Thérapie Familiale
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
94 pages

p. 61 à 80
doi: en cours

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Volume 23 2002/1

2002 THÉRAPIE FAMILIALE

L’expérience sénégalaise en thérapie familiale systémique

Paula Lambert  [*] APEFE CHU de Fahn B.P. 5097 Dakar, Sénégal Nicole Huart  [**] Birama Seck  [***]
Dans ce travail, les auteurs témoignent de leur expérience des différentes étapes de la mise en place d’une formation en thérapie familiale systémique au Sénégal. Ils montrent la pertinence de cette approche thérapeutique dans le milieu sénégalais ainsi que les aménagements nécessaires du cadre thérapeutique et du processus de formation qui tiennent compte des réalités socioculturelles. Ils développent en particulier le thème de la formation dans un contexte d’interculturalité à partir des vécus respectifs du formé sénégalais et du formateur européen.Mots-clés : Formation en thérapie familiale systémique, Interculturalité, Sénégal, Afrique. In this article the authors present their experience of the different times for the setting of a training in familial systemic therapy in Senegal. They explain the reasons of the adequacy of this way of treatment in senegalese society and the changes they estimated necessary in the therapeutic and training framework. They also develop the process of a training in a intercultural context by the european trainer and the senegalese student’s saying. Keywords : Systemic training, Family therapy, Cross-culturalism, Senegal, Africa. Con este trabajo, los autores testimonian de su experiencia en las sucesivas etapas de la puesta en funcionamiento de una formación en terapia familiar sistemìca en Senegal. Demuestran la pertinencia de este método terapéutico en el medio senegales así cómo las necesarias remodelaciones del cuadro terapéutico y del proceso de formación que tienen en cuenta las realidades socioculturales. Desarrollan particularmente el tema de la formación en un contexto de interculturalidad partiendo de las respectivas experiencias del capacitado senegales y del formador europeo.Palabras claves : Formación terapia familiar sistemìca, Interculturalidad, Senegal, Africa.
 
Introduction
 
 
La thérapie familiale systémique est un modèle de prise en charge psychothérapique du patient et du groupe familial auquel il appartient. Ce modèle connut un grand développement aux Etats-Unis d’Amérique et en Europe surtout depuis les années 70-75. Il apparaît très adapté à la pratique et aux besoins de stratégies de soins en santé mentale au Sénégal et même en Afrique.
L’Afrique traditionnelle n’est pas un terrain vierge de toute expérience systémique. Rapidement l’adéquation d’une telle approche nous a paru évidente pour plusieurs raisons. En effet comme l’ont signalé plusieurs auteurs africains et notamment I. Sow (12) et J.P. Tsala Tsala (13), les sociétés africaines sont organisées sur le mode concentrique allant de la famille à l’ethnie en passant par le clan et la tribu. L’individu n’existe que par et pour le groupe. Il est au centre d’un réseau de relation qui le lie au monde invisible des esprits et des ancêtres et à celui plus humain de sa communauté. Il est défini selon I. Sow (12) et J.P. Tsala Tsala (13) comme une totalité ordonnée et inscrite sur un triple plan relationnel : phylogénétique (par rapport à l’être ancestral) socioculturel (par rapport au système des alliances et de la communauté élargie) et ontologique (par rapport à son individualité toujours perçue à travers le prisme de la famille restreinte et du langage).
Ceci montre aisément qu’en Afrique, la famille est une structure large voire élargie, un système d’interactions théoriquement plus complexes comme le décrit Porot (11), c’est-à-dire un système qui ne se définit pas seulement selon les seuls critères de la consanguinité et de la cohabitation.
Les sociétés africaines ne sont nullement fixées et incapables d’évolution. Nous vivons en terre africaine une époque où se côtoient et se rencontrent tradition et modernité, provoquant ainsi la remise en question des éléments qui assuraient et justifiaient l’organisation des sociétés traditionnelles. L’intervention de nouvelles normes éthiques, politiques et religieuses ont largement contribué à leur transformation.
De ce fait, il est rare de voir une société africaine qui fonctionne exclusivement sur le modèle traditionnel; de même, on ne rencontre pas non plus de société « radicalement transformée ne comportant aucun élément de ses fondements traditionnels », Tsala Tsala (13).
Nous savons que la famille est la cellule de base de la société. Toute transformation de celle-ci suppose celle de l’autre. Les rapports entre les individus, les sexes et les âges changent. Toute transformation est source de conflit, permanent, latent, avec les autres.
 
