2001
THÉRAPIE FAMILIALE
L’exclusion est une maltraitance
Clinique des adolescents difficiles
Roland Coenen
[*]
Le présent article vise à
démontrer que l’exclusion d’une institution de placement ou de traitement est une maltraitance. Qu’elle
soit exercée sous la forme d’un renvoi disciplinaire, d’une fin de contrat non renouvelé, ou d’une demande
de sanction adressée au juge ou au conseiller d’aide à la jeunesse, l’exclusion est toujours destructrice.
Cherchant à analyser pourquoi cette forme particulière de rejet existe, le présent exercice tentera également de prouver que le refus du renvoi, de l’exclusion, est par contre un brillant outil thérapeutique à
moyen et long terme. Si le renvoi est destructeur, le postulat de non-renvoi, associé à une réflexion active,
est, en revanche, créateur.Mots-clés :
Syndrome de fermeture, Adolescent non-compliant1, Catégories de valeurs hiérarchisées.
This article attemps to demonstrate
that the exclusion of a teenager from a placing or a treatment center is a mistreatment. In the same way, the
author argues that the non-exclusion theoretical position is an intelligent therapeutic tool. Who are the difficult adolescents? Mainly uncompliant adolescents, undemanding teenagers from undemanding families.
Now, it is precisely the lack of understanding of the specific undemanding mechanism which is the basis
of educational or therapeutic failures. The author introduces the new concept of « closure syndrome» to
describe a psychic state where mental processes which are to sustain a spontaneous demand have not yet
matured. In fact, a real demand can only occur in the exchange relationship model, which is also called
reciprocal relationship. But, to enter into a reciprocal relationship, mental patterns are needed: self esteem,
confidence in others, is an absolute pre-requisite. If you haven’t the idea that you could be loved, if you are
not sure that the others are able to love generously, you cannot commit yourself to an exchange relationship, and, of course, a helping relationship. In this way, the non-exclusion theoretical position offers the
first step to create a helping relationship: security.
Given this essential basis, the closure syndrome therapy consists of – firstly – making a massive alliance
with the adolescent process itself: integrating a satisfying self-image – and secondly: in making a positive
alliance with the deficient parent in order to help him to emotional parental maturity which can then lead
to the acheivement of the child’s educationnal program.Keywords :
Closure syndrome, Uncompliant adolescent, Hierachized values categories.
Este artículo
pretende demostrar que la exclusión, la expulsión de adolescentes de un centro de acojida o de tratamiento
es un maltrato. En el mismo sentido, el autor argumenta que la posición teórica de no praticar la expulsión
es un instrumento terapeútico muy útil. ¿Quiénes son estos adolescentes difíciles? Sobre todo adolescentes que no son capaces de entender ni adherirse al tratamiento propuesto, ni de solicitar ayuda, y que
proceden de famílias que tampoco la solicitan.
Ahora bien, es la incomprensión del mecanismo específico de la falta de solicitud de ayuda lo que constituye el origen de los fracasos pedagógicos y terapeúticos. El autor introduce el nuevo concepto de « síndrome de cierre» para describir el estado psíquico en el cual los procesos mentales que sostienen la emergencia de la solicitud de ayuda todavía no han madurado. De hecho, no puede aparecer una auténtica
solicitud de ayuda salvo en el marco de una relación de intercambio, de una relación recíproca. Pero, la
capacidad de abordar un relación recíproca requiere algunos procesos mentales como el amor a sí mismo y
la confianza en el prójimo. Si una persona no crée que puede ser querida, si no está segura de que los
demás pueden amar, entonces no puede implicarse en una relación de intercambio ni – con mayor motivo
– una relación de ayuda.
En este contexto, la posición teórica de no practicar la expulsión constituye el primer paso hacia una relación de ayuda restaurada que fomente el sentimento de seguridad. Cuando está superada esta etapa, la
terapía del síndrome de cierre consiste en – primero – desarrollar una alianza total con el proceso propio a
la adolescencia: la intergración de una imagen de sí mismo gratificante y – segundo – una alianza positiva
con el padre o madre con carencias emocionales y educativas con el propósito de ayudarle a madurar sus
emociónes familiares, las cuales pueden favorecer la finalización del proceso de desarrollo del niño.Palabras claves :
Síndrome de cierre, Adolescente incapaz de entender ni adherirse al tratamiento pro- puesto, Categorías de valores jerarquizadas.
Situé à Bruxelles, subventionné par la Communauté Française de Belgique, le
Tamaris accueille des adolescents au parcours difficile, issus pour la plupart d’expériences de vie extrêmement chaotiques. En dix années de recherche éducative, les
professionnels de l’institution se sont progressivement orientés vers une position
militante à l’encontre du renvoi disciplinaire des adolescents placés. Cette position
s’est assortie d’une création théorique qui a été construite avec le temps. Si des
essais et erreurs ont forcément émaillé nos tâtonnements, il faut observer que depuis
six ans environ, le renvoi n’est plus exercé dans l’institution qui, pourtant, gère des
personnalités considérées comme difficiles. D’autre part, les réussites sociales et
thérapeutiques réalisées auprès de jeunes maintes fois exclus d’autres institutions
tendent à démontrer, avec le recul, que c’est bien la position de non-renvoi qui fut la
base et le départ de toutes les constructions ultérieures.
1. Définition d’adolescent difficile
Il est compliqué de définir la lourdeur et la difficulté. Cette complication tient, en
grande partie, à la subjectivité de l’expérience. En effet, il est notoire qu’une chose
difficile ne le sera pas forcément pour le voisin, lequel ne réussira pas plus des entreprises qui nous paraîtront, à nous, très évidentes. Prenant cela en compte, et veillant
à ne pas stigmatiser les adolescents par des étiquettes qui compromettraient gravement leur image, les professionnels de tous bords ont toujours hésité à donner une
définition claire de l’adolescent difficile. Pourtant, quels que furent les colloques et
les groupes de réflexion sur le sujet, l’interdit de définition clinique a permis à ce
vocable peu élogieux de faire belle carrière. Répondant à la nécessité de savoir de
quoi on parle, « l’adolescent difficile » est devenu un concept pratique qui permet de
croire qu’on sait de qui on parle. Or, qu’en est-il ?
Si les raisons d’être difficile sont différentes pour chacun, une chose semble
cependant mettre les intervenants d’accord : certains suivis se ressemblent par leur
lourdeur et l’absence apparente de moyens éducatifs et thérapeutiques opérants.
C’est la raison pour laquelle, d’aucuns ont préféré parler de suivi difficile plutôt que
d’adolescent difficile. Cet éclairage permet de mieux poser la question : quand un
suivi devient-il difficile pour les intervenants ? La réponse est simple : quand nos
connaissances, nos tentatives habituelles sont disqualifiées tant par l’immédiateté et
la violence des comportements que par la fermeture qui nous est opposée. En
somme, l’adolescent difficile est d’abord celui qui nous met en échec.
Si, à nouveau, la subjectivité intervient – tout le monde n’est pas en échec face
aux mêmes choses – il faut reconnaître qu’il existe des adolescents vis-à-vis desquels la formation, le talent, l’intelligence de l’intervention sont toujours mis en
péril. Dès lors, cette constatation rejoint la norme objective : il existe bel et bien une
catégorie de personnalités qui rend les suivis ardus pour tout le monde. Et c’est cette
catégorie qui, faute de pouvoir se donner un contenu précis et détaillé, se rapproche
le mieux de ce que nous entendons par « adolescent difficile », c’est-à-dire celle qui
définit nos limites collectives, à savoir : les limites de la majorité d’entre nous, les
limites des structures officielles. L’adolescent difficile est avant tout un adolescent
difficile à aider.
