Terrains & travaux
ENS Cachan

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 132 à 150
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

n° 5 2003/2

Cet article est issu d’un travail réalisé dans le cadre du « séminaire archives » de l’ENS de Cachan, à partir des sources des Archives de la Ville de Paris. Le sujet initial, la phrénologie, semblait pouvoir être traité à partir des archives du dix-neuvième siècle versées par la Grande Roquette. Malheureusement, les dossiers médicaux détaillés réalisés à l’époque pour chaque détenu ont été pilonnés il y a quelques années. Les seules sources qui demeuraient étaient donc les registres d’écrou, nettement plus pauvres que les dossiers précédemment cités. Les informations les plus précises et les plus détaillées fournies par ces registres concernent les tatouages des détenus. La présence de tatouages, nombreux qui plus est, se révèle très fréquente parmi les détenus. De plus, ces tatouages prennent des formes multiples : relatifs à la profession, sentimentaux, voire érotiques, politiques… La lecture d’ouvrages d’époque, ou plus récents, traitant en partie ou entièrement de la question des prisonniers tatoués permet de mettre en regard pratiques et discours autour du tatouage, et d’appréhender la multiplicité des significations dont les tatouages sont porteurs.
Les motifs des tatouages, nous le verrons en première partie, se caractérisent non par leur caractère déviant (c’est-à-dire se situant explicitement en rupture par rapport aux normes sociales), mais bien plutôt par leur conformisme. Les figures érotiques, les inscriptions ouvertement antisociales restent marginales, tandis que les représentations traditionnelles du sentiment amoureux, de l’attachement filial, ou de l’appartenance professionnelle y fleurissent. Pourtant, de nombreux observateurs du dix-neuvième siècle se sont intéressés à ce sujet. Comment dès lors expliquer ce décalage entre des figurations somme toute banales et convenues, et les commentaires multiples, souvent indignés ou dévalorisants qu’elles suscitent ?
La première réponse que l’on peut apporter sera développée dans une seconde partie. Si les tatouages éveillent autant de curiosité et d’intérêt, c’est sans doute parce qu’ils sont censés révéler l’appartenance aux « classes laborieuses » en général, et aux criminels en particulier. Ce ne sont donc pas tant les symboles figurés, finalement communs à la société dans son ensemble, que la pratique du tatouage qui est abondamment commentée.
Cette réponse n’est cependant que partielle. Elle laisse en effet en suspens une question plus profonde : pourquoi les tatouages sont-ils tant réprouvés par les observateurs ? Qu’ils soient pratiqués par des classes (« populaires ») et des individus (« criminels ») qui inquiètent les élites n’explique pas tout. Nous verrons ainsi dans un troisième temps que si les tatouages intéressent tant, c’est sans doute parce qu’ils sont considérés comme propres aux « peuples primitifs », et que dès lors leur présence dans des sociétés occidentales dites « civilisées », ne peut, selon les observateurs, que refléter le « primitivisme » persistant de certaines couches de la population, et des détenus en particulier. Dès lors, d’explications plutôt sociologiques, on passe à des justifications plutôt psychologiques des tatouages.
Ainsi, c’est surtout par la psychologie que les auteurs du dix-neuvième siècle s’accordent à expliquer les tatouages chez les prisonniers. Pourtant, il est réducteur de chercher uniquement dans des motivations individuelles la cause des tatouages. Ceux-ci sont, en effet, pratiqués à l’extérieur mais aussi à l’intérieur des murs de la Grande Roquette par des prisonniers qui font profession de « tatoueurs ». Autrement dit, il existe au sein des prisons un embryon de « marché », celui des tatouages. Et l’on sait à quel point en économie l’offre peut susciter la demande…
 
