2002
THÉRAPIE FAMILIALE
Des vertus thérapeutiques de la désignation du patient dans les cas de troubles psychotiques sévères
Antoine Barrière
[*]
Hôpital intercommunal de Villeneuve Saint Georges Service de psychiatrie 40, allée de la Source F-94190 Villeneuve Saint Georges
La question de la désignation d’un malade en opposition aux membres supposés sains de sa
famille a traversé tous les courants psychothérapeutiques depuis leur création, engendrant des attitudes
très diverses voir opposées. Actuellement, la désignation est explicite et peut avoir des effet positifs sur le
cours de la maladie à condition de l’adapter au contexte de la famille.Mots-clés :
Ecole de Palo Alto, Ecole de Milan, Thérapie familiale structurale, Antipsychiatrie, Constructionisme social, Eco-étho-anthropologie, Psycho-éducation, Stigmatisation.
The matter of designation of a sick person as opposed to the other family members supposed
to be healthy has been present since the beginning of all the psychotherapeutic movements, creating many
opposite attitudes. At present, the designation is explicit and may give positive effects on the course of the
illness provided that it is adapted to the family context.Keywords :
Palo Alto’s school, Milan systemic family therapy, Structural family therapy, Antipsychiatry, Social constructionism, Eco-etho-anthropology, Psycho-education, Stigma.
La cuestión de la designación de un paciente como tal en oposición a los otros miembros de
la familia presuntamente sanos, ha pasado diferentes por diferentes corrientes psiquiátricas dando lugar a
posiciones diversas, algunas en clara oposición a otras. Actualmente, la designación es explícita y puede
tener efectos positivos sobre el curso de la enfermedad a condición de adaptarla al contexto familiar. Palabras claves :
Escuela de Palo Alto, Escuela de Milán, Terapia familiar estructural, Antipsiquiatría, Construccionismo social, Eco-etho-antropología, Psico-educación, Estigmatización.
Mon propos est d’illustrer pourquoi il est souvent indispensable pour aider un
patient porteur d’un trouble psychique sévère et sa famille, de rester en apparence
sur le modèle de la causalité linéaire avec désignation du patient comme malade
sans recherche des causes supposées être génératrices du trouble. Un bref historique
critique de la place de la désignation et de la prise en charge des troubles psycho-tiques depuis les années soixante sera proposé suivi d’un développement théorico-clinique sur le rôle de la désignation dans notre pratique de thérapeutes de famille.
Historique bref et partial de la désignation
Thérapies familiales historiques
Nous commençons arbitrairement par les thérapies familiales, qui au moins au
début se sont beaucoup nourries de la clinique des patients schizophrènes et de leurs
familles. Pour ne pas livrer un historique exhaustif des thérapies familiales nous
allons plutôt illustrer comment l’une des innovations de ce mouvement fut justement de ne plus utiliser la désignation du patient comme malade pour agir sur lui.
Ainsi :
- L’école de Palo Alto avec son célèbre double lien a été révolutionnaire car elle
introduisait une interconnexion des symptômes d’un sujet avec ses proches, une
fonction de la maladie comme homéostatique et basait la causalité de la schizophrénie non plus sur un passé traumatique comme en psychanalyse mais sur un
présent interactionnel.
- L’école de Milan, quant à elle, en restant dans une perspective fonctionnaliste de
la psychose a développé une série de conceptualisations basées sur les jeux interactionnels où le malade tentait de maintenir le couple parental soudé, ou servait
d’arme dans le conflit conjugal. L’enjeu thérapeutique résidait donc dans la mise
à plat de ces jeux relationnels et des coalitions afin de permettre au malade de ne
plus avoir besoin de ses symptômes.
- La thérapie structurale de S. Minuchin, de son côté, a considéré que les troubles
psychiatriques sont la conséquence d’une mauvaise structure familiale. Ce
modèle finalement très normatif car basé sur une certaine représentation de la
famille et de son bon fonctionnement permet de lire les symptômes comme
conséquence d’une structure globale sur laquelle on peut agir.
