2002
THÉRAPIE FAMILIALE
Familles en détresse sociale : approches interdisciplinaires et communautaires...
Jean Bédard
[*]
CP 486 Saint-Fabien Quebec, Canada GOL 270
Devant la
conjoncture économique actuelle, les pauvres se multiplient. A force d’exclusion et d’humiliation, avec le
temps, la pauvreté engendre un effondrement de l’estime de soi. Une dynamique économique et sociale
fait en sorte que la pauvreté se transforme en détresse sociale. Seule une stratégie de développement
social, de développement communautaire et d’interventions familiales à multiples dimensions peut inverser le processus.
L’auteur insiste sur les éléments essentiels propres à une intervention efficace auprès de familles en
détresse sociale en traversant les phases d’évaluation, d’orientation, d’intervention. Mais plus important,
l’attitude que nous avons vis-à-vis des pauvres est déterminante du succès de l’intervention.Mots-clés :
Pauvreté, Détresse sociale, Famille, Enfant, Intervention familiale.
Under the actual economical situation, poor people are constantly getting more numerous. With time, in addition of exclusion
and humiliation, poverty will lead to a collapse in the self-esteem. An internal dynamic along with the
economical and social dynamic is transforming the poverty into a social distress.
Only a multi dimensional strategy of social, community and family developments could reverse the processes.
The author is insisting on the essential elements that are necessary for an efficient intervention with social
distressed families. He is covering the evaluation, orientation and intervention phases. But more than that,
it is the attitude that one has towards the poor people who can guarantee the success of the intervention.Keywords :
Poverty, Social distress, Family, Children, Families intervention.
Ante la coyuntura economica actual, los pobres se multiplican. A fuerza de exclusión y de humillación, con el tiempo,
la pobreza genera un derrumbamiento de la estima de si mismo. Una dinàmica economica y social de
modo que la pobreza se transforma en desamparo social. Solo una estrategia de desarrollo social, de
desarrollo comunitario y de intervenciones familiares a multiples dimensiones puede inversar el proceso.
El autor insiste sobre los elementos esenciales propios a una intervencion eficaz acerca de familias en
desamparo social traversando las fases de evaluación de orientación y de intervención. Más importante
todavia, la actitud que tenemos ante los pobres es determinante del éxito de la intervención.Palabras claves :
Pobreza, Desamparo social, Familia, Niño, Intervención familiar.
Au Québec (Turcotte, 51,52) et ailleurs (Lindsey, 28), différentes recherches ont
démontré l’inefficacité du système de services devant la détresse sociale des familles.
Devant cette contre-performance, l’Association des Centres Jeunesse du Québec (qui
regroupe surtout la Protection de la jeunesse ainsi que les services à la délinquance)
avec l’aide du Ministère de la Santé et des services sociaux ont financé et encadré
une recherche synthèse visant à proposer une stratégie plus efficace. Cela a permis la
réalisation d’une sorte de « mode d’emploi » pour intervenir dans le domaine de la
détresse sociale (Bédard, 6).
Aujourd’hui, j’aborderai, encore que très brièvement, deux questions :
- Qu’est-ce que la détresse sociale ?
- Et comment intervenir avec chance de succès ?
D’abord, qu’est-ce que la détresse sociale ?
Nous entendons par détresse sociale, cette pauvreté chronique et globale qui, à
force d’humilier, d’isoler et de gruger sur la dignité humaine, engendre une forme
de désespoir qui amène la personne à contribuer, bien malgré elle, au cercle vicieux
de l’exclusion sociale (Weil, 53; Cérézuelle, 9; Dumont, 19).
Il y a détresse sociale lorsque la pauvreté est :
- économique (faible revenu);
- culturelle (peu d’habileté sociale et faible scolarisation);
- et sociale (« insularisation », reconduire activement la personne à sa solitude, à
son clan ou à son ghetto).
Avec le temps, cela provoque un effondrement de l’estime de soi. Le temps est
important parce qu’il produit une sorte de transition de phase psychosociale. Une
transition de phase c’est lorsque, par exemple, l’eau se transforme en vapeur. Ce
n’est pas un changement dans la nature de l’être, mais c’est un changement dans
l’état d’être. La réversibilité de ce processus est particulièrement difficile et coûte
très cher. Donc, il vaut mieux prévenir que guérir. Si vous prenez un individu au
hasard et que vous le placez à pauvreté globale constante, il suffit d’attendre entre
six mois et deux ans et puis crac ! il doute jusqu’au plus profond de sa valeur.
Simone Weil (la grande philosophe) (53) a voulu expérimenter dans son être la
détresse sociale et elle l’a effectivement expérimentée (comme ouvrière non-spécia-lisée). Elle dit ceci (je paraphrase): « Dans le domaine de la souffrance, la détresse
sociale (qu’elle appelle « le malheur ») est une chose à part, spécifique, irréductible.