Les tatouages des prisonniers : conformisme des symboles
 
 
Après avoir examiné une dizaine de registres, datés de 1832 à 1862, nous nous sommes finalement attachés à l’étude d’un exemplaire en particulier, celui de 1842. Le choix de ce registre ne s’explique pas par des raisons historiques, telles qu’une réforme fondamentale du système pénitencier. Malgré des débats parlementaires et extra-parlementaires abondants sur cette période (portant sur le bien-fondé de l’emprisonnement cellulaire essentiellement), les registres n’ont quant à eux connu aucune modification notable. Autrement dit, si évolutions ou révolutions il y a eu, celles-ci sont imperceptibles dans les seuls documents que nous possédions. Notre choix a donc été motivé par des raisons beaucoup plus pragmatiques : nous avons sélectionné le registre le plus complet, le mieux tenu, et le plus lisible.
Des motifs conformistes…
Pour faciliter l’analyse des tatouages très variés présents sur le corps des prisonniers, le recours préalable à une typologie nous a paru nécessaire. Pour établir celle qui va suivre, nous nous sommes appuyés sur la catégorisation proposée par J. Delarue et R. Giraud (Delarue et Giraud, 1999), en la simplifiant pour la rendre davantage opératoire, et en l’adaptant bien sûr à nos sources.
Les tatouages sentimentaux ou érotiques, les plus fréquents, frappent par leur banalité et leur conformisme. Dans leur forme figurative, ils représentent des couples, ou des femmes seules (il s’agit souvent d’une « figure de femme », d’un « militaire et d’une femme »). Certes, il arrive que le geôlier précise que ces couples sont « dans une position dégoûtante » ou « s’embrassent », mais ces annotations restent finalement marginales. Autrement dit, l’érotisme ou l’obscénité sont finalement rares, rapportés à la multitude de tatouages conventionnels. Le conformisme des tatouages est plus grand encore lorsqu’ils se font symboliques. Les « cÅ“urs enflammés », « surmontant un piédestal » ou « entourés de guirlandes », les « tourtereaux » ou les « pensées » participent de représentations traditionnelles et convenues du sentiment amoureux, largement répandues, et qui ne sont d’ailleurs pas propres aux seuls tatouages.
Complément indispensable et fréquent des dessins, la dédicace est elle aussi le plus souvent très stéréotypée, surtout pour ce type de tatouages. Ainsi fleurissent les « Je jure d’aimer A. », « J’aime Louise Ernestine pour la vie », « J’aime pour la vie Louise Hayard », « J’aime Caroline », ou plus simplement les prénoms féminins. Plus rarement, on trouve des messages adressés à la mère du détenu (jamais au père). On peut par exemple lire des inscriptions telles que « L. Henriette ma mère décédée en 1835 », ou voir un tombeau surmonté de « Ici repose ma mère chérie ».
Il est finalement remarquable que les tatouages les plus fréquemment inscrits sur le corps des prisonniers ne sont en rupture par rapport aux normes sociales ni par leur thème (les relations amoureuses), ni par leurs motifs, les symboles utilisés étant fort communs.
Les tatouages professionnels, symbolisant un métier, sont eux aussi en nombre important. Ainsi n’est-il pas rare de voir un menuisier, un maçon ou un boulanger porter les « insignes de son métier », un marinier des ancres à chaque bras, un tapissier un mouton au bras gauche. Le plus original est ce marchand de vin qui s’est fait tatouer sur le bras « une bouteille et un tire-bouchon ». Malgré tout, comme pour les tatouages à caractère sentimental, ces dessins restent très convenus. Ces tatouages de métier semblent mettre en évidence la prégnance de l’ « esprit de métier », et ce malgré la suppression des corporations par la loi Le Chapelier de 1791 (il n’est cependant pas certain que les insignes de métier tatoués prouvent l’appartenance à un compagnonnage).
Les tatouages, qu’ils aient un caractère sentimental ou professionnel, apparaissent donc finalement dans leur grande majorité comme convenus et traditionnels.
…parfois singuliers et inclassables…
Un type de tatouage revient souvent, difficile à classer, celui du Christ, et mérite qu’on s’y arrête. Le tatouage religieux a de lointaines racines. Si, dans l’Ancien Testament, les marques sur la peau sont explicitement prohibées, le Nouveau Testament, lui, ne confirme pas cet interdit. Les conciles de Constantinople en 325 et de Nicée en 787 interdisent le tatouage, donnant ainsi a contrario la preuve de son usage. La présence du personnage ô combien symbolique du Christ sur le corps des prisonniers a évidemment soulevé de nombreuses interrogations et des commentaires nourris. Certains pensent que, métaphoriquement, le Christ rappelle la souffrance des prisonniers eux-mêmes, l’isolement et le mépris dans lesquels la société les tient. Ainsi, pour Lombroso (Lombroso, 1887), criminaliste italien et professeur de jurisprudence à Turin, le prisonnier s’assimile ainsi à Jésus, son « frère en souffrance ». Au crucifix s’ajoute en effet parfois l’inscription : « comme lui j’ai souffert ». Criminels et chrétiens, tous demanderaient, dans leur désarroi, une protection sous cette forme naïve. L’analyse de Henri Leale (Leale, 1907), contemporain de Lombroso, ne diffère pas fondamentalement. Pour lui, le tatouage est avant tout un mode d’embellissement et d’ornement. Mais il est plus encore. Il est aussi une chose artistique pour laquelle l’individu a doublement souffert. « Dans cette chronique imagée de son existence dessinée dans sa chair, les divers stades de la vie d’un homme peuvent se lire. La volonté de souffrance devient physique après avoir été morale. »