Ces trois courants ont été majeurs dans l’histoire de la thérapie familiale des psychoses et ils ont tous en commun une position haute des thérapeutes, qui, guidés par
leurs hypothèses et leur extériorité sont dépositaires d’un savoir et agissent sur la
famille pour la corriger. De plus tous refusaient de passer par la désignation d’un
patient, mais bien au contraire faisaient tout pour redéfinir les troubles comme éléments d’un système plus vaste et non lié au sujet lui-même.
L’anti-psychiatrie
Les années soixante ont également vu monter en puissance un courant d’idées
qui s’appuyait non plus sur la conceptualisation d’individus insérés dans leurs
familles, mais de sujets vivant dans une culture ayant pour trait essentiel son caractère aliénant. Ainsi, pour l’anti-psychiatrie, il n’existait pas de vrais troubles mentaux mais simplement des sujets broyés par un discours social et incités par ce dernier à se comporter en « fous ». D’un refus de désigner le patient comme cause des
troubles, nous sommes passés avec la thérapie familiale à la désignation de la
famille comme dysfonctionnelle et avec l’antipsychiatrie nous sommes passés à une
accusation de la société et à une désignation du patient comme victime qu’il fallait
protéger et soustraire du cadre délétère. Paradoxalement, quoique faisant grand cas
de la liberté, ce mouvement a généré des excès et des échecs cuisants : la puissance
de la pensée idéologique des grands maîtres n’a pas libéré les fous de leur folie et les
retours à la campagne ou dans des communautés se sont souvent soldés par des
drames voire des maltraitances. Par ailleurs, cette victimisation laissait finalement
peu d’espace au fou lui même et le dépossédait de sa singularité autant que l’institution psychiatrique.
Le courant psycho-éducationnel
Dès la fin des années soixante, tout un courant appelé aujourd’hui psycho-éduca-tionnel s’est développé et a postulé qu’en fait la schizophrénie est un trouble multifactoriel pour lequel seul un modèle bio-psycho-social peut être pertinent. Il n’y avait
donc plus à chercher à guérir un trouble, mais à faire en sorte qu’il soit moins invalidant, moins sévère et plus vivable pour la famille. Le travail avec les familles a donc
utilisé la désignation du patient, mais cette fois-ci sans aucune accusation des
proches : le schizophrène est avant tout un sujet porteur d’un lourd handicap s’enracinant dans la biologie. En revanche, les thérapeutes sont dans une position de professionnels dépositaires d’un savoir sur une maladie et ses conséquences clairement
objectivées, savoir qu’ils transmettent aux familles et aux patients. L’un des
reproches que l’on peut faire est que, bien que très pragmatiques, ces méthodes
pèchent par une conceptualisation beaucoup trop monolithique de la schizophrénie :
exclusion des singularités, refuge derrière des études contrôlées, méthodes très codifiées. L’individu y est à la fois à l’abri car il n’est pas accusé, mais en même temps il
n’est pas vraiment reconnu. Il y a une médicalisation très rassurante du trouble, qui
en même temps réduit le sujet à être l’objet de bons soins des professionnels.
Le constructionisme social
Depuis une dizaine d’années, est né le constructionisme social, qui est un renversement méthodique du modernisme : plus personne n’est expert, car il n’y a pas de
réalité mais simplement des objets construits par le discours social. Les familles ne
vont pas voir des thérapeutes mais des gens comme eux qui ne savent rien et avec
qui, par le jeu de la création de nouveaux discours, vont dissoudre le problème. Il n’y
a plus aucune objectivité revendiquée. Il n’y a pas de désignation de patient ou de
trouble, dans la mesure où tout le monde occupe la même position de locuteur. Cette
conceptualisation pose de nombreux problèmes philosophiques et éthiques, en particulier pour ce qui est de la responsabilité du thérapeute. Mais surtout elle est d’une
extraordinaire naïveté dans la mesure où elle méconnaît les données ethnopsychiatriques, biologiques ou sociales de bons nombres de troubles psychiatriques sévères.
