2001
THÉRAPIE FAMILIALE
Thérapie de couple et thérapie familiale aux USA
Le point sur les tendances actuelles
Pamela Brown
[*]
Widener University 1, University Placee Chester PA 19013-5792 USA
Suzanna Bullrich
[*]
Cet
article fait la revue de la littérature américaine systémique durant les années 1999 et 2000. Et ce, à partir de
la lecture de huit revues américaines. Cinq thèmes ont été retrouvés: les questions culturelles, les études
cliniques, les études quantitatives, la théorie, et la formation.Mots-clés :
Thérapie de couple, Thérapie familiale, Tendances actuelles, Etudes cliniques, Théorie, Questions culturelles, Formation.
This paper reviews
recent trends in Family Therapy within the past two years 1999 and 2000. Eight journals were reviewed
for the content of their articles. Five Areas were represented: Diversity and Cross Cultural Issues Empirical Studies, Measurement, Theory, Training Issues.Keywords :
Marital Therapy, Family Therapy, Current Trends, Empirical Studies, Theory, Cross Cultural Issues, Training Issues.
Este papel recapitula la literatura sistémica americana de los años 1999 y 2000. Lo hace a partir de la lectura de ocho revistas americanas. Se encontraron cinco lemas: asuntos culturáles estudios clínicos, estudios cuantitativos, la teoriá y la formación.Palabras claves :
Terapía de pareja, Terapía familiar, Tendencias actuáles, Estudias clínicas, Teoría, Asuntos culturales, Formación.
Cet article fait la revue de la littérature américaine sur la pratique clinique et la
recherche en thérapie familiale. Pour cela nous allons essayer, à partir de l’étude des
articles publiés dans les revues systémiques, de dégager quels sont les thèmes qui
ont le plus souvent été développés. Ceci nous permettra de souligner le travail de
cliniciens et de chercheurs particulièrement reconnus dans leur domaine. Nous
allons vous donner la liste des journaux que nous avons recensés. Vous pouvez ainsi
vous y référer si vous souhaitez de plus amples informations concernant un thème,
un clinicien ou un chercheur. Cette tâche de résumer les tendances actuelles et les
domaines de pointe de la thérapie familiale et de couple, s’est révélée vaste. Aussi,
avons-nous limité notre investigation aux deux dernières années (1999 – 2000).
Nous avons repris huit journaux. : American Journal of Family Therapy, Contemporary Family Therapy : An International, Family Journal Counselling and Therapy
for Couples and Families, Family Process, Journal of Family Therapy, Journal of
Marriage and the Family, Journal of Marital and Family Therapy, et Journal of Systemic Therapies.
Nous avons classé les articles en cinq thèmes : diversité et spécificité culturelles,
études cliniques, études quantitatives, théorie, formation et considérations professionnelles, et une catégorie regroupant tout ce qui ne trouvait pas place dans les
thèmes déjà cités. Au total, 383 articles ont été regroupés selon leur contenu. Le
classement par ordre d’importance en nombre donne : les études cliniques (45%),
les articles théoriques (19%), la diversité et la spécificité culturelles (16%), suivi par
la formation et les considérations professionnelles (10%), les études quantitatives
(6%) et enfin une catégorie regroupant les autres thèmes (4%).
Ce sont les études cliniques qui sont majoritaires. Dans toutes les revues, elles
représentent le plus grand nombre d’articles, qu’il s’agisse de protocoles thérapeutiques ou de techniques spécifiques. Un plus petit nombre d’articles traitent des problèmes cliniques particuliers, dont la prévalence augmente, et de la prévention de
ceux-ci. Au fil de la littérature, quelques thèmes sont particulièrement récurrents. Le
plus large pourcentage concerne les problèmes de couple (par exemple les conflits
de couples et les maltraitances conjugales). A un moindre degré, on trouve les
articles qui traitent des interventions spécifiques auprès d’adolescents pour lesquels
les prises en charge sont difficiles à construire ou qui « résistent » au traitement. A
une moins grande fréquence encore, on trouve comme sujets : l’impact de la maladie
d’un parent dans la parentification d’un enfant et la thérapie par le jeu.
