2001
THÉRAPIE FAMILIALE
Les articles
Brigitte Waternaux
L’exclusion s’apprend très tôt ! La marginalisation est un processus de groupe
qui peut se mettre en route dès la vie scolaire. Dans son article, P. Kahn se penche
sur ce phénomène et il préconise un « remède de groupe » au bénéfice de l’enfant
laissé de côté par ses camarades.
Il suggère un travail avec la classe en tant que groupe : il sollicite la classe dans
sa capacité créatrice à trouver des solutions aux problèmes qu’elle a généré. Renversement du cercle vicieux en cercle vertueux, ceux-là mêmes qui mettaient à l’écart
sont sollicités pour donner leurs « conseils pour ne pas être mis à part du reste de la
classe ». Des exemples viennent à l’appui du propos.
Une autre forme d’exclusion peut se mettre en place : la maladie chronique
menace le malade dans son intégration dans sa famille. Exclusion subtile qui
s’exerce dans les deux sens : le malade minimise son état, jusqu’au déni – s’isolant
ainsi de la possibilité d’un partage de son fardeau, les membres de la famille tendent
de leur côté à ne pas voir l’état de santé du malade, source d’angoisse potentielle –
lui refusant ainsi un soutien pourtant nécessaire.
Double malentendu qui fige l’histoire de la famille et que les auteurs
M. Gennart, M. Vannotti et J.-P. Zellweger proposent d’alléger en rencontrant
alternativement la famille et le patient. Une étude détaillée de plusieurs cas
commentés permet d’explorer ce domaine peu connu de la psychiatrie de liaison.
Deux voix pour parler du deuil : celle d’Y. Rey et celle de J.-P. Gaillard. L’une
qui, à travers une description clinique d’une famille bloquée dans un deuil « impossible », nous parle d’espoir et d’une vie qui peut à nouveau se parler, se penser et se
projeter. Une oie est sa complice, une oie systémique d’un jeu réinventé pour découvrir une nouvelle façon de regarder l’histoire de la famille.
L’autre nous mène vers une réflexion sur le deuil en tant « qu’état de stress
aigu », et vers l’histoire d’une famille confrontée à un deuil aggravé. Les étapes du
deuil sont modélisées en une spirale : choc, refus, colère, marchandage sont les invariants de la douleur du deuil partagée par l’humanité entière.
Dans l’article de S. Hirsch, P. Fossion, M.-C. Rejas, M.-T. Kastl, L. Servais,
I. Pelc, J.-C. Benoit, c’est la voix de S. Hirsch que nous entendons. La voix d’un survivant de la Shoah qui a décidé d’aider les enfants survivants à revivre normalement.
Il découvre-invente l’effet reconstructeur du groupe pour ces jeunes blessés d’une
façon impartageable par ceux qui n’ont pas vécu la même expérience. Il propose une
réflexion sur les barrières transgénérationnelles et sur la loyauté qui peut empêcher
un jeune de prendre son autonomie car la cohésion familiale fut facteur de survie
dans ces circonstances exceptionnelles. Des exemples cliniques viennent illustrer
son propos de thérapeute et de formateur.
Entre poésie et réflexion, C. Labaki nous emmène fort loin, loin de l’Europe.
Les cartes postales qu’elle nous ramène nous renvoient au fondement des questions
qui se posent en formation, et qui finalement sont les mêmes que celles qui se
posent dans les thérapies familiales.
Ces questions sont : La rencontre avec l’autre, que vient-il chercher ? Comment
respecter l’autre ? Comment entendre l’altérité de la culture de l’autre ? Comment
aider l’autre à mettre du neuf dans le sac à dos, métaphore de la relation étudiantformateur ? Il s’agit, là aussi, d’un processus de créativité. La formation est un processus, le chemin se crée en marchant.
Etre psychothérapeute relève-t-il du métier ou de l’engagement à une cause ? Les
deux bien sûr, mais G. Miller et S. de Shazer soutiennent l’idée qu’il n’est pas possible pour un thérapeute d’avoir un discours aux deux niveaux simultanément. Le
discours sur le métier est une communication, le discours sur l’engagement est une
méta-communication. L’article propose une réflexion sur les jeux du langage en thérapie, le lien entre politique et thérapie et la question de l’éthique. L’importance du
langage est capitale, car il nous est si familier qu’il semble univoque, alors qu’il est
associé à la manière d’être au monde. Il en est de même en thérapie; ainsi, les thérapeutes centrés sur les solutions tentent de l’utiliser pour ouvrir les possibilités.