Etat des lieux
Après cette critique générale des systèmes théoriques, quelle est donc la place
que peut occuper la thérapie familiale dans la prise en charge des troubles schizophréniques ? Elle semble en effet coincée entre des théories historiques dont les
ambitions curatives se sont révélées infondées, des théories politiques ou philosophiques totalement déconnectées d’une pratique auprès des malades ainsi que des
données scientifiques et une approche objectivante/rationnelle répondant parfaitement aux critères socio-économiques contemporains mais pas nécessairement à la
réalité clinique. Ainsi actuellement il est licite de considérer que le champ des psychoses n’est plus guère abordé par les thérapeutes familiaux et qu’il est laissé surtout
à une approche purement médicale ainsi qu’aux thérapies psycho-éducationnelles.
Désignation et modalités de consultation
Principes généraux
Quelques thérapeutes de famille se risquent néanmoins à prendre en charge des
familles de schizophrènes avec d’autres paradigmes en particulier ici, à Villejuif, à
partir du paradigme éco-étho-anthropologique développé par J. Miermont. Le projet
des thérapies familiales des psychoses est de créer un « dispositif artificiel de reconnaissance » des contextes dans lesquels se développent les interactions entre les différents protagonistes et les manifestations délirantes du patient. C’est-à-dire pour
reprendre une phrase de J. Miermont de créer un « rituel extraordinaire de conversation pour autoriser l’émergence de rituels ordinaires de conversation ». Nous partons en effet du principe que les troubles psychotiques sont de véritables « maladies
infectieuses psychiques »: quiconque approche un grand malade ne manquera pas de
subir rapidement des distorsions de ses capacités à communiquer, à reconnaître le
réel ou encore verra son intégrité psychique s’éroder doucement. Nous devons donc
participer à la création de dispositifs artificiels qui permettent au patient, à ses
proches, aux soignants et à la société de vivre avec ces distorsions affectives, cognitives et communicationnelles.
Désignation du patient : une porte d’entrée essentielle
Notre capacité à nous mobiliser et à mobiliser les différents proches autour du
patient est essentielle. Le fait de désigner le patient (et certains contextes nous poussent à le qualifier de schizophrène par exemple), rentre dans ce processus de co-construction d’une réalité viable pour le système. Faire une consultation familiale,
c’est avant tout pour le patient; et si la famille vient, c’est pour lui et bien souvent
c’est la seule chose qui puisse la faire revenir. Les séances de thérapie familiale sont
vécues par les autres soignants comme un dispositif supplémentaire au service de la
prise en charge du patient : dispositif aucunement hégémonique ou concurrentiel des
autres. Donc la désignation explicite et implicite du patient a un effet contextuel
important : il est le pivot autour duquel les énergies s’organisent et se mettent en lien.
Désignation et ambiance
Une fois le principe des séances organisées autour du malade, l’enjeu majeur
réside dans la création d’une ambiance apaisante qui permet l’apparition d’une
communication moins menaçante, d’une expérience d’être ensemble singulière.
Ainsi, ce qui arrive le plus souvent c’est qu’il va de soi que tout s’articule autour du
patient, il n’est donc pas besoin de lui répéter : il peut – en quelque sorte – se sentir
suffisamment entouré pour tenter d’autres manières d’être. La famille y expérimente aussi des échanges plus clairs, elle bénéficie de la protection, de la régulation
des autres membres du système thérapeutique. Mais en fait il en est de même entre
les soignants, qui peuvent bénéficier dans l’après-coup d’une séance d’un retour différent fait par le patient lui-même ou par l’un des thérapeutes familiaux.
