2003
Terrains & Travaux
L’imagination bibliographique
Enquête bibliographique et construction d’un objet de recherche : les sciences sociales du sport (enquête)
Olivier Le Noé
« On peut citer de mauvais vers quand ils sont d’un grand poète ».
Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses
L’imagination bibliographique : ce que dit une bibliographie et ce qu’on peut en dire
La bibliographie est généralement le lieu où s’expriment non seulement des références de travail mais aussi un ensemble de révérences et de préférences savantes. Mais elle peut en outre s’avérer une source d’informations pertinentes pour un chercheur qui souhaite s’engager dans une spécialité universitaire. Si elle permet généralement de dresser un état de l’art : « Qui a fait quoi ? Quand ? Où ? Comment ? », l’approfondissement des informations qu’elle recèle peut s’avérer fécond pour la construction même de l’objet de recherche : « Que sait-on avec rigueur ? Quelles incertitudes demeurent ? Qu’ignore-t-on ? »
Cela implique toutefois de savoir y scruter ce qui y est dit, y compris certains aspects auxquels on ne prête plus attention tant la présence de ce rituel apparat critique semble aller de soi. Cette observation est une invitation au détour par la structure ordinaire d’une référence. Un renvoi bibliographique, c’est d’abord un nom – ou des noms – qui peut avoir de nombreux corollaires : un statut professionnel, une institution d’exercice, des données biologiques et biographiques, et éventuellement une
Å“uvre antérieure, un ensemble de positions de pouvoir académique, l’appartenance à des collèges plus ou moins invisibles.
[1] C’est ensuite un titre dont on peut déduire une approche disciplinaire ou théorique, un thème d’étude privilégié. Des règles de présentation de ce titre il est possible d’inférer le volume de l’investissement sur le sujet, le crédit qu’y ont accordé les éditeurs et directeurs de collection, qui eux-mêmes évoluent dans un espace hiérarchisé économiquement et symboliquement. Enfin, une contribution à un domaine scientifique est datée ; elle se produit en un moment historique dont elle n’est jamais totalement indépendante. Cette dernière remarque désigne l’intérêt heuristique qui peut exister à retracer certains éléments contextuels accompagnant toute publication.
La référence bibliographique est donc standardisée et c’est précisément cette standardisation qui autorise la recherche de régularités. Si régularités il y a, c’est qu’il y a potentiellement un objet sociologique. Pour s’en assurer, il fallait soumettre l’objet bibliographique aux trois registres solidaires d’une enquête sociologique.
Premièrement, le registre théorique a consisté à proposer d’étudier une spécialisation scientifique à l’aune de la production bibliographique sur le sujet ; ce qui a soulevé singulièrement le problème de la délimitation de cet espace. Ce travail, d’ordinaire un peu systématique, qu’est la constitution d’une bibliographie a donc été questionné dans son évidence. Quels sont les fichiers – papier et électroniques – qui sont privilégiés ? Quelle part prennent-ils dans les mécanismes de production de l’autorité ? Comment diversifier ses sources lorsque l’on appréhende un espace largement indéterminé ? La confection d’une bibliographie est souvent comparée à la progression d’une boule de neige
[2] qui s’étoffe chemin faisant. Rien n’est toutefois dit quant à l’allure de ce cheminement. Question qui se pose mais que l’on ne se pose plus alors qu’elle détermine l’introduction d’un chercheur dans un espace scientifique, la façon dont il y trouve ses marques, sa place.
Deuxièmement, le registre méthodologique a conduit à imaginer les indicateurs dont il fallait se doter pour opérer des comparaisons à l’intérieur de cette configuration de productions, producteurs et conditions de production. Troisièmement, le registre empirique a été l’occasion de mettre en Å“uvre une collecte tous azimuts de l’information en vue de la soumettre à un traitement statistique.
Cette enquête est donc ici retracée chronologiquement pour signifier à travers un exemple d’analyse secondaire ce qu’il est possible de faire d’une bibliographie. Ainsi, en partant de la question initiale « qu’est-ce qui forme l’espace des sciences sociales du sport ? », le cheminement accompli débouche-t-il sur l’appréhension de « comment s’est formé un espace des sciences sociales du sport » avec la partition des travaux qui le caractérise tendanciellement. En négatif s’est dégagé ce qui y demeure méconnu, voire inexploré. Bref, l’utilité de l’exercice fut aussi de savoir in fine ce qui pouvait présenter de l’intérêt scientifiquement et stratégiquement.
Ce détour par « l’imagination bibliographique » ne propose rien d’autre que d’établir une connexion entre, en amont, un savoir-faire diffus de chercheur – « faire une bibliographie » – dont la systématisation permet d’aboutir en aval à la connaissance rigoureuse de l’espace des problématiques et des objets des sciences sociales du sport.
Quelles productions bibliographiques ? La justification de la constitution d’un fichier de contributions
L’impossibilité d’accéder à la représentativité statistique
Première difficulté rencontrée : la population mère était inconnue (il n’existe pas de recensement exhaustif de l’ensemble des publications sur le thème étudié). Ensuite, la réalisation d’un tel inventaire était une opération dont les résultats demeureraient hypothétiques alors qu’elle induisait des coûts matériels certains. En résumé, des risques d’erreur d’échantillonnage comme d’erreur de mesure subsisteraient indissociables d’un travail défricheur. Du point de vue de l’orthodoxie scientifique, la méthode développée appelait donc d’emblée quelques réserves, encore s’agit-il d’un constat euphémisé. Fallait-il alors démissionner face à la tâche ?
Quelques arguments plaident en faveur de l’option finalement retenue ; même si l’approche ne peut donc pas, a priori, se prévaloir de l’autorité scientifique du calcul de probabilités, il demeure possible de la justifier par son adéquation avec le problème à étudier. Notre objet n’était pas en effet de constituer un échantillon en vue d’inférer, à partir d’une portion de la population totale, des conclusions concernant l’ensemble, mais d’esquisser une sorte de topographie de l’espace des publications qui serait un préalable à l’analyse de la constitution d’une spécialité universitaire.
La solution de contournement : un échantillon « raisonné »
[3]
Le modèle et l’enquête
Sans modélisation, c’est-à-dire sans intuition sociologique préalable, il était impossible de proposer un certain nombre de caractéristiques pour les soumettre à une procédure d’enquête ; réciproquement, sans enquête, pas de confirmation ou d’infirmation de la modélisation esquissée. Précisément, pour cette raison, l’enquête réalisée est irréductible à un travail strictement empirique ; au contraire, chacune de ses étapes est marquée par la mise en
Å“uvre de présupposés théoriques. Et ce dès la délimitation de l’objet de l’enquête.
[4] Ainsi, le volume des informations convenablement traitables a imposé de choisir entre ce qui serait conservé et ce qui serait exclu. Or, à chacun de ces instants, la sélection des éléments pertinents et l’élimination des éléments jugés secondaires n’ont pu s’opérer qu’en fonction de critères d’appréciation théoriques.
La théorie préalable est intervenue dans le simple fait de supposer que le phénomène à étudier était observable à travers certains indicateurs et qu’il y était lié, c’est-à-dire explicable par une série de propriétés sociales. C’est lors de cette démarche que s’est construit, à proprement parler, l’objet de recherche, en ce sens qu’il fut désormais distinct de l’objet réel. La construction de l’objet a donc procédé par réduction, circonscription, délimitation. En l’occurrence, la genèse d’une spécialité universitaire – les sciences sociales du sport – a été réduite à un certain nombre de critères qu’il s’est agi précisément d’observer, de quantifier. La construction des positions a en fait été établie selon des critères structurants in fine dans la mesure où l’un des objets de la méthode d’analyse des données est de hiérarchiser certaines hypothèses, voire de les éliminer.