I. Le modèle systémique est-il pertinent au Sénégal ?
 
 
Nous proposons de reprendre successivement le contexte traditionnel puis moderne pour en souligner les parallélismes de pensée, que l’on peut établir avec la lecture systémique du fonctionnement des individus.
1. Dans le monde traditionnel : une évidence
L’importance de la famille et du groupe est grande dans l’éducation de l’enfant africain.
En Occident et en Europe, les parents apprennent à leur enfant à se débrouiller, à s’autonomiser; en Afrique traditionnelle, on lui apprend à comprendre sa place dans le groupe, les attentes de celui-ci à son égard, ses devoirs et droits vis-à-vis des autres, bref son appartenance à un groupe. Ceci fait partie des objectifs du processus d’initiation traditionnelle. (Lambert, 8)
La loyauté à ses ancêtres est entretenue et l’histoire de la famille à laquelle appartient cet enfant lui arrive aux oreilles lors des cérémonies par les chants des griots.
Le concept des « devoirs et mérites » tel que développé par I. Nagy (7), est bien ancré chez l’enfant : quand on lui demande le métier qu’il souhaite faire plus tard, il répond immanquablement dès son plus jeune âge : « Un travail pour donner de l’argent à mes parents ».
Pour l’enfant, c’est à l’occasion de son mariage que seront reconnus officiellement ses mérites : le bon comportement est pointé sous forme de louanges telles que « tu as été un bon fils avec moi » afin de bénir le nouveau couple et lui reconnaître le droit à la création d’une famille sous de bons augures. S’il y a abus, le groupe le signifie et le sanctionne.
Il a été relevé également que lorsque cette tradition vient à ne pas être respectée, « on peut avoir des migraines » parce que, non seulement la mission de s’occuper de la famille ne prend jamais fin mais en plus il y a un manque de reconnaissance officielle.
A propos de notion de dette, la reconnaissance de fin de dette n’existe pas puisqu’ici, celle-ci est infinie envers les parents.
Nous pouvons noter l’importance du code très strict régissant la prise de parole, au sein d’un groupe. Brièvement dit, « n’importe qui ne dit pas n’importe quoi à n’importe qui n’importe quand ni n’importe comment ». Ce code prend tout son sens quand on sait la grande proximité de cohabitation des nombreux membres d’une même famille (parfois quatre générations sous le même toit, grande fratrie, coépouses): ceci implique automatiquement tensions et conflits et nécessite la mise en place de mécanismes de protection : une véritable grammaire sociale est créée.
L’auditeur ne vous écoutera pas si vous parlez d’une place qui ne vous revient pas. Par exemple l’aîné sera entendu par le plus jeune et non l’inverse, quel que soit le bon sens de l’intervention, à moins de prendre des précautions particulières (excuses, position dans l’espace, posture, position du regard, rappel du respect verbalement, médiateur).
Les relations de plaisanteries de dominant-dominé, nommées explicitement comme « noble à esclave », relèvent de cette grammaire sociale telles que décrite par A. Bara Diop (1).
C’est donc dans le langage non verbal que se découvrent les relations vécues implicitement, hors code qui, lui, sera respecté explicitement.
On pourra connaître et y déceler les alliances, les émotions, les contradictions. Un maintien, une prise de parole, une distance physique, un ton de voix, un silence seront des indices importants pour analyser les interactions familiales. Ainsi la coépouse est-elle trop à l’avant-plan spatialement ? Ce fait éveillera une interrogation. L’utilisation de l’espace, comme nous le montre S. Minuchin (10) dans son travail, témoigne de la structure de la famille et permettra d’intervenir sur celle-ci en respectant les codes traditionnels.
Certains auteurs ont mis en évidence que les élèves du milieu rural privilégient le mode analogique comme mode de traitement de l’information et l’analyse d’une situation, par rapport au mode analytique plus développé en milieu urbain.
P. Watzlawick (15) parle du cerveau droit mieux armé au plan cognitif pour percevoir les structures spatiales complexes, où prédominent l’image, l’analogie. Peut-on dire que le mode d’approche traditionnel du monde privilégie le traitement analogique et peut-être le travail de l’hémisphère droit ?
Comme en systémique, l’analyse du « pourquoi » est rarement évoquée, renvoyant à la dimension spirituelle (c’est Dieu qui décide), mais la question du « comment » est celle qui dépend du domaine du mortel. « Pourquoi est-il malade ?» devient : « Comment le soigner ?»
Face aux différents conflits qui naissent entre les membres d’une famille, celle-ci a ses médiateurs qui procèdent de techniques proches de celles retrouvées chez certains thérapeutes familiaux.
Ainsi de nombreux modes d’analyse et d’intervention décrits dans l’approche préconisée en thérapie familiale systémique se retrouvent dans les échanges traditionnels.
Le concept même de maladie dans la pensée traditionnelle africaine a des points de similitude avec la notion de « patient désigné » des thérapies écosystémiques, que ce soit dans la possession par un esprit ou le maraboutage. Pour illustrer cette pensée africaine nous prenons l’exemple d’une des représentations de la maladie mentale dans le milieu wolof et lébou du Sénégal.
Le « rab», esprit ancestral, s’est fixé chez un membre de la famille et tourmente celui-ci pour exprimer son mécontentement face au non-respect par la famille entière de l’entretien de son autel ou de toute autre négligence à son égard. La « faute » est ailleurs que chez l’individu porteur du mal-être et c’est au groupe familial de trouver un remède et d’organiser une cérémonie de façon à retrouver la paix avec ce rab dont dépendra la guérison du malade et sa réinsertion dans le groupe. Dans cet exemple, comme dans bien d’autres, l’influence des générations antérieures est prépondérante dans la vie d’un individu. Ainsi la notion d’une personne portant un symptôme témoignant d’un dysfonctionnement plus global est très rapidement comprise par la population sénégalaise. Les patients ou parents d’un enfant qui consultent nous font de véritables leçons : « Docteur, c’est plus compliqué que cela, si vous vous intéressez aux problèmes de mon fils, il faut remonter deux générations !»
Il est fréquent de parler « d’hériter d’une malédiction familiale », ce qui motive la consultation chez le guérisseur.
Le guérisseur, lui aussi, recherchera l’origine du problème dans une difficulté d’interaction entre deux systèmes protagonistes (le monde des anciens et des vivants ou entre deux individus en compétition), plutôt que dans le vécu et l’histoire propre d’un individu ou la nature propre de la maladie.
La maladie physique aussi est traitée en envisageant le contexte de son apparition « le docteur soigne la plaie, le guérisseur soigne la maladie qui a créé la plaie ».
Le traitement traditionnel aura pour effet de mobiliser toutes les ressources familiales et de changer le comportement de chaque membre du groupe envers le malade. Celui-ci considéré comme guéri par la pratique des rituels retrouvera la place et la fonction qui lui était attribuée dans le groupe et donc bénéficiera d’interactions « saines » avec son entourage.
Nous pouvons donc dire après Tsala Tsala (13) qu’en redonnant un sens nouveau et renouvelé aux relations du groupe familial, la thérapie familiale rejoint d’une certaine manière la tradition africaine et contribue sans conteste à la construction de l’identité des individus.
2. Après les Indépendances
Un autre héritage propre à la psychiatrie du Sénégal est celui laissé par le professeur H. Collomb, psychiatre militaire français, et ses collaborateurs, dans les années soixante et soixante dix.