Désignation et causalité
Bien souvent aucune exploration étiologique n’est faite, elle serait trop persécutrice; mais en même temps aucune prescription de comportement n’est systématique non plus, ce dont il s’agit c’est plutôt de fournir un dispositif où il y a certes
reconnaissance de la présence d’un trouble mais sans aucune attente de la part des
soignants. Il nous paraît que c’est le seul moyen qui autorise l’expérimentation par
la famille et son malade de modalités de communications autres. Il y a bien sûr un
effet sur les émotions exprimées, mais pas de manière directe comme c’est le cas de
la thérapie psycho-éducationnelle qui passe par des techniques et des exercices
ciblés, ici c’est le contexte très spécifique qui crée un « bain propice ». L’un des facteurs de la création de ce « bain propice » est notre capacité à prendre en compte
l’existence de champs d’expériences, d’institutions, d’individus qui occupent des
niveaux différents, et qui sont régis par des règles, une épistémè différentes. Par rapport à des techniques de thérapie familiale telle que les approches structurale ou
intergénérationnelle, il n’y a pas de recherche du pattern à corriger, il n’y a pas non
plus de recherche des causes intergénérationnelles de la psychose : lorsque le passé
est évoqué, ce n’est pas pour faire émerger une hypothèse explicative des troubles et
encore moins pour espérer faire changer le système. Pour faire un raccourci provoquant il est possible de dire qu’avec les patients psychotiques, il faut apprendre à les
rencontrer sans rien faire ni penser qui puisse venir tenter de combler le vide et le
chaos générés par leurs troubles. Car paradoxalement il arrive souvent que les nombreuses théories étiologiques ou fonctionnelles des troubles psychotiques une fois
mises à l’œuvre aboutissent à une aggravation des troubles, une fuite des familles et
du malade ou à une « guérison mortelle ».
Ainsi en est-il de Denis H qui est âgé de 46 ans et est suivi en thérapie familiale
depuis 17 années avec sa maman et sa sœur. La thérapie a débuté lors du second
séjour à l’hôpital en hospitalisation d’office alors qu’il souffrait d’un intense délire
paranoïde de persécution centré sur son ex-petite amie; ses proches et lui-même y
sont assidus et déterminent eux-mêmes la fréquence des rencontres en fonction de
l’état de Denis. Vu de l’extérieur il ne se passe rien durant les rencontres, celles-ci
commencent toujours par un « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir vous dire docteur ?»
et finissent non moins rituellement pas un « Ah ! qu’est ce que j’ai bien parlé, cela fait
du bien !». Entre ces deux phrases rituelles, une énumération des petites persécutions
vécues au quotidien, associées à des réflexions sur la société en général et les « chefs »
en particulier. Denis monopolise la parole, sa sœur n’intervient que pour compléter
les informations tandis que sa mère ne prend la parole que quand elle trouve son fils
plus mal qu’à l’accoutumée. Depuis le début le passé n’a jamais été exploré, les
affects des proches jamais connotés ou travaillés, le père absent jamais cité par les
thérapeutes. Cette famille, démunie tant sur le plan social qu’intellectuel, vit dans une
méfiance permanente à l’égard des catégories sociales qui la dominent et elle possède
des modalités de représentation du monde très singulières qui, vues de l’extérieur,
pourraient servir de support à des émissions humoristiques. Toute forme d’exploration dans le passé individuel ou familial suscite une hostilité immédiate et générale.
La thérapie familiale permet à cette famille, dans ce cadre artificiel, d’échanger sur
les contenus et les affects de son membre le plus malade, sans être débordée car elle
se sait soutenue et protégée mais en même temps jamais dirigée ou « disséquée ». Par
ailleurs, la rencontre avec l’équipe de thérapie familiale est le seul moment où la
famille peut être en lien avec l’extérieur sans se sentir menacée ou maltraitée. La
maman se comporte en thérapeute depuis le début et il serait inconcevable pour elle
que les entretiens familiaux aient pour fonction d’explorer son vécu ou encore les
liens entre les troubles de son fils et la structure familiale des deux précédentes générations. Depuis le début, Denis est le malade désigné par tous, mais en même temps
personne n’a jamais demandé quelle était la nature de son trouble. Le seul fait de le
savoir malade, et de faire avec la construction familiale du monde suffit et permet à
Denis de travailler tout en ayant un minimum de vie familiale et sociale.
La désignation n’est-elle pas stigmatisante ?
Une question qui se pose cependant est celle de l’effet stigmatisant de cette désignation. Il n’est en fait pas question pour nous d’aller donner un diagnostic précis,
une étiquette mais de reconnaître que tel individu a une manière d’être au monde
étrange et déconcertante pour sa famille, ainsi que pour la société. En désignant la
particularité du patient, nous pensons au contraire que cette étrangeté le sera moins
et nous contribuons avec nos dispositifs exceptionnels à infléchir les énormes distorsions communicationnelles et affectives suscitées par ces troubles.