Il importe alors d’énoncer et de justifier, autant que possible, les principes selon lesquels ont été retenus tels traits plutôt que tels autres. Ainsi, sans pouvoir tirer avantage de la rigueur statistique, il a été prévu de respecter un certain nombre de consignes de dispersion : concernant les supports de publication, les trajectoires de formation, les statuts professionnels, la répartition disciplinaire, la couverture géographique, etc.
Les critères de sélection (et d’exclusion) ayant présidé à la constitution du fichier
En prenant pour point de départ l’espace des publications en sciences sociales sur le sport, l’ambition était de proposer une sorte de survey raisonné, préalable à l’esquisse d’une véritable analyse de la constitution d’une spécialité. Ce qui impliquait de ne pas s’en tenir aux productions, mais d’étudier aussi les producteurs et, surtout, les conditions de production : les éditeurs, les revues, les collections, l’intégration universitaire ; ce qui renvoie de façon assez générale à la question des supports institutionnels des contributions scientifiques ; sans oublier enfin le public des lecteurs et des étudiants.
C’est ce dessein qui a justifié l’intérêt du fichier « bio-bibliographique » établi. Aussi, c’est au regard de cet objectif de connaissance (l’analyse des conditions de constitution d’une spécialité universitaire) qu’ont été retenus les critères de sélection finals : des publications étant (sauf quelques rares exceptions) le fait d’universitaires, reprises par les universitaires, produites dans des espaces universitaires (revues, congrès et colloques).
Qui sont les producteurs ? La caractérisation par un ensemble d’indicateurs pertinents
Les indicateurs utilisés
Ces repères ont été sériés en cinq dimensions. Les indicateurs signalétiques démographiques renseignent sur le nom, le sexe et l’âge ; si le sexe et l’âge peuvent être rangés dans la catégorie des indicateurs standardisés, il n’en va pas de même du patronyme, l’anonymat étant de rigueur dans nombre d’enquêtes sociologiques. Sa présence a paru ici justifiée, voire indispensable, puisqu’il s’agit de repérer et, dans une moindre mesure, de dénombrer un certain nombre d’officiants (fidèles, hérétiques, schismatiques, convertis, intermittents) dans une spécialité, afin de comprendre un ensemble de relations d’interdépendance existant entre eux.
Des indicateurs de formation disciplinaire et universitaire (être issu – ou non – de l’EPS
[5], sessionnaire – ou non – de l’INSEP
[6], ancien élève – ou non – de l’ENSEPS
[7], l’identification de la thèse) doivent permettre – après une mise en relation avec les indicateurs d’insertion professionnelle – de discerner les filières puis les carrières, mais aussi les cohortes – après croisement avec l’âge – et enfin les générations – après recontextualisation historique du cheminement collectif – qui caractérisent les groupes de producteurs. La prise en compte d’éléments de la trajectoire fait partie intégrante des informations requises pour apprécier la position sociale des personnes interrogées. Ces éléments concernant la trajectoire individuelle ne prennent toutefois tout leur relief que lorsqu’ils sont rapportés aux trajectoires les plus probables observées dans le groupe social considéré pour dégager des itinéraires caractéristiques.
[8] Des éléments relationnels ont donc pour mérite de désindividualiser la logique du fichier qui présuppose un peu – par l’agrégation des résultats à laquelle il donne lieu – que la population est une collection d’individus. Ces variables peuvent être rapprochées du capital social dont parle Bourdieu comme étant un ensemble de ressources relationnelles mobilisables. Il comporte une part institutionnelle : ce sont les associations et les groupements auxquels appartient l’individu ; s’y ajoute une part informelle qui a été approchée grâce aux témoignages.
Outre le rang statutaire et la discipline de rattachement, le lieu d’exercice a également été retenu parmi les indicateurs d’insertion professionnelle. L’espace géographique n’est en effet pas un terrain socialement neutre ; il cristallise des inégalités de spécialisation et de dotations de proximité et donc des stratégies d’implantation des groupes nouveaux. Il est donc de nature à éclairer certaines connexions entre des UFR STAPS
[9] et des UFR des différentes sciences sociales. Ces arguments ont été complétés par le degré de spécialisation mesuré par un ratio « nombre de publications sur le sport/nombre total de publications ». Ces éléments doivent permettre de discerner les différents profils professionnels possibles des contributeurs sur la spécialité.
L’influence universitaire et scientifique est appréhendée grâce aux indicateurs que sont la présence à une section du CNU, le nombre de directions de thèses (achevées), la direction de collections, la présence dans les fonds des bibliothèques étrangères
[10], le nombre de notices recensées sur les bases de données consultées. Enfin, les indicateurs de positionnement éditorial ont pour but de renseigner sur les différents supports éditoriaux de la spécialité. Ils concernent le type de publications (livre, article, littérature grise), le cas échéant la revue, l’éditeur et éventuellement la collection. Par ailleurs, ils ont été déclinés au regard des angles d’approche thématiques
[11] et disciplinaires qui y sont développés. La date de parution a permis d’introduire une dimension diachronique dans la compréhension de la structure de l’espace des contributions sur la spécialité en cours de constitution.
Un travail de fichage a été répété en 187 exemplaires. Outre le souci de dispersion entre les différents profils de contributeurs, les principes de constitution de cet échantillon sont la récurrence des références dans les bibliographies des publications universitaires ; autrement dit l’appropriation de certains travaux par des collectifs scientifiques. L’idée de fixer un seuil de citations n’a pas été retenue en raison de l’asymétrie de statuts qui caractérise la population des contributeurs. Être cité par un pensionnaire de l’EHESS ou du Collège de France quand on est récent docteur n’est pas commutatif.
[12] Si un critère de sélection fruste devait être mis en avant, ce serait la participation à la circulation des connaissances.
[13]
Une fiche-type
FICHE N° 43D J « Article » Variables auteur Variables publication Statut professionnel : P (Paris X-Nanterre) Article ou ouvrage : A Sexe : M Nombre de pages : 16 Discipline de rattachement : STAPS Discipline : S Age : 1948 Date : 1989 Sessionnaire INSEP : N ENSEPS : N Ratio Publications sport /Total Publications : -> 1 Éditeur : Minuit - Collection - Revue : ARSS - Établissement Membre du CNU : O Co-auteurs : N Thèse sur le sport : O Lieu de publication : Paris Directions de thèse : 0 Notices BN : 7 Pas issu de l’EPS ; Bac de maths ; Thèse de sociologie sous la direction de Pierre Bourdieu (1970-1978), encadré par Boltanski et Grignon ; entre en contact dans les 1970’s avec les gens de l’EPS (élèves de la “nouvelle” ENSEPS et sessionnaires de l’INSEP) qui travaillaient sur l’histoire des pratiques sportives (Pociello, Andrieu) ; Participe au séminaire d’histoire sociale qu’anime J.- C. Chamboredon à l’ENS de la rue d’Ulm, il y côtoie C. Charle, R. Ponton, J. – L. Fabiani ; il y assiste aux conférences de Thompson et d’Elias ; Après sa thèse, vacataire à Paris V (Cours de 4 heures de sociologie historique du sport pendant 10 ans) ; mais surtout sociologue sur contrat (MSH, Recherche publique) ; 1988 : candidature de MC en STAPS, recruté à Paris XI-Orsay (retour vers ces gens connus au début des 1970’s) ; HDR en janvier 1996. Prof à Nanterre depuis1998. Sources : Entretiens avec l’intéressé, ses confrères, les quatrièmes de couverture, fichiers bibliographiques électroniques.
Si ce type d’exercice quasi-policier a pu placer souvent son auteur dans une situation inconfortable, il a également parfois éprouvé son opiniâtreté. Il a de fait nécessité la mise en Å“uvre d’une enquête puisant à de multiples sources.