Conflit conjugal et thérapie conjugale
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les études cliniques sont, avant tout, consacrées aux problèmes de couple. Plus précisément, les articles se centrent sur la
recherche de la prévisibilité des problèmes de couple et sur leur prévention, qu’il
s’agisse de séparation, de divorce ou de maltraitance conjugale. Il y a même une
revue (Journal of Marital and Family Therapy) qui a consacré un numéro entier à la
question de la maltraitance conjugale. Les articles de ce numéro et d’autres articles
encore mettent en lumière l’importance du travail de deux praticiens et chercheurs :
John Gottman et Neil Jacobson (qui est mort en 1999). Tous deux ont été extrêmement productifs dans le champ de la violence conjugale et de son traitement, et de
façon plus générale dans tout ce qui concerne la thérapie de couple en tant que telle.
Avant de reprendre les données actuelles concernant le conflit conjugal et la violence entre époux, nous allons vous donner un certain nombre d’informations sur ce
sujet. Aux Etats-Unis, celui qui se marie a environ 50% de chance de divorcer. Il y a
deux périodes particulièrement critiques : durant les sept premières années de
mariage (en moyenne 5,2 ans) et durant les années comprises entre 16 et 20 (en
moyenne 16,4 années) (Gottman et Levenson, 1999). Les divorces précoces semblent liés à l’intensité des interactions négatives dues aux conflits, alors que les
divorces plus tardifs semblent plutôt liés à l’absence d’affects positifs. Le pourcentage élevé de divorces peut être expliqué en partie par le fait que, lorsque les couples
viennent en thérapie, les problèmes relationnels durent depuis 6 ans en moyenne. En
outre, bien qu’approximativement 55% des couples terminant une thérapie s’estiment satisfait de l’amélioration que connaît leur relation, certains rechutent dans les
deux ans qui suivent la thérapie. Tout ceci permet d’évaluer le nombre de succès
total des thérapies de couple à un chiffre qui varie entre 11 et 18% (Jackobson et
Addis, 1997). Lorsque les couples viennent en thérapie, ils ont non seulement
l’expérience de leurs désaccords, mais la majorité d’entre eux (60 à 70%) ont d’ores
et déjà été confrontés à des violences physiques au sein du couple (O’Leary, Vivian
et Malone, 1992). Quoique l’intensité de cette violence soit, en moyenne, faible à
modérée dans les couples qui viennent de leur propre chef, les conséquences de
cette violence peuvent être considérables (les couples qui sont adressés par un tiers,
au lieu de venir spontanément, sont confrontés à une violence plus sévère). Cette
violence a des répercussions non seulement pour la victime et pour les enfants, mais
aussi au sein du couple en affectant négativement la relation. Pour ce sous-groupe
de couples en conflit ouvert et confrontés à la violence, le taux de poursuite du traitement et de succès de la thérapie n’est pas optimal (Brown et O’Leary, 1997).
Etant donné la longueur de la durée du désaccord, et le taux relativement faible
de succès des thérapies de couples, les chercheurs s’orientent, dans les cas de
conflits conjugaux avec violence, vers la tentative d’une meilleure compréhension
de l’étiologie des conflits et des maltraitances conjugales, et en même temps ils
cherchent de nouvelles pistes pour traiter ces pathologies de couple. Au cours de
leur recherche, les praticiens ont mis au point un décodage comportemental de
brèves interactions de couples, qui leur permet de prévoir quels sont les risques de
conflit, de séparation et de violence pour un couple donné, et de trouver la stratégie
la plus adéquate (c’est-à-dire permettant le suivi d’une thérapie et le succès du traitement, de partenaires ayant été confrontés à des violences physiques) (cf. Heyman,
Brown et O’Leary, 1999). Parmi les travaux recensés dans les journaux étudiés,
celui de Gottman et de ses collègues met en évidence qu’il est possible de repérer,
en décryptant les trois premières minutes d’une discussion conflictuelle entre un
homme et femme, les comportements qui vont produire un conflit persistant voire
une éventuelle séparation, et ce de façon précise. Ces comportements sont pour la
femme la tendance à entamer une discussion de façon négative et pour l’homme le
refus de toute remarque venant de sa femme. Les autres facteurs de prédictibilité de
désaccord ou de séparation d’un couple sont la difficulté du couple à amorcer la
désescalade durant les disputes, l’incapacité de la femme à calmer les effets physiologiques de la tension chez son mari, et le faible pourcentage des affects positifs
comparativement aux affects négatifs (Carrere, Buehlman, Gottman, Coan et
Ruckstuhl, 2000). Pour les couples qui ne sont pas en conflit, la proportion entre
affects négatifs et positifs est de 1 sur 5, pour les couples en conflit celle-ci est de 1
sur 1,25. Enfin, Gottman note que les partenaires d’un couple en désaccord, et plus
spécifiquement l’homme, ont plus tendance à interpréter négativement les situations
ou les événements neutres, que les partenaires d’un couple sans problème.
