Terrains & travaux
ENS Cachan

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 7 à 30
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

n° 5 2003/2

Au milieu des années 1990 sont mis en ligne, à partir des États-Unis et du Canada anglophone dans un premier temps, une série de sites Internet hébergeant des journaux intimes. On peut décrire ces derniers comme la prolongation des journaux « traditionnels », réalisés sur papier, davantage que comme le résultat de démarches littéraires ou artistiques (qu’ils sont cependant parfois). Ils se démarquent toutefois de ces pratiques « traditionnelles » de par leur caractère public : ces journaux, publiquement accessibles, sont en effet référencés dans les moteurs de recherche ou sur un ensemble de sites spécialisés. L’identité de l’auteur (ou « diariste »), ainsi que celle de ses proches (qui, dans la plupart des cas, ignorent l’existence du journal), et même celle des lieux évoqués dans le récit, sont souvent systématiquement dissimulées par le choix de pseudonymes. [1] Cette pratique essentiellement anglophone à ses débuts a depuis gagné l’Internet francophone, québécois et français essentiellement. C’est à ces journaux québécois et français que s’intéresse notre étude.
Le choix de la désignation « journal intime » ne va évidemment pas de soi. Celle de « journal personnel » lui est préférée en particulier par Philippe Lejeune, dans ses travaux fondateurs sur la pratique du journal personnel en France (Lejeune, 1990), mais aussi lorsqu’il s’intéresse en propre aux journaux personnels en ligne (Lejeune, 2000). Nous privilégierons néanmoins la première dénomination en nous appuyant sur la définition que donne Simmel de l’« intimité ». Tout d’abord Simmel note que le caractère intime d’une relation dérive de l’existence de « contenus individuels exclusifs » (Simmel, 1908). Nous essaierons de le montrer, la publicité du journal repose sur l’établissement de stratégies du secret ayant pour enjeux un contrôle du public, une exclusivité de la relation diariste/lecteur qui repose bien, dans une logique simmelienne, sur une différenciation des engagements personnels. De plus, et de manière encore plus décisive, la caractérisation du journal comme intime souligne que les journaux retenus dans notre étude mettent le récit de soi au centre du projet d’écriture. [2] Ainsi que le note Simmel : « deux relations peuvent être tout à fait semblables quant au mélange des contenus individuels exclusifs et de ceux qui rayonnent aussi dans d’autres directions : la relation intime sera seulement celle où les premiers apparaissent comme les vecteurs ou l’axe de la relation » (Simmel, 1908, p. 117).
Il est difficile, du fait de leur diversité et des expériences personnelles qu’ils recouvrent, de réaliser une description typique de ces journaux intimes. Il existe bien sûr plusieurs dispositifs permettant de réduire cette impression d’hétérogénéité. Nous ne réaliserons pas ici, à proprement parler, une sociologie des diaristes et faisons davantage le pari d’une entrée par les journaux eux-mêmes, et d’étudier ainsi l’activité d’écriture comme activité engageant la personne du diariste. Il convient néanmoins de noter que la tenue d’un journal intime en ligne se trouve surdéterminée par les conditions d’accessibilité de l’objet. D’une part elle rend nécessaire une certaine compétence technique et l’accès à un ordinateur équipé d’une connexion Internet. De plus, l’activité suppose un « goût » pour l’écriture, ainsi que le sentiment d’une certaine légitimité à écrire (Bourdieu et Darbel, 1969). Ne disposant pas de données systématiques sur la population des diaristes francophones, nous nous limiterons à ces remarques préliminaires, et nous interrogerons finalement peu sur ce que l’examen de l’auteur et de ses caractéristiques peuvent nous dire sur son Å“uvre. Nous nous intéresserons dans la suite à la manière dont la constitution d’un journal intime renvoie à une construction de l’auteur lui-même. Nous faisons ici l’hypothèse que la tenue d’un journal intime engage l’« identité personnelle » (RicÅ“ur, 1990) de son auteur, c’est-à-dire qu’elle représente, au-delà d’un exercice d’écriture, un travail sur soi que nous analyserons en terme de régimes d’engagement mobilisant des formes diverses de « maintien de la personne ».
Nous avons soumis à l’analyse un corpus d’extraits de vingt-cinq journaux intimes publiés sur Internet. Ces échantillons sont de tailles comparables (entre 10 000 et 12 000 caractères), couvrent des périodes identiques dans la mesure du possible, et ont été prélevés dans le milieu ou la fin (lorsqu’ils en ont une) des journaux plutôt qu’en leur début. Ce corpus ne peut être considéré comme représentatif en l’absence de statistiques précises sur les journaux intimes en ligne. Nous nous sommes efforcés de préserver une certaine diversité à l’égard de plusieurs critères : tout d’abord la nationalité (pour l’essentiel entre canadiens francophones et français), le sexe, mais aussi la forme du journal (dans ce cadre sont distingués les journaux prenant ou non la forme d’un blog [3]), son recensement dans ce qui était, au début de l’enquête, le principal site communautaire de diaristes (la CEV, cf. infra), l’âge des diaristes et l’année de début de leur journal. Il convient cependant de noter que le choix des journaux conduit à la surreprésentation des journaux référencés à la CEV (et aujourd’hui à la RDJ, cf. infra), la dimension institutionnelle et la vocation communautaire nous intéressant particulièrement. Si, il y a seulement deux ou trois ans, la plupart des journaux intimes francophones en ligne y étaient référencés ce n’est plus le cas désormais.

Tableau I
Caractéristiques du corpus
Agrandir l'image Sexe	Âge	Pays	Blog	Incrit à la CEV	D...
Sexe Âge Pays Blog Incrit à la CEV Début du journal F 15-20 France Non Oui 2002 M 30-35 France Non Oui 2000 F 20-25 France Oui Non 2001 F 30-35 France Non Oui 2001 F 30-35 France Non Oui 2002 F 25-30 Canada Non Oui 2000 F 20-25 France Non Oui 2002 F 20-25 Canada Non Oui 2001 F 15-20 France Oui Non 2002 F 35-40 France Oui Non 1999 F 30-35 France Oui Oui 2002 F 20-25 Canada Non Oui 2002 M 25-30 France Oui Oui 2002 F 20-25 France Non Oui 2002 M 25-30 France Non Oui 2002 F 20-25 France Non Oui 2001 F 30-35 Canada Non Oui 2002 F 20-25 Canada Non Oui 2000 F 25-30 France Non Non 2000 F 20-25 France Oui Oui 2002 M 25-30 France Oui Oui 2002 F 20-25 Canada Non Oui 2000 M 25-30 Canada Oui Non 2002 M 30-35 France Non Oui 2001 M 30-35 France Non Oui 2002 Remarque : Ces variables n’ont pas été prises en compte dans l’analyse statistique, et sont présentées à titre indicatif.