Comment être productif ? La recherche tous azimuts des informations
Citer ses sources
[14]
Un effort de familiarisation avec le sujet s’est imposé. Dans un premier temps, ce fut grâce à la documentation écrite existante. Le thème de la constitution des STAPS comme espace universitaire est un objet ayant préalablement suscité quelques travaux. Le plus accompli d’entre tous est la thèse Bernard Michon
[15] : son analyse de l’espace des STAPS montre que les trajectoires sociales des agents ont participé à déterminer son identité sociale dans le prolongement des anciennes formations au professorat d’éducation physique et sportive (EPS). À travers l’étude des postulants, des étudiants, des anciens étudiants, des enseignants d’éducation physique, et des enseignants en STAPS, la recherche de B. Michon reconstruit une évolution permettant d’objectiver différentes formes de recours au corps. Le c
Å“ur de la démonstration repose en fait sur la description du concept de capital corporel et de sa circulation entre les différents groupes étudiés, ce qui conduit l’auteur à dispenser une analyse élargie à une pluralité de points de vue tels que : les rapports au changement des formations, à la fonction enseignante en EPS, aux styles de vie, etc. En d’autres termes, le parti pris de la thèse est de ne pas demeurer centrée sur les seuls enjeux de la recherche, ambition légitime pour un exercice de cette dimension.
Par ailleurs, quelques propositions de bilan avaient été esquissées
[16] auparavant. Elles étaient largement demeurées quantitatives, et constataient les substantiels progrès réalisés en densité et en diversité Elles relevaient aussi la nette prééminence de l’éducation physique scolaire sur le sport civil comme objet d’étude privilégié
[17]. Mais surtout, elles ne concernaient que l’histoire, les autres sciences sociales demeurent donc sans recenseur critique alors qu’existent de conséquents recensements normalisés, routinisés sous forme de fichiers papier ou électroniques.
Les principales bases de données accessibles (fichier de la bibliothèque de l’INSEP, CD-ROMs Docthèse, BN-Opale, Myriade et Francis) ont ainsi été consultées et confrontées empiriquement avec de nombreuses bibliographies des ouvrages de synthèse existant sur la question, ce qui a notamment permis de compléter et d’affiner une première version de la population-test.
Susciter des sources
Par ailleurs, la démarche a été assortie d’un effort d’acculturation à la population-cible de l’enquête. Une ressource non négligeable est constituée de ce qui forme le paratexte
[18] de certaines publications : les quatrièmes de couverture, les préfaces, avant-propos, notices de présentation des participants aux colloques ou des collaborateurs des revues généralistes (
Esprit,
Le Débat,
Autrement) et autres dédicaces ont fréquemment permis de combler des renseignements manquants. Des informations très précises étaient contenues dans quelques annuaires professionnels
[19] mais leurs réseaux de diffusion rudimentaires accentuent sensiblement leur confidentialité. Des données ponctuelles sur les enseignants en lycée et détachés ont pu être obtenues grâce à une connivence avec une gestionnaire de la direction des personnels enseignants du second degré. La source écrite la plus précieuse demeura les différents « tableaux de classement du personnel enseignant titulaire » – les « cocotiers » pour les initiés – dont les péripéties d’obtention forment une véritable odyssée pour le candide.
L’écoute de ce que disent les intéressés fut la voie la plus fructueuse pour se familiariser avec les usages du milieu étudié, mais aussi pour découvrir des éléments pertinents et qui demeuraient mal perçus de l’extérieur. Un certain nombre de personnes-ressources ont ainsi été consultées.
[20] Elles mêlent précurseurs, spécialistes, interfaces avec le monde des sciences sociales. Très prosaïquement, ce qui fut sollicité auprès d’eux, c’est un témoignage d’artisan actif de l’institutionnalisation et de la promotion de la recherche en sciences sociales sur le sport Mais surtout ils permirent de cerner certains éléments relationnels qui ont été précédemment évoqués ainsi que les enjeux qu’ils sous-tendent : enjeux paradigmatiques, éditoriaux, professionnels. L’exercice prit alors un tour résolument moins descriptif. Encore fallait-il l’encadrer de certaines précautions quant à ses sources.
La critique des sources
Les sources énumérées ne sont toutefois pas dénuées de limites. De l’aveu même de leurs concepteurs, les annuaires professionnels ne sont jamais complets ni exacts. Les « cocotiers » concernent seulement les universitaires, pas les chercheurs ni les autres contributeurs non-enseignants. Les bases de données ont elles aussi beaucoup de limites; elles peuvent être erronées et sont rapidement surannées entre leur temps de constitution et celui de leur diffusion. Ensuite, les informateurs demeurent faillibles, mais surtout ils sont toujours porteurs d’un point de vue qui n’est pas dénué d’enjeux. C’est ainsi qu’il fallut parfois se défier des suggestions quant à ce qu’étaient « les bonnes hypothèses » pour appréhender l’état du champ. De même, les recoupements de témoignages permirent de déceler des inexactitudes, des omissions qui ne faisaient que souligner des sujets de friction.
Enfin, tous ces éléments sont datés. La collecte prend fin au début de 1998. Il y a donc un décalage dû au temps pris par la collecte d’informations, sa saisie, sa codification, son traitement et enfin sa diffusion. Si des recoupements ont été opérés systématiquement, certaines informations demeurent bien sûr soumises aux inexactitudes voire aux contradictions des sources dont elles sont extraites. Mais ce fut souvent de ces contradictions mêmes ou de ces points de tension que surgirent des hypothèses fécondes. Ainsi les limites de l’exercice n’ont pas toujours été regardées comme des obstacles mais ont été transformées en points d’appui à partir desquels sont livrés quelques résultats et clés d’analyse sur la constitution d’une spécialité universitaire : les sciences sociales du sport.
Les conditions de production et de reproduction de la spécialité : mise en perspective des résultats
Photo de groupes
La population des contributeurs aux sciences sociales du sport est très majoritairement masculine
[21] à près de 87%, soit une proportion supérieure à celle représentée par les personnels masculins dans l’enseignement supérieur qui est de l’ordre des trois quarts. La tranche d’âge la plus abondamment représentée est 50-65 ans, ce constat est à mettre en relation avec la prééminence des professeurs d’université (54%) et des directeurs de recherche (9%) parmi les contributeurs. L’examen des cursus de formation permet déjà de discerner une ligne de fracture entre deux groupes. Près de 44% des auteurs sont issus de l’EPS, c’est-à-dire titulaires d’un professorat ; un cinquième des auteurs est pour sa part passé par l’ENSEPS et/ou a été sessionnaire de l’INSEP. Ainsi donc les auteurs d’une thèse sur le sport (59%) ou dont l’
Å“uvre est centrée sur le sport (54%) ne recouvrent pas strictement cette population de professionnels originaires du sport. Les rattachements disciplinaires marquent la prépondérance disciplinaire des STAPS (37,5%), de la sociologie (17%), de l’histoire et des sciences de l’éducation (7,5%) ; de même que se dégagent les quelques foyers institutionnels importants que sont Paris X, l’EHESS
[22], le CNRS
[23], Lyon I, Paris XI.
L’échantillon des publications est formé pour plus de sa moitié de livres – principalement individuels – (52%), les articles représentant un peu plus de son quart, tandis que la littérature grise regroupe un peu plus du cinquième restant. À l’exclusion de la littérature grise, ces différents supports sont diffusés par des éditeurs nationaux (28%), régionaux (15%), des revues de sciences sociales pour un huitième d’entre elles ; le cinquième restant se répartit entre éditeurs et revues spécialisés de sport et revues généralistes. La sociologie (50%) et l’histoire
[24] (30%) sont les approches disciplinaires qui ont été les plus majoritairement convoquées – très loin devant l’économie avec moins de 7%. De même que les cursus scindaient les contributeurs en deux sous-populations, les dates de parution semblent porteuses de lignes de clivage pertinentes. En effet, la ventilation des contributions par dates de parution signale une montée en puissance des travaux en sciences sociales du sport à partir de la fin des années 1970 : la décennie 1978-1987 apparaît particulièrement prolifique puisqu’elle renferme 48,6% de l’échantillon, alors que la période antérieure 1968-1977 n’en regroupe que 11,8%.