2. Le syndrome de fermeture comme pierre angulaire de la difficulté
Or, si tous les adolescents difficiles sont différents, leur catégorisation devient
possible par leur point commun : notre mise en échec. Et cette mise en échec existe
parce que la personnalité qui s’enfonce dans le rapport complexe à autrui, celle qui
est malaisée à aider, est celle qui, principalement, n’est pas en demande. Voilà où se
situe notre vraie difficulté, celle qui fonde le concept d’adolescent difficile : la fermeture à la relation d’aide, l’impossiblilité à demander et à recevoir. L’adolescent
difficile est surtout un adolescent non-compliant.
Mal comprise, souvent considérée comme une preuve de mauvaise volonté, la
non-demande facilite un système de pensée qui légitime une réaction de rejet de la
part de l’adulte : « S’il en est là, c’est de sa faute !» Or, à force de se heurter au même
problème, il est devenu clair pour mes collègues et moi-même, que c’est précisément l’incompréhension de ce mécanisme de non-demande qui est la base de tous
nos échecs.
Les adolescents sans demande sont, par définition, ceux-là qui pensent qu’aucune
réponse valable ne peut leur être apportée par le monde des adultes. Cette perte de
confiance dans les modèles éducatifs que nous représentons s’étaye sur une perte
bien antérieure : celle de la croyance en un parent bon, nourricier et narcissisant. Or,
si chez certains adolescents, il s’agit bien d’une perte, il convient d’observer que
dans le cas des adolescents
borderline, il s’agit, de toute évidence, de la non-émer-gence des constructions mentales qui permettent d’investir de la confiance en
autrui
[2]. Autrement dit : ces personnalités « difficiles » traduisent un état de relation
parent-enfant carencée qui n’a pas permis de développer totalement le programme
d’adaptation à l’autre
[3]. La cause en est, principalement, la difficulté d’une relation
fiable, aimante, et contenante avec les parents.
Le syndrome de fermeture à la relation d’aide, tel que nous le conceptualisons,
est donc caractérisé par l’immaturité des processus mentaux qui permettent l’émergence d’une relation de type réciproque.
[4]
Pour bien comprendre ce point, il est nécessaire de réaliser que tout notre rapport
au monde et à autrui se fonde sur deux fonctions psychiques essentielles : la
conscience de notre propre existence et la capacité de traduire la réalité sous la
forme de représentations mentales opérantes. Si l’on n’a pas de soi l’image d’une
personne pouvant être aimée, si l’on n’a pas des autres l’idée qu’ils peuvent aimer
gratuitement et généreusement, on ne peut investir une relation de façon satisfaisante. Le syndrome de fermeture décrit dès lors, à la fois, une faille dans l’amour de
soi, et un système de représentations internes non encore arrivé à maturité
[5], qui
débouche sur une carence d’émotions positives.
Or, c’est bien de cela dont il est question lorsque l’on parle d’adolescent difficile : d’un syndrome de fermeture, d’un non-accès à la demande relationnelle, qui
déclenche la prééminence de l’acte destructeur sur le processus réparateur.
3. L’adolescence comme difficulté supplémentaire
Si l’enfant est capable de formuler des demandes, si l’adulte retrouve – parfois –
la capacité d’être aidé, l’adolescent sur ce plan est placé dans une contradiction :
celle de prouver sa force en montrant sa fragilité. Pour comprendre ce paradoxe, il
faut réaliser clairement l’importance de l’adolescence dans la construction de la personnalité. Arrivé à une époque où il est psychiquement et biologiquement mature, le
jeune humain est confronté à l’obligation de démontrer sa valeur au sein du groupe
auquel il veut appartenir. Cette confrontation est cruciale, car elle permet d’intégrer
un système de valeurs hiérarchisées qui va devenir opérant pour une bonne partie de
l’existence. En se comparant, l’adolescent teste – entre autres choses : sa capacité de
séduction, sa sexualité, sa force physique, son courage, sa ruse, son habileté, son
intelligence et ses talents de domination. Cette étape sert de base à la construction
des groupes adolescents, elle est préalable à l’intégration mentale d’une personnalité sociale, « d’une place dans le groupe imaginaire » qui permet de se situer, de
façon sereine ou angoissée, dans une hiérarchie de compétences.
Tous, nous apprenons ainsi à nous situer de façon gagnante ou perdante, selon
les registres. Nous apprenons si cette fille ou ce garçon est à notre portée ou non, si
tel livre est trop intelligent pour nous, s’il est dans notre intérêt de parler en public,
si nous sommes perçus bons ou mauvais dans tel ou tel contexte... En somme, par le
biais des épreuves adolescentes, nous bâtissons une image interne opérante, une
représentation de notre valeur pour les autres, et nous apprenons comment l’exercer.
La marchandisation des Top Model, par exemple, démontre à l’envi l’influence
des catégories de valeurs hiérarchisées sur nos façons de penser. Le sommet de la
hiérarchie plastique se marie avec le sommet de la puissance masculine. Rien
d’étonnant à voir les adolescents fascinés par les catégories de puissance et de
beauté, par ce langage qui, précisément, commercialise ce qui se passe, ici et maintenant, comme transformation dans leur cerveau.
L’influence de l’enfance sur ces processus est bien évidemment déterminante :
doté de ressources, de processus mentaux aboutis et matures, le jeune humain abordera d’autant mieux cette époque d’épreuves essentielles.
Sous cet angle, l’adolescent fermé est en très grande souffrance et en total échec.
Sa première étape d’expérience autonome risque de le marquer profondément, de le
marginaliser, et de le fragiliser gravement en raison de sa grande difficulté de socialisation. En ce sens, le syndrome de fermeture, toujours, révèle une faillite des processus d’adaptation.
4. L’échec de la pédagogie du contrat
D’une façon générale, qu’on soit carencé ou non, la demande d’aide est chose
difficile à vivre. Elle l’est encore plus pour un adolescent, simplement parce qu’elle
est antagoniste du besoin impérieux de prouver sa force et sa capacité d’autonomie.
En raison de cette nécessité à être, la demande d’aide est souvent vécue comme une
étape contradictoire, infériorisante et blessante. Dès lors, elle ne peut être que le fait
d’un adolescent qui s’aime suffisamment pour pouvoir supporter cette mise en
cause de sa puissance. En ce sens, la pédagogie du contrat n’est possible qu’avec
des adolescents qui disposent d’une base narcissique suffisante, bref : de ressources
autothérapeutiques.
Dans le syndrome de fermeture de l’adolescent « difficile », il y a donc redoublement de la difficulté. A l’immaturité des processus mentaux relationnels s’ajoutent
la fierté de l’âge et l’obligation de démontrer sa capacité à réussir sans être aidé.
Or, toute la difficulté réside en cela : une demande d’aide ne peut émerger que
dans la mesure où les processus mentaux qui soutiennent la création d’une relation
d’échange sont arrivés à maturité. La demande vraie est donc impossible dans le
syndrome de fermeture de l’adolescent difficile. Le but de l’aide, en somme, c’est
de prendre en charge l’évolution et la maturation de ces processus mentaux, sans
que le sujet n’ait à le demander. En fait, le syndrome de fermeture instaure un droit :
celui d’être pris en charge, au stade d’évolution où l’on se trouve.