Nous avons analysé ce corpus en utilisant la méthode Alceste, développée depuis 1974 par Max Reinert, qui propose une classification descendante hiérarchique dont les principes sont proches de l’analyse factorielle de correspondances développée par Benzécri pour l’analyse de textes (Benzécri, 1973). Il est à noter que le type d’analyse proposé par le logiciel Alceste se démarque de l’analyse de contenu par le fait qu’elle ne suppose pas l’élaboration d’une grille d’analyse a priori, et qu’en ce sens la classification proposée par le logiciel est indépendante des hypothèses initiales. Ainsi le seul biais qu’il soit ici nécessaire de prendre en compte dans la réalisation de la classification est relatif à la constitution du corpus, et au choix des extraits de journaux qui le composent. L’analyse du corpus réalisée par le logiciel Alceste a proposé une répartition du vocabulaire du texte en quatre classes différentes. Max Reinert (Reinert, 1993) souligne la relation profonde qui existe entre les « mondes lexicaux » dégagés par l’analyse et les « mondes sociaux » dans lesquels le sujet prend place. Un tel monde est « considéré à la fois comme l’expression d’un imaginaire et le reflet d’un “réel”. C’est en cela qu’il est à la fois “monde” du sujet et “monde objectif” » (Reinert, 1993, p. 35).
En analysant les quatre classes distinctes proposées par le logiciel, nous tenterons d’éclairer l’opposition mondes lexicaux/modes sociaux, avec pour enjeu la mise en évidence d’une grammaire qui est, simultanément et solidairement, une grammaire de l’écriture et de l’agence sociale.
 
Des registres du proche
 
 
Un monde de l’intime
La première classe mise en évidence par Alceste est numériquement la plus importante, puisqu’elle réunit à elle seule près de 43,5% des u.c.e classées. [4] Les formes les plus représentatives de cette classe sont présentées dans le tableau I. Les éléments lexicaux que fait apparaître cette première classification sont assez conformes à l’idée que l’on peut se faire d’un journal intime : ils correspondent avant tout à la description de « sentiments » ou de « situations » intimes. Ce monde lexical renvoie à soi, aux sensations personnelles (aux « émotions ») positives ou négatives (le « bonheur » ou la « peur », la « douleur » et la « tristesse »), mais aussi à une corporéité intime, le rapport que la personne a à son « corps » ou son « physique », à sa « peau », ou encore à son « poids ». C’est un espace où l’on « pense », on « réfléchit », ou l’on « comprend » et où l’on réalise des « choix ».

Tableau II
Formes caractéristiques de la classe 1
Agrandir l'image FORME	KHI2	FORME	KHI2	FORME	KHI2	Vie...
FORME KHI2 FORME KHI2 FORME KHI2 Vie+ 108,4 dire+ 23,19 emoti+f 17,01 Sentiment+ 56,58 pos+er 23,07 amitie+ 16,93 Question+ 55,96 triste+ 21,96 realis+er 16,92 amour+ 50,02 face+ 21,65 cœur+ 16,61 peur+ 49,84 pouvoir. 21,05 Vent+ 16,54 dire. 49,27 viol+ent 20,37 compris+ 16,42 ressentir. 49,08 savoir. 20,27 ce-qu< 15,76 Facon+ 48,52 Cela 20,05 socia+l 15,38 chose+ 41,17 moment+ 19,89 geste+ 15,32 couple+ 30,75 Simple+ 19,69 annie 15,32 Relation+ 27,53 pens+er 19,6 mourir. 15,27 Aim+er 26,45 Situation+ 19,31 reflech+ir 14,82 Peau+ 25,77 fille+ 19,18 sans 14,29 age+ 25,62 sourire+ 18,96 bonheur+ 14,28 Problem< 24,91 cess+er 18,47 souffrir. 14 phys+16 24,56 desir+er 18,36 impression+ 13,79 re+el 24,35 Douleur+ 17,81 autre+ 13,77 regard+ 24,23 Jamais 17,38 surement 13,66 qu+ 23,75 Ne 17,23 exist+er 13,63

Nous sommes ici dans un cadre intime. Il en va ainsi des « relations » amoureuses et des situations de séduction qui mettent en jeu l’« amour », le « désir » et le fait de « plaire », mais aussi le « sexe » ; qui réfèrent au « sourire », au « regard », et mettent en jeu les « gestes ». Parmi ces situations intimes, apparaît aussi l’« amitié », une des figures centrales de l’intimité. Il convient de noter que si sont représentées les situations d’amour et d’amitié, c’est au regard de leur versant intérieur, et non extériorisées dans la description des relations de conjugalité ou de sociabilité amicale intime.
La dimension intime est au centre des journaux sur Internet de la même façon qu’elle l’est dans les journaux intimes plus traditionnels. L’originalité profonde de la situation tient à l’« agrandissement » qui va être donné à cette sphère intime dans le cadre du rapport au lecteur et aux autres diaristes, ainsi que nous le verrons plus loin.
L’étude des journaux intimes en ligne permet la mise en évidence de la relation qu’entretient cette pratique avec la recherche d’une appropriation des événements et des sensations considérés comme intimes. En écrivant son journal intime on s’écrit soi-même. Une diariste fait particulièrement apparaître cet aspect dans son journal. Elle en entame la rédaction alors qu’elle « sort » d’une dépression de deux ans, dont elle décrit ainsi les effets :
« C’est une chose bizarre la dépression. On n’est plus soi. Je n’étais plus moi. Parfois, j’avais conscience que quelque chose ne tournait pas rond mais je me laissais m’enfoncer. Mais d’un autre côté, j’ai de totales absences sur des mois entiers de ma vie. C’est très difficile de ne plus se souvenir. Ça me fait peur. »
(Diariste femme, 24 ans, septembre 2002)
On voit ainsi se dessiner en ombres chinoises certains enjeux de la pratique du diarisme : celui du retour à soi, par une réappropriation de ces sensations, de ces situations qu’il n’est plus question d’oublier, que ce soit des situations de détresse ou de bien-être et de bonheur, ainsi que le décrit la même diariste au cours d’un entretien :
« [Mon journal] me permet de bien me rendre compte de ces situations de bonheur, de bien les vivre […] En écrivant ces moments, je me rends plus compte de leur importance, du fait qu’il ne faut pas que je gâche ceux qui vont venir et combien c’est agréable d’être bien. »
Alain Ehrenberg s’intéresse à la dépression comme « fatigue d’être soi » (Ehrenberg, 1998), se situant entre « pathologie de l’identification » et « pathologie de l’identité », et étant en ce sens révélatrice des mécanismes modernes de la socialisation. En tant que la dépression est le symptôme d’une fragmentation de l’identité, d’une étrangeté à soi même, le journal se trouve conçu, pour de nombreux diaristes, comme le moyen d’une reconquête de cette identité perdue.
La pratique du journal procède par la mise en place d’une « identité narrative » (RicÅ“ur, 1990), une « configuration » qui « fait médiation entre concordance et discordance » (id., p. 168). En effet, « l’écriture de soi » propre à la narration d’expériences personnelles procède à l’introduction d’une cohérence et d’une réflexivité en grande partie rétrospectives et toujours plus fortes que celles ménagées par la personne dans l’immédiateté de l’action. Cette « synthèse de l’hétérogène » réalisée dans l’écriture a des effets de réel en ce sens qu’elle rend l’individu à lui-même, qu’elle éprouve la consistance de la personne.
Le monde du familier
Ce mécanisme de l’appropriation (conçu par exemple comme retour à soi) est au centre du « monde » que décrit la classe 2, qui d’une façon différente de la première classe fait vivre un espace du proche et, plus exactement, du familier. La classe 2 regroupe un peu plus de 17% des u.c.e. classées. On constate immédiatement au sein de cette classe la surreprésentation de certaines catégories lexicales, en particulier des éléments référant à la famille et aux lieux. C’est ce que montre le tableau III.