[25]
Il est toutefois possible de contrôler si ces intuitions sont des « faits têtus » grâce à la structure de la base de données constituée : un ensemble de 187 contributions dont on scrute 17 variables qualitatives déclinées selon différentes modalités. L’analyse factorielle des correspondances multiples forme en effet un outil statistique très puissant permettant d’articuler les interprétations autour d’une typologie des modalités. Elle permet en effet d’étudier l’association mutuelle entre les modalités c’est-à-dire les liaisons entre les couples de variables. Elle permet aussi d’aborder celle des individus en examinant le comportement moyen de classes d’individus.
[26] Enfin, cette méthode offre l’opportunité de produire des représentations graphiques synthétiques conformes au projet énoncé de proposer une topographie du paysage des sciences sociales du sport.
Photos du paysage
Les plans de l’analyse factorielle des correspondances multiples (Figures 1 et 2) livrent les critères structurant l’espace des contributions et contributeurs aux sciences sociales du sport, ainsi que les relations qui les organisent. Les modalités ayant la contribution la plus forte au premier axe, qui exprime 10,6% de l’inertie totale (Figure 2), sont :
issu de l’EPS (6,2%),
pas thèse sur le sport (6,1%),
pas issu de l’EPS (6%),
thèse sur le sport (5,9%),
STAPS (5,4%),
spécialisé sur le sport (5,3%),
pas sessionnaire INSEP (5,2%). Ces 7 modalités qui forment plus de 40% de la contribution au premier axe renvoient toutes à des indicateurs de proximité (ou d’éloignement) au sport en tant que compétence professionnelle.
[27] L’axe 1 a donc été identifié comme celui opposant la spécialisation – au sud – à la diversification – au nord.
Figure 1
L’espace des contributeurs aux sciences sociales du sport (Analyse Factorielle de Correspondances Multiples – axes 1 et 3)
Figure 2
L’espace des propriétés des contributions et des contributeurs aux sciences sociales du sport (Analyse Factorielle de Correspondances Multiples – axes 1 et 3)
Ces dénominations peuvent être détaillées en observant les associations de modalités qu’elles mettent en lumière. Géographiquement, elles opposent les lieux où existent des centres de recherche en sciences sociales du sport (Paris XI, Lyon, Strasbourg, l’INSEP) aux endroits où ces domaines d’intérêt relèvent d’initiatives moins suivies dans le temps. Les disciplines sont également assez nettement échelonnées sur cet axe, révélant ainsi certains isolements ou évitements. Ainsi des historiens et économistes de profession qui, à de très rares exceptions près
[28], ne témoignent pas d’un intérêt régulier pour le sport en tant qu’objet d’étude. De façon plus générale, cette représentation graphique permet de montrer les liens entre des éléments concernant des trajectoires de formation – les plus fortes contributions à l’axe 1 – et leur actualisation dans des processus d’insertion professionnelle, géographique, institutionnelle. Chez les individus (Figure 1), il représente le
continuum allant des praticiens aux patriciens. La présentation en caractères de plus grande taille des « multi-récidivistes » rappelle l’opposition assez tranchée de part et d’autre de l’horizontale entre contributeurs habituels et occasionnels. Cette présentation montre donc à la fois l’influence de certains auteurs dans l’espace étudié ainsi que la manière dont il s’est historiquement constitué.
L’axe 2 représentait 7,2% de l’inertie totale du nuage. Ses principales contributions regroupaient des modalités renvoyant à l’extériorité à l’université et à la recherche en sciences sociales. Ce qui se traduisait notamment par les informations lacunaires concernant les parcours de formation que recouvraient les modalités : « non réponse » quant aux faits d’être issu de l’EPS, ancien élève de l’ENSEPS, sessionnaire INSEP. Venaient ensuite des modalités désignant la connaissance médicale (statut, discipline). L’axe 2 révélait en fait les difficultés de construction de l’échantillon. Par conséquent, l’arbitrage entre fidélité et lisibilité nous a fait opter en faveur de la combinaison Axe 1/Axe 3 dont l’intelligibilité est apparue supérieure.
Les principales contributions à l’axe 3, représentant 5,6% de l’inertie totale, sont :
1968-1977 (5,3%),
plus de 65 ans (4,7%),
décédé (4,2%),
Sports particuliers (4,1%),
1950-1967 (3,5%),
philosophie (3,2%). Ces 6 modalités correspondant à 25% de la contribution au troisième axe peuvent être associées à la périodisation des contributions. Elles recouvrent des variables fortement liées aux différents moments constitutifs de l’espace des écrits sur les sciences sociales du sport. Ainsi retrouve-t-on des modalités relatives aux âges des contributeurs, à la date des publications mais aussi à l’approche disciplinaire
[29] qui sont caractéristiques d’époques distinctes de la production scientifique sur le sujet. Assez clairement, cet axe semble exposer l’échelonnement des travaux dans le temps. Il court de l’ancienneté – à l’est – vers la contemporanéité – à l’ouest – et oppose, chez les individus, vétérans et juniors ; ce que confirme la place des femmes principalement à gauche de la verticale, très évocatrice de la féminisation tardive déjà mentionnée. Pour prolonger cette perspective synchronique, des éléments de caractérisation diachronique peuvent être adjoints. Ils concernent les itinéraires caractéristiques et les générations de contributeurs.
Itinéraires possibles et itinéraires probables
En distinguant cinq paliers où peuvent se produire des inflexions dans les trajectoires de formation et d’insertion professionnelle des auteurs, il existe un ensemble de dix-huit combinaisons possibles
[30]. Quatorze itinéraires caractéristiques ont été observés, c’est-à-dire que seulement quatre éventualités ne se sont pas réalisées. Ces quatorze occurrences ont toutefois été observées avec des fréquences variables et ont permis de discerner trois grands types d’itinéraires.
Les sédentaires (25,4% des cas) correspondent au groupe d’individus dont l’ensemble de la trajectoire professionnelle demeure ancrée dans l’univers de l’éducation physique et sportive. Leurs itinéraires caractéristiques se déclinent selon des modalités subordonnées aux passages (ou non) par l’ENSEPS et/ou l’INSEP. La plupart de ces sédentaires appartiennent au corps enseignant des UFR STAPS
[31], le plus souvent avec un statut de professeur
[32] ou de maître de conférences, plus rarement avec un statut d’enseignant du second degré Ils forment le noyau dur du groupe des praticiens.
Itinéraires de formation et d’insertion professionnelle
Ceux qui font l’extérieur, les plus nombreux (57,6% des cas), représentent ces auteurs qui ne sont pas issus de l’EPS, et qui jamais au cours de leur carrière n’eurent à travailler dans une institution d’enseignement ou de recherche en sport. Ce type d’itinéraire caractéristique n’exclut cependant pas que certaines Å“uvres soient centrées pour l’essentiel sur le sport. Il s’agit toutefois d’un invariant au sein du groupe particulier des patriciens nommés homo status.
Les nomades ont certes des itinéraires caractéristiques plus rares (14,4% de l’ensemble
[33]) mais leur spécificité mérite quelque attention. Leur intérêt tient aux hybridations qui y sont réalisées. Les entrants sont ces contributeurs dont la trajectoire n’est pas depuis l’origine liée à l’EPS mais qui ont
in fine convergé vers les UFR STAPS ou l’INSEP. À l’opposé, les sortants sont initialement issus de l’EPS et s’en sont écartés ensuite pour se diriger vers d’autres disciplines ou d’autres carrières que l’enseignement ou la recherche.