Leurs travaux ont mis en évidence des différences avec le monde occidental en ce qui concerne la fréquence et la représentation des maladies mentales et ont souligné l’utilité d’introduire des données culturelles dans la compréhension et la prise en charge des patients. Ces données sont un trésor détenu par la famille.
A son initiative, se sont créés au Sénégal les villages psychiatriques; ces entités représentaient des lieux de thérapie institutionnelle et de thérapie de groupe; le malade avait l’opportunité de rester au sein de son environnement culturel, dans une structure de village avec sa famille et son thérapeute traditionnel. Le souci était de rechercher dans l’environnement naturel du malade les ressources nécessaires à son traitement.
R. Collignon (4) nous résume la philosophie de base du projet « village psychiatrique »: il existait une volonté « de ne pas séparer le malade de sa famille, de son groupe social de son environnement familier; de l’intégrer dans une communauté à la vie de laquelle il participe à part entière. Le village thérapeutique s’inspire… de la tradition telle qu’elle s’observe dans les communautés thérapeutiques autour des guérisseurs… » Mais ces villages n’ont pas résisté à l’épreuve du temps. La pratique du pënc (Assemblée communautaire réunissant malades, accompagnants et personnel soignant, sous une case symbolisant l’arbre à palabre, pour discuter des problèmes de la communauté) à l’hôpital psychiatrique du CHU de Fann, a persisté. A. Dia (5).
La thérapie familiale s’inscrit donc au Sénégal, dans un contexte historique où les professionnels en santé mentale considéraient déjà comme importantes les ressources thérapeutiques apportées par l’environnement et la famille.
3. Dans l’Afrique moderne, une nécessité
Devant le peu de personnel spécialisé et formé dans les domaines de la santé mentale en Afrique de l’Ouest, (s’il existe plus d’une dizaine de psychiatres dans trois pays, d’autres n’en comptent pas plus de cinq, ou aucun !) et l’abondance de patients se présentant au cabinet du psychiatre en une matinée (parfois 80 consultations par jour), la chimiothérapie s’est imposée parmi les méthodes thérapeutiques permettant un temps de consultation plus limité; par ailleurs, elle répond à un besoin de médicament de la part de la population habituée aux remèdes des guérisseurs.
Dans ce contexte de consultation, il est habituel de voir le patient avec des accompagnants, ainsi qu‘en témoigne la foule qui patiente dans la salle d’attente.
La prise de médicaments, même si elle est souhaitée et très suivie par les familles, apportent une amélioration certaine, mais nombreux sont les patients qui se chronicisent, deviennent dépendants du médecin, et ne désemplissent pas les salles de consultation. Ceci est un facteur qui a poussé les thérapeutes à s’interroger sur une autre manière de soigner. Le travail avec les familles semble convenir d’autant mieux que la présence des accompagnants n’est pas une innovation, tant en consultation qu’en hospitalisation.
Il est vrai qu’impliquer la famille dans le traitement augmentera la durée de la consultation, mais la qualité du travail qu’elle permettra d’accomplir aura pour conséquence, on peut l’espérer, d’espacer les entretiens.
Ceci est d’autant plus important que les déplacements sont souvent grands (le peu de structures obligent les personnes à se rendre à Dakar), difficiles (état des routes, des transports en commun, rareté des véhicules) et coûteux.
Même lors de l’hospitalisation, le patient continue à bénéficier de la présence d’un membre de sa famille; cette caractéristique des hospitalisations au CHU de Fann est d’ailleurs devenue une exigence de la part de l’administration hospitalière non seulement en psychiatrie mais dans les autres services de l’hôpital aussi. En effet cet accompagnant doit pallier au manque de personnel dans le service (soins, repas, toilette, surveillance), au manque de moyens financiers (apporter le repas, aller acheter les médicaments dans les pharmacies de la ville …): il représente une mine d’or pour l’intervenant systémique !
En Afrique, plus qu’ailleurs, il est demandé beaucoup à la famille : le principe de sécurité sociale n’étant pas développé dans le pays, c’est la famille qui doit couvrir les frais médicaux; les structures alternatives à l’hôpital (hôpital de jour, foyer, appartement thérapeutique, école spécialisée, institut médico-pédagogique …) étant inexistantes, c’est encore à la famille de prendre le relais.
Certains individus cependant, considèrent que la famille prend trop de place dans leur vie, elle les étouffe, elle les aliène, et leur demande d’aide psychologique est de pouvoir se dégager de la famille, d’en intérioriser les valeurs selon un choix conscient et de s’autonomiser par rapport à elle. Nous pensons qu’avant cette étape, la rencontre avec la famille est incontournable dans la majorité des situations afin que la distance ainsi souhaitée soit mieux comprise et plus bénéfique pour la famille et l’individu.
Pour la plupart des personnes qui ont donc la chance d’avoir un travail, l’autonomisation doit se monnayer pour prouver le respect des règles de solidarité envers le groupe, le respect des siens, l’appartenance à un réseau, sinon elle sera vécue comme un abandon de la famille démunie. Culpabilité, dettes et loyauté viennent ainsi au premier plan des thèmes abordés par les familles économiquement aisées.
L’outil systémique nous a paru également performant pour permettre un cadre de travail avec la famille, qui donne la possibilité d’utiliser et d’aborder les croyances traditionnelles sans se substituer aux guérisseurs traditionnels.
Tout comme dans la formation, le code culturel sera très présent en début de rencontre, comme une carte de visite, et réapparaîtra au moment de crises pour s’estomper ensuite.
Il est donc important en début de traitement de se renseigner sur les valeurs culturelles de la famille et de permettre un garde-fou en cours de route si des écarts dérangeants devaient se faire.
Dans la prise en compte du réseau d’interventions thérapeutiques, l’itinéraire somatique ou traditionnel, que suit le patient, sera restitué par la famille et représentera un matériel de travail dans l’abord systémique. Ainsi la perception de la problématique actuelle par les différents membres de la famille est appréhendée lors des rencontres, les personnes présentes évoquant les différentes interprétations sur plusieurs générations.
Ces entretiens permettent également de contourner l’obstacle de la méconnaissance de la culture et des différences culturelles, puisqu’elle fait parler les consultants de leur système de valeur, les règles de fonctionnement, de leurs objectifs prioritaires, de ce qu’ils veulent conserver ou changer...
Nous avons donc pu, par notre expérience clinique à Dakar, confirmer l’hypothèse de départ, en l’occurrence : la thérapie familiale systémique constitue une voie thérapeutique qui s’adapte à toute famille comme à toute culture. Le thérapeute familial est celui qui est chargé d’aider les familles en crise aux finalités floues ou brouillées à trouver une issue favorable pour vivre en harmonie. Pour atteindre cet objectif le thérapeute familial doit être armé de moyens pédagogiques opérationnels efficaces, il est d’abord un pédagogue du dialogue donc de l’égalitarisme communicationnel. Son rôle est de promouvoir les changements entendus comme réorganisation et repositionnement. Mais ce nouvel équilibre visé ne peut s’obtenir que si la famille prend conscience qu’une autre alternative est possible.
 