En raison de ces notions, Gottman et ses collègues suggèrent que les prises en
charge de couple favorisent le rapprochement émotionnel entre les partenaires. Ce
rapprochement peut être obtenu en augmentant l’intérêt entre les partenaires, et ce
par l’intermédiaire d’une représentation imaginaire symbolique commune. Cette
reconstruction relationnelle permettra à la femme de donner plus de chaleur affective à son partenaire et de se montrer moins critique, et moins revendicative dans le
ton de sa voix. A quoi répondra, selon toute vraisemblance, une moindre tendance
du mari au retrait affectif, et par voie de conséquence moins de demandes de la
femme. Cette séquence comportementale demande de la femme – retrait du mari est
typique des couples en difficulté, et tend à instaurer un cercle vicieux de réciprocité
négative, qui a un effet globalement négatif sur la relation de couple, et sur le degré
de satisfaction que les partenaires peuvent en ressentir. Ainsi, une simple modification dans la séquence comportementale peut interrompre le cercle vicieux.
Maltraitance conjugale
En ce qui concerne les abus entre époux aucune perspective simple ne se dégage
de cette étude des journaux, telle que nous l’avons faite, pas plus d’ailleurs que de
l’étude élargie de la littérature consacrée à ce sujet. Cela peut sans doute être expliqué en partie par les différences tant qualitatives que quantitatives qui caractérisent
les différentes violences entre partenaires conjugaux. Des études récentes montrent
que 4% de la population a été confrontée d’une façon ou d’une autre à de la violence
physique sévère dans le passé, et 12% à de la violence de moindre intensité (Straus
et Gelles, 1990). Les agressions les plus violentes impliquent préférentiellement les
conjoints pour lesquels un diagnostic psychiatrique de trouble de la personnalité a
été porté (personnalité narcissique ou antisociale, par exemple), ce sont ces couples
qui présentent les relations les plus perturbées et qui viennent le moins spontanément en thérapie (Barrera, Palmer, Brown, et Kalaher, 1994).
Ceux qui ont été concernés par des violences de moindre intensité présentent
moins fréquemment des troubles de la personnalité (Hamberger et Hastings), ont
préservé une meilleure relation de couple, et viennent plus facilement d’eux-mêmes
en thérapie (cependant ils viennent pour des problèmes de couple plutôt que pour
des problèmes personnels) (Barrera et coll., 1994). Ceci explique que cliniciens,
chercheurs et théoriciens, selon qu’ils étudient l’un ou l’autre des extrêmes du continuum de la violence conjugale, de sa forme la moins grave à sa forme la plus grave,
arrivent à des conclusions extrêmement différentes, qu’il s’agisse de position philosophique, d’hypothèses étiologiques ou encore d’orientation thérapeutique. La tendance qui soulève les moins de débats et controverses, en particulier en ce qui
concerne la prise en charge, est celle qui procède à une étude systématique des
hommes qui se sont révélés être des partenaires violents, afin d’en faire une description et une typologie. Dans ce domaine, les travaux les plus anciens proposent des
typologies de ces hommes violents en fonction de leur origine démographique et des
caractéristiques de leur personnalité (par exemple Hamberger et Hastings, 1988).