Enfin, quelques très rares cas de chassés-croisés ont été observés. Ces itinéraires sont importants car ils façonnèrent les opportunités de jeter des passerelles avec des institutions d’enseignement et de recherche en sciences sociales. C’est pour cette raison que les nomades se retrouvent notamment au sein du groupe des homo medium qui se trouve à la charnière des groupes des praticiens et des patriciens (Figure 1). Ces auteurs forment une interface entre les paradigmes des sciences sociales et le sport comme champ d’investigation. Ils favorisèrent la circulation des connaissances d’une sphère à l’autre.
Ces éléments ne suffisent toutefois à comprendre comment sur ce couloir d’indifférence scientifique a pu s’ouvrir une fenêtre programmatique. Des éléments structurels et conjoncturels allaient en effet se composer favorablement : l’influence des individus sur cette ouverture est renforcée par l’existence d’un effet d’aspiration de publics lié à un nouveau contexte.
Les différentes formes de capital intellectuel mobilisé
Un sédentaire Un nomade Un extérieur Né en 1937 ; Études jusqu’au BEPC ; École Normale d’Instituteurs ; Instituteur ; Bénéficie de l’existence d’une filière spécifique aux instituteurs pour devenir prof d’EPS ; Devient ainsi prof d’EPS ; Ancien élève de l’ENSEPS (1959-1962, major de promotion) ; Devient prof d’EPS à la fac de pharmacie de Paris (dans un SIUAPS) ; Mémoire ENSEPS sur la scientifisation de l’Éducation Physique par Marey et Demenÿ ; Mémoire poursuivi en thèse de 3° cycle sous la direction de M. Perrot (1974) ; Entre au laboratoire de sociologie de l’INSEP et participe au programme de recherche commun INSEP-CORDES (Demande des Commissions du Plan ; le commanditaire est le CORDES) avec J. Defrance, J. Blouin-Le Baron et C. Louveau, il en sort le rapport de recherche Pratiques sportives et demande sociale (1981) ; Contacts directs avec P. Bourdieu, ; Directeur du Laboratoire de sociologie de l’INSEP jusqu’au milieu des années 1980 ; Rassemble tous ses travaux et soutient une thèse d’État sur travaux (1986) ; Nommé maître de conférences à Orsay ; puis Prof ; À l’origine d’une connexion Paris XI-HEC ; Homme connu, incontournable dans les STAPS. Né en 1941 ; Élève au CREPS de Voiron (fin des années 50) ; Ancien élève de l’ENSEPS (1960-1963) ; Prof d’EPS (1963) ; Enseignant dans le 2aire au Lycée Michelet (1965-1969) ; Agrégé de philosophie (1969) ; Prof à l’ENSEPS (1969-1975) puis à l’INSEP (1975-1979) ; Chargé de cours à Paris VIII à partir de 1974 ; Dirige le premier numéro d’Esprit à être consacré à l’éducation physique (1975) où sont développées des revendications scientifiques pour la formation en EPS ; Doctorat d’État en sciences de l’Éducation (1977) dirigé par Georges Snyders et suivi par Georges Canguilhem ; Prof de sciences de l’éducation à Paris VIII (1979-1986) puis à Paris V (depuis 1986) ; également Directeur d’Études à l’EHESS depuis 1993 (séminaire d’anthropologie historique) ; Président de la 70ème section du CNU (depuis 1989). Né en 1948 ; Ingénieur à l’École Nationale Supérieure de l’Aéronautique (1971, major de promotion) ; Cadre supérieur au sein du département marketing de la SNCF, responsable du projet commercial TGV (1972-1979) ; Diplômé de l’Institut Supérieur des Affaires (1976, major de promotion) ; Entrée au sein du groupe HEC (1979) ; DEA de sociologie (1987) ; Doctorat en sciences de gestion de Paris-Dauphine (1991) ; DEA d’histoire de la philosophie (1993) ; Doyen du corps professoral et de la recherche d’HEC (1993-1995) ; Directeur Général du Groupe HEC (1995) ; Enseigne la stratégie d’entreprise, la politique générale d’entreprise, les problèmes culturels, éthiques et idéologiques dans les entreprises ; Membre du comité de rédaction de L’Expansion ; Nombreux ouvrages de management ; 1 seul ouvrage sur les fédérations sportives ; conjoint d’une maître de conférences en STAPS, agrégée d’EPS
D’une génération à l’autre : incidences et façonnement du contexte
Des effets de génération puissants se sont en effet conjugués avec les temps de l’histoire de l’institutionnalisation des UFR STAPS. Ils concernent tant les enseignants que le public étudiant. Ils construisent les conditions structurelles qui permettent l’existence de nouvelles carrières dans une spécialité universitaire naissante.
Les étapes institutionnelles de la genèse des UFR STAPS
1969 : Transformation des IREPS
[34] en UEREPS (suite de la loi d’orientation de l’enseignement supérieur ; dite loi « Edgar Faure » du 12 novembre 1968).
1975 : Apparition du sigle STAPS (création du DEUG STAPS) lors de l’intégration universitaire de la formation conduisant au professorat d’EPS (art. 5 & 6 de la loi dite « Mazeaud » du 29 octobre 1975).
1976 : Création du laboratoire de sociologie du sport de l’INSEP.
1979 : Création du laboratoire APS et sciences sociales de l’Université de Strasbourg.
1980 : Création de la revue STAPS ; n° 1 en avril 1980.
1981 : Introduction d’une épreuve obligatoire d’histoire des APS aux écrits des concours d’admissibilité du CAPEPS ; Intégration des STAPS dans l’Université avec la création de la 74ème section du CNU ; Retour de la gestion des enseignants d’EPS dans le personnel de l’Education Nationale et non plus de la Jeunesse et des Sports.
1982 : Création des premiers postes universitaires en STAPS.
1983 : Introduction d’une épreuve obligatoire d’histoire des APS aux écrits des concours d’admissibilité de l’agrégation d’EPS, nouvellement créée.
Les grandes étapes institutionnelles de la genèse des UFR STAPS sont intéressantes à mettre en parallèle avec l’afflux important d’étudiants qui s’est produit. Partis de 3 451 en 1973-1974, les effectifs étudiants ont doublé en 1981-1982
[35] avec 7157 inscrits entre les deux premiers cycles et les préparations aux concours. Ils avaient été multipliés par six en 1996-1997. La progression la plus notable concerne les troisièmes cycles qui de dix-huit étudiants en 1982-1983 sont passés à 481 quatorze ans plus tard, soit une multiplication par 26.
S’agissant du taux d’encadrement des étudiants par le personnel enseignant, s’il s’est dégradé entre 1988-1989 et 1996-1997 en passant d’un enseignant pour 20 étudiants à un pour vingt-cinq
[36], sa structure s’est en revanche sensiblement modifiée. En ne considérant que les personnels à statut universitaire, c’est-à-dire non détachés du secondaire, le taux d’encadrement est passé d’un enseignant pour 210 étudiants (1988-1989) à un pour 86 huit ans plus tard. Si l’on observe plus en détail ce mouvement d’universitarisation des UFR STAPS, on constate toutefois qu’il demeure partiel. Les effectifs de professeurs d’université ont certes été multipliés par 5 (de 10 en 1988-1989 à 52 en 1996-1997), ceux de maîtres de conférences par quatre, tandis que les postes de certifiés détachés diminuaient d’un tiers.