II. Historique de la mise en place de la formation
 
 
Une pédopsychiatre belge, une psychologue belge et un psychiatre militaire français, tous trois coopérants au Sénégal, vivant à Dakar et formés en thérapie familiale systémique, se sont regroupés pour échanger leurs expériences. Le trio de base était constitué : un homme deux femmes, une psychologue deux psychiatres, un militaire deux civiles … bref, ils se complétaient presque parfaitement : il restait à rencontrer l’intérêt de leurs collègues sénégalais qui s’est rapidement manifesté, et ensemble créer un projet.
Le trio européen de « formés » ou « initiateurs » a donc proposé une année de sensibilisation adressée au personnel de l’Hôpital de Fann ainsi qu’à d’autres partenaires extérieurs à l’institution; ce travail a continué dans l’attente de trouver le financement et les formateurs, français et belges, qui viendraient assurer cette formation au long cours.
Une première mission en 1994 a permis à un sous-groupe de 10 personnes de bénéficier d’une semaine intensive de sensibilisation avec deux formatrices belges, et de confirmer leur intérêt pour l’approche et leur motivation pour une formation plus approfondie.
En février 97, une mission d’analyse de la demande a été effectuée par les formateurs français et a permis la mise en place de la structure de la formation étalée sur trois ans.
Seuls garants locaux de la continuité, les expatriés étaient promus au rang de formateurs, devant assurer des ateliers bimensuels (60 h par an); ils participaient également aux modules triannuels (90 h par an) assurés par les formateurs reconnus, français et belges.
Les formateurs « étrangers » avaient donc aussi pour but de former à la formation ces derniers qui prenaient le titre de formateurs « locaux ».
Le groupe de stagiaires devenait un groupe fermé de 21 personnes; les règles du fonctionnement se précisèrent.
Le mode de financement devait aussi trouver une solution originale accessible aux personnes inscrites : c’est ainsi que les voyages des formateurs étrangers étaient pris en charge par la coopération française et belge, les ateliers assurés par les coopérants locaux et les frais d’organisation, photocopies, repas, à charge des bénéficiaires.
La vie du groupe a été rythmée pendant ces 3 ans par des moments d’alternance entre le dedans et le dehors, entre le Sénégal (ateliers internes) et l’Europe (modules animés par les formateurs étrangers).
Le formateur local français a quitté le groupe (affectation en France) après la première année de formation, laissant derrière lui le vide de l’homme formateur.
La nécessité, pour les formateurs, d’utiliser un tiers sénégalais comme médiateur est apparue en cours de route.
Seule formation en cours, il fallait refuser ou reporter à trois ans plus tard toute nouvelle demande de formation, ce qui pouvait donner l’impression d’un groupe privilégié et très fermé pour les profanes.
Il fut alors proposé d’organiser des conférences ouvertes à tout public, lors des modules, ainsi les frontières se sont-elles progressivement ouvertes au monde extérieur. Rapidement les nouveaux formés se retrouvaient obligatoirement en position de formateurs vis-à-vis des collègues n’ayant pas accès à la formation.
La particularité de cette formation tient à sa structure (ateliers et modules, formateurs locaux et étrangers, mise en place rapide de la formation de formateur), à la diversité des formateurs étrangers proposés (six en trois ans) ayant chacun d’eux une manière particulière de travailler ainsi que des références théoriques différentes, et enfin, à son mode de financement plus adapté à un pays en voie de développement.
L’introduction de modèles variés a facilité la différenciation des stagiaires au sein du groupe.
La dimension culturelle a pris une place importante dès le début de la formation où les différences culturelles étaient travaillées, discutées largement : des jeux de rôles en langue nationale se sont imposés de façon à trouver les mots justes pour rendre pertinentes les interventions. Ces moments de réajustement, d’adaptation au contexte culturel, devenaient moins nécessaires au fil du temps, une gymnastique mentale d’adaptation et d’appropriation individuelle de l’approche étant devenue automatique chez chacun; aussi, comme le dit un des membres du groupe « le culturel s’exprime surtout quand on ne connaît pas encore les règles du jeu, les codes de relation, maintenant nous sommes au même niveau de communication !».
Il a fallu aussi, bien sûr, adapter les génogrammes pour y introduire les familles polygames, représenter les mariages consanguins, il fallait créer continuellement, trouver des propositions adaptées au contexte.
La difficulté provint de la taille du groupe (trop grand), et des relations préexistant entre certains membres du groupe, parfois collègues ou supérieurs hiérarchiques avant la mise en place de la formation.
Rapidement le besoin de créer une association de reconnaissance des thérapeutes familiaux du Sénégal s’est fait sentir : l’Astfas, Association Sénégalaise de Thérapie Familiale et d’Approche Systémique, est née en 1998.
Une autre demande de formation, en Mauritanie, s’est manifestée et a donc donné l’occasion à deux membres du groupe de devenir à leur tour formateurs en accompagnant les formateurs européens à Nouakchott.
Toutes les formations proposées ont une démarche commune double : d’une part de répondre à une demande du personnel en place, désireux d’augmenter ses compétences et de bénéficier en Afrique de formations dispensées en Europe, et d’autre part d’être attentif à ne pas plaquer de façon rigide un modèle issu de la culture occidentale. Les formateurs étaient aussi convaincus de l’existence de compétences liées au contexte culturel qui immanquablement représenteraient une ressource à exploiter, laquelle s’est vérifiée au cours des discussions actives avec les participants.
L’attitude des formateurs belges et français, qui ont consolidé par des missions ponctuelles le travail des formatrices belges locales, était constante et le langage le même : « Nous venons vous apprendre, mais nous ne savons pas tout : nous devons apprendre de vous aussi ».
 