Dans cette hypothèse, toute aide qui repose sur un contrat négocié au départ est
vouée à l’échec, pour la simple raison qu’elle crée un paradoxe impossible à dépasser, celui d’exiger au départ de la relation d’aide cela même qui doit en découler,
c’est-à-dire : des processus mentaux qui permettent à la demande d’émerger. La
pédagogie du contrat porte donc l’inconvénient majeur d’inverser la conséquence et
le préalable, ce qui, de toute évidence, est un non-sens logique.
5. Principes généraux de l’approche systémique dans l’institution
La pratique de terrain met en jeu diverses composantes essentielles. Visant
majoritairement un public sans demande, parfois hostile, l’approche nécessite une
grande souplesse d’adaptation. Pour prendre une métaphore informatique, une des
finalités de la systémique institutionnelle sera de fabriquer des « systèmes compatibles. » Les principales étapes sont ci-dessous définies :
- Constitution d’un triangle d’intervenants : chaque situation est encadrée par trois
personnes qui ne changent pas, ce sont : l’éducateur référent, la psychologue et le
directeur. L’idée centrale est d’offrir au système familial une variété d’intervenants et de fonctions symboliques, qui lui permette de rester en bonne relation
avec l’un des sommets du triangle lorsqu’il est en difficulté avec un autre. Dans
les familles délinquantes, il n’est pas rare que le directeur soit perçu comme antipathique du fait des limites qu’il pose, du rôle symbolique qu’il exerce, tandis
que la psychologue sera perçue comme « bonne » et l’éducateur, de bon conseil.
- Des intervisions régulières entre les trois parties du triangle, ont pour objectif de
faire évoluer la qualité du lien émotionnel qui lie chaque intervenant à chacun
des membres de la famille, adolescent y compris. Les hypothèses et les pistes de
travail sont élaborées en équipe, lors de la réunion de synthèse hebdomadaire qui
recueille les informations des trois intervenants centraux, et les confronte aux
impressions de chaque collègue.
- Création d’un lien positif : ce volet est sans aucun doute le plus important et le
plus délicat, puisqu’il s’agit de prendre en compte le transfert négatif inévitable
que le groupe familial agira vis-à-vis des images symboliques que nous portons.
- D’emblée, les sentiments d’échec, de colère, d’humiliation, d’infériorité, sont
abordés et travaillés. Ceci est un point fondamental. Certaines familles ne seront
jamais en état de reprendre le jeune à domicile, il est donc vital d’obtenir une
collaboration vraie, qui permette une éducation conjointe. En ce sens, le premier
objectif sera – avant toute autre chose – de créer un lien positif et soutenant avec
le parent carencé, de sorte que les conditions d’une évolution personnelle soient
réunies. L’expérience démontre, en effet, que les situations qui n’ont pas permis
la création d’un lien positif ont souvent confirmé leur mauvais pronostic.
- Instauration de la règle du non-renvoi qui crée un contexte rassurant pour le
jeune comme pour sa famille. Le message envoyé aux parents est de l’ordre de
l’alliance : « quoi que vous viviez avec votre enfant, quoi que vous traversiez,
nous ne vous laisserons pas tomber !»
- Établissement d’un travail familial qui vise à restaurer les relations. Cette
optique pose le postulat d’une non-substitution des parents. C’est la qualité réparatrice de la relation parent-enfant, qui constitue l’objectif principal du travail.
- Adaptation en fonction des ouvertures existantes dans la famille. Souvent, certains membres se déclarent réticents à nous rencontrer. L’institution déploie alors
une géométrie variable, qui s’acclimate au contexte présenté. L’approche commence par sous-systèmes, les entretiens se font à domicile, le soir si nécessaire.
- Dès que la qualité du lien s’accroît, la participation augmente et les possibilités
se diversifient.
- Mise en place d’un travail individuel avec l’adolescent, centré tant sur l’éclaircissement et la compréhension de son histoire, que sur les mécanismes d’intégration d’une image positive de soi.
- Travail constant avec l’équipe d’éducateurs, au sein de réunions hebdomadaires,
afin de recadrer positivement les manifestations symptomatiques. L’expérience
systémique démontre, en effet, qu’un individu évolue mieux lorsqu’il est appréhendé positivement par le groupe au sein duquel il évolue.
6. Le non-renvoi comme solution thérapeutique à moyen terme
Comme on a pu le voir, le contrat d’aide est une impossibilité théorique face au
syndrome de fermeture, puisqu’il exige un échange là où le client n’est en état que
de recevoir.
Le non-renvoi vise donc à restaurer la base essentielle préalable, incontournable,
à toute relation d’aide, à toute évolution thérapeutique : la sécurité.
Cathy est arrivée au Tamaris à l’âge de douze ans. Elle présentait des symptômes particulièrement aigus, tels que : automutilation, hétéroagressivité, fabulation, hyper
séduction, provocation sexuelle directe, vols, mensonges, maculation de vêtements
avec ses selles, défécation dans les coins de la maison, boulimie, etc. Le trouble
majeur de la jeune fille s’articulait sur une relation aux parents gravement carencée.
Mise au monde par une mère de 14 ans qui a connu elle-même un parcours très perturbé, elle vit une petite enfance où la violence, la sécheresse de sentiment fut la règle.
Ayant perdu toute trace de son père géniteur, elle le retrouvera vers 11 ans pour subir
des attouchements sexuels et participer à un vol en sa compagnie. L’anamnèse
démontre que les symptômes exprimés à l’époque de la naissance de sa petite sœur,
ont véritablement explosé après les attouchements. Au moment du placement, les
parents sont débordés, la relation est très agressive avec sa mère, et rejetante avec son
beau-père qui ne la supporte plus.
Les débuts dans l’institution sont terribles et pénibles. Surinvestissant les adultes, elle
se montre incapable de réfléchir sur elle-même et se signale par une débauche de passages à l’acte. La première question de Cathy est : « Quand me renvoyez-vous ?» Persuadée qu’elle ne peut être aimée, qu’elle n’a rien en elle qui puisse susciter l’affection, la jeune fille détruit les relations. Avec beaucoup de détermination, les éducateurs
tiennent bon. Et du courage, il en faut, lorsqu’elle s’enfuit avec des morceaux de verres
pour se taillader les bras, lorsqu’elle se débat, etc. Aidée par la recherche théorique, les
adultes tiennent le coup dans ce qui apparaît comme un test massif sur la solidité du
lien, et sur notre compétence à faire évoluer sa situation. Face aux tests éprouvants, les
éducateurs tentent de ne donner aucune prise à l’escalade, de ne réagir ni par la
menace, ni par le chantage. Chaque nouveau test donne lieu à un entretien avec l’un
des trois intervenant centraux, soit, le cas échéant, avec l’éducateur de service.
Centré sur l’histoire des liens parents-enfants, le travail familial révèle un trouble de
l’attachement précoce dans la relation mère-fille. Cathy donne des signes d’amélioration au fur et à mesure que le travail de maturation de la mère donne des résultats.
Cependant, la seconde question qui ronge Cathy est la suivante : « Pourquoi faitesvous cela pour moi ? Parce que vous êtes payés pour ? Votre attachement est-il un truc
professionnel, ou une réalité ?»
