2001
THÉRAPIE FAMILIALE
Les pionniers de la thérapie familiale
Rome, 8-9-10 décembre 2000. Chronique d’un marathon du retour aux sources
Michèle Laurent
Que vous raconter brièvement de cette grande fête, de cette célébration de notre
mouvement qui s’est déroulée à Rome en ce début décembre ?
Tout d’abord le public, 1200 participants, en majorité italiens, même si les francophones ont répondu à l’appel en grand nombre.
Ensuite les acteurs : tous les grands noms actuels de la thérapie familiale de la
péninsule : M. Andolfi, L. Boscolo, R. De Bernardt, C. Loriedo, C. Saccu, L. Cancrini, G. Cecchin, V. Ugazio, S. Cirillo, M. Selvini, V. Cigoli, A. Canevaro; accompagnés de leurs partenaires d’outre-atlantique C. Slusky, R. Haber, K. Laperriere, E.
Genijovich et, bien sûr, l’actuel pionnier S. Minuchin qui semblait faire le lien entre
le passé et notre quotidien.
Enfin le spectacle : trois journées intenses (rythmes teutoniques en terre
latine…mais oui !) tant sur le plan de la qualité des contenus des conférences qui
nous ont exposé l’évolution des plus importants pionniers de la thérapie familiale que
sur le plan des émotions que chacun des « spectacteurs » a pu, comme moi, éprouver !
En effet, au-delà de leurs idées originales qui ont marqué l’évolution du mouvement systémique, nous avons découvert, à travers les témoignages des actuels
« maîtres » qui furent leurs élèves, des hommes et des femmes authentiques avec leur
histoire familiale, personnelle et professionnelle. Ces témoignages étaient illustrés
par des photos, documents d’époque, des vidéos de leur contexte familial et de leur
travail thérapeutique avec les familles, qui nous permettaient d’imaginer leur style,
leur caractère et leur personnalité. Un exemple particulièrement émouvant fut le
témoignage de M. Selvini sur la vie et la carrière de sa célèbre maman disparue il y a
peu… Mais je pourrais vous raconter tant d’autres bouts de vie de ces ancêtres de
notre grande famille de thérapeutes systémiques (V. Satir, C. Whitaker, M. Bowen, J.
Framo, N. Ackerman, S. Minuchin, J. Haley, M. Erickson) qui nous obligent encore
une fois à reconnaître combien l’histoire familiale d’un individu en détermine les
caractéristiques, les croyances et les comportements et combien il est important, pour
nous tous, de nous interroger sur notre histoire pour être efficace dans notre pratique.
Cette connaissance approfondie du passé dans le présent nous a portés, finalement, à discuter du défi futur de la thérapie familiale : affronter les changements de
la famille (familles recomposées, couples homosexuels etc.), savoir travailler, dans
une logique de la complexité, en collaboration avec d’autres approches théoriques et
définir judicieusement les indications d’une thérapie familiale mais aussi nous souvenir que la thérapie familiale n’est qu’une des applications de l’optique systémique
qui peut être utile dans d’autres champs comme les situations psycho-juridiques, la
médiation écologique, l’organisation de l’entreprise, etc. Le dernier mot à L. Cancrini qui, fidèle aux convictions qui ont marqué sa carrière en Italie, a insisté sur
l’aspect politico-social de la santé mentale, revendiquant, pour tous, le droit à la
psychothérapie la plus adéquate et, pour tous les thérapeutes, le droit à la formation
et à la supervision…
De quoi nous inciter tous à réfléchir comme êtres humains, citoyens et professionnels de la santé mentale…