La présence du Christ pourrait, assez logiquement, se rattacher à une croyance religieuse personnelle. Mais cette explication n’est guère avancée à l’époque. Pour le Docteur Émile Laurent (Laurent, 1890), parmi les prisonniers qu’il a interrogés au cours de ses recherches, « aucun n’avait été guidé par une idée ou un sentiment religieux ». Et l’auteur de conclure : « Alors pourquoi cette image du supplice du Nazaréen ? Pur caprice sans doute. »
Finalement, le tatouage du Christ est abondamment commenté parce qu’il étonne, parce qu’il est loin des dessins vulgaires ou grossiers que les observateurs s’attendent à trouver sur le corps des prisonniers. C’est là le paradoxe : le symbole le plus respectable, le moins licencieux est en même temps celui qui suscite le plus de commentaires indignés.
…mais rarement « déviants »
Ainsi, les motifs et les inscriptions tatouées sur la peau des détenus sont généralement convenus et stéréotypés. Cependant, des exceptions existent. Ainsi avons-nous relevé cette inscription manuscrite portée au bras droit par un charpentier : « Vive les compagnons charpentiers, mort aux boulangers, vive Sicard », inscription qui peut frapper par la violence se son propos. Mais il étonne moins quand on le rapporte aux analyses d’Émile Coornaert (Coornaert, 1966) sur les affrontements entre compagnons. Il montre ainsi que sous la Restauration, le renouveau des habitudes compagnonniques ranime le feu des haines entre rites : « Voir des rivaux arborer leurs insignes et leurs couleurs, les entendre chanter leurs chansons, même sans aucune provocation, déchaînaient comme un instinct de méchanceté, trop souvent de cruauté (…) Leurs brutalités restaient le mode d’expression de leur orgueil collectif. ». C’est aussi un thème que reprend Louis Chevalier (Chevalier, 1958). Pour lui, les « violences compagnonniques » ne sont que l’expression urbaine de ces conflits entre compagnonnages qui connaissent alors un grand développement. Ainsi, même ce tatouage explicitement violent s’inscrit finalement dans un contexte plus large, et s’explique sans doute sans qu’il y ait besoin de faire référence à une quelconque « déviance ».
Les seules représentations susceptibles d’être ouvertement « déviantes » sont les tombeaux surmontés d’une phrase telle que « Tombeau des femmes infidèles », qui, selon Delarue et Giraud (1999) peuvent caractériser les proxénètes. La prudence s’impose cependant, d’autant plus que l’analyse de ces auteurs date de 1950, et ne vaut pas nécessairement un siècle auparavant.
Les tatouages politiques pourraient a priori constituer une catégorie permettant de singulariser davantage des détenus. Il n’en est rien. Il arrive de trouver un « Napoléon à cheval », « un buste de Napoléon » ou un « aigle » qui le symbolise. Mais guère plus. On peut même se demander si ces représentations napoléoniennes n’ont pas davantage un caractère militariste que politique, puisque les prisonniers dont il s’agit ici n’ont pas pu connaître la période napoléonienne, et que de Napoléon III il n’est pas encore question… Ceci est sans doute lié au fait que la Grande Roquette abrite essentiellement des prisonniers de droit commun (si nous avions étudié un registre datant de 1848, nos conclusions auraient peut-être été différentes).
Finalement, les seuls tatouages qui, en tant que catégorie, pourraient révéler une forme de « déviance » sont les tatouages à caractère militariste. Ces tatouages peuvent parfois rejoindre et accompagner les précédents, mais ils ne s’y identifient pas. Le plus souvent, il s’agit de tatouages de « militaire », de « soldat », d’ « homme en joue » ou de « maîtres d’armes ». Mais on trouve parfois un poignard tatoué au creux du bras, ou une croix de Légion d’honneur.
Pour terminer cette typologie, il est intéressant de noter les « absents », ces tatouages que Delarue et Giraud ont relevés en 1950, et que nous n’avons pas retrouvés, à savoir les « inscriptions revendicatives et antisociales ». La raison principale en a déjà été évoquée. Les détenus sont essentiellement des prisonniers de droit commun, condamnés pour vol, fraude ou malversation, en aucun cas pour leur opinion politique.
Ainsi, hormis les tatouages à caractère militariste qui, dans la mesure où ils célèbrent la violence, peuvent apparaître comme signe d’une « déviance », d’un rejet de l’ordre établi, la très grande majorité des inscriptions tatouées sur la peau des prisonniers ne sort pas du cadre stéréotypé des symboles traditionnels du sentiment amoureux, du métier ou de l’allégeance politique.
 