Après deux ans de travail, la situation a fortement évolué et Cathy a perdu la majorité
de ses symptômes. L’évolution émotionnelle de la mère permet aujourd’hui à Cathy
de se réparer auprès d’un parent qui commence à trouver du bonheur dans la relation.
Depuis, Cathy a une troisième question : « Maintenant que je n’ai plus mes problèmes,
est-ce que je suis encore intéressante pour vous ?»
Ce bref résumé clinique tente d’exposer le bénéfice d’une position de non-ren-voi. Le cas de Cathy est exemplaire, et beaucoup de jeunes au Tamaris passent par
les mêmes étapes, en volant, en fuguant, en décrochant de l’école, en se droguant
ouvertement, etc. Si on énumère les questions pertinentes posées par Cathy, elles
testent toutes la qualité du lien, sa sécurité intrinsèque. « Quand me renvoyez-vous;
pourquoi faites-vous ça pour moi; si je perds mes symptômes, est-ce que je vous
intéresse encore ?»
Si le renvoi survient à ce moment du processus, il conforte les images appauvries
que Cathy a des adultes, il prouve à nouveau qu’elle est incapable d’être aimée, et
convainc les parents que l’enfant est sans remède. En somme, il redouble la violence
en place, il est une seconde maltraitance qui se superpose à celle de la famille.
Aucun contrat n’a été proposé à Cathy. Tout contrat, d’ailleurs, n’aurait pu fonctionner que dans le sens d’un chantage sur base du symptôme présenté : si tu
couches avec un garçon, tu es renvoyée; si tu te mutiles, tu es renvoyée, etc. Comment peut-on imaginer un instant que la pédagogie de la menace puisse être thérapeutique en présence de tels troubles ? Que faire alors ?
La première condition de travail avec des adolescents perturbés présentant un
syndrome de fermeture est d’avoir une réflexion active – qui sans cesse remet les
pratiques en question –, qui permette de passer le cap des symptômes du court
terme. Globalement, dès que le travail familial donne ses premiers résultats, les
symptômes tendent à diminuer. Ce qui revient à dire qu’il faut, en général, se donner
les moyens de tenir le coup pendant quelques mois, malgré l’ampleur souvent
éprouvante des tests relationnels.
La seconde condition est de ne jamais mentir sur ses sentiments. Dire « je t’aime
bien » sans vraiment le ressentir, constitue une prise de risque qui néglige les hautes
capacités de traduction dont disposent ces adolescents souvent rejetés. Or, il est
compliqué d’aimer spontanément quelqu’un qu’on n’a pas choisi. Ce point rend le
travail d’intervision fondamental. Sans cesse, les émotions ressenties au cours de la
prise en charge doivent être étudiées, sous peine de fournir de « faux positifs » qui
renforceront les tests relationnels.
7. Thérapie du syndrome de fermeture
On l’aura compris, la fermeture, la difficulté à évoluer, n’est pas le signe d’une
mauvaise volonté de l’adolescent, mais d’une immaturité des processus mentaux
qui soutiennent l’accès à la demande relationnelle, à la relation d’échange (relation
réciproque). Dans cet ordre d’idée, il est totalement inefficace d’exiger d’un adolescent fermé de se mettre à évoluer sous peine de sanctions.
L’immaturité des processus mentaux concerne essentiellement deux registres :
l’estime de soi, et la confiance en l’autre. Ce sont ces registres qu’il convient de
faire évoluer de façon patiente, stratégique, et systémique.
En règle générale, la carence de ces fonctions révèle la présence d’aspects destructeurs chez l’un ou les deux parents. Si les processus mentaux d’adaptation à
l’autre sont immatures, c’est, dans la grande majorité des situations, parce que les
sentiments des parents vis-à-vis de leurs enfants le sont également. L’équation
devient donc simple et parlante : carence d’expression des sentiments parentaux =
immaturité des processus d’adaptation à l’autre.
La thérapie du syndrome de fermeture nécessite dès lors un double travail : familial et individuel.
a) Travail familial
En plus du travail systémique classique, qui formule des hypothèses sur les dysfonctionnements, et propose des recadrages globaux, une prise en charge du parent
carencé est souvent souhaitable dans la mesure où ce parent est lui-même un ancien
enfant maltraité. Un parent qui retrouve le chemin de la sentimentalité, qui se
découvre le désir de réparer la relation avec l’enfant, est un parent qui vaut mille
thérapeutes, et cet objectif de travail est désormais devenu prioritaire pour nous.
La démarche envers le parent carencé comporte les mêmes étapes et représente
la même difficulté globale que celle éprouvée envers l’adolescent fermé. D’une
manière générale, l’approche doit être non jugeante, bienveillante, compréhensive
et patiente. Elle nécessite de tenir en compte le transfert négatif inévitable que ces
parents porteront à l’endroit des structures d’aide que nous sommes. La démarche
doit avant toutes choses mettre en valeur les bénéfices personnels du parent dans ce
travail, ce qu’il peut espérer pour lui-même dans cette réparation. Il faut, d’abord et
avant tout, se concentrer sur la souffrance de ce parent, qui n’aura accès à la souffrance de l’enfant, que dans la mesure où lui-même recevra de l’attention, de la
compréhension, du recadrage positif.
La mère de Cathy a mis des mois à accepter de venir aux entretiens individuels qui lui
étaient proposés. Deux entretiens sur trois étaient, en moyenne non honorés. Elle ne
voyait pas ce qu’elle venait faire là, elle ne pensait pas que parler pouvait l’aider. La
seule chose qu’elle souhaitait, c’est que d’autres s’occupent de sa fille, ce « paquet »
ingérable. La première étape fut de lui faire admettre que, sans rien faire, elle devrait
sans doute porter ce paquet toute sa vie, avec une culpabilité importante, que la majorité légale n’arrêterait pas les symptômes. Nous donnions en exemple, les parents
d’enfants toxicomanes qui souffrent un enfer avec leurs enfants, même si ceux-ci
étaient en prison. Le frère et la sœur de cette mère étant tous deux toxicomanes,
l’exemple se révéla parlant pour elle. Progressivement, elle se rendit compte que la
situation ne pouvait qu’empirer, mais ne voyait pas encore comment changer cela. La
deuxième étape fut alors de se concentrer sur sa propre vie, son enfance et son adolescence manquée du fait de la naissance de Cathy. De fil en aiguille, les entretiens se
sont orientés sur sa petite enfance, les divers incestes qu’elle a subis, l’errance auprès
d’une mère alcoolique, la maturité précoce et la trop grande liberté. Chaque entretien
se passait dans une ambiance de renforcement narcissique, soulignant les aspects
positifs de son évolution, les tentatives ratées mais tentées pour améliorer sa situation.
Finalement, l’histoire de la maman a permis d’identifier, entre autres choses, une succession de troubles impulsifs portés par les femmes sur trois générations. Cette lecture en profondeur a permis à la mère de reconnaître en sa fille des aspects d’elle-même qu’elle avait voulu nier. Progressivement, par l’effet des recadrages continus,
la mère a pu réadopter son enfant en pouvant projeter sur elle une image de l’enfant
qu’elle a elle-même été. Petit à petit, les sentiments maternels ont recommencé à évoluer. D’abord, elle a un jour touché sa fille – ce qu’elle ne faisait plus jamais –,
ensuite, elle s’est surprise à prendre du plaisir à lui caresser les cheveux pendant plusieurs longues minutes. Chaque progrès fut retravaillé avec la mère en séance individuelle, comme avec la fille, par ailleurs. Un an après le début du traitement, le sentiment maternel s’était remis à évoluer, à sortir de la carence, à nouveau il nourrissait
Cathy – du moins un peu –, et permettait au « programme mental d’adaptation à
l’autre » de se remettre très lentement en route. Dans la foulée, les entretiens avec la
fille devenaient plus constructifs, plus investis. Cathy, par ailleurs, se montrait
capable de débuter une relation affective avec un garçon de son âge, avec, pour la première fois, un véritable sentiment amoureux.