A ce sujet, diverses études récentes ont montré les méfaits de la stigmatisation et
en ont conclu qu’il fallait informer la société dans son ensemble pour qu’il y ait
moins de réactions de rejet vis-à-vis des malades psychiatriques. C’est une manière
partielle de poser le problème : augmenter le niveau de connaissance d’un trouble
contribue en effet à éloigner certaines représentations très morbides et clarifie probablement un peu les pensées, mais c’est négliger la dimension de contagion psychique de ces troubles citée précédemment. La simple connaissance du trouble – en
admettant qu’elle soit possible (ces troubles sont-ils si simples ?) – ne remplace pas
les contextes artificiels, hautement régulés et protecteurs qu’il nécessite. Etre schizophrène et être repéré comme tel, n’a pas grand chose à voir avec la reconnaissance d’une maladie physique grave, car les modalités d’ajustement sont beaucoup
plus mouvantes et impliquent davantage les proches. Ainsi, on peut penser que les
futures campagnes d’information sur la schizophrénie risquent de ne pas atteindre
leur but, à savoir permettre aux psychotiques de vivre en société.
Points communs et différences avec l’approche psycho-éducationnelle
On voit bien, que la thérapie psycho-éducationnelle tout comme la thérapie
familiale, remplit volontiers une fonction de régulation des contextes en passant par
la création d’une représentation commune à la famille, au thérapeute et au patient.
Néanmoins la grande différence réside dans la perception du monde de ces deux
approches : les thérapies psycho-éducationnelles s’appuient sur une vision positiviste du monde découpé en sous-unités faisant chacune l’objet d’une étude et d’une
action spécifique (analogie avec les sciences dites dures), tandis que notre approche
est basée sur une vision plus holistique où les parties ne sont pas considérées comme
séparables les unes des autres, une séparation aboutissant à leur destruction. Ainsi
dans les premières, les thérapeutes sont des experts, qui, en vertu de leurs savoirs
objectifs, vont instiller au système ce qui doit être supportable pour lui, tandis que
dans les secondes, c’est la présence et l’ambiance qui seront travaillées, avec une
plus grande place accordée à la subjectivité et aux vérités relatives et locales. C’est
pourquoi les deux approches entretiennent des points communs quant aux buts – en
particulier pour ce qui des régulations entre les sujets et les contextes – mais elles
sont fondées sur des conceptions et des méthodologies radicalement différentes.
Si nous reprenons le cas de Denis et ses proches, le fait de leur expliquer comment le cerveau de Denis est altéré, comment les drogues fonctionnent ou comment
lutter contre le surinvestissement émotionnel ou l’hostilité ne serait pas pertinent :
leur représentation du monde est bien trop singulière pour s’accommoder d’une
approche formalisée et technique. En revanche fournir une écoute attentive à Denis,
reconnaître les cris d’alarme proférés par la maman en les répercutant éventuellement sur le psychiatre de Denis ou encore encourager au repos, à un arrêt de travail,
remplissent une fonction d’adaptation au monde extérieur et ont une action sur les
émotions exprimées. Le « flou » dans lequel nous restons est autant le fait de la
famille, que de nos conceptions du trouble mental qui est loin d’être toujours la
belle construction anatomo-clinique qui est suggérée par l’approche psycho-éduca-tive, et ce, d’autant plus que dans de nombreux cas la maladie du sujet s’inscrit dans
une famille où la plupart des membres sont porteurs de troubles psychiatriques plus
ou moins importants et compensés.
Ainsi, selon moi, chaque sujet, chaque système familial et thérapeutique génère
son propre champ épistémologique et le rôle des thérapeutes familiaux est de contribuer à harmoniser ces différents champs, en étant non pas des jardiniers à la française recherchant une perspective rigoureuse et planifiée, mais plutôt en se comportant comme des forestiers qui font juste en sorte qu’on puisse circuler dans la forêt,
qu’elle ne brûle pas et que les arbres puissent pousser.
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Psychiatre, thérapeute famililal.