La stigmatisation d’une pratique
 
 
Une pratique stigmatisante…
Les motifs des tatouages n’ont donc guère de quoi associer ceux qui les portent à des « déviants ». Ce qui est en cause, ce ne sont donc pas tant les dessins ou les inscriptions eux-mêmes que la forme qu’ils revêtent, c’est-à-dire le tatouage. Cette pratique est en effet considérée par les observateurs du dix-neuvième siècle comme dégradante, preuve d’une « infériorité » sociale et surtout morale, pour reprendre les termes alors employés.
Ainsi, pour bon nombre de lettrés, le tatouage est une pratique socialement déterminée, en ce sens qu’elle est propre à des catégories sociales que les représentations collectives situent au bas de la hiérarchie sociale. Citons par exemple César Lombroso (Lombroso, 1887), pour qui seules les « classes inférieures de la société s’adonnent au tatouage ». Et de classer parmi ces « classes inférieures » paysans, marins, ouvriers, soldats…
Précisons donc l’origine sociale des détenus. Ils appartiennent pour la plupart à ce qu’on appelle à l’époque du terme flou et largement connoté de « classes populaires ». Plus précisément, ils font la plupart du temps partie de cette classe en expansion, le « salariat », dont Robert Castel (Castel, 1999) dit qu’il « reste structurellement périphérique par rapport aux formes légitimées de la division du travail », se logeant « dans les zones de plus faible légitimité ». Il s’agit :
  • des compagnons de métier, qui constituent le noyau le plus stable du salariat mais qui, selon R. Castel « vivent leur condition comme une déchéance par rapport à la situation de maître artisan ». Nous avons en effet dénombré de nombreux artisans parmi les prisonniers, artisans qui étaient la plupart du temps encore « ouvriers » ;
  • des domestiques et des serviteurs (beaucoup plus rares) ;
  • du « bas peuple des villes », essentiellement composé par les ouvriers de certains métiers qui ne sont pas passés par l’apprentissage. Ainsi, les hommes de peine, hommes de mains, portefaix, journaliers, qui, comme leur nom l’indique, louent leurs services à la journée contre une rétribution souvent maigre, sont nombreux à La Grande Roquette. Le terme de « journalier » recouvre d’ailleurs des fonctions très diverses, du « terrassier » au « cultivateur » en passant par le « vernisseur », mais qui ont toutes en commun de situer ceux qui les exercent au plus bas de l’échelle sociale.
Indéniablement donc, les salariés sont surreprésentés dans les prisons, salariés qui, comme l’écrit Castel, « même quand ils ne sont pas réduits à une position d’ “outcast” (…) occupent presque toujours des positions fragiles et incertaines : demi-salariat, salariat fractionné, salariat clandestin, salariat méprisé ».
…voire déviante ?
La présence de tatouages sur le corps des prisonniers permettrait donc de les situer socialement, révélerait leur appartenance à des classes caractérisées par la faiblesse de leurs revenus et la précarité de leurs situations. Mais les observateurs du dix-neuvième siècle vont plus loin. Selon eux, les tatouages ne sont pas seulement propres à certaines catégories sociales. Ils révèlent en outre le caractère déviant de l’individu, ou, en termes moins contemporains, son comportement criminel. Comment ce glissement s’effectue-t-il ? Les analyses de Louis Chevalier peuvent apporter une réponse cette question.
Ce sont en effet essentiellement les membres des « classes laborieuses », pour reprendre cette fois la terminologie de Louis Chevalier, qui forment la majorité des détenus. Or, dans la première moitié du dix-neuvième siècle, l’assimilation est souvent faite entre ces classes et les « classes dangereuses » qui font souvent naître moult fantasmes, à défaut d’être réellement connues. Dans quelle mesure la pratique du tatouage constituerait-elle le dénominateur commun entre ces deux catégories ? Si la question n’est pas posée par Louis Chevalier, qui ne mentionne pas l’importance du tatouage parmi les « criminels », la réponse est donnée par de nombreux auteurs moins prudents, moins circonspects. Il est d’ailleurs significatif que l’ouvrage de Cesare Lombroso dans lequel il développe longuement la question des tatouages s’intitule L’Homme criminel. De manière générale, les livres traitant des tatouages associent fréquemment le terme à un second ayant trait à la délinquance (Les Tatouages du milieu, Les Tatouages des bas-fonds…)
Ainsi, la pratique même du tatouage, en dehors de ce que celui-ci représente, se trouve condamnée par les observateurs, ou du moins associée à la criminalité, à une forme de « déviance ». L’abondance particulière de ces marquages sur le corps des prisonniers ne peut que les renforcer dans cette conviction. Et indiscutablement, le tatouage est une pratique surreprésentée parmi les prisonniers de la Grande Roquette. Il concerne en effet plus de 60 % des détenus, ce qui est relativement conforme aux estimations statistiques de l’époque, ou plus récentes, que nous avons pu trouver. [1]
De plus, si les parties du corps les plus fréquemment tatouées sont les bras, surtout les avant-bras (le droit avant tout), le tatouage est rarement unique. Nombreux sont les bustes littéralement couverts d’inscriptions. Le geôlier se contente alors souvent d’un laconique « corps criblé de tatouages », « bras remplis de tatouages »…, évitant ainsi les descriptions fastidieuses. Parfois cependant, les informations sont plus riches. Pour ne prendre qu’un exemple, citons cet ouvrier des ports, condamné à 5 ans de réclusion pour « escroquerie », portant l’inscription « pour la vie » au bras gauche, qui arbore à l’autre bras deux colombes, une consonne, un cÅ“ur, un tombeau accompagné d’un menaçant « tombeau des femmes infidèles », et a l’abdomen décoré d’une représentation du Christ…
Finalement, les tatouages seraient stigmatisants, en ce sens qu’ils révéleraient l’appartenance à une classe sociale symboliquement dévalorisée. Leur abondance particulière traduirait quant à elle un comportement déviant, cette déviance n’étant pas expliquée par des analyses sociologiques, mais bien plutôt psychologiques.
 