Tableau III
Présence et absence significatives des catégories générales (CG)
Agrandir l'image LIBCG	KHICG classe 1	KHICG classe 2	...
LIBCG KHICG classe 1 KHICG classe 2 KHICG classe 3 KHICG classe 4 Adjectifs et adverbes 0 0 -5 3 Adverbes en "ment" 0 0 0 0 Auxiliaires être et avoir 0 0 6 -10 Couleurs -11 -11 -13 0 Démonstratifs, indéfinis et relatifs 36 36 -42 19 Époques/Mesures -15 -15 19 0 Famille -90 -90 -1 -38 Formes reconnues mais non codées 8 8 -1 0 Interjections -3 -3 2 0 Lieux, pays -19 -19 0 -4 Marqueurs d’une intensité 3 3 0 0 Marqueurs d’une modalisation 15 15 -1 1 Marqueurs d’une relation discursive 4 4 -5 1 Marqueurs d’une relation spatiale -16 -16 -4 0 Marqueurs d’une relation temporelle -21 -21 53 0 Marqueurs de la personne 4 4 0 -7 Mois/jour -196 -196 405 -41 Mots en majuscules -9 -9 0 22 Mots outils non classés 0 0 0 -2 Nombres -33 -33 11 0 Noms -31 -31 1 2 Prénoms 0 0 0 -3 Verbes -5 -5 12 0 Verbes modaux (ou susceptibles de l’être) 64 64 -10 -1

Le monde décrit par cette classe est marqué par l’omniprésence d’indices du familier. Il en va ainsi des références à la « famille » proche, au « frère » et à la « sÅ“ur », au « père » et à la « mère », à la « tante », à l’« oncle » ou au « cousin », mais aussi à des dispositifs du familier, à l’instar des lieux ou des actions du quotidien (tableau IV).

Tableau IV
Formes représentatives de la classe 2
Agrandir l'image FORME	KHI2	FORME	KHI2	FORME	KHI2	Fre...
FORME KHI2 FORME KHI2 FORME KHI2 Frere+ 111,72 chaud+ 47,55 boire. 33,39 Maison+ 107,92 Vaisselle+ 47,22 cigarette+ 32,6 vill+23 103,22 proprietaire+ 46,67 bouteille+ 32,6 Achet+er 102,72 verre+ 46,64 sac+ 31,34 Chambre+ 98,85 bleu+ 46,64 Avait 30,18 appartement+ 94,38 sœur+ 44,46 pa+yer 29,34 Paris 93,69 visit+er 42,46 table+ 29,26 Mere+ 86,42 voiture+ 41,86 lav+er 29,26 pere+ 85,8 Petit+ 41,2 nuag+e 29,26 rue+ 82,27 photo+ 39,95 mur+ 28,97 coin+ 80,2 attaque+ 38,87 visite+ 28,58 froid+ 74,74 Chocolat< 38,87 Orange+ 28,47 Quartier+ 68,12 soleil+ 38,76 magnifique+ 28,47 Grand-mere+ 66,7 Pain+ 38 piece+ 27,52 Promen+er 60,96 logement+ 37,59 famille+ 26,99 tante+ 57,86 Cher+ 37,28 cafe+ 26,1 salle+ 56,52 vetement+ 37,25 Gateau+ 25,01 Cousin+ 56,18 voisin< 36,6 allee+ 25 Jardin+ 53,48 Dans 35,99 pied+ 24,68 Cuisin+e 52,05 voyage+ 35,48 neig+e 24,08 noel+ 51,66 souper+ 33,59 salon+ 23,43

On remarque tout d’abord le poids des lieux dans lequel est inscrite la personne : sa « ville » et plus exactement le « quartier » où elle se « promène » et fait ses « courses », la « rue » où se trouve son « appartement » ou même sa « maison » (auquel cas elle peut avoir un « jardin »), c’est-à-dire non pas des lieux abstraits mais plutôt la géographie invisible des habitudes, des trajets quotidiens, qui se trouvent progressivement chargés affectivement, faisant qu’un quartier devient un quartier dans le quartier. C’est ce que notait Julien Gracq, parlant de Nantes : « Il n’existe nulle coïncidence entre le plan d’une ville dont nous consultons le dépliant et l’image mentale qui surgit en nous, à l’appel de son nom, du sédiment déposé dans la mémoire par ses vagabondages quotidiens » (Gracq, 1985, pp. 2-3). La logique de ces lieux se trouve parfaitement résumée dans une figure unique, celle du « coin », lieu qui n’est plus défini par son emplacement ou sa fonction initiale, mais par l’appropriation qui en est faite par celui qui a « son coin ». Au-delà des seuls lieux se trouve réalisée une cartographie des habitudes, du « café » pour les uns, du « chocolat » pour les autres, ou même de la « cigarette ».
Cependant nous ne sommes plus exactement ici dans une figure de l’intime, ainsi que le souligne la nature des acteurs, qui ne sont plus acteurs de l’intimité mais de la proximité quotidienne : c’est le cas du « voisin » ou du « propriétaire ». L’ensemble des objets et leur description constituent le matériau principal d’une reconnaissance quotidienne, autrement dit d’une opération cognitive élémentaire qui veut qu’en montrant ce que l’on mange, les « disques » que l’on écoute, les « vêtements » que l’on porte… on est réputé dire ce que l’on est.
L’importance de cette appropriation qui fait signe au lecteur se retrouve dans une pratique courante des diaristes, et plus encore des bloggers, qui consiste à mettre en exergue d’une entrée, ou sur la page d’accueil, une liste des lectures, des disques ou des films du moment. On peut voir apparaître ceci sur la page d’un des blogs faisant partie du corpus étudié :
« Âge : 17
Ville : Grenoble
Livre : Les corrections (J. Franzen)
Radio : Couleur 3
Film : Sweet Sixteen
Expression-tic de langage du moment : trop laid »
Les renseignements sur les lectures réalisées, les films vus, les musiques écoutées font sens au même titre que l’âge de la personne. D’autres diaristes intercalent leur récit entre les couplets d’une chanson qu’ils apprécient, qui a un sens particulier pour eux, ou qu’ils sont en train d’écouter. L’ensemble de ces dispositifs a pour effet de donner de la consistance à la personne, de la faire exister comme entité particulière qui s’inscrit dans l’espace et qui se singularise par ses goûts. Une des diaristes prise en compte dans le corpus se trouve particulièrement associée à la classe 3 [5] (avec un Khi2 de 210,16) ; elle commence ainsi son journal :
« Pour mon premier texte, je pourrais commencer par parler de moi : qui je suis, ce que je fais, etc. Pourtant, je trouve qu’il y plus intéressant que moi à mes yeux : il y a ma ville, La Rochelle. Ce n’est pas forcément la plus belle du monde mais c’est celle où je suis née et où je vis depuis dix-sept ans alors pour moi oui, c’est une des plus belles.
C’est la balade que j’ai faite ce matin qui m’a donné envie d’en parler. Comme je savais que j’allais en causer sur le site j’ai été particulièrement attentive à tout ce que je voyais, plus que d’habitude. »
(Diariste femme, 18 ans, août 2002)
Il s’ensuit une description de la ville, qui n’est jamais disjointe de la description d’habitudes et d’expériences… Comme le souligne la diariste, la description de sa ville constitue une alternative à sa propre description.
Si on retrouve moins cette caractéristique dans les journaux étudiés (en particulier du fait des compétences et de l’équipement que rend nécessaire l’activité), nous savons que la pratique du diarisme dans ses formes traditionnelles est, le plus souvent, une pratique juvénile qui joue un rôle important dans la transition vers l’adolescence puis l’âge adulte (Lejeune, 1990). Le journal est le support d’une individuation, en particulier dans l’opposition aux figures parentales. Le support de cette individuation passe souvent par l’affirmation de goûts propres et l’on constate que nombres de journaux adolescents prennent la forme d’inventaires où sont énumérés les lectures, les disques écoutés, etc. Laurent Thévenot souligne le rôle joué par l’appropriation d’un objet : « la “personnalisation” des choses est une opération intéressante parce qu’elle lie des exigences pratiques dans le contrôle de l’activité à des conditions de maintien de la personne. Il ne s’agit pas seulement de la diffusion d’une personne sur des choses mais aussi, inversement, de la constitution d’une personnalité à partir des liens de familiarité. La constitution de ses entours confère à l’être humain une consistance dont on a coutume de le doter en propre sous le chef d’une personnalité. Les choses personnalisées ne sont pas détachées de la personne qui se les est appropriées mais étendent sa surface et garantissent son maintien » (Thévenot, 1994, p. 95).
 