Le cas de la mère de Cathy est évidemment exemplaire. L’intelligence naturelle
de cette femme, son absence de symptômes actuels a permis de réaliser ce travail
d’ampleur. Évidemment, ce n’est pas toujours possible. Certains parents sont alcooliques actifs, toxicomanes
[6], psychotiques, ou simplement décédés. Dans ces situations, le travail systémique se fait « sur papier »: nous tentons de comprendre le passé
du parent, et essayons d’expliquer à l’adolescent comment et pourquoi les carences
de sentiments – ou la carence d’expression de ces sentiments – se sont construites. Si
cela ne permet pas toujours de restaurer une relation positive avec le parent, ça permet, dans certains cas, d’organiser la vision du monde des adultes, et autorise l’adolescent à remettre en route les représentations mentales dont il dispose.
Le travail familial a cependant une contrainte : il fonde la nécessité de sortir de sa
tour d’ivoire et de descendre sur le terrain. C’est la « conception d’hôpital » qui constitue un frein au traitement efficace des adolescents non-compliants dans les structures
psychiatriques, pourtant prévues à cet effet. Certains praticiens considèrent, en effet,
que c’est au patient à venir vers l’hôpital et non l’inverse. Ils envoient des invitations
aux familles, et si celles-ci restent sans réponse, l’intervention s’arrête. De telles pratiques ne peuvent qu’augmenter le risque de l’échec, et entraîner l’équipe dans
l’enchaînement infernal « symptômes – menaces – symptômes – renvoi ou suicide ».
Or, le « terrain » a besoin que les plus qualifiés d’entre nous veuillent bien le rencontrer, en dehors des lieux humiliants pour lui, il a besoin d’être apprivoisé pour
être mené vers une patiente évolution. En dix ans d’expériences, chaque fois que
nous avons quitté nos murs pour entreprendre un travail à domicile, rencontrer une
bande, un réseau de jeunes qui établissait des liens avec un de nos résidents, nous
avons été gagnants.
b) Le travail individuel
Avant toute chose, il est nécessaire de comprendre que le syndrome de fermeture –
soit : la carence d’amour de soi, et l’immaturité des processus qui mènent aux relations satisfaisantes – représente une situation anxiogène et dépressogène. Face à cet
accident grave de l’évolution, les symptômes sont le plus généralement l’expression
d’un mécanisme de survie imparfait. En ce sens, les conduites compulsives ont pour
fonction de libérer la tension interne et d’offrir une gratification passagère, hélas,
non satisfaisante dans la durée (vol compulsif, consommation de drogues, d’alcool,
hypersexualité, fugue...) Les comportements d’évitement (passivité, silence, opposition, hypersomnie) sont à considérer comme des mécanismes de repli, de protection face au sentiment de déception de soi, au sentiment de déception de l’adulte.
La fermeture de l’adolescent est donc, avant tout, une défense à l’encontre d’une
relation destructrice avec un adulte. En ce sens, l’axe principal du travail est d’abord
la valorisation des réussites dans les épreuves adolescentes. En quoi est-il bon ? Que
fait-il, que fait-elle, pour être satisfait de sa force, de sa puissance, de sa capacité à
séduire, à se montrer intelligent, sexué ? En quoi peut-il être fier de lui ? La thérapie
de l’adolescent « difficile » consiste avant toute chose en une alliance avec le processus même de l’adolescence : l’intégration d’une image de soi gratifiante.
Lorsqu’un jeune a volé une voiture ou une mobylette, il m’arrive – en tant que
directeur – de dire que si je réprouve l’acte, j’admire le courage et l’audace.
Lorsqu’un jeune se bat, il m’arrive de lui demander s’il a gagné et de le féliciter tout
en lui conseillant de ne plus recommencer. Si un jeune refuse de faire ce que je lui
commande de faire, il m’arrive de lui donner une sanction, tout en le félicitant de
m’avoir tenu tête et de ne pas être un mouton.
En un mot, il s’agit de toujours déconstruire la vision globalisante et rigide que
l’adolescent a bâti de l’adulte. Il s’agit, en fait, de donner des réponses qui ne soient
pas noires ou blanches, mais à la fois noires et blanches, de façon à enrichir la définition même de l’adulte : une personne à la fois ferme et bienveillante, qui donne
une limite protectrice, et qui œuvre, en même temps, et de façon généreuse, dans
l’intérêt d’une image de soi gratifiante.
Afin de ne pas perdre haleine dans cette thérapeutique éprouvante, il est impératif de garder une chose présente à l’esprit : la faille dans le processus de construction
d’une image gratifiante perturbe tant l’adolescent que la réparation de cette image
devient, pour lui, une priorité absolue. Et cette urgence prime sur tout autre projet
scolaire, sportif, etc. Face à cette incontournable évidence, il faut parfois se
résoudre à laisser tomber les apprentissages pour privilégier l’évolution de la personnalité. Dans pas mal de cas, il sera préférable d’être sorti du risque de toxicomanie, de grande délinquance, de suicide, plutôt que d’avoir un diplôme. C’est la base
de la personnalité reconstruite qui offrira le plus de chances de succès, le plus de
probabilités de se sortir de la chronicisation pathologique de l’échec.
Il est évident que ce choix thérapeutique ne contrarie en rien la possibilité de rester structurant, de garder des exigences d’évolution vis-à-vis du jeune. Un abandon
des exigences serait perçu comme une démission, un manque d’intérêt et est également préjudiciable. Simplement, dans ce travail difficile, il sera préférable – pour la
bonne santé de l’intervenant – de placer l’énergie sur les mécanismes porteurs
[7],
avant toute chose.
A la fois ferme, à la fois bienveillant.
8. L’absence de renvoi n’est pas l’absence de sanction
Il y a quelques années, nous donnions une conférence aux éducateurs d’une
grosse institution. La position de non-renvoi suscita une grande angoisse dans une
partie du personnel, à tel point qu’un chef de groupe décréta qu’une pédagogie sans
menace au renvoi était impossible. Or, c’est bien l’inverse qui est vrai. Il n’y a qu’en
l’absence de menaces qu’une vraie « pédagogie thérapeutique » est possible.
La pédagogie du chantage est en soi un instrument pathogène créateur de problèmes. Pour le comprendre, il suffit de réaliser que la menace vise surtout à brimer
l’expression des symptômes, tout comme les manifestations de la rébellion, qui,
somme toute, sont les modes de révélation de la personnalité.
Cela dit, fonder la sécurité de la relation d’aide en fondant le non-renvoi ne
signifie pas de renoncer aux sanctions.