Pourquoi ? Parce qu’elle s’empare de l’âme et la marque, jusqu’au fond, d’une
marque pourtant aussi visible que celle du fer rouge sur un paria. Celui qui porte
cette marque sur l’expression de sa figure, dans son langage, dans ses comportements, ses vêtements, etc. la ressent comme une honte. La plupart des gens détourneront le regard. »
L’humiliation est constante et on peut dire avec le grand poète Rainer Maria
Rilke (39):
Et les pauvres en souffrent,
alourdis par tout ce qu’ils voient
grelottant dans l’ardeur des fièvres
et, chassés de toutes maisons
s’en vont de par la nuit comme morts inconnus,
chargés de toutes les ordures
et de crachats comme pourriture au soleil;
chaque hasard, le fard des filles,
les fracas des voitures et l’éclat
des lanternes, tout les insulte.
Et s’il est une voix pour les défendre
libère-la, fais-la vibrer.
L’humiliation est une violence sur tout l’être corporel, elle déracine non seulement la personne de sa communauté mais la déracine d’elle-même par la honte de
soi qu’elle engendre.
Une situation de détresse sociale résulte donc de l’interaction de deux dynamiques :
- une dynamique culturelle, sociale et économique qui tend à exclure de génération en génération des familles ayant des difficultés d’adaptation à ses institutions et ses organisations;
- une dynamique intérieure à la famille qui rend difficile cette adaptation. Cette
dynamique intérieure résulte de deux éléments :
- un faible capital familial du point de vue culturel, social et économique;
- une blessure d’enfance qui rend fragile l’identité personnelle et sociale.
Imaginons que la famille forme une cellule dont la survie dépend de ses
échanges (oxygène et nutrition) avec son environnement. Ces échanges se font à travers des ouvertures : le travail, la consommation, la participation aux décisions,
l’amitié, l’affichage de symboles de reconnaissance sociale (vêtements, bijoux,
autos, sac à main, trousseau de clef...), etc. (voir schéma 1, p. 160).
Une personne entre progressivement dans la détresse sociale en suivant plus ou
moins les étapes suivantes (Gaulejac, 23):
- Isolement et étouffement
- Lorsque les fenêtres d’échange entre la cellule familiale et la communauté sont
obstruées, la famille étouffe socialement. Elle n’assimile plus l’information
nécessaire aux adaptations qui lui seraient favorables. Elle réagit à partir de son
capital social familial dont le propre est justement d’être insuffisant et inadapté.
- Résistance inadaptée
- Sa réaction sera mal interprétée par l’environnement. L’environnement vient lui
dire de se comporter correctement, d’assumer ses responsabilités, notamment ses
responsabilités parentales. Cela ne fait qu’ajouter au stress. La famille interprète
négativement le message et réagit plus agressivement ou plus passivement. Il y a
double malentendu. La famille devient toxique pour son environnement et son
environnement toxique pour elle.
- Installation
- Il se produit un effondrement de l’estime de soi. La personne semble cesser de
lutter. Mais elle est intérieurement grugée. Il s’ensuit différents processus d’automutilation : alcool, drogue, violence familiale, comportements asociaux, etc.
- Enfant symbole
- L’enfant a bien des chances de représenter le dernier symbole de réussite permettant une ultime tentative de reconquérir l’estime de soi.
- Enfant négligé
Mais comment donner à l’enfant ce qu’on n’a pas ?
- Une étude récente montre que sur l’ensemble des signalements à la protection de
la jeunesse, près de 60% des familles ont la plupart des caractéristiques de la
détresse sociale (Toutigny, 50). Par exemple, lorsque l’estime de soi s’est effondrée, le parent éprouve de grandes difficultés à s’attacher normalement à son
enfant. L’enfant a donc de forts risques d’être gravement négligé. Son développement physique, psychologique, social, scolaire en souffre gravement.
6. Adolescent décroché
Ses chances de réussite scolaire sont diminuées et par le fait même ses chances
d’emploi. Le problème se reproduit de génération en génération. Il devient
extrêmement difficile d’arriver à des résultats consistants.
Comment intervenir avec chance de succès ?
Si nous voulons développer un cadre de réflexion permettant d’organiser des
stratégies sociales, il nous faut viser une modification substantielle de la reproduction sociale et culturelle de la détresse sociale. L’impasse actuelle n’est pas uniquement due à une recrudescence de la polarisation entre riches et pauvres mais c’est
aussi et peut-être surtout une crise de l’intégration sociale due à des bouleversements en profondeur dans les modes d’échange de biens et de services et, dans
l’expression des solidarités sociales.
Toute stratégie d’action qui voudra être efficace devra agir à la fois sur les trois
grands leviers suivants (Schorr, 44):
- Maximiser le développement social.
- Augmenter la capacité d’intégration sociale et économique de la communauté.
- Viser le développement communautaire.
- Solidariser la communauté autour des familles en difficulté
- Soutenir et aider les familles dès que le problème montre des signes précurseurs par une approche qui rehausse l’estime de soi
- Agir sur les dynamiques familiales.
- Aider les familles en détresse sociale par une approche multidimensionnelle
à la suite d’une évaluation rigoureuse.