Des registres du public
 
 
Le public normalisé
La classe 3 regroupe un peu plus de 25% des u.c.e. classées. Alors que les deux mondes précédemment étudiés sont des mondes du proche (intime ou familier), celui-ci, au contraire, est un monde du public, ainsi que le souligne le tableau V.

Tableau V
Formes représentatives de la classe 3
Agrandir l'image KHI2	Soir+	202,09	hate+	43,21	Ai	28,...
KHI2 Soir+ 202,09 hate+ 43,21 Ai 28,19 retard+ 19 Matin+ 148,45 tard 42,1 sang+ 26,62 papa+ 18,74 Heure+ 130,78 repond+ 41,84 crev+er 26,62 alice 18,58 Semaine+ 108,8 animat+ion 41,84 Parent+ 25,63 parti+el 18,58 lundi+ 95,63 message< 41,12 appel+ 24,26 fete+ 18,43 Telephon+ 94,25 boite+ 40,21 Dejeuner+ 24,08 cool+ 18,43 Appel+er 90,18 reveil+ 40,18 poste+ 23,91 dernier+ 18,39 Dimanche+ 75,1 nuit+ 40,06 larme+ 23,43 attendre. 17,96 Boulot+ 70,68 bonjour+ 38,27 Rappel+er 22,56 jacques 17,89 Dormir. 69,9 apres-midi+ 37,19 boss+er 22,41 mercredi+ 17,42 Samedi+ 68,59 partir. 36,9 nan+ 22,41 retour+ 17 Week-end+ 63,96 collegue+ 34,59 lettre+ 22,24 anniversaire+ 16,97 Journee+ 63,66 vendredi+ 34,46 Tele 22,24 joue+ 16,74 Travail< 55,06 rentr+er 34,1 Repondre. 22,18 chaine+ 16,56 Radio+ 53,82 arf 33,2 deuxieme+ 22,13 oncle+ 16,24 Lev+er 53,43 commenc+er 33,08 Tot 21,74 accueil+ 16,03 Aller. 51,7 dodo+ 32,85 Sommeil 21,66 perspective< 16,03 Mardi+ 49,9 agence+ 32,54 repos+er 21,66 loche 16,03 Chez 48,57 midi+ 31,95 Suppos+er 21,5 demenagement+ 16 Rendez-vous 48,55 prochain+ 31,62 Numero+ 21,22 mang+er 15,81 Prevoir. 48,34 reunion+ 31,27 Salaire+ 20,88 jusqu+ 15,81 Fatigu+ 47,75 mat+er 31,27 metro+ 19,52 theatre+ 15,69 Jeudi+ 46,98 fet+er 29,85 Remplac+er 19,48 arriv+er 15,55 Hier 46,04 couche+ 29,7 fichu+ 19,48 envo+yer 15,4 Cours 45,44 concert+ 29,37 Je 19,41 humeur+ 15,16 Demain 45,44 soiree+ 28,57 Cine 19,35 eleve+ 15,16 Nouvel+ 43,92 conge+ 28,31 Puis 19,02

Les espaces qui sont ici décrits sont systématiquement des espaces du public : l’espace du travail, de l’emploi occupé ou alors des études suivies, ainsi que des activités sociales dans leur ensemble. Nous pouvons remarquer d’une part la présence du « travail » ou des « cours », marqués par les événements que sont les « rendez-vous », les « réunions » ou les « partiels ». D’autre part on peut noter la présence d’activités collectives de loisirs, les « fêtes », les « congés », les « cinés » ou les « anniversaires ». Dans tous les cas, nous voyons que nous sommes assez nettement dans un espace du public proprement non intime. Les relations y sont déterminées par le cadre de l’exercice comme le montre la principale figure de sociabilité évoquée, celle du « collègue ».
Alors que dans la classe 2, l’espace était un espace du familier, un espace approprié, il est ici normalisé, en particulier par le jeu des horaires et des dates. Une opposition est réalisée entre la « semaine » et le « week-end », les moments de la journée sont mis en rapport avec l’activité de travail, on y parle de « lever » et de « coucher ».
Cette opposition entre les classes 2 et 3 apparaît également assez nettement dans le tableau III. Nous pouvons remarquer dans le cas de la classe 3 la très nette présence de la catégorie « mois et jours », ainsi que, dans une moindre mesure, celle des « époques/mesures ». Il est possible de mettre en évidence une première opposition en termes de rapport à l’espace/rapport au temps. Néanmoins l’opposition entre deux registres semble plus pertinente : un régime du familier et un régime du public. Alors que dans la classe 2, l’intelligibilité du monde passait par une référence au familier, à l’appropriation privée (le quartier n’existe pas d’une façon unique pour l’ensemble de ceux qui le parcourent), dans ce registre particulier du public il existe, au contraire, des dispositifs permettant la commune intelligibilité. La référence au temps en est un parfait exemple puisque la référence aux jours ou aux heures est universellement intelligible. De ce fait l’existence d’horaires illustre bien un dispositif du public ayant pour objet – au même titre qu’un règlement – de réduire les tensions liées à l’incertitude, et d’aménager le travail.
L’espace du diarisme
La classe 4 regroupe près de 14,5% des u.c.e. classées. De façon très évidente y est décrit l’espace du diarisme, qui renvoie à la fois au retour sur l’activité d’écriture et de lecture (première dimension), mais aussi à sa dimension institutionnelle (deuxième dimension). C’est ce que montre l’examen des formes représentatives :