Tatouages et primitivisme
 
 
Les tatouages ne sont pas tant, pour ceux qui en parlent, propres à certaines catégories sociales qu’à un certain type d’individus, dont les tatouages seraient à lier à des caractères psychologiques bien particuliers. Pour le dire autrement, tatouages et délinquance seraient les effets d’une même cause, d’ordre psychique.
De la psychologie…
L’explication du tatouage des prisonniers par la psychologie est très développée au dix-neuvième siècle, et en particulier dans les ouvrages de C. Lombroso, et s’inscrit dans un courant plus général qui tente de lier la criminalité de l’individu à ses caractères biologiques (dont la phrénologie participe). La troisième partie de L’Homme criminel développe ainsi les « Biologie et psychologie du criminel-né », le premier chapitre s’intitulant de manière révélatrice « Du tatouage chez les criminels ». Autrement dit, c’est par la psychologie que l’auteur entend expliquer une déviance révélée par le recours aux tatouages.
Lombroso entreprend donc de dresser la liste des explications des nombreux tatouages chez les criminels. Les prisonniers se feraient ainsi tatouer par « vanité », pour monter qu’ils supportent la douleur, le tatouage s’apparentant alors peut-être à une épreuve de passage, à un rite d’initiation, à la stigmatisation d’une déviance assumée. Plus banalement, l’auteur insiste sur le rôle des « nobles passions humaines », pour justifier les dessins à caractère sentimental notamment. Il cite enfin l’analyse de Lacassagne (Lacassagne, 1881), pour qui la cause principale des tatouages serait le besoin, pour les personnes illettrées, d’exprimer certaines idées. En ce sens, ils ne seraient pas fondamentalement différents de figures analogues gravées sur les murs des prisons (têtes de femmes, noms ou prénoms…) Pour reprendre les termes de Lacassagne, « les hommes incultes expriment généralement leurs idées par la représentation de certains objets ; de là la fréquence de multiples emblèmes ».
L’analyse de Lacassagne est intéressante, mais élude sans doute un aspect essentiel de la question. Certes, les motifs présents sur la peau des prisonniers ne sont la plupart du temps ni originaux, ni séditieux, nous l’avons montré. Et pourtant, ces tatouages suscitent des commentaires, des développements sans commune mesure avec la banalité des symboles qu’ils donnent à voir. C’est donc bien plus la pratique du tatouage qui est à analyser pour elle-même. C’est d’ailleurs ce que fait Lombroso, qui conclut son chapitre ainsi : « La première, la principale cause [des tatouages] est ce genre d’atavisme historique appelé la tradition. Le tatouage est en effet une des caractéristiques essentielles de l’homme primitif et de celui qui vit encore à l’état sauvage. »
…et du « primitivisme » des prisonniers…
La plupart du temps en effet, le tatouage est considéré comme une preuve de « primitivisme ». Cette conception a d’ailleurs eu la vie dure, puisqu’en 1951, Delarue et Giraud écrivent que « le recrutement des candidats au tatouage paraît donc facile à déterminer. On les trouvera parmi les individus frustres, d’une psychologie élémentaire, facilement influençables », et concluent leur ouvrage par cette phrase : « Pour nous donc, le tatouage reste une marque indiscutable de primitivisme. » On pourra bien sûr nous répondre que cette opinion n’est peut-être qu’un cas isolé, qui ne permet en rien de conclure sur l’opinion générale alors. Sans doute. Mais l’ouvrage en question est le seul paru dans l’après-guerre sur ce thème. Il ne représente donc pas une voix parmi tant d’autres mais l’unique analyse synthétique sur le sujet. En tant que tel, il est donc à prendre au sérieux. D’ailleurs, quelle que soit l’encyclopédie ou le dictionnaire que l’on consulte, les définitions du tatouage se placent d’emblée dans un cadre ethnographique.