Bien qu’au Tamaris les sanctions soient rares, elles existent. La plupart du
temps, elles se bornent à fonctionner comme une forme de rituel de soumission à la
règle. En exécutant sa sanction, l’adolescent manifeste publiquement qu’il reconnaît
et accepte l’autorité, la loi des adultes, et cette soumission suffit à faire cesser
l’agressivité à son encontre. La sanction faite, il peut réintégrer le cercle de notre
affection. Le plus souvent, une grosse bêtise est suivie d’une discussion, et selon les
cas d’une réparation réelle ou symbolique – que ce soient : une rédaction sur ses projets d’avenir, qui servira de matière à un entretien; la réparation de la porte qu’il a
cassée; un entretien avec la victime de l’agression, etc.
Cependant, si un jeune vole, ou agresse, il nous arrive de l’adresser à la police.
Notre position en ce sens reste de susciter la réponse normale de la société à laquelle
il appartient. Il arrive que des jeunes placés au Tamaris fassent un séjour de quinze
jours en centre fermé – voire en prison, comme la loi belge le permet encore – pour
nous revenir après. L’objectif de sécurité du lien reste primordial. En centre fermé,
le jeune est visité, on lui téléphone, et il est assuré de garder sa place. Jamais le
symptôme ne signifie une rupture. Au contraire, l’expression délictueuse est l’occasion de réaliser que l’adulte peut être contenant, c’est-à-dire : détenteur de solutions
relationnelles performantes pour assurer la continuité.
D’une manière générale, il faut savoir qu’une culture institutionnelle de non-ren-voi assure du bénéfice pour tout le monde, – et pour les adultes en premier lieu. Au
Tamaris, l’absence de renvoi est la première chose qui est communiquée à l’adolescent entrant par les jeunes en place. Il n’est pas rare que de la gratitude nous soit
exprimée à cet endroit.
Pour que cette culture soit réelle, il faut cependant que le communication soit
très efficace. Face aux bêtises répétées de certains, face aux vols que tous doivent
subir de la part d’un ou plusieurs de leurs congénères, il arrive régulièrement que les
jeunes eux-mêmes exigent des sanctions terribles. Des réunions sont alors absolument indispensables, il nous arrive couramment d’expliquer, en individuel, à un
jeune fâché pourquoi nous ne renvoyons pas son voisin de chambrée. D’une
manière générale, les adolescents comprennent ce message de générosité, d’autant
qu’ils en sont, eux aussi, les premiers bénéficiaires.
En somme, quoiqu’il arrive, toujours nous nous accrochons, c’est ce que nous
appelons parfois, avec humour, la stratégie du chewing-gum.
9. La place essentielle de l’éducateur référent
La position de l’éducateur référent est essentiellement affective. Cela dit, une
formation solide et une supervision constante sont nécessaires pour pouvoir donner,
à un adolescent fermé, le modèle d’une relation réparatrice. En effet, il n’est pas
donné à tout le monde de savoir aimer, de pouvoir se dépenser au bénéfice de
quelqu’un qu’on n’a pas choisi. Afin de comprendre cette difficulté spécifique, il est
intéressant de la rapprocher du métier difficile de beau-père ou de belle-mère. Choisissant un partenaire, on ne choisit pas les enfants de ce même partenaire, et cette
situation, pour moderne qu’elle soit, nécessite impérativement une adoption réciproque pour pouvoir fonctionner. S’occuper des enfants des autres, n’est pas chose
aisée, et n’est sûrement pas donnée à tout le monde. Or, la mission particulière de
l’éducateur référent est – précisément – de bâtir avec un jeune qu’il n’a pas choisi,
une relation qui va servir de base à sa reconstruction émotionnelle et sociale.
Divers aspects de ce travail compliqué sont à prendre en compte :
- Analyse constante des représentations morales du professionnel, qui pourraient
faire obstacle à la création d’une relation empathique. Nécessité d’un cadre de
confiance au sein de l’institution pour pouvoir aborder cet aspect délicat de
façon non jugeante.
- Apprentissage des stratégies relationnelles qui permettent de dégager le positif
d’une personnalité en échec, et en opposition.
- Apprentissage de la non-rivalité avec la famille naturelle, et capacité d’éviter la
compétition de « bon parent », à laquelle le jeune placé en résidentiel risque de
confronter l’éducateur référent.
- Capacité de prendre des distances avec la pathologie et les aspects destructeurs
des parents et des adolescents.
- Adéquation dans le langage thérapeutique qui est véhiculé au jeune, dans les
choses de tous les jours.
- Capacité à savoir aimer et à savoir utiliser sa propre histoire comme véhicule
d’apprentissage.
- Aptitude à utiliser des valeurs personnelles permettant l’identification, de façon
non contradictoire avec le travail global. Capacité de pouvoir s’offrir comme
modèle non contraignant.
- Capacité de gérer les angoisses créées par la confrontation à la violence, à la
menace, au chantage, au risque de suicide...
Pour être parfaitement opérants, ces aspects nécessitent de longues années de
formation et de supervision. La place de l’éducateur est d’autant plus essentielle que
c’est généralement à lui que revient le rôle de soutien du jeune dans un travail social
et thérapeutique parfois éprouvant. Peu visible, difficile à écrire et à conceptualiser,
cette matière est sans aucun doute aussi importante, par ses effets soignants, que
tout le reste. En somme, la profession d’éducateur spécialisé nécessite une formation longue et beaucoup plus compliquée qu’elle n’apparaît généralement.
Il est parfois de bon ton de déconsidérer le travail des éducateurs sociaux. Perçus, à l’occasion, comme des gens de bonne volonté mais peu instruits, comme le
service après vente du monde universitaire, il n’est pas rare en Belgique que les formations de thérapeutes leur soient simplement interdites, et que les passerelles vers
d’autres diplômes leur soient refusées. Bien qu’injustifiée, cette image répandue se
fonde probablement sur l’idée qu’éduquer n’est pas un vrai métier, et qu’avec un
peu de tact – et une bonne recette de spaghetti bolognaise –, n’importe qui peut y
arriver.
A l’encontre de ce courant, le travail des éducateurs pour adolescents en grande
difficulté est probablement le meilleur plaidoyer pour cette profession hautement
spécialisée. L’idée fausse que véhicule notre image tient sans doute au peu de place
que prennent les sciences de la rééducation dans les écrits scientifiques et les formations académiques. Les éducateurs ne sont d’ailleurs pas les seuls à être mal lotis
puisque le titre de pédopsychiatre n’est, à ce jour, toujours pas reconnu en Belgique.
Sans doute, faut-il considérer que la rééducation des jeunes ne fait pas encore partie
intégrante d’une Science Humaine considérée comme sérieuse. C’est dommage.
Il convient donc de changer les mentalités, et d’accroître la recherche sur cette
partie de l’éducation qui est fondamentale à notre société. Il est bon de se rappeler,
en effet, que les adolescents « difficiles » – qu’il conviendrait sans doute d’appeler
plus judicieusement adolescents non-compliants, ou adolescents en grande difficulté –, sont de futurs parents, et qu’à ce titre, un objectif central de notre profession
est d’éviter la prochaine génération de syndromes de fermeture, et de placements
spécialisés, toujours aléatoires.
Dans un article paru en 1996
[8], nous cernions une catégorie de jeunes « difficiles » par une série de symptômes redondants. Cette catégorie nous semblait présenter des troubles réactionnels persistants et des présomptions de trouble de la personnalité. Sans remettre en question les conclusions d’alors, le syndrome de
fermeture explique plus clairement ce que nous percevions à cette époque. La
recherche confirme ce que nous pressentions alors, à savoir : que ce type de personnalités – souvent renvoyées des institutions classiques – se retrouve en majorité
dans les institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ – placement pour
mineurs délinquants), en place de recevoir, en amont, le traitement adéquat qu’il
leur est nécessaire. Par manque de définition, par absence de prise de conscience des
divers pouvoirs, l’adolescent fermé est traité comme un adolescent à punir. Ces
choses sont, évidemment, à repenser.