Tableau VI
Formes représentatives de la classe 4
Agrandir l'image FORME	KHI2	FORME	KHI2	FORME	KHI2	FOR...
FORME KHI2 FORME KHI2 FORME KHI2 FORME KHI2 journa+l 351,29 virtu+el 59,55 Lis 35,81 Relire. 21,68 site+ 214,15 lecture+ 58,88 Pratique+ 35,02 Ici 21,53 ecrire. 210,64 idealis+me 58,25 particip+er 34,97 regulier+ 20,8 lire+ 200,16 debat+ 57,92 page+ 34,78 Bre+f 20,77 diarist+ 181,82 Mail 55,15 actuellement 33,34 conseil< 19,33 forum+ 175,02 vote+ 53,58 Humour+ 31,79 rapport+ 18,83 CEV 136,97 commentaire+ 52,53 Interess+er 31,72 choisi+ 18,83 blog+ 100,59 Lien+ 49,03 Formulaire+ 29,74 engag+er 18,5 critiqu+er 98,8 marr+er 47,62 Camp+ 29,37 inscrit+ 18,49 lecteur+ 95,69 evolu+er 47,62 verifi+er 29,37 Ligne+ 17,47 Avis 90,55 Communaut< 46,45 Insult+e 29,37 Gros+ 17,17 intim+e 82,94 Remarqu+er 45,52 Courant+ 29,27 Faute+ 16,9 polit+16 75,46 Pen 40,57 Detest+er 27,31 Ame+ 16,5 mail+ 71,88 Adresse+ 40,04 Quelque-chose 25,6 nombre+ 16,5 lire. 66,45 Ecriture+ 38,62 Savoir+ 24,84 Tour+ 15,62 roman+ 66,42 livre+ 37,32 defi+ 23,86 Chirac 15,03 ecrit< 65,32 entree+ 36,33 Recu+ 23,44 construct+ion 15,03 auteur+ 64,18 Paragraphe+ 35,83 mot+ 23,02 truc+ 15,01 sujet+ 62,28 man+ 35,83 opinion+ 21,68 Hont+e 14,76

La première dimension est celle de la pratique du diarisme, comme le signalent les cinq formes les plus représentatives ; elles désignent le support qu’est le « journal »/« site », l’acteur qu’est le « diariste ».et les deux principaux versants de l’activité diaristique : le fait d’« écrire » d’une part et de « lire » d’autre part.
La seconde dimension correspond à l’aspect collectif de l’activité. En effet, nous ne pouvons saisir l’essence de celle-ci en conservant uniquement une focale individuelle : les diaristes se lisent les uns les autres, et échangent aussi bien entre eux qu’avec leurs lecteurs. Ces échanges consistent en des lectures croisées et des correspondances (« mails » entre autres, puisque la quasi-totalité des diaristes propose une adresse où il est possible de leur écrire, des appels en ce sens étant d’ailleurs souvent faits aux lecteurs), qui sont permises par un ensemble de dispositifs. Au niveau du site tout d’abord, puisque nombre d’entre eux présentent un système de « commentaires » ou de livres d’or, qui permettent au lecteur de se rendre présent au diariste et aux autres lecteurs. Le système des commentaires, incorporé dans un certain nombre de journaux intimes et sur la quasi-totalité de ceux qui prennent la forme de blogs, consiste à mettre en place une forme de forum à la fin de chaque entrée où chacun peut donner son « avis », « critiquer », etc., ces interventions étant consultables par tous. Cet échange ne se réalise pas seulement au niveau du site mais aussi grâce à des logiciels de messagerie instantanée, ou par le chat sur des canaux IRC (c’est le cas en particulier de nombreux bloggers).
Il existe cependant une forme plus institutionnalisée de ces échanges, en particulier en ce qui concerne les échanges entre diaristes. Au niveau francophone, il existe un « anneau » ou web-ring qui a pour vocation de recenser les journaux intimes francophones : la « CEV » ou Communauté des Écrits Virtuels. [6] Ce regroupement recense, à la fin du mois de mai 2003, 165 journaux intimes en ligne. [7] Pour y être recensé, un journal doit répondre aux critères de la charte [8], et être approuvé à la majorité par un ensemble de membres volontaires jugeant de la conformité à ces critères. Ce site propose à la fois un forum et un chat, où interviennent les diaristes ou les lecteurs. Il existe d’autres lieux d’échanges et d’interventions institutionnalisés. Ainsi le « forum underground » [9] se propose comme une alternative au forum de la CEV, tout en étant fréquenté essentiellement par des diaristes inscrits à la CEV. La coexistence de ces deux espaces trouve son sens dans l’accusation prononcée à l’encontre de la CEV de ne pas être représentative de l’ensemble des diaristes et des journaux. La création d’un nouveau regroupement [10] y est ainsi annoncée.
Il est difficile de parler d’une communauté des diaristes même s’il existe des dispositifs visant à la faire exister comme telle. La dimension communautaire existe plutôt à l’occasion de la sédimentation d’échanges ponctuels, basés sur des logiques affinitaires, grâce à l’échange de liens hypertextes, des références d’un journal à l’autre, des discussions régulières par mail, par chat ou messagerie instantanée, ainsi que dans des forums. L’interprétation des conflits récurrents rend nécessaire de relativiser la systématicité de l’homogénéité sociale affirmée en introduction. Néanmoins, ces conflits sont peut-être davantage la conséquence de phénomènes de « relocalisation ».
Madeleine Pastinelli insiste sur le rôle joué par ces phénomènes dans les conversations électroniques sur les canaux de chat. Pour elle, « la démarche des internautes ne vise pas tant la rencontre des autres, que la mise en place de la possibilité de les rencontrer » (Pastinelli, 1999, p. 57). Un tel constat s’applique également aux journaux intimes en ligne, en particulier lorsqu’on se place dans le cadre institutionnel des aspirations communautaires. L’établissement de sociabilités virtuelles rend nécessaire la mobilisation de ressources identitaires larges, et la « délocalisation virtuelle » a pour corollaire une relocalisation symbolique qui, dans l’espace des journaux intimes en ligne de la même façon que dans les canaux de chat francophones étudiés par Madeleine Pastinelli, se structure autour de l’opposition français/québécois. Nombre de diaristes considèrent ainsi la création de la RDJ comme l’expression de la bipolarité du diarisme francophone avec d’un côté les diaristes québécois (la CEV) et de l’autre les diaristes français (la RDJ).
Ce que nous voyons apparaître ainsi est l’existence de dispositifs techniques (courrier électronique, livres d’or, discussion via des messageries instantanées, chats, etc., et de manière générale publication anonymisée sur le site du diariste) ayant vocation à réaliser un agrandissement du cadre intime vers un niveau public. [11] De ce point de vue, il est intéressant de noter la présence, parmi les formes représentatives de la classe 4, de catégories civiques et politiques. Cette présence s’explique dans le cas des journaux français par le contexte de l’élection présidentielle, et de l’après-élection : c’est ainsi que l’on parle de « vote », de « Chirac » ou de « Le Pen ». Cette présence est particulièrement intéressante car elle souligne un parallèle possible entre les deux thématiques qui correspondent toutes deux à l’existence de dispositifs institutionnels visant à permettre l’expression publique d’ « avis » et d’ « opinions » conçus comme intimes.
Nous voyons ainsi se dessiner une opposition entre deux régimes du public. Alors que celui décrit par la classe 3 est permis par une normalisation des rapports, ici au contraire cet agrandissement public a pour corollaire une individualisation, i.e. les individus sont présents au public de la même façon que dans les dispositifs politiques et, à l’inverse des logiques de la classe 3, à travers la singularité de leurs situations et de leurs opinions. Cette affirmation d’une singularité intime nous renvoie à la réalisation de la consistance de la personne.
Finalement, il importe d’avoir à l’esprit que si un diariste écrit avant tout pour lui-même, le journal est aussi un moyen d’ouvrir un dialogue tant avec le lecteur qu’avec d’autres diaristes. C’est ainsi que, se posant à lui-même la question de « pourquoi écrire un journal ? », un diariste apporte cette réponse :
« Par pur narcissisme. Plus précisément, j’ai envie d’avoir un rapport avec un public, à ma toute petite échelle. Je ne crois pas être si beau, intelligent, culturé ou représentatif qu’il faille absolument que je me montre à tout le monde. Mais j’ai envie de m’exposer, de dire à quelqu’un, j’ai envie d’un échange. A plusieurs reprises déjà, l’écriture m’a fait passer des étapes, de maturité, de compréhension de ma propre vie et de ce qui l’entoure. »
(Diariste homme, 26 ans, mai 2001)
On voit ici le lien fort qui unit la question du travail sur soi (« passer des étapes ») et le « rapport à un public », « l’échange ». C’est ce rapport entre d’une part les dimensions intimes ou, au contraire, « extimes » (nous désignerons par ce terme le caractère d’objets qui n’engagent pas l’intimité de la personne), et d’autre part les dimensions familières ou publiques, que nous allons tenter d’élucider.
 