III.Le processus de formation dans un contexte interculturel
 
 
Deux questions se posèrent : La première question était déjà capitale et concernait le cadre: fallait-il reproduire le même itinéraire de formation qu’en Europe avec les mêmes exigences (volume horaire, programme, sélection des candidats, travail sur soi, paiement…) pour garantir une même qualité de formation, ou était-il possible d’inventer de nouvelles formules adaptées au contexte et donc plus réalisables sans en diminuer la qualité ?
La deuxième question concernait le contenu: comment utiliser les références étrangères, les livres et articles disponibles étant pour la plupart anglo-saxons et toujours occidentaux ? Les structures familiales, l’adolescence, le couple, les consultations interculturelles… : tous ces thèmes devaient inévitablement tenir compte du contexte culturel différent.
Une certitude apparaissait : il fallait maintenir le travail dans le temps (trois ans) impliquant un processus de maturation, donc une dynamique sur le groupe, un travail sur sa famille d’origine, au service d’une découverte de ses atouts et handicaps comme futur thérapeute de famille.
Un impératif s’imposait : il était indispensable de faire le lien entre le travail continu avec les 3 Européens coopérants locaux formés en thérapie familiale (travail en atelier) et les modules ponctuels assurés par des formateurs européens en mission au Sénégal; indispensable aussi de travailler les séparations et éviter les ruptures.
Pour la plupart des stagiaires, ce travail au long court représentait la première formation en psychothérapie, avec également un volet de réflexion sur sa place dans sa famille d’origine.
Les recherches de financement pour assurer les modules ont pris plus d’une année, et l’incertitude de ces financements a continué tout au long de cette formation, la totalité des missions n’était pas encore garantie quand le travail a débuté. Ceci est une réalité plus fréquente dans ce contexte de coopération entre pays en voie de développement, où il faut parfois pouvoir travailler dans l’inconfort et l’imprévisibilité.
Le premier module, en février 97, assuré par des formateurs français, a permis une analyse de la demande auprès des différentes institutions de Dakar dont dépendaient les candidats à la formation. L’outil des thérapies brèves a été utilisé à cette occasion. Les formateurs ont donné le feu vert aux coopérants, seuls garants locaux de la continuité de la formation, pour commencer le travail, leur permettant d’avoir une trame d’activités à plus long terme malgré certains aléas. Le tandem « atelier/module » était créé, le premier assuré en continu par les trois coopérants formés, promus au rang de formateurs locaux, le deuxième animé par les formateurs étrangers sous forme de missions ponctuelles : voici donc la nouvelle formule créée en fonction du contexte et de ses ressources.
Une structure à trois générations était donc constituée (les grands-parents extérieurs, les parents locaux, et les enfants) et à deux identités culturelles, européenne et africaine à des degrés d’acculturation divers.
Le groupe de participants constitué était hétérogène, certains ayant des relations professionnelles, personnelles et thérapeutiques entre eux.
Animé par des formateurs belges, le « travail sur les familles d’origine» de chaque participant et sur la fratrie, avec l’implication émotionnelle que cela comporte, a été le ciment de la première phase et première année de formation avec une entrée en matière authentique puisque des histoires de vie et des structures de famille bien africaines étaient évoquées (enfants confiés, familles polygames, enfants scolarisés et parents analphabètes, mariage forcé, filiation royale ou maraboutique…). La complexité des familles sénégalaises était due en partie à la polygamie, l’endogamie, la mobilité des enfants; cette même complexité était retrouvée dans le groupe, puisque certains stagiaires avaient déjà entre eux des relations à plusieurs niveaux : personnel, professionnel, thérapeutique. La complexité est loin d’aller de pair avec l’indifférenciation et la confusion, au contraire, elle permet une différenciation des rôles et statuts au sein de la famille; ces différences sont perceptibles notamment dans la façon de prendre la parole et le contenu des propos.
Les stagiaires ont montré d’ailleurs une aisance et une clarté d’analyse de ce tissage de relations.
Par des sculptures, représentant la culture européenne et africaine, a été introduit le jeu conscient et inconscient des relations Nord – Sud, et exprimées les représentations du groupe sur la culture africaine (sculpture d’une famille autour d’un plat) et la culture européenne (anonymat d’un hall de gare).
A l’occasion du travail de « création du système thérapeutique», la formatrice a mis en présence les trois systèmes intervenant dans cette formation (le demandeur sénégalais, les formateurs locaux, et le formateur européen). Nous avions donc ensemble plusieurs systèmes qu’il fallait faire interagir en laissant émerger les questionsclés (qualité de la formation, adéquation de l’approche, différences culturelles sur le décodage du sculpting…) et en permettant au groupe d’y trouver réponse lui-même au fur et à mesure du processus.
Rendre explicite la demande, les craintes, et permettre la jonction entre les différents systèmes en présence, constitue une étape incontournable.
Tenir compte de la dimension culturelle des interlocuteurs était une évidence dans la stratégie de « mise en place du décor » lors de la première consultation.
Lors de ce module survenu dans le dernier tiers de la première année s’est fait sentir la nécessité de travailler les différences au sein du groupe, différence de profession, de statut, de genre, de culture, tout comme en situation clinique les différences de demande entre les référents qui adressent le malade et le thérapeute qui le reçoit; il est utile pour le stagiaire en formation comme pour le patient de se réapproprier la demande en fonction de son contexte, de veiller à la qualité de la transmission de l’information entre les différents systèmes qui sont intervenus pour lui jusqu’à présent. Le travail a porté aussi sur l’apprentissage de la co-intervention ponctuelle avec un collègue, de la cothérapie au long cours et la gestion de l’urgence. La cothérapie avec des intervenants de culture différente, fréquemment expérimentée à Ker Xaleyi [1], a été jugée bénéfique dans les situations interculturelles. L’utilisation du tiers (un collègue consultant, mais aussi le temps, la loi, la tradition…) est nécessaire dans des moments particuliers, comme les moments de crise.
Des différences culturelles ont été évoquées par les stagiaires à propos de la notion de clarté et précision dans la transmission de l’information : le fait de donner des explications, d’aller droit au but peut dans un certain contexte être perçue comme des signes d’impolitesse par les malades. « Clair et bref, c’est bien entre collègues, mais pas toujours avec les patients; perdre du temps avec eux est nécessaire pour la mise en confiance. »
Il apparut clairement dans ce module le déroulement d’un processus de cocréation d’un modèle plutôt que l’exportation d’un modèle étranger.
Le rôle du formateur dans ce contexte interculturel est celui d’être garant du cadre. Il doit permettre que le processus de maturation du groupe se déroule et qu’il puise en lui-même le matériel à travailler et les méthodes à utiliser : les questions posées et les cas cliniques amenés le guident dans le choix du contenu à aborder et la méthode à adopter.
« Les différences culturelles entre nous et les difficultés à trouver notre façon de travailler, s’atténuent devant le travail commun et le projet commun » dira l’un des stagiaire en fin de 1re année.
Tout au long des trois années, les ateliers ont permis d’assurer le lien entre les différents modules, de travailler la fratrie et les premiers entretiens. Des lectures théoriques, la découverte, en deuxième année, des différentes écoles de thérapie familiale systémique par les stagiaires, ont provoqué des discussions sur les nécessités de les adapter au contexte sénégalais.
Des supervisions de familles rencontrées étaient aussi assurées dès la troisième année. Lors de ces rencontres, en travaillant sur le recadrage et la recherche de mots justes à renvoyer à la famille, ont été introduits les jeux de rôles en wolof ce qui a permis à plus d’un de se sentir plus empathique avec le patient.
L’organisation pratique de la formation se gérait aussi dans les ateliers avec les formateurs locaux : finances, programme, temps, lieu, création d’une association, évaluation, contacts extérieurs et démarches administratives, prêts de livres, photocopies, rédaction de projets pour obtenir des financements… Beaucoup de temps fut aussi perdu ensemble, nécessité incontournable ?
La dynamique du groupe a été marquée par des départs imprévus, des conflits, des angoisses, des doutes vis-à-vis des formateurs, et travaillée par les formateurs locaux, fil conducteur dans ce travail et face auxquels le stagiaire pouvait se montrer authentique avec ses difficultés, contretemps et problèmes; la téranga [2] sénégalaise imposait un comportement plus conforme avec les formateurs étrangers (ponctualité, accueil, présence…). Dans la gestion des conflits, le groupe s’est montré très constructif et plein de ressources.
Une crise survenue au début de la 3e année, a permis aussi d’aborder le vécu en atelier, et ce que véhicule le fait pour les Sénégalais de recevoir une formation dispensée par des Européens et en particulier par des femmes : devant la crise menaçant le déroulement de la formation, le groupe fit bloc pour garder sa cohésion et son unité, mettant en avant la nécessité de préserver sa survie (la formation), estimée à ce moment plus adéquate pour lui que la défense d’une identité culturelle ou raciale hypothétiquement menacée. Un « groupe des sages » s’est notamment créé à ce moment pour trouver réponse aux difficultés d’un des participants.