Les travaux les plus récents essaient plutôt de caractériser les partenaires violents en
fonction de schèmes de comportement durant les disputes. Des analyses de comportement et/ou de séquences comportementales ont permis de différencier les couples
harmonieux, les couples en conflit mais non violents, et les couples en conflit et violents (par exemple Berns, Jacobson et Gottman, 1999a). Ces analyses ont été utilisées en outre pour prédire les chances de suivi et de succès des prises en charge. Une
recherche effectuée par une équipe a examiné les schèmes de communication en
même temps que les niveaux physiologiques de stress durant les disputes (Berns,
Jacobson et Gottman, 1999b). Ils montrent qu’il y a au moins deux types de personnes potentiellement violentes, ceux qui présentent des signes physiologiques
d’excitation et ceux qui n’en présentent pas. Ils font l’hypothèse que ceux qui n’en
présentent pas seraient les moins susceptibles d’être aidés par une approche traditionnelle. Cet essai de systématisation des typologies des personnes susceptibles
d’être violentes en fonction de leurs schèmes de comportement ou du niveau physiologique de leur excitation, est une tentative de progresser dans la compréhension de
l’étiologie de la violence ainsi que d’améliorer l’efficacité des prises en charge en les
ajustant à l’étiologie sous-jacente au comportement violent.
A l’Institut Ackerman à New York, les thérapies se font avec des couples qui
habituellement viennent d’eux-mêmes et l’approche utilisée dans la thérapie est
clairement systémique et contextuelle (par Goldener, 1999). Ces travaux en outre
semblent plus ciblés sur une prise en charge individualisée du couple, alors que les
autres travaux de recherche effectués sur la prise en charge de la violence conjugale
font plutôt état de thérapies de groupe. Dans ce travail, le groupe de l’Institut Ackerman essaie de concilier réalités psychologiques et point de vue éthique. Le travail à
l’Institut se fait plus dans une perspective systémique que dans la confrontation à
l’agresseur. Les techniques visent à la compréhension du mouvement psychologique qui pousse le partenaire à l’agression, tout en le tenant moralement et éthiquement pour responsable de son comportement. En pratique, cela implique une association de compréhension psychologique et de recadrage éthique et moral,
c’est-à-dire comprendre et prendre en compte l’expérience psychologique de
l’agresseur. Mais aussi en soulignant sa décision de se laisser aller à une perte de
contrôle et à des actes de violence envers une personne qu’il dit aimer et auprès de
qui il s’était engagé à ne plus être violent, et la séquence se reproduit.
Adolescents en thérapie
La prise en charge des adolescents est un autre centre d’intérêt. L’approche thérapeutique qui suscite beaucoup d’attention actuellement est la Thérapie Familiale
Multisystémique. Hengeller et ses collègues de l’université de Caroline du Sud travaillent depuis plus de vingt ans avec des adolescents violents et leurs familles qui
présentent de multiples problèmes (voir Cunningham et Hengeller, 1999). Ils ont
une approche familiale systémique mais tiennent compte, dans leurs interventions,
des autres facteurs qui ont habituellement de l’importance dans le succès du traitement. Ces facteurs comprennent de façon non limitative : les capacités cognitives de
l’adolescent, les relations familiales et l’environnement scolaire. Pour Hengeller les
figures parentales ou à défaut les personnes ressources sont fondamentales dans le
travail avec ces familles. A partir de ces prémisses, le succès de la thérapie dépend
largement du travail nécessaire pour mobiliser et impliquer ces personnes ressources ou ces figures parentales. Ce sont ces personnes ressources qui, en fin de
compte, vont créer et maintenir sur une longue période les modifications nécessaires
au changement de comportement de l’adolescent. Le but final est à long terme de
diminuer le comportement antisocial (par exemple la violence, l’utilisation de
drogue et/ou l’abus de psychotropes, le refus scolaire). A partir de son expérience de
thérapie de plusieurs années, Hengeller fait un certain nombre de suggestions aux
thérapeutes travaillant avec les adolescents et leur famille. La recommandation la
plus innovatrice et la plus interactive est celle qui prône les entretiens à domicile.