Revenons ainsi sur les messages témoignant de la piété filiale ou conjugale. De tels témoignages d’amour, filial ou non, ont souvent étonné les observateurs de l’époque, et donné lieu à maints commentaires, intéressants parce que révélateurs du regard porté sur les prisonniers, regard de l’ « inséré » sur le déviant. Les réactions sont en effet très variées. Pour le docteur Laurent, qui écrit en 1890, « ces inscriptions sont d’une naïveté touchante et on y sent palpiter l’âme candide des bons et des simples. » Les qualificatifs employés ne manquent pas de rappeler le mythe du « bon sauvage » né, sous la plume de Rousseau notamment, un siècle auparavant. Pour de nombreux observateurs, le tatouage est indéniablement révélateur de la psychologie de l’individu, de son « primitivisme » pour reprendre le terme employé à l’époque. Mais selon l’auteur, ce « primitivisme » supposé du prisonnier donne tantôt lieu à des développements sur la « candeur », la « simplicité », la « naïveté », etc. des détenus, tantôt sur son caractère « frustre », ses « mÅ“urs barbares » et leur « sauvagerie ».
…comme révélateurs des représentations sociales des observateurs
On voit bien sur quels raisonnements simplificateurs reposent ces analyses. En schématisant : les tatouages étant le plus largement pratiqués par ceux que l’on a longtemps appelés les « primitifs », la persistance de cette pratique au sein des peuples « civilisés » ne peut être que le fait d’êtres « simples » et « frustres », pour reprendre les expressions desdits auteurs. Pourtant, une simple lecture historique de la pratique des tatouages peut permettre d’infirmer ces allégations. France Borel (Borel, 1998) montre ainsi que le tatouage a été, jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, très fréquemment répandu au sein de l’aristocratie, notamment britannique. Et, selon l’auteur, lorsque le prince de Galles (futur Edouard VII) et son fils (futur Georges V) recourent eux aussi à cette pratique, le tatouage acquiert véritablement ses lettres de noblesse. On voit donc nettement les limites d’un psychologisme quelque peu primaire…
On pourrait donc rechercher une explication plus sociologique de ce phénomène. Il serait à lier au « relatif discrédit » qui le touche à l’extrême fin du siècle dernier selon France Borel. Elle écrit : « Après avoir constitué l’apanage des classes élevées, une partie de son image de marque s’est altérée. » Delarue et Giraud proposent une analyse similaire puisque selon eux, c’est à la fin du dix-neuvième siècle que « le tatouage des honnêtes gens laisse place au tatouage des criminels. » Pourtant, l’étude notre registre d’écrou, qui date de 1842, contredit ces affirmations. Dès la première moitié du dix-neuvième siècle, les tatouages étaient surreprésentés parmi les criminels. De plus, le « discrédit » qu’évoque France Borel nous paraît plus que relatif. En effet, au sein même des élites, le tatouage n’a connu qu’une diffusion somme toute limitée. En janvier 1880, « le New York Times déclare de façon péremptoire que plus de sept pour cent des Londoniennes élégantes sont tatouées », écrit l’auteur. Ce qui laisse supposer que la proportion est en réalité encore plus faible… Et par la suite, la proportion n’a sans doute pas énormément baissé, puisque F. Borel nous apprend que Théodore et Franklin Roosevelt, Churchill ou Kennedy, pour ne citer que quelques noms, portaient un tatouage.
Ainsi, si les études associant tatouages et criminalité se sont développées à la fin du dix-neuvième, c’est sans doute en raison d’un changement dans les représentations du tatouage, plus que dans la réalité de sa pratique. Cette modification est peut-être à lier à une évolution plus générale. Nous voudrions ici revenir aux thèses de L. Chevalier, qui, même s’il ne traite pas des tatouages en particulier, adopte une problématique tout à fait appropriée à notre étude. Le chapitre consacré à l’opinion bourgeoise est ainsi particulièrement intéressant (p. 593). Il dit de Buret, « comparant la situation du prolétaire parisien à celle du sauvage » qu’il « résum[e] par ce mot ce qui va dominer le reste de [son] étude, comme il domine l’histoire de ce temps, aussi bien le fait précédemment mesuré que l’opinion concernant le fait et le comportement qui résulte et du fait et de l’opinion. » [2] Dès lors, lorsque C. Lombroso compare les criminels aux primitifs pour leur propension à agir sur leur corps, affirmant que les uns comme les autres sont peu sensibles à la douleur, il s’inscrit finalement dans un courant d’opinion plus large, fortement ancré à l’époque.
 
Les tatouages en prison : un embryon de marché ?
 