Le module sur les « thérapies de couple» demandé par les stagiaires en 2e année, a plongé le groupe dans la profondeur de la famille sénégalaise.
La formatrice a choisi parmi les stagiaires un « garant culturel » dont le rôle fut de rendre explicites les limites fixées par la culture de ce qui peut se dire, du comment le dire ou de ce qu’il est interdit d’aborder. Il dut mettre son veto une fois.
Un travail sous forme de quatre sous-groupes avec les stagiaires, représentant alternativement les femmes et hommes d’un couple monogame puis polygame, a permis de poser les différentes dynamiques, problèmes, envies, valeurs en jeu dans chacune des situations conjugales. « La qualité requise pour le mari polygame est celle d’être le meilleur thérapeute systémique », « le chef d’orchestre et le gestionnaire de tous les conflits », dira un des participants. Dans le mariage endogamique était pointée notamment la difficulté du passage de la position de cousine à celle de belle-sœur.
La métaphore de la pelure d’oignon a été utilisée pour exprimer la nécessité d’aborder progressivement le couple selon les trois niveaux successifs suivants, en première couche l’appartenance à la famille, ensuite les interactions dans le couple, pour arriver au cœur de l’intimité du couple, c’est-à-dire les sentiments, les désirs, l’intimité sexuelle…Ce n’est qu’à ce niveau aussi que peuvent être abordés les problèmes de caste, sujet encore tabou.
Les risques de la monogamie et les difficultés de la polygamie ont été travaillés, chaque type de couple ayant le même cycle de vie.
La référence à la loi dans les conflits du couple sénégalais est triple : le droit légal, le droit coutumier et le devoir religieux.
Pour aborder l’étape ultime, celle de l’intimité du couple, il a fallu que l’ambiance s’y prête, pour créer cette ambiance qui permet de toucher petit à petit au cœur des difficultés, le stagiaire a dû travailler avec ses résonances. On lui a laissé la place pour y mettre ce dont il avait besoin pour se sentir à l’aise, il a utilisé la culture au début, pour parler de son vécu plus personnel ensuite. En fin de journée les souffrances des hommes et des femmes ont été exprimées, souffrance commune et point de départ pour un projet commun.
A partir des cas présentés dans le groupe, et des jeux de rôles les illustrant, on a constaté que certaines situations ne sont pas culturellement possibles, comme par exemple celle de discuter des difficultés de l’homme devant ses femmes, ou la confrontation beau-père/gendre devant des témoins.
Dans le module sur les psychoses, présenté aussi dans la 2e année, la notion d’ambiance a été définie, développée et travaillée; à l’occasion d’un jeu de rôle une dimension culturelle a été évoquée concernant le regard : « cela ne se fait pas de regarder les gens, le seul regard confortable et supportable est celui de la mère et du nourrisson : même-là, il est d’usage de souffler sur les yeux du bébé après un temps pour lui faire détourner les yeux de sa mère » dit une participante.
Chaque participant a été invité à jouer de façon non verbale sa propre folie : il est frappant de constater la similitude des fonctionnements psychotiques à travers les cultures.
Le travail sur les familles défavorisées a permis par un sculpting, de différencier culture de la pauvreté et celle de la richesse. Une réflexion sur les notions d’autonomie, d’individuation, de différentiation a été nécessaire. « Dans notre culture on est toujours dépendant de quelqu’un mais l’autonomie est de pouvoir choisir ses dépendances (talibés, kalifes…)»
Le thème de l’adolescence a été ensuite le centre des réflexions théoriques et pratiques, tant en atelier qu’en module. La perception et le vécu de l’adolescence sont très différents dans la culture sénégalaise, différence située surtout dans le vécu des garçons par rapport à celui des filles, et sur le thème de l’autonomie. Cette question a été approfondie par un sous-groupe en vue d’une publication future.
Lors des exercices reflétant des situations cliniques, on remarqua le fait que certains mots qui sont plus du domaine de l’interdit (drogue, suicide, fugue, sexualité…) sont dits en français dans une conversation en wolof même si leur traduction en langue nationale est possible.
Souci probable de maintenir le problème à l’extérieur de la famille ?
L’adaptation de certains outils dut se faire aussi non seulement en fonction de la culture, mais aussi du niveau d’instruction : c’est ainsi que les échelles utilisées dans les thérapies brèves pour préciser les objectifs ont été adaptées sur proposition d’un participant, pour être compréhensibles par les analphabètes : au lieu de dire « sur une échelle de 1 à 10 où vous situez-vous … » on remplace « sur le chemin de Dakar à Thiès, Dakar représentant le moment de la consultation et Thiès le moment de la résolution des problèmes, où en êtes-vous ?» Dakar et Thiès étant deux villes sénégalaises distantes de 70 Km. (Cabié, 2)
Le module sur « l’articulation psycho-somatique» a été capital pour le travail de coordination des différents intervenants qui traitent le patient. En effet, pour permettre à l’individu de garder son identité, son intégrité et sa cohésion, cette articulation entre les différents champs d’approche est importante; le psy n’est pas considéré comme le super-spécialiste (du rien) parmi les autres, non plus le généraliste qui doit tout faire, mais plutôt le garant de la cohérence des démarches et celui qui, soucieux d’une approche globale, aide le patient à les intégrer. S’il est illusoire ou contre-indiqué de collaborer directement dans le bureau avec les intervenants, il reste primordial de mettre le patient en situation active et de faire avec lui le travail d’intégration : « qui avez-vous vu, que vous a-t-il dit, qu’en avez-vous compris, que voudriez-vous lui demander ?…».
Donc, sans prendre parti, le systémicien propose un espace non spécialisé où le malade peut se réapproprier les différents modèles explicatifs de sa souffrance, le modèle psychologique, le modèle somatique et au même titre le modèle traditionnel.
Les exercices ont mis en présence les trois représentants de ces approches et les ont fait interagir de façon caricaturale.
L’itinéraire thérapeutique d’un malade sénégalais est toujours complexe, passant d’un médecin à un autre, d’un guérisseur à un autre, jusqu’à se trouver SON thérapeute.
Dans son processus de séduction, le malade dira toujours qu’avec le précédent ça n’a pas marché, tout comme il dit au médecin que les consultations traditionnelles n’ont rien donné.
Soyons attentifs à ces pièges et attardons-nous un peu sur ces consultations précédant la nôtre.
Ce module a été l’occasion, grâce à une conférence élargie, de mettre en présence différents représentants des services de l’hôpital de Fann.
Le dernier module sur « les thérapies institutionnelles» a permis, notamment, d’apprendre à tenir compte du fonctionnement d’une institution pour espérer le changer, ainsi que des différents préalables indispensables à l’introduction dans des systèmes très rigides de nouveaux modèles : importance du respect de la hiérarchie, de la qualité de la circulation de l’information… On ne peut faire un travail systémique avec les familles des patients dans une institution sans travailler sur le fonctionnement de cette institution et les rapports équipe/patient/famille.
Ce module a entraîné une consolidation qualitative et quantitative du travail en réseau avec les professionnels de la santé mentale à Dakar.
Dans la séance finale d’évaluation de chacun, les participants ont repris comme critère important de qualité pour le nouveau thérapeute formé, sa capacité à allier les références traditionnelles et modernes dans son travail avec les familles qu’il reçoit.
La formation de formateur a commencé lors de cette 3e année; il en ressort l’importance de contextualiser les formations en fonction des demandes mais aussi des possibilités du pays demandeur. C’est ainsi que le groupe de Dakar a initié une formation à la demande des collègues Mauritaniens sous une formule assez différente de celle de Dakar.
Cette expérience permet de dire la nécessité d’adapter certains aspects de la formation en fonction des demandeurs (disponibilité, finances…); le déroulement principal de celle-ci reste le même dans la situation interculturelle, puisqu’il ménage un espace possible qui permet à tout stagiaire de se réapproprier le modèle, de l’ajuster et l’adapter ou le changer, en fonction du contexte culturel et de sa façon de travailler.
La succession des ateliers et des neuf modules pendant les trois ans a confirmé malgré la diversité des intervenants et des approches théoriques, l’adéquation du modèle qui tient compte de la gestion des trois systèmes en présence (formateurs d’Europe, participants du Sénégal, formateurs belges au Sénégal): chacun a la possibilité de parler à la place qu’il occupe sans se substituer à l’autre; c’est aussi dans cet espace commun que les réponses aux questions de départ ont été trouvées par le groupe lui-même.
L’évocation, surtout en début de formation, de différences culturelles peut être perçue comme le signe d’une défense par rapport à la nouveauté (chez nous ce n’est pas comme cela), mais leur absence par la suite témoigne surtout de la réappropriation de l’approche par le stagiaire, l’intégration devenant automatique, plutôt que le signe d’absence de différence culturelle.
Ce travail de maturation nécessite un processus au long court, garantie de la création d’un modèle fiable évitant ainsi la reproduction superficielle de ce qui se fait ailleurs.
 