Les registres de l’intime
 
 
Laurent Thévenot souligne la difficulté qui existe à analyser la diversité des espaces de l’engagement à travers un ensemble d’oppositions classiques : « des personnes agissant en société doivent tenir compte de modes fort variés du rapport au monde, humain ou non, afin de se situer ou de situer les autres, depuis des régimes orientés vers l’intime et le proche jusqu’à ceux qui se soumettent au public. Cette pluralité des régimes ne peut être convenablement appréhendée dans les oppositions binaires entre public et privé ou entre collectif et individuel » (Thévenot, 2000, p. 217). Cette remarque a une forte portée heuristique lorsque l’on s’intéresse aux journaux intimes. Nous avons pu voir que les espaces d’engagement mis en scène à travers le journal intime renvoyaient à un ensemble de focales allant de l’espace du proche le plus étroit (celui de l’intériorité que décrit la classe 1) au public le plus anonymisé, le plus « extime » (celui que décrit la classe 3, qui ne se rapporte qu’à des régimes de l’action marqués, dont la publicité et l’intelligibilité reposent sur l’obéissance à des normes et en particulier à des normes temporelles), et cela sans que la tension puisse être épuisée dans l’opposition proche/public [12] puisque nous pouvons distinguer des formes intimes ou « extimes » du proche comme du public. L’aspect le plus marquant de ce récit de soi en ligne est évidemment la façon dont des postures et des récits très intimes s’accommodent de leur dimension publique.
L’agrandissement de l’intime
La question qui se pose ici est de savoir quels rapports entretiennent ces dimensions intimes et publiques. On peut de ce point de vue interroger la rupture qu’introduit la mise en ligne du journal. [13] Que produit ou permet la présence d’un public ? Une diariste expose ainsi le rôle joué par le regard du lecteur sur son journal :
« Ces 6 jours d’absence m’ont fait réaliser à quel point l’écriture et le contact avec mes lecteurs était nécessaire à mon équilibre ! En venant ici, j’ai l’impression de regonfler mon ego, d’accoucher de sentiments et de réflexions qui n’arrivent pas à affleurer à mon esprit lorsque je ne les couche pas sur le papier. En voyant les lignes défiler, les mots s’accumuler j’ai le curieux sentiment de tenir entre mes mains une matière tangible, que j’arrive à modeler selon mon bon vouloir alors que dans la vie réelle les idées s’envolent, l’une chassant l’autre, dans un grand sentiment de vide intérieur. Je sais que j’aurais réellement progressé lorsque je ne serai plus tributaire du regard des autres pour juger de ma valeur. J’ai constamment besoin d’un référent pour savoir ce que je vaux: écrire ici devant ces yeux inconnus en quête d’une quelconque reconnaissance est symptomatique de ce travers. »
(Diariste femme, la trentaine, septembre 2002)
Cette métaphore du jugement est assez révélatrice. Luc Boltanski souligne le fait que tout exercice biographique revêt le caractère d’une épreuve en justice : « demander à quelqu’un de livrer sa biographie consiste bien, non seulement à lui demander un rapport sur sa vie, mais aussi, plus précisément à le soumettre à une épreuve en justice » (Boltanski, 1990, p. 129). Le caractère public du journal est le moyen de cette épreuve, au même titre que l’est l’édition pour une autobiographie.
Le rapport qui existe entre le diariste et son lecteur est un rapport d’intimité. Cette assertion peut paraître paradoxale : le journal n’est pas intime au sens où le diariste serait seul avec lui-même, que son entreprise serait privée, mais au sens où le registre de la relation est un registre de l’intimité. Un diariste peut être amené à narrer, à travers son journal, des événements douloureux, parfois même traumatisants, comme la disparition d’un proche, et ceci d’une façon dont il lui a été impossible de parler avec quiconque. Une diariste fait ainsi cet aveu dans son journal :
« […] je sais très bien que si j’ai commencé ce journal c’était, inconsciemment, pour parler de ma sÅ“ur. Voilà deux ans qu’elle est décédée, après une longue agonie, et ça c’est le plus grand malheur de ma vie. »
(Diariste femme, 18 ans, janvier 2003)
Suit alors, au fil de six entrées successives, étalées sur une semaine, le récit détaillé de cette agonie qui a duré quatre ans. Deux semaines plus tard, elle réalise une nouvelle entrée où elle revient sur les réactions de ses lecteurs à ces entrées :
« […] tous les jours, je pleurais ma sÅ“ur et j’avais une trentaine de mails quotidiens dans ma boîte aux lettres. Des mails si gentils que parfois j’en avais les larmes aux yeux, des qui me disaient merci en trois mots, des qui m’encourageaient, des qui étaient si longs qu’il me fallait dix minutes pour les lire (et encore plus pour y répondre). Je n’aurais jamais cru ça, en commençant… »
Ce cas de figure se retrouve dans de nombreux autres journaux En effet lorsqu’un diariste a vécu une période difficile et qu’il l’a narré dans son journal, il adresse souvent un remerciement aux personnes qui lui ont écrit, pour des encouragements ou des avis qui lui ont été donnés. Julia Velkovska s’intéresse, dans le cadre des chats, au lien paradoxal qui existe entre ce registre de l’intime et le caractère anonyme qui caractérise les interactions électroniques, à ce qu’elle désigne comme l’« intimité anonyme ». Elle note ainsi que « la construction de l’autre dans l’espace du média est extrêmement générale et anonyme. En même temps, cet autre fait partie du quotidien, on converse tous les jours avec lui et l’on passe ensemble des heures sur le réseau. Avec les médias électroniques, il devient possible de vivre dans un monde à la fois d’abstraction et de proximité. Les relations électroniques y apparaissent à la fois familières et distantes, intimes et anonymes » (Velkovska, 2002, p. 212). L’auteur reprend à ce titre les réflexions réalisées par Simmel sur la figure de l’étranger. Pour ce dernier la combinaison étrange de proximité et de distance se résout dans la notion d’« objectivité ». Il note ainsi : « parce que [l’étranger] n’a pas de racines dans les particularismes et les partialités du groupe, il s’en tient à l’écart avec l’attitude spécifique de l’objectivité, qui n’indique pas le détachement ou le désintérêt, mais résulte plutôt de la combinaison particulière de la proximité et de la distance, de l’attention et de l’indifférence. […] Cette combinaison de proximité et de distance trouve son expression pratique dans la nature plus abstraite du rapport que nous pouvons avoir avec lui » (Simmel, 1908, pp. 55-56). Cette figure de l’étranger souligne l’ambiguïté de la relation diariste/lecteur ou diariste/diariste. [14] Pour le diariste cette personne est à la fois quelqu’un d’extérieur, d’inatteignable, et simultanément quelqu’un qui partage des valeurs (valeurs qu’un diariste me décrit en disant « le pacte de lecture c’est une lecture sympathique »), que l’on côtoie quotidiennement par des conversations électroniques, dans le cadre de messages laissés sur un livre d’or, la fréquentation de forums communs… Ainsi, une diariste qui a décliné à plusieurs reprises des invitations à rencontrer physiquement des diaristes avec qui elle a pourtant beaucoup de plaisir à discuter, me donne l’explication suivante : « en réponse courte je peux dire que j’ai pas envie de rendre mes lecteurs inconnus “connus” ». C’est l’enjeu de l’anonymat et des dispositifs de discussion que de permettre cette « objectivité » de l’« étranger ». [15]