 
Des tatouages pratiqués au sein des prisons…
Ainsi, c’est surtout par la psychologie que les auteurs du dix-neuvième siècle s’accordent à expliquer les tatouages chez les prisonniers. Pourtant, il est réducteur de chercher uniquement dans des motivations individuelles la cause des tatouages. Ceux-ci sont en effet pratiqués à l’extérieur mais aussi à l’intérieur des murs de la Grande Roquette par des prisonniers qui font profession de « tatoueurs », et donnent lieu à de véritables marchandages, mettant en relation « offreurs » plus ou moins habiles et « demandeurs » plus ou moins crédules.
Lorsque nous avons abordé notre sujet, nous pensions que les tatouages étaient réalisés à l’extérieur des prisons, avant l’internement autrement dit. Or tel n’est pas toujours le cas, bien au contraire. À ce propos, Les Prisons de Paris, mémoires d’un ancien détenu publiées en 1841, constituent un ouvrage de premier intérêt. L’auteur met en effet en évidence l’existence dans les prisons de nombreuses petites industries, telles que le « marchand de coco », ou le « dessinateur », c’est-à-dire le tatoueur. Ce qui signifie qu’une partie au moins des tatouages serait réalisée en prison.
Cependant, pour prendre la mesure réelle de ce phénomène, notre source essentielle paraît inadaptée. En effet, les registres d’écrou, par définition, consignent le signalement des individus lors de leur entrée dans la prison. Les tatouages que nous avons précédemment décrits sont donc antérieurs à l’internement. Faut-il dès lors renoncer à toute conclusion à ce sujet ? Sans doute pas. Nous avons en effet relevé cette indication à propos d’un bijoutier emprisonné pour vol : « Pendant la détention, a recouvert le tatouage du bras gauche par un homme et une femme ». Un cas sur un registre entier, c’est très peu, certes. Mais cela suffit probablement pour dire que certains tatouages étaient réalisés à l’intérieur même de la Grande Roquette. Dès lors, l’abondance des tatouages sur le corps d’un détenu pourrait être le signe de séjours répétés dans une prison. Le rapport parlementaire déjà évoqué rappelle que « le nombre des accusés en état de récidive s’est élevé, en 1869, à (…) une proportion de 42 pour 100 », et tend à confirmer cette hypothèse.
…suivant la loi de l’offre et de la demande
Ainsi, une partie des tatouages est réalisée au sein même de la Grande Roquette. Mais il y a plus. Le tatouage ne se fait pas en effet à titre bénévole, mais met véritablement en rapport une offre et une demande, au point que l’on puisse sans doute parler d’un « marché du tatouage » au sein des prisons.
En effet, la dimension monétaire et marchande n’est pas totalement absente des lieux de détention, le Code de 1810 ayant introduit le principe du travail comme complément de la pénalité. Le compte rendu de l’enquête parlementaire sur le régime des établissements pénitentiaires, publié dans le J.O. du 22 Août 1874, nous apprend que « le produit de leur travail doit être appliqué partie aux dépenses de la maison, partie à leur procurer quelques adoucissements pendant leur détention, partie à former pour eux au temps de leur sortie un fonds de réserve ».
Autrement dit, par l’intermédiaire de cette forme de « salariat » introduite dans le milieu carcéral peut se développer une économie, à une échelle réduite bien entendu, mais avec ses vendeurs plus ou moins habiles, ses clients plus ou moins crédules ou malléables, ses duperies et ses arnaques. Ces précisions sont essentielles pour bien comprendre que les tatouages sont, en prison, l’objet d’un véritable commerce. Et, comme le note l’auteur, « ce n’est pas le tout d’avoir une industrie en prison, il faut encore savoir l’exploiter adroitement, et d’autant plus qu’assez souvent elle se propose de piper des fripons. »
Ce nouvel éclairage peut nous permettre d’apporter de nouvelles réponses à ce fait que nous avons constaté, à savoir la surreprésentation des tatouages parmi les détenus. On la comprend mieux lorsque l’on sait que ces tatouages sont souvent suscités par un dessinateur habile à vendre ses compétences. C’est ce que précise une enquête réalisée par le Docteur Louis (Louis, 1907) sur près de 5 000 prisonniers tatoués examinés entre 1903 et 1905 à la prison des Minimes, à Bruxelles. Selon lui, en ce qui concerne le choix du tatouage en effet, la décision appartient au sujet seul dans 28% des cas, au tatoueur dans 31% et résulte d’un commun accord dans 41%. Quant aux mobiles du tatoué, ils sont essentiellement, selon l’auteur, l’imitation et l’entraînement d’une part, le désÅ“uvrement et l’amusement d’autre part.
Mais sur ce point, laissons parler notre observateur : « Les meilleures pratiques du dessinateur ne sont point les voleurs de profession, qui ne s’exécutent pas toujours de bonne grâce quand il s’agit du prix convenu, mais ces individus, qui, par intervalles, tombent dans les prisons pour des fautes pardonnables (…) Ils sont naïfs, crédules, et faciles à duper. Le dessinateur cherche le côté vulnérable de leur nature (…) À celui qui est militaire, le dessinateur conte avec complaisance une foule de ces exploits fabuleux que vous avez entendu conter tant de fois, chatouille sa faiblesse pour l’héroïsme et lui propose au rabais, parce que c’est lui, un tombeau de Sainte-Hélène, un trophée d’armes, un grenadier de première taille, un maître d’armes ou une vivandière sur le bras. »
Les manÅ“uvres sont les mêmes vis-à-vis de celui qui regrette d’être séparé de sa femme, ou des femmes, en général. Il faut en effet noter que l’écrasante majorité des détenus est célibataire. C’est du moins ce que nous avons pu constater sur notre registre, et c’est ce que confirme de manière plus générale l’enquête parlementaire précédemment citée : « La proportion fournie par les célibataires sans enfants, par rapport aux hommes mariés (56 p.100 contre 36 p.100) est considérable, et l’écart apparaît plus important quand on réfléchit que, dans la statistique générale, le nombre des célibataires de 21 à 60 ans est infiniment moindre que celui des hommes mariés. »
Dans tous les cas, la pratique des tatouages au sein des prisons paraît bien être un élément important permettant de comprendre la forte proportion de prisonniers tatoués, et apporte surtout un contrepoids important à toutes les analyses qui font de la psychologie individuelle l’unique ressort du recours au tatouages.
 