[37] Mais le corps qui augmente le plus sensiblement est celui des professeurs agrégés détachés, qui voit ses effectifs multipliés par 9, et sa part passer de 5,5% à 34,7%. Ce phénomène s’explique par la partition des enseignements entre cours magistraux assurés majoritairement par des universitaires et cours d’activités sportives qu’assurent les personnels détachés.
À cette période correspond également une distribution démographique très typée des enseignants en STAPS. Plusieurs effets se cumulent. Nombre de ces enseignants sont issus du baby boom. Ils sont entrés sur un marché du travail universitaire en cours de constitution ; ils ont donc bénéficié d’une sorte d’effet d’aspiration.
Si tous ces effets ne sont pas spécifiques à l’espace des STAPS, sa spécificité tient aux changements internes au champ de l’éducation physique et sportive qui déroulent leurs effets dans les années 1970. C’est à cette période que s’est constituée cette élite enseignante que sont les sessionnaires INSEP qui étaient une sorte de re-sélection au sein du vivier des professeurs d’EPS. Une promotion de sessionnaires était très homogène en termes d’âge. Ces jeunes enseignants sortis du rang réalisaient des mémoires INSEP qui, selon les promotions, étaient plus ou moins orientés sur les sciences sociales. Ils furent ensuite souvent prolongés en thèses de troisième cycle en sciences sociales, notamment dans le cadre d’un accord avec Paris VII.
[38] Toutes ces conditions cumulatives ont défini des classes d’âge très homogènes de sorte qu’un effet de génération s’est produit.
Un test statistique d’indépendance entre les disciplines de rattachement des auteurs et les dates des publications a permis de conforter cette hypothèse. Dans un premier temps, il a été procédé au regroupement optimisé des modalités « Discipline » en deux colonnes, de sorte que sa partition en deux sous-ensembles maximise les écarts dans la distribution des effectifs (c’est-à-dire de sorte que le Khi-deux total soit le plus élevé). Le Khi-deux calculé sur l’ensemble du tableau n’étant pas utilisable (en raison des cases ayant un effectif théorique < 5), on n’a utilisé que le Khi-deux par case.
[39] Des conclusions partielles seulement pouvaient être tirées : l’indépendance entre les deux variables étant acceptée pour certaines périodes et invalidée pour d’autres. La seule conclusion de portée générale concerne l’effet d’inversion complet que l’on observe entre, d’une part, ceux qui étaient les moins nombreux (EPS, Sociologie, STAPS, Géographie, Gestion, Statistique) dans la première période (1950-1967) et, d’autre part, ceux qui le sont (Sciences de l’éducation, Philosophie, Science Politique) dans la dernière période (1988-1997). Les disciplines encore muettes à la fin des années 60 détiennent désormais un quasi-monopole de l’expression sur le sujet. Tandis que les disciplines pionnières sont devenues discrètes. Reste à éclairer ce qui s’est passé dans l’intervalle. Comment s’est accompli cet effet de ciseau ? Quels en furent les temps forts ?
La production de connaissances en sciences sociales induisait un corollaire : la reproduction de sa force de travail. Autrement dit, que puissent être rétribués ceux qui y contribueraient, sous forme d’attributions monétaires et statutaires grâce à l’aménagement de carrières. Ces éléments structurels réunis, une situation conjoncturelle originale allait par ailleurs modifier le cours des rétributions symboliques de ces travaux.
L’ouverture de l’espace des publications
Les pionniers d’une réflexion en sciences sociales sur le sport, les homo praecursport (Figure 1), ont durablement formé une population clairsemée et hétérogène. Leur intérêt pour le sport en tant que phénomène social n’était souvent qu’une facette de leur travail, voire une activité en dilettante.
Dans le prolongement des évolutions structurelles qui viennent d’être décrites, le moment fort pour les sciences sociales du sport se situe fin des années 1970 – début des années 1980. D’abord, il correspond à une espèce de condensation sociale autour du sport : c’est le boom des marathons, du jogging
[40], le lancement des salles de
gym
[41] dans les grandes métropoles, l’explosion démographique du tennis
[42], la diffusion plus large du golf
[43], bref de tout un ensemble de pratiques sportives s’adressant à la bourgeoisie et la petite bourgeoisie (ce ne sont pas du tout des pratiques populaires). C’est une sorte de moment de ré-embourgeoisement du sport. Ensuite, c’est précisément à ce moment-là que l’économie, la sociologie, l’histoire du sport prennent un essor sans précédent, notamment parce qu’elles suscitent un intérêt auprès de fractions cultivées. Cette analyse est congruente avec l’intérêt pour le sport des grandes revues généralistes comme
Le Débat ou
Esprit
[44] à ce moment particulier. Enfin, dans le champ scientifique, la période 1978-1987 est rythmée par la tenue de colloques importants en 1978
[45], 1983
[46] et 1987
[47] par deux fois. S’ils sont autant d’occasions de compter les officiants, ces grands-messes sont surtout des occasions de rencontre entre praticiens et patriciens. Ce furent des moments privilégiés de partage et d’échange de connaissances entre spécialistes et contributeurs, occasionnels mais notoires, des disciplines des sciences sociales. Ces incursions notabiliaires ont puissamment
Å“uvré en faveur de la reconnaissance du sport comme objet fécond pour les sciences sociales. L’opportunité de travailler sur cette question s’est accrue car elle a acquis de cette façon une plus grande visibilité et une plus grande notoriété, par une sorte de phénomène d’importation. Le paradoxe fut que la spécialité eut besoin de ces non-spécialistes pour accéder à la reconnaissance et à l’existence en tant que branche du savoir.
Un examen plus approfondi des supports de diffusion de ces contributions montre toutefois qu’une partition persiste selon les profils des auteurs.
[48] Être spécialisé sur le sport va souvent de pair avec la publication dans des revues et des éditions spécialisées ou dans la littérature grise. À l’opposé, ne pas avoir une
Å“uvre centrée sur le sport ouvre les colonnes des revues généralistes et de sciences sociales, ou les portes des éditeurs nationaux et régionaux. Réciproquement, ce type de luttes de classement se retrouve concernant la perméabilité des UFR STAPS vis-à-vis des nouveaux entrants originellement extérieurs aux professions de l’éducation physique. Des tendances internes continuent à privilégier une certaine orthodoxie dans le recrutement du corps enseignant : « recours au corps et effet de corps » bien exprimés par Bernard Michon.
[49]
Les effets de l’ouverture de l’espace des publications demeurent néanmoins. Ils sont perceptibles au travers du rééquilibrage opéré au détriment du thème de l’éducation physique, longtemps hégémonique, et d’une relative autonomisation de la recherche en sciences sociales sur le sport. Mais son corollaire est une atomisation de celle-ci. Dans le courant des années 1990, il y eut moins de grandes communions. Il s’est produit une sorte de processus de régionalisation de la recherche. Le laboratoire de sociologie de l’INSEP, qui avait joui d’une certaine suprématie à la fin des années 1970 et au début des années 1980, est désormais concurrencé par certains centres universitaires renforcés par le départ des anciens membres de ce laboratoire. Atomisée dans les différentes UFR STAPS en quelques gros pôles, spécialisés certes, il n’y a plus cette même centralisation de la recherche à l’INSEP
[50], qui était un facteur favorable au montage de grands colloques. Aujourd’hui, si l’orientation est plutôt historique, cela se déroulera à Lyon ; si elle est plutôt sociologique, cela se déroulera à Strasbourg, l’économie et le droit ayant leur centre à Limoges. De ce fait, les grands colloques sont devenus plus « petits », en ce sens qu’ils ne réalisent plus le même brassage. Peut-être faut-il y voir la marque d’un rythme de croisière stabilisé ?