C’est une tendance qui ressort fréquemment de cette étude des articles. Cette forme
actuelle de thérapie systémique s’appuie sur deux techniques pour augmenter
l’implication de la famille et le succès du traitement. Il s’agit d’une part des signes
d’empathie donnés à la famille, d’autre part du « gift giving ». Le « gift giving » est
en fait une large palette de messages analogiques qui contribuent à donner à la
famille plus d’espoir et d’optimisme quant à l’issue du traitement. Pour un parent
qui se sent incompétent et incapable d’élever ses enfants, le thérapeute peut faire un
tel « don » tout simplement en soulignant ses compétences et ses points forts. Il peut
valider ses sentiments et permettre ainsi une diminution de son anxiété. Le thérapeute peut aussi recadrer les stratégies qu’un parent a employées dans le passé et qui
se sont révélées inefficaces en le faisant de telle façon qu’il ne se sente pas blâmé
par lui pour autant. Ces techniques d’intervention et d’autres similaires ont de nombreuses fois fait la preuve de leur efficacité dans la prise en charge des adolescents
violents, toxicomanes, suicidaires, homicides ou psychotiques. Il apparaît actuellement que l’utilisation de la Thérapie Familiale Multisystémique est particulièrement
adaptée dans la thérapie des jeunes abusés sexuellement. Et enfin, bien que ce ne
soit pas retrouvé dans les articles que nous avons passés en revue, signalons le travail de Jose Szapocnik avec les familles hispaniques, qui combine ces différentes
interventions stratégiques, lorsque ces familles se montrent résistantes au traitement
(cf. Coatsworth, Szapocnik; Kurtines, et Santisteban, 1997). Ces techniques stratégiques sont vraisemblablement recommandables pour l’approche des familles qui
présentent des particularités transculturelles, et pour le traitement des familles qui
« résistent » à la prise en charge.
Diversité et spécificité culturelles
C’est un thème extrêmement large que nous avons trouvé là dans la revue de la
littérature étudiée. Certains articles sont centrés sur les questions culturelles qui se
posent spécifiquement aux Etats-Unis, d’autres sur les problèmes qui peuvent se
poser pour d’autres pays et d’autres cultures. Dans notre étude, nous nous sommes
limitées à la question de la diversité culturelle rencontrée aux Etats-Unis. Mais même
avec cette délimitation du champ, il est difficile de faire un résumé des tendances
actuelles tant il y a de variétés de sous-groupes culturels et d’aspects envisagés. En
terme de sous-groupes culturels, plusieurs articles envisagent ce qui concerne un
groupe ethnique ou un autre, et d’autres articles font des comparaisons à travers différents groupes ethniques ou culturels. En terme de représentation relative des
groupes ethniques, les articles s’intéressent aux problèmes posés chez les Afroaméricains, les Sud-américains, les Asiatiques-américains ainsi que les familles juives.
Sans en faire le thème principal, de nombreuses publications incluent : le racisme en
thérapie familiale, les pratiques de soins, l’acculturation à travers les générations,
l’influence des parents dans le choix des camarades, les mariages à l’intérieur des
groupes ethniques et culturels et les mariages mixtes, l’influence de la culture sur la
vie familiale, les familles monoparentales, et les questions d’actualité (par exemple
la révélation de l’homosexualité masculine ou féminine).
Un certain nombre d’articles s’intéressent au racisme en thérapie familiale (par
exemple Laszloffy et Hardy, 2000). La suggestion faite aux thérapeutes qui s’occupent de familles différentes de leurs familles d’origine culturellement ou ethniquement, est de rester sensibles à la puissance des préjugés qui nous sont propres. Dans
quelques situations il est même possible que se greffent, en plus de nos préjugés
raciaux, des préjugés dus aux différences de classes sociales. Le client qui évolue
dans un contexte très différent (du point de vue social et/ou économique) de celui du
thérapeute, peut avoir des échelles de valeur, ou faire des choix de vie, qui ne sont
pas compris par le clinicien. Cette sensibilité à la différence doit être d’autant plus
grande lorsque le client ou la famille ont été adressés judiciairement en thérapie
(Baker, 1999). Le meilleur moyen de connaître son client et ses valeurs sociales est
de se familiariser d’une façon ou d’une autre avec son environnement culturel (par
exemple par l’intermédiaire de la littérature, du cinéma ou des journaux). Cependant, même si intuitivement ces recommandations paraissent raisonnables, on peut
se poser la question de savoir si le thérapeute a en vraiment le temps, ou s’il peut
faire l’effort de les mettre en pratique.
