Ce pourrait être aussi montrer explicitement des objets (ce que fait mon chat) ou exécuter des schémas d’actions ; dans ces deux cas, l’abstraction est moindre puisqu’il n’est pas fait appel aux représentations des schèmes d’action.

[7]

L’enfant peut se trouver dans toutes les situations de la vie habituelle, avec de plus des situations peu prévisibles dues à son handicap. Il veut s’exprimer, pas seulement pour des raisons d’utilité, et pas uniquement par des phrases prévisibles et « syntaxiquement correctes ». On peut même se demander si, dans une situation évidente, il se donnera la peine de reconstruire ce que tous ont déjà perçu.

[8]

Ce modèle a déjà été présenté dans plusieurs publications (Desclés 1985 et Desclés, Abraham, Piotrovski & Ségond 1990).

[9]

La représentation des verbes qui expriment des modifications spatio-temporelles fait appel à des schèmes sémantico-cognitifs (SSC) qui sont des combinaisons de primitives sémantiques, ancrées en particulier sur la perception visuelle (Desclés 1991, 1998, etc., Abraham et al. 1991 et Abraham 1995).

[10]

Nous faisons ici allusion au modularisme de Fodor.

[11]

Nous dirons peu de choses de l’image, qui contient sa propre grammaire qui met en relation différentes représentations. Il n’y a pas de relation directe entre une image et la phrase qui la décrit.

[12]

Les différents prototypes confirment qu’il faut, dans tous les cas de langage pictographique (où un pictogramme représente un mot), capter une structure de « phrase », qui, dans les langues naturelles, est indiquée, soit par l’ordre des mots, soit par des cas marqués morphologiquement. On remarquera que la structure du BLISS (qui est une langue à part entière) s’appuie sur une grammaire complexe réalisée par des assemblages de pictogrammes.

[13]

Voir les travaux de J.-P. Desclés (en particulier Desclés 1985, Desclés, Abraham, Piotrovski & Segond 1990) et du laboratoire LALIC du CAMS et Langages, n° 132.

[14]

Nous filtrons le perçu via des schèmes culturels qui permettent d’enregistrer et d’interpréter. La langue, anthropocentrée, utilise des primitives anthropocentrées comme les parties du corps des êtres vivants. Nous pensons qu’il s’agit, plutôt que de métaphores ou de personnalisations, d’abstraire les propriétés caractéristiques d’entités familières à tous, pour structurer un monde externe perçu en les réutilisant comme des classificateurs, et pour spécifier des activités. L’argot en particulier le manifeste très bien : le blair blaire, les yeux zyeutent…

[15]

Des artefacts peuvent aussi, par les propriétés abstraites dont ils sont de bons représentants, être à l’origine de primitives. C’est, par exemple, le cas de la roue, que toutes les civilisations n’ont pas intégrée, et qui ne se comprend qu’en percevant sa propriété de mouvement. « Téléphoner » est l’activité représentée par la propriété caractéristique de l’objet téléphone. Les verbes de déplacement comme /rouler /, /couler /, / marcher /, /nager /, sont respectivement spécifiés par la propriété caractéristique abstraite de la roue, des fluides, des jambes, d’un déplacement des vivants à la surface de l’eau.

[16]

Un formalisme de lambda expressions typées.

[17]

Quelques significations de /sortir /ont été données dans Abraham 2000.

[18]

On peut se demander si le rôle du chat montre plus de contrôle que celui de l’air sec dans la transformation. La question relève de la prise en compte d’un degré d’agentivité, ici donné par le contexte. Il nous semble que le chat, par ses facultés de compagnie (positives et négatives) est plus agentif que l’air. Le français n’encode pas explicitement le degré d’agentivité.

[19]

Desclés & Guentcheva 1993, p. 83, note 14.

[20]

Remarquons toutefois que tous les arrangements ne sont pas possibles. Les arrangements barrés sont ceux qui ne trouvent pas leur expression en français.

[21]

Par manque de place, nous traiterons ce problème dans un prochain article.

[22]

Le signifié de puissance chez les guillaumiens (Picoche 1986), ou un archétype cognitif (Desclés 1985 et Desclés, Abraham, Piotrovski & Segond 1990) ; Abraham 1995.

[23]

La représentation de ces derniers n’est pas encore traitée ; elle nécessite d’introduire des conventions d’écriture appropriées.

[24]

Des expériences (en cours), en collaboration avec l’équipe de F. Cordier, CIRLEP, Université de Reims, mettent à l’épreuve les différentes situations référentielles composant l’animation. Elles utilisent un corpus d’icônes un peu disparate, qui ne relève pas d’un principe homogène de représentation, mais qui est utilisé dans les centres. Nous n’avons pas encore remplacé toutes les icônes utilisées par les praticiens. Les classes sont celles qui ont été constituées pour l’expérience en psychologie. Le protocole des expériences devra être amélioré, mais les questions abordées et leurs résultats nous paraissent constituer des indications intéressantes. Les premiers résultats concernant l’influence du nombre de paramètres tendent à faire apparaître que les paramètres n’affectent pas les reconnaissances des verbes de mouvement, de changement d’état, et de perception, mais qu’il existe une différence pour les verbes de communication, les verbes mentaux et les verbes d’état. Une autre expérience visant à rechercher si le nombre d’actants influe sur la reconnaissance des verbes, donne les résultats suivants : pour ces mêmes classes, la disparité joue pour : {communication, cognitifs, état}, et ne joue pas pour les autres classes. Il faut certainement affiner ces premières expériences, qui, pour des raisons techniques, n’ont pu prendre en compte au mieux la totalité des contraintes posées ; mais les résultats encourageants nous incitent à les prendre comme base pour d’autres expériences plus fines.