Conclusion
 
 
Ainsi, il serait intéressant pour prolonger l’analyse de distinguer parmi les tatouages des prisonniers deux grandes catégories, selon que les tatouages sont ou non réalisés en prison. Nos sources ne nous permettent pas de le faire. On peut cependant avancer l’hypothèse que les tatouages relatifs au métier préexistent sans doute en majorité à l’internement, au contraire des autres catégories que nous avons relevées. On pourrait alors dire que les tatouages observés sur le corps des prisonniers les situent doublement. Ils reflètent tout d’abord l’appartenance à une classe sociale « laborieuse », catégorie économiquement défavorisée, qui fournit l’immense majorité sinon la totalité des détenus. De plus, par certains motifs, mais surtout par leur abondance, ils stigmatisent les individus comme prisonniers, et donc « criminels » ou « délinquants ».
Surtout, nous voudrions souligner en conclusion l’importance de la détention comme lieu et moment du tatouage. Pour de nombreux intellectuels du dix-neuvième siècle, et même parfois au-delà, les tatouages seraient avant tout à lier à une psychologie particulière, psychologie « primitive » qui, en même temps qu’elle pousserait l’individu à se tatouer, le porterait à la délinquance. Savoir que les tatouages s’effectuaient aussi en prison permet de nuancer considérablement ces analyses. Ainsi, si la pratique du tatouage peut dessiner les contours d’une population qui, statistiquement parlant, constitue la majorité des délinquants, elle est sans doute, plus essentiellement le signe, le témoin, de l’emprisonnement. Autrement dit, les tatouages sont davantage des stigmates consécutifs à une détention, qu’antécédants à celle-ci.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BOREL (F.), 1998. Le Vêtement incarné, Pocket, Paris.
·  CASTEL (R.), 1999. Les Métamorphoses de la question sociale, Gallimard, Paris.
·  CHEVALIER (L.), 1958. Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle, Plon, Paris.
·  COORNAERT (E.), 1966. Les Compagnonnages en France, Les Editions ouvrières, Paris.
·  DELARUE (J.), GIRAUD (R.), 1999. Les Tatouages du milieu, L’Oiseau de Minerve, Paris.
·  LACASSAGNE (E.), 1881. Les Tatouages : étude anthropologique et médico-légale, J.-B. Baillière et fils, Paris.
·  LAURENT (E.), 1890. Les Habitués des prisons de Paris, Storck et Masson, Paris.
·  LEALE (H.), 1907. Essai de sociologie criminelle, Imprimerie de Chaulmontet, Genève.
·  LOMBROSO (C.), 1887. Le Criminel-né, fou moral, épileptique : étude anthropologique et médico-légale, Alcan, Paris.
·  LOUIS (A.), 1907. Enquête à la prison des Minimes (1903-1905), Bruxelles.
 
NOTES
 
[1]Ainsi, de 1885 à 1889, un certain Batut, cité par C. Lombroso, donne au pénitencier militaire de Bône, pour 2 130 individus, 61% tatoués.
[2]Il cite Buret : « Là, au foyer de la civilisation, vous rencontrerez des milliers d’hommes retombés, à force d’abrutissement, dans la vie sauvage ; là enfin, vous apercevrez la misère sous un aspect si horrible qu’elle vous inspirera plus de dégoût que de pitié, et que vous serez tenté de la regarder comme le juste châtiment d’un crime. »
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Ainsi, de 1885 à 1889, un certain Batut, cité par C. Lombro...
[suite] Suite de la note...
[2]
Il cite Buret : « Là, au foyer de la civilisation, vous ren...
[suite] Suite de la note...