Une autre question qui crée de nouveaux sujets de réflexion pour le thérapeute
est celle de la constante modification de la structure de la famille aux USA. Ce
changement concerne tous les niveaux socio-économiques (avec les familles mono-parentales et/ou le divorce comme principal responsable de cet état de fait). Cette
reconfiguration est particulièrement évidente dans une minorité de familles, où on
trouve une tendance grandissante, et déjà significative, à ce que les grands-parents
deviennent de fait les principaux responsables de l’éducation de leurs petits-enfants
(voir Brown-Standrige et Flyod, 2000). Malheureusement, ceci change la nature de
notre description de la famille typique. La conséquence de ces changements dans la
structure de la famille est que, en tant que thérapeutes, nous devons repenser notre
conceptualisation de la famille et prendre en compte l’impact que cela représente
pour l’enfant comme pour ceux qui en ont la charge. Indépendamment de la situation financière de la famille, la nécessité d’élever un petit-enfant provoque des
modifications majeures dans la vie des grands-parents sans oublier qu’il peut s’agir
d’un grand-parent isolé qui ne bénéficie pas obligatoirement d’une aide de son
entourage social. Les enfants de ces familles monoparentales peuvent alors ressentir
une anxiété majeure à se demander qui va bien vouloir et pouvoir prendre soin
d’eux. L’âge et la santé des grands-parents responsables de son éducation peuvent
devenir des préoccupations majeures pour l’enfant, et la nécessité de préserver
ceux-ci de ses propres problèmes d’enfant peut alors dépasser les capacités normales pour son âge.
Parmi les autres questions qui entraînent des découvertes et/ou des implications
importantes, on peut trouver le problème de l’influence de la culture sur la vie familiale (Seman et Fisch, 2000) et la constatation du relativement faible effet de la différence ou au contraire de la similitude des origines culturelles entre les conjoints
dans la réussite d’un couple (Heller et Wood, 2000). En d’autres termes ceux qui ont
un même passé culturel trouvent cette similitude utile dans la négociation des nouveaux enjeux présidant à la construction et à l’histoire de leur relation de couple.
Alors que, du point de vue de ceux qui ont un passé culturel différent, cette différence entre leurs références culturelles et les valeurs qui leurs sont propres, est une
aide, car la négociation qu’implique cette différence les rend plus proches grâce à
une meilleure compréhension et une meilleure acceptation de l’autre.
Les articles théoriques décrivent toute la gamme possible depuis l’adaptation de
certaines techniques de thérapie familiale à certains types de problèmes familiaux
ou à certains types de population jusqu’à la proposition que les thérapeutes familiaux ne fassent appel à aucun support théorique construit (Held, 2000). Dans la première catégorie, on trouve plusieurs articles qui recommandent l’utilisation des thérapies brèves centrées sur la solution et/ou les thérapies de résolution des
problèmes. Cette recommandation est sous-tendue par des études qui montrent que
même lorsqu’il se fait sur un court terme, le travail peut apporter des résultats significatifs. De plus ces résultats peuvent être obtenus avec des problèmes actuels très
préoccupants tels que la toxicomanie et autres comportements « asociaux » (par
exemple la violence ou le refus scolaire). Dans la deuxième catégorie se trouvent
ceux qui argumentent que le paradigme du système familial traditionnel a été perdu
(Pilgrim, 2000) au grand dam des thérapeutes. Ils partent du principe que nous
sommes passés d’un modèle dirigé par le thérapeute à un travail clinique orienté sur
le résultat et dirigé par le client (Miller et Duncan 2000). C’est-à-dire un travail du
thérapeute centré sur le client, lui-même centré sur les buts du traitement et l’évaluation des résultats. Le problème majeur, soulignent certains, est le manque de possibilité d’apporter une évidence clinique permettant de démontrer l’efficacité de ce
modèle post-moderne (Etchinson et Kleist, 2000). La thérapie narrative fait partie
de ces modèles post-modernes. Il s’agit le plus souvent d’une narration orale, qui a
été caricaturée par certains comme athéorique et sans fondement clinique direct.