Vieil exercice de style et nouveau style de l’exercice
La bibliographie était notre point de départ : il s’agissait en effet de mettre à jour un certain nombre de savoir-faire à l’
Å“uvre dans ce qui fait partie de l’activité ordinaire du chercheur. En faisant de ce travail préalable le socle d’une réflexion un peu novatrice
[51], il a été possible de dépoussiérer un usage académique pour construire avec davantage d’acuité un objet de recherche. La bibliographie demeure notre point d’arrivée avec une plus-value : la connaissance de la constitution du champ et de ses orientations de recherche. Cette réflexivité sur l’ « imagination bibliographique » fut toutefois développée au prix de quelques méandres qui en firent parfois un exercice malaisé et risqué. Il s’est agi en effet de décrire un espace intellectuel. Or, il s’avère traversé d’enjeux qui s’incarnent, sans équivoque parfois, dans des individus condensant des propriétés sociales et défendant corollairement des positions relatives à l’essence et au projet des sciences sociales pour le sport. En réalisant un travail de nature à dévoiler certains de ces enjeux, l’auteur – ce qu’il peut représenter – et son travail – ce qu’il peut montrer – deviennent pris dans ces enjeux.
Comme l’écrivent Callon, Courtial et Pénan
[52] pour présenter la substance de l’analyse de Derek de Solla Price, ce type d’approche rappelle les modèles de la thermodynamique. La science est traitée comme un gaz dont on étudierait le volume global (la population des chercheurs et leur production), la distribution des molécules (les collèges savants) en fonction de leur vélocité (fécondité ou productivité) et des modes d’interaction des molécules (les formes d’organisation). Outre le renouvellement du genre auquel il peut contribuer, dans une optique à la fois moins convenue et plus utile, ce travail fut un moyen d’analyser la dimension collective de cette activité de recherche et son processus dynamique de construction des connaissances. Les sciences sociales du sport ont tiré leur fécondité des liens parfois contingents tissés en son sein avec d’autres spécialistes. « Que l’on parle de fertilisation croisée, de recherche pluridisciplinaire, […] on désigne dans tous les cas cette structure relationnelle de la recherche. »
[53] Un des enseignements majeurs qui semble se dégager de cet exemple serait de témoigner des vertus de l’hybridation pour constituer des spécialités nouvelles, mais aussi pour les renouveler.
[1]
L’expression est empruntée à D. de Solla Price,
Science et suprascience, Paris, Fayard, 1972 ; cité par M. Callon, J.-P. Courtial, H. Penan,
La Scientométrie, Paris, P.U.F., 1993, p.5.
[2]
Le principe est en effet analogue à celui de l’échantillonnage « boule de neige » où chaque individu cité est pris comme un nouveau relais à partir duquel le rayon de l’enquête s’élargit. L’itération de cette procédure un nombre de fois fixé à l’avance constitue un échantillon « boule de neige » traçant un trait d’union entre réseau complet et réseau personnel. Utilisée pour les populations rares ou « cachées », cette méthode demeure d’un maniement très complexe. Cf. T.A. Snijders, “Estimation on the basis of snowball samples: how to weight ?”
Bulletin de Méthodologie Sociologique, n° 36, 1992, pp. 59-60.
[3]
Une démarche analogue a été retenue par Frédéric Lebaron, « La dénégation du pouvoir. Le champ des économistes français au milieu des années 1990 »,
Actes de la recherche en sciences sociales, n° 119, 1997, pp. 3-26. Voir également Rose-Marie Lagrave, « Recherches féministes ou recherches sur les femmes ? »,
Actes de la recherche en sciences sociales, n° 83, 1990, pp. 27-39.
[4]
Jean-Claude Passeron note à ce propos : « Dès l’esquisse de son plan de recueil raisonné des “données”, le raisonnement sociologique fait déjà intervenir des termes, des nomenclatures, des mesures, des décisions d’enregistrement ou de rejet, bref des arguments dont la pertinence suppose l’anticipation des questions théoriques qui fondent le sens descriptif de l’enquête ébauchée », « L’espace mental de l’enquête (I) »,
Enquête, 1, 1995, p. 24.
[5]
Éducation Physique et Sportive.
[6]
Institut National des Sports et de l’Éducation Physique.
[7]
École Normale Supérieure d’Éducation Physique et Sportive.
[8]
Alain Bigard, Yves Guillotin, « Carrières professionnelles, carrières salariales : la notion d’itinéraire caractéristique »,
Économie et Statistique, n° 299, 1996, pp. 73-89.
[9]
Unité de Formation et de Recherche Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives.
[10]
Cet élément a été approché grâce au serveur Internet OCLC (
Online Computer Library Center) principalement destiné à l’usage des bibliothécaires.
[11]
En l’occurrence : sport en général ; sport particulier ; biographie ; éducation physique ; jeunesse ; organisation ; corps.
[12]
Les travaux sociologiques de Jean-Paul Clément sur les sports de combat sont par exemple repris par Pierre Bourdieu dans
Choses dites, Minuit, 1987, pp. 204 et 207. Quand on observe leur diffusion académique sur le serveur
OCLC, qui ne renseigne pourtant que sur les institutions adhérentes à son réseau, les 168 localisations sur quatre continents de
Choses dites offrent – au moins virtuellement – une résonance substantielle assez rare pour une thèse de doctorat.
[13]
Sur ces problèmes d’asymétrie et d’arbitraire « relativement insurmontables », on peut se reporter aux mises en garde de A. Degenne et M. Forsé,
Les Réseaux sociaux, A. Colin, 1994, pp. 30-31.
[14]
Pour un exemple plus détaillé, cf. Pierre Bourdieu,
Homo Academicus, Minuit, 1984, Annexe 1 : pp. 253-266.
[15]
Bernard Michon,
L’Espace des sciences et techniques des activités physiques et sportives, recours au corps et effets de corps, Thèse pour le doctorat d’État de sociologie (sous la direction de C. de Montlibert), Université de Strasbourg II, 1993. Voir également, « Vers une analyse de l’espace STAPS », Actes des journées d’études
Sciences sociales et sports, Strasbourg, novembre 1987, pp. 354-363.
[16]
Marcel Spivak, “L’historiographie de l’éducation physique et des sports à la croisée des chemins”, et Bertrand During, “Historiens de l’éducation physique”, in
Travaux et Recherches en EPS, INSEP, n°6, 1980, respectivement pp. 16-19 et 7-16. Pierre Arnaud, “Histoire du sport. Bilan : 1981-1987”, Actes des journées d’études
Sciences sociales et sports, Strasbourg, novembre 1987, pp. 469-483.
[17]
Toujours en ce qui concerne les travaux historiens, Thierry Terret affirme que cette tendance “s’inverse clairement dans les années quatre vingt-dix”. T. Terret, “Anciens et nouveaux objets d’étude dans l’histoire de l’éducation physique en France”,
Spirales, n° 13-14, 1998, p. 367.
[18]
Pour un exemple d’utilisation de la dimension paratextuelle d’une collection, voir Noiriel (Gérard),
Sur la « crise » de l’histoire, Belin, Coll° « Socio-Histoires », 1996, pp. 287-313.
[19]
Annuaire des enseignants de Lettres et Sciences Humaines de l’enseignement supérieur, édité par la Fédération Nationale des Syndicats Autonomes de l’Enseignement Supérieur et de la recherche, éditions de 1991 et 1997 ;
Annuaire de l’enseignement et de la recherche sociologiques dans les universités françaises, édité par l’Association des Sociologues Enseignants du Supérieur, édition de 1994. Moins confidentiels : sous la direction de Marc Guillaume,
L’État des sciences sociales en France, La Découverte, 1986 ; Raymond Thomas,
Annuaire du monde sportif français, P.U.F. (Coll°. Pratiques corporelles), 1987.