IV.Le vécu du formateur dans un contexte d’interculturalité et d’expatriation
 
 
Il a été présenté plus haut la mise en place et le dispositif de formation aménagé dans le cadre de la mission au Sénégal avec sa spécificité (adaptation aux réalités culturelles et socio économiques, mais aussi à la réalité de la situation de formation où formateurs locaux et étrangers collaborent).
Nous parlerons maintenant du vécu du formateur dans ce contexte d’interculturalité et d’expatriation, en témoignant de notre expérience personnelle et des réflexions qui en résultent.
Former dans un pays étranger à sa culture soulève des questionnements que nous avons vécus et sur lesquels nous souhaitons attirer l’attention.
Nous avions le sentiment d’être prises entre le désir de bien faire (qualité de la formation quant au contenu, à la rigueur, à la fiabilité du cadre, à la durée) et la peur de mal faire quant au respect des valeurs culturelles, sociales et économiques.
Nous avons dû réfléchir aussi à une souplesse du cadre pour s’adapter aux originalités contextuelles. Dakar étant petit, l’opportunité de la formation étant assez unique, le recrutement des participants devaient obligatoirement faire fi de conditions rigides : lien de parenté, statut professionnel mélangé, rapport hiérarchique devaient être acceptés et nous devions être vigilantes pour identifier, gérer les effets secondaires de ces circonstances particulières pour les atténuer. Cela a représenté un apprentissage de la gestion de l’imprévisible ainsi qu’une école de la tolérance tout en évitant le laxisme. Nous avons appris à sortir de l’orthodoxie rassurante pour entrer dans de l’inconnu insécurisant, à transformer l’inquiétude de l’inconfort d’un contexte non maîtrisable complètement, en énergie créatrice.
D’autre part, nous avions l’impression d’être prises entre deux discours qui ne se positionnaient pas toujours en synergie : celui de l’institution et celui de la coopération, auxquels nous ajouterons notre idéologie personnelle du travail dans un pays en voie de développement.
Nous ressentions le malaise de vivre avec l’inégalité des salaires et des conditions de travail (logement, appui logistique) qui différencie de façon significative l’expatrié de certains travailleurs fonctionnaires sénégalais.
Nous étions constamment préoccupées de nous transformer dans ce contexte professionnel et personnel d’interaction culturelle sans perdre notre identité : jusqu’où aller dans notre désir d’intégration ? dans le respect des autres et de nous-mêmes ?
Pour éviter de mélanger mission de formation et mission familiale, était nécessaire l’effort constant d’un travail de prise de conscience de notre histoire personnelle dans notre rapport à l’Afrique, et dans un sens plus large ce même travail de clarification de notre histoire personnelle dans celle plus étendue du rapport Nord – Sud (la Grande Histoire : par exemple l’époque de la colonisation) comme dans celle de notre groupe d’appartenance (la Belgique).
Nous avions besoin de réfléchir aux retombées, dans la formation, de notre statut de femme dans une culture où sa place se différencie de celle qui est la nôtre en Europe.
La préoccupation de vouloir témoigner de notre expérience, diffuser sans parler à la place de l’autre, sans se substituer à lui, nous habitaient lors des rencontres avec des professionnels extérieurs à notre groupe de formation. La question se posait aussi dans les témoignages écrits.
Cette interrogation persiste encore à la veille de notre départ définitif pour l’Europe.
Comment cerner ce que nous avons compris de la culture dans laquelle nous avons baigné pendant dix ans et ce que nous ignorons encore à ce jour dans des proportions que nous devinons importantes, ce qui permettrait peut-être d’identifier des éléments qui auraient parasité la formation, la pratique des cliniciens, et des formateurs en formations.
Parfois nous avons pris conscience douloureusement du système de valeur de notre culture d’origine. Nous habitait un sentiment de la connaître à la fois mieux qu’avant notre séjour ici, et en même temps un sentiment d’étrangeté. D’autre part nous nous rendions compte d’une ré-appropriation plus consciente de certaines valeurs, manière de vivre, choix éthique européens.
Nous avons vécu la frustration de vivre dans un pays sans y avoir une parole ni un pouvoir de citoyenneté, mais aussi, dans notre pays d’origine, le même sentiment apparaissait, en raison de la longue absence qui nous a isolées. Bref, un sentiment de vivre dans l’ombre, de chuchoter.
De même, nous avons ressenti la frustration parfois de ne pas pouvoir faire des choses par choix personnel, parce que nous étions liées aux exigences de la coopération : l’Etat sénégalais (et non nos interlocuteurs habituels) doit d’abord en faire la demande officielle selon une procédure administrative lourde mais justifiée.
Ces sujets ont été de nombreuses fois abordés dans nos réunions préparatoires aux séances de formation ainsi que dans les moments de crise du processus de formation.
Les moyens que nous avons utilisés pour nous ajuster continuellement à la réalité et à la spécificité de notre situation de formatrice à l’étranger ont consisté à prendre du temps (l’opportunité nous a été heureusement offerte par le fonctionnement de l’APEFE et par un dialogue constant avec ses représentants).
Nous avons prêté une oreille attentive et régulière au feed-back des participants quant au cadre et contenu de la formation et favorisé un dialogue constant de sujet à sujet entre tous les intervenants dans cette formation (choix des thèmes, cotisations, horaires, différences culturelles…)
La remise en question de certaines de nos certitudes était présente tout au long du parcours comme par exemple le rapport au temps, le cumul des fonctions…
A chaque occasion, nous avons sollicité des supervisions avec les formateurs de passage.
 