Cependant il peut être possible de considérer la narration orale comme une technique thérapeutique, des études ont montré à plusieurs reprises que les interventions
narratives écrites ont des effets positifs aussi bien sur la santé psychologique que sur
le bien-être physique (par exemple Smyth, 1998).
Formation et considérations professionnelles
De façon assez surprenante, cette catégorie est plutôt sous-représentée. En fait
certains périodiques n’ont aucun article concernant la formation ou les considérations professionnelles. Parmi les articles traitant de ce sujet, la majorité se consacre
au problème de la supervision. On retrouve des suggestions telles que : intégrer dans
un cursus de formation des perspectives différentes (par exemple le Bouddhisme),
favoriser la progression du supervisé en respectant les orientations théoriques qu’il
préfère; sont aussi soulignés des points comme l’importance de la supervision par
interphone et l’influence de la relation avec le superviseur dans la formation. Un
article expose les attitudes du superviseur susceptibles de favoriser une expérience
qui sera ressentie comme bénéfique par le supervisé (Anderson, Schlossberg et
Rigazzio-Digilio, 2000). Ces attitudes sont : la création d’un environnement ouvert
et chaleureux pour le supervisé, un style de communication pragmatique faite
d’interventions ciblées, utilisables aisément et éclairantes, des encouragements, une
attention portée au développement personnel, une aide et un soutien aussi bien
conceptuels que techniques.
Evaluations quantitatives
Il n’est pas étonnant qu’il y ait peu d’articles traitant de l’élaboration d’outils de
mesure. Les outils de mesure sont eux-mêmes évalués en fonction de leur capacité à
apprécier les résultats d’une thérapie familiale, d’autres outils ont été créés pour
évaluer les compétences des thérapeutes ou bien l’observance d’un protocole spécifique, ou encore une approche ou une orientation thérapeutiques. Les nouvelles
échelles et celles qui ont été révisées, sont généralement présentées avec leur
méthode de construction et leur validité. Les échelles en elles-mêmes mesurent les
interactions de couple, la satisfaction conjugale, le fonctionnement familial ainsi
que la compétence du thérapeute, pour n’en citer que quelques-unes.
En résumant la littérature en thérapie familiale parue au cours de ces deux dernières années, nous avons relevé un certain nombre de tendances. Cette littérature
est essentiellement clinique. Comme nous l’avons déjà dit, les articles se centrent
essentiellement sur l’intervention thérapeutique. Quelques articles décrivent des
études expérimentales traditionnelles, d’autres des analyses qualitatives (par
exemple, des études de cas). L’intérêt se porte vers les relations de couple, la thérapie conjugale, les violences conjugales ainsi que la thérapie avec les adolescents. La
thérapie avec les adolescents se focalise essentiellement sur l’engagement du travail
avec les familles d’adolescents toxicomanes, victimes d’abus sexuels ou délinquants. Par ordre d’intérêt viennent ensuite la théorie, les questions culturelles,
l’évaluation et la formation et les considérations professionnelles. On peut aussi
remarquer que les journaux recensés sont sur le fonds très différents les uns des
autres. L’essentiel de la différence concerne le contenu, que celui-ci soit expérimental, semi-expérimental ou théorique. Au total, il apparaît que des apports théoriques
innovants engendrent actuellement des débats théoriques à partir de perspectives
extrêmement différentes qui questionnent en même temps qu’elles prolongent le
travail clinique, et trouvent à redire au travail de certains thérapeutes familiaux ou
de couple.
Traduction : Brigitte Waternaux
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Ph. D., The Institute for Graduate Clinical Psychology, Widener University, United States.