[20]
Jacques Defrance (17 juin 1997) ; Joffre Dumazedier (18 juin 1997) ; Marcel Spivak (27 novembre 1997) ; Pierre Parlebas (28 novembre 1997) ; Georges Vigarello (1
er décembre 1997) ; Gilbert Andrieu (8 décembre 1997) ; Bernard Michon (9 décembre 1997) ; Pierre Arnaud (4 février 1998). Ces entretiens ont été parfois suivis de demandes de compléments par courrier ou par téléphone.
[21]
Cette surreprésentation est le corollaire d’une féminisation tardive de la spécialité. Non seulement il y a donc peu de femmes mais elles sont de plus récentes contributrices. Il existe tout de même quelques femmes intégrées dans la spécialité depuis de nombreuses années : C. Louveau, M. Metoudi, A. Davisse, J. Blouin-Le Baron, N. Midol, etc., mais elles demeurent largement minoritaires.
[22]
École des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
[23]
Centre National de la Recherche Scientifique.
[24]
Les historiens de profession sont toutefois peu nombreux parmi les contributeurs : ils ne représentent que 7,5% d’entre eux.
[25]
Les décennies 1950-1967 et 1988-1997 représentent respectivement 3,7 % et 35,8 % de notre échantillon. Les bornes correspondent à des événements éditoriaux : 1950 pour
Regards neufs sur le sport de Joffre Dumazedier ; 1968 pour
Sports, culture et répression, n° 43 de
Partisans ; 1978 pour le 7
e Congrès de l’Association Internationale de l’Histoire de l’Education Physique et du Sport (HISPA),
Culture corporelle et sociétés, tenu à l’INSEP ; 1988, outre pour des raisons d’homogénéité des classes d’intervalle, parce qu’elle inaugure une période où se raréfient les grands colloques pluridisciplinaires en sciences sociales du sport.
[26]
Pour des approfondissements sur cette technique, voir Brigitte Escofier, Jérôme Pagès,
Analyses factorielles simples et multiples. Objectifs, méthodes et interprétation, Dunod, 1990, Chapitres III, V et IX.
[27]
Il faut descendre jusqu’à la treizième modalité la plus explicative de l’axe 1 pour trouver un élément n’ayant pas trait à la proximité au sport comme compétence professionnelle.
[28]
Citons Jean-François Bourg chez les économistes et Alfred Wahl chez les historiens.
[29]
Décisives par leur effet d’impulsion sur les précurseurs, les contributions philosophiques sur le sport se tarissent sensiblement à partir de la fin des années 1970.
[30]
Ce résultat est obtenu par le décompte des parcours possibles sur une arborescence à 5 paliers où existe une asymétrie entre les trajectoires issues de l’EPS – plus détaillées – et celles qui ne le sont pas. Cf schéma.
[31]
Pour cette raison, ils ont été regroupés sous l’étiquette
Homo Stapsiens.
[32]
Le passage par l’ENSEPS et/ou l’INSEP constitue manifestement un bonus effectif en termes de carrière.
[33]
Le total ne fait pas 100% en raison des quelques données manquantes.
[34]
Institut Régional d’Éducation Physique et Sportive.
[35]
L’année de création des DEUG STAPS (1975-1976) avait vu leur nombre s’accroître de 46,3%. Source : Direction de l’Évaluation et de la Prospective (DEP).
[36]
Ces chiffres prennent en compte toutes les catégories de personnel enseignant et incluent donc les personnels détachés du secondaire. Ces ratios ont été obtenus en mettant en rapport les chiffres de la DEP avec ceux communiqués par la conférence des directeurs d’UFR STAPS sur les catégories d’enseignants. Ces derniers ne commençaient qu’en 1988-1989.
[37]
Ils représentaient néanmoins la catégorie la plus importante numériquement avec 313 postes, soit 37% des effectifs.
[38]
Dans le fichier central des thèses, on recense ainsi 70 thèses sur le sport soutenues à Paris VII. 44 d’entre elles furent dirigées par Pierre Fougeyrollas, 24 par Pierre Ansart, les deux restantes étaient encadrées par Claude Revault d’Allones et Michèle Perrot.
[39]
Le Khi-deux par case est réalisé sur un tableau à quatre cases : la case que l’on étudie, la case complémentaire ligne représentant toutes les autres cases de la ligne, la case complémentaire colonne et la case complémentaire ligne et colonne (contruites de la même façon). Fréquemment, lorsque des tris croisés sont effectués, il n’est pas possible d’utiliser le Khi-Deux calculé sur l’ensemble du tableau car on trouve des cases dont l’effectif théorique est inférieur à cinq. Le Khi-Deux par case dont l’élaboration vient d’être décrite résout ce problème en réduisant le tri croisé à un tableau à quatre cases.
[40]
Paul Yonnet, « Joggers et marathoniens. Demain les survivants ? »,
Le Débat, n° 19, février 1982, pp. 77-95.
[41]
Voir la thèse d’Olivier Bessy,
De Nouveaux espaces pour le corps – approche sociologique des salles de « mise en forme » et de leur public. Le marché parisien, Université de Paris V, 1990 (Directeur : G. Vigarello).
[42]
Anne-Marie Waser, « La genèse d’une politique sportive : l’exemple du tennis »,
Actes de la recherche en sciences sociales, n° 91-92, mars 1992, pp. 38-48.
[43]
Charles Suaud, « Espace des sports, espace social et effets d’âge. La diffusion du tennis, du squash et du golf dans l’agglomération nantaise »,
Actes de la recherche en sciences sociales, n° 79, sept. 1989, pp. 2-20.
[44]
Même si
Esprit avait déjà fait paraître un numéro en 1975, celui-ci concernait l’éducation physique et non le sport.
[45]
7
ème Congrès de l’Association Internationale de l’Histoire de l’Éducation Physique et du Sport (HISPA),
Culture corporelle et sociétés, INSEP, mars-avril 1978.
[46]
8
ème Symposium du Congrès International de Sociologie du Sport (ICSS),
Sport, classes sociales et sub-culture, Paris, juillet 1983.
[47]
1
ères Journées d’étude organisées par la Société Française de Sociologie du Sport,
Sport et changement social, Bordeaux, avril 1987. Journées d’études organisées par le laboratoire APS et Sciences Sociales,
Sciences sociales et sports. États et perspectives, Strasbourg, novembre 1987.
[48]
Un test d’indépendance statistique (Khi-deux à deux degrés de liberté) a été réalisé entre ces variables, après regroupement optimisé des modalités « Éditeurs » en deux colonnes. L’hypothèse d’indépendance a été rejetée pour un seuil de probabilité de 1%.
[49]
Michon (Bernard),
op. cit. ; Cf. note 15 (
supra).
[50]
Une évolution homologue est lisible dans la place des revues. L’espace des revues s’est maintenant structuré autour de deux pôles : l’Université avec l’AFRAPS (Association Francophone pour la Recherche sur les Activités Physiques et Sportives) et la revue
STAPS, et l’INSEP avec
Science et Motricité qui succéda à
TR-EPS (
TR, pour
Travaux et Recherches, avait notamment produit de nombreux numéros thématiques fédérateurs au tournant des années 1980). La revue
Science et motricité existe toujours mais elle comprend aujourd’hui, en son conseil d’administration, nombre d’universitaires des UFR STAPS de sorte qu’aujourd’hui, l’origine institutionnelle de ces deux publications a moins de sens qu’initialement. Au demeurant,
Science et motricité reste très fortement axée sur les sciences instrumentées, tandis que
STAPS est plus orientée vers les sciences humaines et sociales.
[51]
La nouveauté n’est pas tant à rechercher dans le caractère systématique de la démarche que dans la proposition de lui faire quitter une position annexe, comme c’est par exemple le cas dans
Homo Academicus
[53]
op. cit., p. 40.