V. Le vécu d’un formé dans ce contexte d’interculturalité
 
 
Le désir de se former dans un domaine quel qu’il soit, ne peut être le fruit du hasard. « On ne peut désirer ce qu’on ne connaît pas », a-t-on l’habitude de dire. La formation en thérapie familiale systémique à Dakar en est pour moi une preuve palpable dont il me plaît de relater ici le vécu que j’en ai gardé; ce vécu est marqué par une originalité caractérisée par le contexte d’interculturalité : les candidats à la formation étant très majoritairement des Sénégalais (17 Sénégalais et 3 autres de cultures occidentales) et les formateurs tous européens.
C’est à partir de connaissances livresques sur la thérapie familiale systémique que l’idée m’est venue, encouragé par mes collaboratrices coopérantes belges déjà formées dans ce domaine, de m’engager dans la mise en place d’une formation complète à Dakar. Ce projet rencontre l’agrément des autorités sénégalaises et des bailleurs de fonds belges et français qui ont permis de financer des missions de formateurs européens à Dakar pendant trois ans en complément du travail continu entrepris par les trois coopérants européens locaux formés en thérapie familiale systémique. Ma perception première était que nous devrions tout apprendre de nos formateurs. Très rapidement je perçus qu’eux aussi devaient tout apprendre de nous. La question capitale du cadre s’affichait nettement devant nous : cette formation allait se faire dans un contexte d’interculturalité dont les acteurs (formés et formateurs) avaient des expériences à partager. Comment faire la part de choses entre nos référents culturels et les théories redevables à la culture occidentale ?
Etre formé par des formateurs européens n’est pas un phénomène étrange ou étranger au Sénégal, et plus particulièrement pour les gens de ma génération. Nous avons tous subi la formation scolaire de type occidental dispensée, très souvent pour certains et parfois pour d’autres, par des enseignants expatriés européens généralement. De tout mon long cursus scolaire et universitaire, c’est pendant cette formation en thérapie familiale systémique que j’ai été confronté de façon prégnante et constante du fait culturel. Cette formation a soulevé en moi des questionnements qui s’énoncent comme suit :
  • L’outil systémique est-il universel ?
  • Les références systémiques théoriques occidentales sont-elles applicables à nos cultures africaines ?
  • Comment gérer ma propre participation au groupe où mes collaborateurs institutionnels se retrouvent avec le même statut que moi ?
  • Comment gérer mes rapports avec mes formatrices locales qui sont au niveau institutionnel des collaboratrices expatriées dont je suis le supérieur hiérarchique ?
  • Le sentiment d’appropriation à mon groupe de niveau de formation et de profession hétérogène peut-il se faire sans malaise ?
  • Qui doit se transformer : le formé ou les formateurs ?
  • Le discours des formateurs et des formés peut-il être en synergie ?
  • Comment cerner ce que j’ai compris dans la culture occidentale dans laquelle j’ai toujours été formé, pour être créatif dans ma propre culture ?
Toutes ces interrogations appellent des réponses variées.
Si l’universalité de l’outil systémique est concevable dans son principe fondateur, ses références théoriques ont besoin de s’accommoder aux réalités culturelles des sociétés humaines : en effet ce qui est valable en Occident l’est-il en Afrique ?
En Afrique, le système familial dépasse largement le cadre restreint de la famille nucléaire pour s’étendre à tous ceux qui de près ou de loin ont une attache justifiée ou acceptée par le groupe. Ici, l’oncle paternel et la tante paternelle ont un statut de père vis-à-vis du neveu. Dans certaines circonstances leur voix est prépondérante dans les décisions à prendre concernant ces neveux ou/et nièces. Seront nommés « père » le père, les oncles et tantes paternels. Seront nommés « mère », la mère, les oncles et tantes maternels. L’homonyme également a un pouvoir éducatif sur l’enfant qui porte son nom et fera dès lors partie du système familial, même s’il n’a pas de lien de parenté biologique. Donc nous ne cherchons pas à savoir de façon précise s’il s’agit du « vrai » père ou non. Les précisions dans les identités et les propos ne sont pas toujours les bienvenues.
Tout comme en Europe, le moment de la rencontre avec l’autre est privilégié, mais la manière de s’affilier variera : aussi dans la culture sénégalaise, le thérapeute ne posera pas la question directe « quel est le problème qui vous amène ici ?» à la famille qui consulte; après un long moment de salutation, seront préférées des questions indirectes comme « quels sont les pas qui vous ont conduits jusqu’ici ?».
Cette formation ne s’est pas déroulée sans créer parfois un malaise chez le formé que j’étais. Partageant le même statut que mes collaborateurs de service donc soumis à ma position « d’apprenant » comme eux, entraînait parfois des erreurs d’appréciation dans nos rapports : dans mes interventions comme dans les leurs, on se posait parfois la question de « savoir qui parlait » Etait ce le chef de service ? étaitce les collaborateurs ? Etait-ce simplement les apprenants qui échangeaient sur le même niveau de statut ? Je m’étais souvent demandé quelles répercussions pouvaient avoir mes interventions dans mes rapports avec mes collaborateurs institutionnnels et dans le fonctionnement de mon service. Dans ma position « d’enseigné » je devais constamment me resituer par rapport aux formatrices locales expatriées qui dans la situation présente avaient une autorité pédagogique sur moi alors que c’était l’inverse sur le plan administratif et institutionnel. A mon niveau, la vigilance était de mise pour éviter tout blocage.
Le groupe de formation que nous constituions étant formé de catégories professionnelles variées et de niveaux de formation différents me donnait l’impression qu’il fonctionnait selon des affinités de corps professionnel. Ce sentiment était d’ailleurs entretenu par les formateurs qui se référaient souvent à ces regroupements professionnels dans certains jeux de rôle ou de groupes de concertation. Durant tout le processus de formation j’avais senti que les formateurs déployaient beaucoup d’efforts pour comprendre notre culture. Leur transformation progressive pour s’adapter à la situation socioculturelle du moment était assez nettement perceptible dans leur démarche tout en gardant leur identité propre. Le formé que j’étais avait plus de facilité à s’accommoder de cette situation qui était celle que j’ai toujours connue dans tout mon cursus scolaire et universitaire. Ce travail personnel et collectif que formés et formateurs avaient entrepris dans ce parcours avait permis d’entretenir entre eux un discours en position de synergie. Ma démarche avait toujours consisté à chercher une adéquation entre les apports fécondants de la culture occidentale et les valeurs socioculturelles de la tradition sénégalaise. Grâce à cette vision des choses nous avons été suffisamment créatifs tout au long de cette formation.
 
Conclusion
 
 
La formation en thérapie familiale systémique entreprise à Dakar dès 1994 a permis de s’interroger sur la validité de cette approche dans un contexte d’interculturalité.
L’étude du fonctionnement de la société traditionnelle africaine montre aisément que celle-ci n’est pas un terrain vierge de toute expérience systémique.
La pratique quotidienne psychiatrique au Sénégal a montré que la famille y jouait depuis toujours un rôle incontournable dans la prise en charge du malade au point d’institutionnaliser l’admission des accompagnants du malade dans l’hôpital.
Cependant cette formation a nécessité des remaniements du cadre habituel qui tenaient compte de certaines réalités socioculturelles sénégalaises. Par contre son contenu n’a pas subi de changement fondamentaux : les concepts de base sont compréhensibles et valables pour les professionnels et les modes d’intervention sont tout aussi opératoires dans le champ clinique.
Les bases d’une recherche opérationnelle à partir des expériences cliniques et dans des domaines d’application variés sont posées. La pratique à venir alimentera une réflexion féconde au-delà des frontières.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  1. Bara Diop A. (1985): La famille Wolof, Karthala, Paris.
·  2. Cabié M. C., Isebaert L. (1997): Les thérapies brèves, Erès, Paris.
·  3. Camara S. (1983): L’univers dramatique et imaginaire des relations familiales chez les Malinke. Psychopathologie Africaine, XX, 2,187-222, Paris.
·  4. Collignon R. (1985): L’idée de « village psychiatrique ». Expériences ouest africaine. Psichiatria e psicoterapia analitica, IV, 2,153-174. Roma.
·  5. Dia A. (1976): Une communauté thérapeutique: le Pinth de Fann. Afr. J. Psychiat., II, 1,147-151.
·  6. Le Guérinel N. (1973): Les fantasmes de la relation thérapeutique dans une autre culture. Fantasme et Formation, Dunod, (« Inconscient et culture »), 140-149, Paris.
·  7. Heireman M. (1984): Du côté de chez soi. La thérapie contextuelle d’Ivan Boszormenyi-Nagy, ESF, Paris.
·  8. Lambert P. (1996):Pistes de réflexion sur l’objet transitionnel en Afrique de l’Ouest, Devenir, 8,3 : 21-35.
·  9. Lambert P. (1996): Prise de conscience de la souffrance psychique de l’enfant par l’entourage : élément moteur du travail avec la famille. Comm. Colloque de pédopsychiatrie de Dakar, Sénégal.
·  10. Minuchin S. (1979): Familles en thérapie, Delarge, réédition Eres Relations, Paris.
·  11. Porot A., Porot M. (1968): Les toxicomanies, PUF, Paris.
·  12. Sow I. (1978): Les structures anthropologiques de la folie en Afrique Noire, Payot, Paris.
·  13. Tsala Tsala P.P. (1991): Thérapie familiale systémique et famille africaine contemporaine. Le cas du Cameroun. Thérapie Familiale, 12,2,111-120, Genève.
·  14. Watzlawick P. (1979): Une logique de la communication, Points, Paris.
·  15. Watzlawick P. (1980): Le langage du changement, Seuil, Paris.
 
NOTES
 
[*]Pédopsychiatre, APEFE, CHU de Fann, B.P. 5097 Dakar, Sénégal.
[**]Psychologue, psychomotricienne, APEFE, CHU de Fann, B.P. 5097 Dakar, Sénégal.
[***]Pédopsychiatre, Professeur Agrégé de Pédopsychiatrie CHU de Fann B.P. 5097 Dakar, Sénégal.
[1]« Ker Xaleyi »: signifie « la maison des enfants » en wolof, langue nationale au Sénégal; cet endroit désigne l’unité de pédopsychiatrie du CHU de Fann à Dakar où ont eu lieu toutes les séances de formation en Thérapie Familiale.
[2]« Teranga »: terme employé au Sénégal signifiant « hospitalité ». Cette notion représente une valeur très importante. Elle consiste à bien accueillir l’étranger : donner priorité à son confort, entre autre ne pas le contredire et être conforme à ses attentes.
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[1]
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