On aura compris, nous l’espérons, que si le principe de non-renvoi est thérapeutique pour le jeune en péril, il est, aussi, pleinement gratifiant pour l’adulte. Dès
qu’une institution de traitement met cette idée au rang des objectifs, elle entre dans
un vaste programme de modification d’elle-même. La qualité globale et individuelle
augmente, et la satisfaction du travail devient réelle. Tous, au Tamaris, nous avons
connu le vif plaisir de mener à bout des dossiers qui au départ paraissaient totalement impossibles à traiter, vu l’ampleur des symptômes délinquants ou psychiatriques. Naturellement, il est illusoire de croire qu’une équipe puisse rencontrer cet
objectif du jour au lendemain. De toute évidence, cette position théorique nécessite
un apprentissage long et ardu, qui suppose une totale remise en question de l’équipe
médico-psycho-pédagogique, de ses réflexes, de ses croyances confortables. Si la
chose est loin d’être évidente, le degré de dépassement de soi est tel qu’il apporte
une connaissance considérable au professionnel. En somme, le non-renvoi suscite la
fierté de l’adulte et vaut amplement formation.
Roland Coenen
249 avenue des Sept Bonniers
B-1190 Bruxelles
a) La relation réciproque
La relation réciproque suppose l’échange de quelque chose de semblable. Elle
propose de rendre ce que l’on reçoit, d’attendre un retour lorsque l’on donne.
L’échange d’affects permet un accroissement de qualité dans la transmission
d’apprentissages. Il est notoire qu’on apprendra mieux d’un professeur que l’on
aime et pour qui l’on éprouve de l’admiration que d’un autre. La bonne écoute motivera l’adulte, qui, par effet de feed-back, stimulera en retour l’étudiant. En somme,
l’échange d’affects est directement lié au degré d’intensité de la relation réciproque,
à sa qualité. L’amitié est un exemple parlant de relation réciproque. Dans le même
ordre d’idées, la relation parent-enfant échange quantité de choses, et si celles-ci
paraissent souvent de natures différentes, il y a bien réciprocité dans l’échange
d’affection, de loyauté, de gratification, par exemple. Si l’une de ces caractéristiques n’était plus échangée, la relation serait en péril. Bien que le sens donné à
l’existence ne soit pas directement échangé comme tel, on peut supposer qu’il se
constitue comme une qualité émergente de la relation réciproque. De toute évidence, la
relation d’aide se base sur ce canevas. Entre le soignant et le soigné, entre l’éducateur
et l’adolescent, il y a échange de gratifications qui permet à la relation de véhiculer des
apprentissages. Le syndrome de fermeture à la relation d’aide présente la difficulté
transitoire ou persistante de s’ouvrir à une relation de ce type, c’est-à-dire à la condition minimale de la relation thérapeutique. Par opposition à la relation d’échange, les
relations d’intérêts, celles qui unissent la prostituée à son client, le boucher à son acheteur, le créancier au débiteur, ne sont pas des relations réciproques, puisqu’elles ne supposent pas un investissement affectif. C’est la question de l’investissement affectif qui
est au centre de la relation réciproque, telle que nous l’entendons.
b) Qu’entendons-nous par « programme d’adaptation à l’autre »
et par « système de représentations internes arrivé à maturité »?
Ceci nécessite un développement : comme le dit Werner Heisenberg « ce que
nous observons, ce n’est pas la nature en soi, mais la nature telle qu’elle s’offre à
notre méthode de questionnement. » Cette affirmation dit à sa manière que nous
appréhendons la réalité extérieure complexe en fonction de représentations intérieures. Selon le professeur de neurologie Antonio Damasio, tel qu’il l’énonce dans
Le pouvoir de l’esprit, il faut considérer la fonction de représentation mentale
comme correspondant à plusieurs niveaux de la pensée, à plusieurs processus cérébraux. Il y aura donc des représentations d’ordres différents : 1) celles qui correspondent à des choses objectives du monde extérieur, telles l’image d’un arbre ou le
souvenir d’une mélodie, qui seront dites représentations perceptives, 2) celles qui
ont pour fonction de fournir une réponse neuronale (par exemple à une situation
urgente), qui correspondent à un schéma d’activité comme le réflexe, 3) celles qui
se rapportent non pas à un monde tel que nous le percevons mais tel que nous le traduisons et l’organisons et qui sont dites représentations conceptuelles. Ces dernières, beaucoup plus élaborées, sont le champ privilégié de la pensée humaine, et
par voie de conséquence, celui de la psychologie.
La définition de concept recouvre la notion de construction mentale générale et
abstraite d’un objet, d’une classe d’objets, d’un système de relations, de communications, etc. L’image de l’arbre de mon jardin sera une représentation perceptive
(cet arbre et pas un autre, tel qu’il est exactement), tandis que la forme de l’arbre qui
sera dessinée par un enfant passera par le concept général d’arbre (la généralisation
de l’arbre.) La plupart des penseurs en neurosciences s’accordent pour souligner le
rôle décisif du langage externe ou interne – et donc de l’information – dans la qualité, la richesse du concept.
Dans la mesure où nous sommes des animaux sociaux, il est permis de penser que
nous disposons d’un programme inné d’adaptation à l’autre. Les transformations climatiques, environnementales, et sociales, étant plus rapides que les mutations génétiques, ce programme nécessite d’être enrichi par des apprentissages acquis. L’éducation, finalement, constituera la « part variable » indispensable à notre acclimatement.
Elle sera inévitablement un compromis avec l’époque, le lieu, le groupe ethnique.
Du fait de ce programme, les relations précoces avec nos parents, engendreront des
représentations conceptuelles primaires qui permettront de nous intégrer plus ou moins
efficacement à la vie sociale. De l’expérience avec le père, par exemple, pourront se
créer des représentations – bonnes ou mauvaises – de l’autorité, de la masculinité, du
travail, etc. Ces représentations s’enrichiront au fil de l’expérience et se diversifieront
dans des schémas de plus en plus élaborés qui s’interconnecteront avec d’autres.
Quelles que soient les différences entre les théories psychologiques, toutes proposent de travailler sur les représentations internes, par le biais de l’inconscient (qui
diffère selon les auteurs), des mythes personnels ou familiaux, des perceptions de
soi, de l’autre, etc. Cependant, les positions théoriques posent un choix technique
essentiel : soit on considérera que les représentations mentales sont mal construites
– donc à refaire –, soit qu’elles sont immatures – donc à faire évoluer. Bien qu’idéalement, ces conceptions puissent être complémentaires, elles induisent néanmoins
de grandes différences dans les techniques thérapeutiques et dans les constructions
de diagnostics. De façon caricaturale, la première implique une stratégie d’analyse,
de déconstruction et de reconstruction – soit : une vision en termes de pathologies,
de ce qui est néfaste -; la seconde ouvre à des options de nuanciation et d’enrichissement qui font parfois l’économie de l’analyse consciente des représentations, – soit :
une vision en termes de ressources, de ce qui est bon, tel que le propose, par
exemple, l’héritage clinique de Milton H. Erickson. Dans cette dernière optique, on
considérera l’inadaptation des comportements ou de la personnalité comme résultant de représentations mentales trop sommaires, insuffisamment diversifiées,
rigides, admettant trop peu de variantes. Bref, des choses qui existent et qu’il
convient de développer, d’améliorer. Si l’on suit cette hypothèse, c’est la variabilité
des concepts mentaux, la souplesse des généralisations qui les fondent, qui détermineront le degré d’efficacité dans l’adaptation au monde et à autrui.