[25]

Thommen 1992.

[26]

Michotte 1946, cité par Thommen.

[27]

Thommen 1992, p. 25.

[28]

L’enfant ne peut vocaliser, ce n’est pas son mental qu’il s’agit de compenser ; si tel est le cas, il faut de toutes manières identifier où se situe son problème, ce qui justifie une fois encore de privilégier l’aide à la structuration, et non une reconstitution par des scripts ou des réseaux sémantiques d’un sens supposé.

[29]

Rappelons que le rôle des paramètres du verbe d’une phrase est indiqué soit par un « cas », dans des langues à cas, soit, comme en français, par une structure positionnelle.

[30]

Abraham 1998a.

[31]

D’autres auteurs, par d’autres méthodes et avec d’autres arguments, aboutissent à ces mêmes conclusions (Tyvaert 1998 et Cordier 1998).

Résumé

Français

Les verbes du français sont fortement polysémiques. Ils peuvent recevoir des paramètres jouant divers rôles que l’on ne peut identifier uniquement par la structure syntaxique. La réalisation d’une « machine à parler » destinée à compenser des déficiences physiques causant un problème langagier chez des enfants IMC nous pose le problème de visualiser les actants d’un verbe. Une telle machine, qui construit des phrases à partir de pictogrammes représentant des mots, repose sur l’hypothèse que l’activité langagière n’est pas entièrement autonome, ni détachée des observables, en particulier de ceux perçus visuellement. Après le rappel de la structure de la langue et de quelques repères destinés à situer les problèmes d’aphasie concernés, nous abordons quelques questions concernant l’interface d’aide à la production linguistique. Notre propos concerne principalement la description et la représentation figurative de la sémantique du lexique des verbes, en particulier leur présentation à l’écran, la justification et la pertinence de leur schème pictographique, enfin leur bonne insertion dans la phrase pictographique qui puisse faire apparaître les rôles interprétatifs de leurs paramètres.

English

SummaryFrench verbs are highly polysemous. They can receive parameters playing various roles which cannot be recognized from their syntactic structure alone. Building a machine aimed to compensate for physical deficiencies with phonetic consequences among children with cerebral palsy raises the problem of vizualizing the actants of a verb. This machine, which builds sentences from pictograms representing words, is based on the hypothesis that the activity of speaking is not completely autonomous, nor cut off from observable phenomena, namely those which are visually perceived. We give some essential elements of our analytical model of the language, which takes the observable phenomenon of an extra-linguistic referent and builds a computable formalism which is compatible with cognitive structures. After a summary of the linguistic structure and of a few points to situate the problems of aphasia to be taken into account, we tackle some questions concerning the interface assisting in the production of language. Our aim is the description and figurative representation of the semantics of the verbs on the screen, the justification and pertinency of their pictographic scheme, and their correct insertion into the pictographic sentence to show the interpretative roles of their parameters.

Titres recensés

  1. 1. Composer des phrases à l’aide de pictogrammes
    1. 1.1. Un problème de dysfonctionnement langagier
    2. 1.2. « Réparer » une carence dans une architecture cognitive
    3. 1.3. Le modèle cognitif de la GAC
    4. 1.4. Des représentations compatibles issues de la langue et de l’image
  2. 2. Le schème verbal
    1. 2.1. Décrire la sémantique des mots du lexique
    2. 2.2. Un exemple : le verbe /guérir/
      1. 2.2.1. Exemples d’emploi de /guérir/ avec des actants prototypiques
      2. 2.2.2. Constructions du verbe et structure actancielle
      3. 2.2.3. D’autres exemples d’emploi
      4. 2.2.4. Schèmes sémantico-cognitifs de /guérir/
      5. 2.2.5. Rôles interprétatifs des paramètres de /guérir /
    3. 2.3. Classe de verbes et organisation des schèmes verbaux
      1. 2.3.1. Polysémie de / guérir /
      2. 2.3.2. Synonymes ou classe de verbes encodant la même transformation
  3. 3. Interface coopérative de la « machine à parler »
    1. 3.1. Les SSC générateurs d’animations représentant les pictogrammes verbaux
      1. 3.1.1. Microdomaines sémantiques (MDS)
      2. 3.1.2. Pictogramme prototypique du schème verbal de /guérir /
    2. 3.2. Représenter visuellement l’action
    3. 3.3. Écriture de la phrase iconique
      1. 3.3.1. Instancier un schème par des pictogrammes ?
      2. 3.3.2. Écriture en une suite de pictogrammes
  4. 4. Résultats et perspectives

Pour citer cet article

Abraham Maryvonne , « La représentation visualisée et la perception visuelle des schèmes verbaux et de leurs paramètres », Syntaxe et sémantique 1/ 2001 (N° 2), p. 259-285
URL : www.cairn.info/revue-syntaxe-et-semantique-2001-1-page-259.htm.


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