La tension entre les régimes de maintien de la personne
Cette ambiguïté des oppositions intime/« extime » et proche/public peut être explicitée à travers une représentation de l’analyse proposée par le logiciel Alceste sous forme d’une analyse factorielle de correspondances (fig. 1).
Figure 1
Analyse factorielle de correspondances
Agrandir l'image Analyse factorielle de correspondances
L’AFC fait bien ressortir le paradoxe de l’activité d’écriture, qui est d’essence intime et qui est l’objet d’un agrandissement public. Nous voyons apparaître ici la double dimension des classes isolées par l’analyse. Elles sont des « mondes lexicaux », c’est-à-dire des ensembles de récits thématisés qui nous permettent d’identifier des thèmes du récit et, dans une certaine mesure, de les quantifier à l’échelle du corpus analysé.
Cependant les classes constituent aussi des « mondes sociaux », c’est-à-dire une cartographie des régimes de l’action parmi lesquels est représenté l’espace du diarisme. Cette représentation permet ainsi de deviner les tensions engageant la compatibilité de ces régimes, et en particulier les cadres de maintien de la personne. Nous avons vu comment l’agrandissement de l’intime à un niveau public rendait nécessaire des dispositifs spécifiques garantissant l’« objectivité » de l’interlocuteur. À l’inverse, l’absence de dispositifs de médiation rend problématique le mélange des cadres. C’est ce que nous pouvons observer lorsque le journal est « découvert » par un proche. Une diariste réagit ainsi lorsqu’un proche lui écrit pour lui dire qu’il a lu son journal :
« Ça m’a fait un drôle de sentiment, d’apprendre qu’il m’avait lue, comme si on m’avait aspiré une partie de moi… Enfin, pas comme si on m’avait volé quelque chose, non, plutôt comme si on m’avait passé au scanner sans me prévenir, ou comme si on avait fait une copie de mes disques durs internes et qu’on l’avait analysée en détail (je lis de la SF en ce moment, veuillez m’excuser). Vraiment une drôle d’impression. Globalement extrêmement désagréable. L’impression que j’ai en face de moi des lunettes noires des RG, qui savent tout sur vous… »
(Diariste femme, 23 ans, novembre 2002)
Cette description de la découverte du journal souligne la difficulté que pose la confrontation d’un régime du proche amical, qui est celui des interactions de sociabilité quotidiennes, et un régime de l’intime propre au diarisme. La découverte du journal constitue une épreuve et introduit une tension forte qui remet en cause la consistance de la personne, la cohérence de son identité.
La pratique du journal intime ne peut être analysée et comprise à travers la seule thématique de la présentation de soi. Cette pratique engage des questionnements sur la multiplicité des engagements de la personne et leur compatibilité. Tenir un journal intime est souvent l’occasion de conduire un travail sur soi. La puissance de ce type d’écriture fait qu’écrire son journal et en réaliser une publication conduit à s’écrire soi-même, à travailler cette « consistance de la personne » que nous avons évoquée. La projection d’une « identité narrative » et sa validation dans un contexte de lecture publique aménagée est un des aspects marquants de cette pratique.
Mettre en évidence la pluralité des mondes lexicaux et, par là, des mondes sociaux servant de cadre à l’action permet, a contrario, de penser les conditions de l’effacement d’un certain nombre d’oppositions et de mettre en défaut l’apparence schizophrénique d’une pratique qui se veut à la fois intime et publique. De la même façon que la présence physique en société rend nécessaire un aller-retour entre des régimes du public et du proche sous-tendu par des dispositifs de normalisation (ce que décrit l’axe 2 de l’AFC, dans la partie « extime » du graphique), la publicisation de l’intimité (décrite par l’axe 2, dans sa partie « intime ») procède de la mobilisation de dispositifs techniques garantissant le secret et surtout l’« étrangeté » dans la relation.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BEAUDOUIN (V.), LICOPPE (C.), 2003. « La construction électronique du social : Les sites personnels – L’exemple de la musique », Réseaux, (à paraître).
·  BENZÉCRI (J.-P.), 1973. L’Analyse des données, Dunod, Paris.
·  BOLTANSKI (L.), 1990. L’Amour et la justice comme compétences – Trois essais de sociologie de l’action, Métailié, Paris.
·  BOURDIEU (P.), DARBEL (A.), 1969. L’Amour de l’art, Éditions de Minuit, Paris.
·  EHRENBERG (A.), 1998. La Fatigue d’être soi, Odile Jacob, Paris.
·  GRACQ (J.), 1985, La Forme d’une ville, Corti, Paris.
·  LEJEUNE (P.), 1990. « Cher cahier… » – Témoignages sur le journal personnel, Gallimard, Paris.
·  LEJEUNE (P.), 2000. « Cher écran… » – Journal personnel, ordinateur, Internet, Seuil, Paris.
·  PASTINELLI (M.), 1996. « Ethnographie d’une délocalisation virtuelle – Le rapport à l’espace des internautes dans les canaux de “chat” », Réseaux, 93, pp. 41-60.
·  REINERT (M.), 1993. « Les “mondes lexicaux” et leur “logique” à travers l’analyse statistique d’un corpus de récits de cauchemars », Langage et société, 26, pp. 4-39.
·  RICŒUR (P.), 1990. Soi-même comme un autre, Seuil, Paris.
·  SIMMEL (G.), 1908. « Digressions sur l’étranger », in GRAFMEYER (Y.), JOSEPH (I.), L’École de Chicago – Naissance de l’écologie urbaine, Aubier, Paris.
·  THÉVENOT (L.), 1994. « Le régime de familiarité – Des choses en personne », Genèses, 17, pp. 72-101.
·  THÉVENOT (L.), 2000. « L’action comme engagement » in BARBIER (J.-M.) (Ed.), L’Analyse de la singularité de l’action, PUF, Paris.
·  VELKOVSKA (J.), 2002. « L’intimité anonyme dans les conversations électroniques sur les webchats », Sociologie du travail, 44, pp. 193-213.
 