L’amour de soi et la confiance en l’autre, semblent former les éléments incontournables d’une intégration au monde de relations sociales tel qu’il existe
aujourd’hui. Ce sont les mécanismes transgénérationnels d’enrichissement de ces
représentations conceptuelles particulières qui constituent ce que nous appelons ici
le programme d’adaptation à autrui.
Par maturité du système de représentations internes, il faut entendre : l’état de
richesse, d’élaboration, de souplesse des concepts mentaux, qui permet au sujet de
rencontrer pleinement ses aspirations sociales et humaines, en adéquation avec son
stade de développement. En effet, cet état ne saurait être tenu pour stable, il évolue
en fonction de l’âge, de l’expérience, par rétroaction avec l’environnement, dans le
sens où des penseurs tels Grégory Bateson ou Henri Laborit le conçoivent. Chaque
changement important nécessite une maturation supérieure du système de représentations internes, qui, ce faisant, participe à l’élaboration du système nerveux.
c) Qu’entendons-nous par mécanismes porteurs ?
La notion est issue du livre difficile mais brillant du philosophe et sinologue
français François Jullien,
Traité de l’efficacité, qui offre une étude comparative des
systèmes stratégiques militaires occidentaux et orientaux, en les conceptualisant.
Sous l’indication « s’appuyer sur ce qui est porteur »
[9], l’auteur nous dit :
«[Nous pouvons sonder] la différence repérée à cet enjeu commun qu’est l’efficacité :
plutôt que de dresser un modèle qui serve de norme à son action, le sage chinois est
porté à concentrer son attention sur le cours des choses, tel qu’il s’y trouve engagé,
pour en déceler la cohérence et profiter de leur évolution. Or, de cette différence, on
pourrait tirer une alternative pour la conduite : au lieu de construire une forme idéale
qu’on projette sur les choses, s’attacher à détecter les facteurs favorables à l’œuvre
dans leur configuration; au lieu donc de fixer un but à son action, se laisser porter par
la propension; bref, au lieu d’imposer son plan au monde, s’appuyer sur le potentiel
de la situation. »
S’appuyer ce sur ce qui est porteur, signifie : exploiter les mouvements naturels,
spontanés, plutôt qu’imposer une direction qui n’est pas ressentie. De façon intuitive, les adolescents sont portés vers la recherche des situations qui peuvent concourir à améliorer l’image d’eux-mêmes, comme par exemple : transgresser pour renforcer son adhésion au groupe adolescent; tenter d’obtenir le leadership; développer
des mécanismes séducteurs; chercher la considération d’autrui, etc. Tous ces mécanismes sont porteurs puisqu’ils contribuent à atteindre l’objectif principal de tout
adolescent : intégrer une image gratifiante de soi, dans la relation qu’il noue avec la
société des gens de son âge. Toute option éducative qui respecte cette aspiration
fondamentale sera comprise et suivie par l’adolescent. Ceci constitue, selon nous, la
base même de l’approche stratégique.
Cette option peut être illustrée par la métaphore du fleuve : quoi qu’on fasse,
quoi qu’on veuille, on n’arrête pas un fleuve. Si l’on bloque son cours, il déborde et
devient destructeur. Par contre, on peut détourner son lit, changer sa direction; on
peut l’aménager, le rendre navigable, utile à l’agriculture, à la création d’énergie...
Si l’on respecte son orientation, sa tendance inéluctable à s’écouler – en bref, ses
éléments porteurs –, le fleuve deviendra fécond.
Nous voulons dès lors souligner qu’il existe chez certains adolescents une
urgence à obtenir ces gratifications fondamentales avant de pouvoir envisager toute
autre progression, qu’elle soit sportive, scolaire ou professionnelle. Si l’entreprise
éducative et thérapeutique ne tient pas cette urgence en compte, si elle s’enlise dans
un discours qui prend pour norme le bon sens des adultes, en lieu et place de
l’urgence de l’ici et maintenant, elle sera bien souvent vouée à l’échec.
·
Houdé O. (1996): Intelligence et inhibition, in Sciences Humaines, 65, pp. 24 et suivantes.
·
Ionescu S. (1998): Les mécanismes de défense, in Dossier de l’affect au relationnel, Sciences Humaines,
N° hors série, N° 19.
·
Jullien F. (1996): Traité de l’efficacité, Grasset.
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Juignet P. (1997): États limites et passions narcissiques, Berger-Levrault.
·
Monod J. (1970): Le hasard et la nécessité, Seuil.
·
Laborit H. (1976): Éloge de la fuite, folio, essais.
·
Bateson G. (1977): Vers une écologie de l’esprit, t.1 et t.2 Seuil.
·
Karli P. (1987): L’homme agressif, Opus, Odile Jacob.
·
Marcelli D. (1996): Une psyché vide d’émotion exige un corps plein de sensations, in Cahiers de psycho-logie clinique n° 6 « Les adolescents », pp. 111 et suivantes. De Boeck Université.
·
Van Heusden, Van den Eerenbeemt (1994): Thérapie familiale et générations, aperçu sur l’œuvre de BoszormenyiNagy, Nodules Puf.
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Watzlawick, Beavin, Jackson (1972): Une logique de la communication, Seuil.
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Rimé B. (2000): Faut-il parler de ses émotions ?, Sciences Humaines, 104,16-20.
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Kernberg O. (1979): Les troubles limites de la personnalité. Privat.
·
Houshmand, Livingston, Wallace (2000): Le pouvoir de l’esprit. Entretiens entre des scientifiques et le
Dalaï-lama. Fayard.
·
Haley J. (1977): Milton Erickson, un thérapeute hors du commun, Epi.
·
Heisenberg W. (1971): Physique et philosophie, Albin Michel.
[*]
Éducateur social spécialisé. Psychothérapeute. Directeur du Tamaris, service résidentiel de l’aide à la
jeunesse. 30 lits. Adolescents filles et garçons.
[1]
Compliance : capacité de comprendre le traitement proposé et d’y adhérer.
[2]
Nous sommes conscients que le mot
borderline renvoie à une catégorie imprécise, et généralement considérée comme fourre-tout. Elle est, en ce sens, aussi vague que la notion d’adolescent difficile. Répondre
à une catégorie vague par une autre peut sembler incongru. Cependant, le concept de syndrome de fermeture à la relation d’aide permet de proposer une vision nouvelle de la catégorie
borderline, en le supposant comme base minimale commune à toutes les personnalités mises dans cette catégorie.
[3]
Voir les précisions théoriques en fin d’article.
[6]
Il semble important de préciser que le travail avec un toxicomane stabilisé par la méthadone est parfaitement envisageable.
[7]
Voir notes théoriques en fin d’article.
[8]
Roland Coenen : « Du social au thérapeutique » in
Mille lieux ouverts n° 15 – « Aide à la jeunesse et
santé mentale ».
[9]
Jacques Julliard,
Traité de l’efficacité, p 28.