NOTES
 
[1]Il est à noter cependant qu’il existe quelques très rares journaux dont les auteurs ont délibérément fait le choix de ne rien dissimuler de leur identité.
[2]Certains journaux en ligne se présentent davantage comme des journaux d’opinions : si l’auteur s’y met également en scène, le vecteur du journal réside davantage dans les prises de positions que dans la narration d’une intimité.
[3]L’appellation « blog » est une contraction de « weblog », et désigne de manière très large un ensemble assez hétéroclite composé de chroniques datées (qui peuvent avoir une forme narrative ou plus généralement être des revues d’opinion) ou de liens hypertextes. Les personnes qui tiennent des blogs sont appelées bloggers. Souvent l’appellation de blog renvoie à la forme même du site, le genre du blog devant beaucoup de son essor à l’apparition de systèmes de publication automatisés, à l’instar de Blogger (http://www.blogger.com), qui facilitent grandement le travail de création du site. Les posts (qui sont l’équivalent des « entrées » pour les journaux intimes, à savoir les mises à jours successives et datées du texte en ligne) sont beaucoup plus courts, plus allusifs et ne renvoient que pour une minorité d’entre eux à un récit de soi. Ils présentent davantage des prises de position, des extraits d’articles, des photos ou des liens hypertextes. Seule une petite partie d’entre eux peut être couverte par la définition du journal intime qui est la nôtre dans cette enquête.
[4]Les u.c.e., ou « unités caractéristiques élémentaires » constituent l’unité d’analyse considérée comme pertinente. Elles correspondent au résultat du découpage du texte par le logiciel (pour l’essentiel selon la ponctuation de celui-ci). Sur 5 511 u.c.e., 3 492 ont été classées, soit un peu plus de 71,5% de l’ensemble. Il convient de noter que les formes présentées par les tableaux sont le résultat de la lemmatisation et ainsi correspondent, lorsqu’un signe « + » ou « < » est accolé au mot, à un ensemble de mots ou d’adjectifs ayant une racine commune. Ainsi « amour+ » renvoie à « amour », « amours », « amoureux », « amoureuse » et « amoureuses » ; « aimer+ » recouvre toutes les formes conjuguées du verbe présentes dans le corpus.
[5]De manière générale, les classes proposées par l’analyse ne permettent pas un classement des journaux. Si certains sont davantage associés à une classe ou à une autre, aucun ne peut être réduit à une classe ou une autre. Le classement propose bien plus une exposition de quatre thèmes principaux qu’aborde l’ensemble des journaux.
[6]La CEV : http://www.lacev.com
[7]Il est très difficile de réaliser une comptabilité exacte des journaux intimes, du fait des diverses formes de référencement de ces journaux, et de l’identification comme tel d’un journal intime. Nombre de journaux revêtent la forme d’un journal intime sans que l’auteur en accepte forcément l’appellation.
[8]La charte peut être consultée à : http://www.lacev.com/inscription.asp
[9]Depuis le début de l’enquête ce forum a disparu, les diaristes les plus actifs du forum ayant depuis fondé un nouveau regroupement, la Règle du Je ou plus simplement RDJ (http://www.laregleduje.net), qui possède son propre forum et héberge une soixantaine de journaux.
[10]Qui a finalement pris forme à travers la Règle du Je.
[11]Christian Liccope et Valérie Beaudouin (Beaudouin, Liccope, 2003) soulignent le rôle joué par des dispositifs techniques (logiciels de comptage ou outils de mise en relation) dans le formatage de la relation entre les créateurs de site et leur public, assurant en particulier la présence du public au créateur dans la réalisation du site.
[12]Cette opposition reste néanmoins pertinente à l’inverse de l’opposition classique privé/public qui suppose l’incompatibilité des deux notions, incompatibilité mise en défaut ici dans la mesure où la publicité du site repose sur des stratégies de privatisation de l’information, dont les stratégies de l’anonymat sont les plus marquantes.
[13]Il convient cependant de souligner le caractère artificiel de cette rupture : la rédaction d’un journal intime en ligne ne revient pas à la mise en ligne d’un journal traditionnel, mais constitue un genre en soi.
[14]Cette distinction n’est souvent pas pertinente puisque les lecteurs sont souvent, et parfois systématiquement, diaristes eux-mêmes.
[15]Il convient de noter l’un des effets pervers de cet anonymat : s’ils permettent de garantir à l’auteur du journal que le lecteur possède les propriétés de l’« étranger », le lecteur n’est jamais certain de l’authenticité de l’identité présentée par l’auteur. Néanmoins les « faux journaux » sont très rares, et dans nombre de cas les travestissements d’identité (par exemple une femme qui se présente comme un homme dans son journal) correspondent à des stratégies sophistiquées du secret, garantissant l’anonymat du diariste, alors même que les expériences décrites sont quant à elles strictement authentiques, le travestissement permettant une mise à distance supplémentaire de ces expériences.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Il est à noter cependant qu’il existe quelques très rares j...
[suite] Suite de la note...
[2]
Certains journaux en ligne se présentent davantage comme de...
[suite] Suite de la note...
[3]
L’appellation « blog » est une contraction de « weblog », e...
[suite] Suite de la note...
[4]
Les u.c.e., ou « unités caractéristiques élémentaires » con...
[suite] Suite de la note...
[5]
De manière générale, les classes proposées par l’analyse ne...
[suite] Suite de la note...
[6]
La CEV : http://www.lacev.com Suite de la note...
[7]
Il est très difficile de réaliser une comptabilité exacte d...
[suite] Suite de la note...
[8]
La charte peut être consultée à : http://www.lacev.com/insc...
[suite] Suite de la note...
[9]
Depuis le début de l’enquête ce forum a disparu, les diaris...
[suite] Suite de la note...
[10]
Qui a finalement pris forme à travers la Règle du Je. Suite de la note...
[11]
Christian Liccope et Valérie Beaudouin (Beaudouin, Liccope,...
[suite] Suite de la note...
[12]
Cette opposition reste néanmoins pertinente à l’inverse de ...
[suite] Suite de la note...
[13]
Il convient cependant de souligner le caractère artificiel ...
[suite] Suite de la note...
[14]
Cette distinction n’est souvent pas pertinente puisque les ...
[suite] Suite de la note...
[15]
Il convient de noter l’un des effets pervers de cet anonyma...
[suite] Suite de la note...
Analyse factorielle de correspondances