Le plus important est de saisir que ces trois leviers sont indispensables les uns aux
autres au point que l’intervention familiale seule, quelle que soit sa qualité, est vouée à
l’impasse s’il n’y a pas de stratégie de changement visant la communauté. Cependant,
étant donné que le cadre de cet article nous amène à insister sur l’intervention familiale, nous nous contenterons ici d’une très brève définition du développement social
et du développement communautaire. Cela ne doit pas présumer de l’importance qu’il
faut accorder à ces deux dimensions de toute stratégie qui se voudrait efficace.
On parle de développement social (Cérézuelle, 9; MacMillan, 31; Pinard, 38)
lorsque les organisations visant le développement social répondent à 6 critères :
- faible division du travail, le travail est peu séquentiel;
- le travail fait appel à des rapports personnels avec la clientèle;
- la priorité est mise sur le développement des habiletés sociales;
- on vise un marché local et une clientèle fidélisée;
- la mise en marché fait appel à la solidarité communautaire;
- la main d’œuvre reçoit des services en compensation du faible niveau de salaire.
On parle d’action communautaire (Dunst, 20; Ministère de la Santé, 33;
Painchaud, 36; Ethier, 22) lorsque l’action est faite avec la communauté, par la
communauté, pour la communauté. L’action répond alors à 8 critères :
- on fait appel à la participation de la clientèle visée;
- l’action et l’attitude sont non stigmatisantes et valorisantes;
- on s’assure de la collaboration de l’ensemble du réseau de services;
- on est attentif au pairage interindividuel ou de groupe;
- on fournit d’abord des services concrets répondant aux besoins primaires des
personnes;
- on s’assure de l’accessibilité « culturelle » aux services (si nécessaire on établit
des ponts facilitant l’intégration aux activités);
- on encourage les « receveurs » de services à devenir des « acteurs » du service;
- on évalue les résultats des actions avec les acteurs.
L’intervention familiale devra être fondée sur une évaluation globale et rigoureuse de la situation de la famille en détresse sociale (Steinhauer, 46,47). Cette évaluation touche au moins 7 dimensions (schéma 2).
- l’intégration sociale de la famille;
- la dynamique des organisations sociales vis-à-vis de la famille;
- les capacités parentales des familles;
- l’utilisation antérieure des services et le processus d’apparition du problème;
- la dynamique du couple;
- le lien d’attachement parent-enfant;
- l’impact du problème sur l’enfant.
Voici un exemple de famille en détresse sociale :
La famille formée de deux adultes et de trois enfants dispose d’un revenu annuel
oscillant entre douze mille et seize mille dollars (canadien), provenant du travail à
temps partiel du père et du supplément de revenu apporté par l’État. Le père, qua-rante-deux ans, exerce son métier avec très grande difficulté. En fait, la précarité de sa
santé ne lui permet pas de subvenir convenablement aux besoins de sa famille. Sa
propre enfance fut sous le signe de la pauvreté que son père aggravait par ses beuveries épisodiques toujours suivies d’actes violents contre sa femme et ses enfants. Mais
de cela il ne veut pas en dire davantage. Adolescent, il s’est tourné vers la délinquance
et même, à certains moments désespérés, vers des activités de prostitution. Il s’est
finalement rangé. Cependant, peu scolarisé, il s’est constamment senti coincé entre les
exigences de son métier et une santé trop fragile. Beaucoup d’heures de travail dans un
horaire irrégulier pour peu de revenu et, de l’autre côté, une fatigue constante, une incapacité à suivre le rythme, des problèmes respiratoires, une insomnie presque chronique.
Des accidents de travail se sont ajoutés, mais jamais il ne fut admissible pour une
longue période à des subventions de sécurité du travail. La famille n’étant pas adéquatement assurée, les médicaments viendront creuser son endettement déjà important .
Durant ce temps, il a un garçon d’un premier mariage avec une veuve déjà mère de deux
filles. Mais la relation de couple tourne rapidement au vinaigre et la séparation est vécue
très douloureusement pour le garçon. En effet, durant près de cinq ans le père exige la
garde de l’enfant malgré une expertise à la Cour supérieure qui recommande sans équivoque que le garçon demeure chez sa mère. Pour le tribunal, le père présente une trop
forte tendance à la violence verbale et au dénigrement tant vis-à-vis de la mère que vis-à-vis des enfants. Nonobstant, le père utilise toutes sortes de stratégies pour obtenir la
garde de son garçon. Par exemple, il enregistre en secret une conversation entre lui et
son ex-épouse où celle-ci avoue être exaspérée par les événements et vouloir le placement de son garçon. Le père fait écouter l’enregistrement au jeune garçon, insistant sur
le fait que « sa mère, assurément, le rejette ». Il achète des jouets dispendieux à son fils
et lui fait miroiter une vie de plaisir en regardant avec lui des films pornographiques. Le
garçon se montre très agressif vis-à-vis de sa mère et va jusqu’à la frapper violemment.
Il commet des attouchements sexuels vis-à-vis d’une des filles de sa mère. La mère,
n’en pouvant plus, demande au père de prendre chez lui le garçon.
Entre-temps, le père s’est remarié avec une dame de trente-quatre ans sans enfant.
Celle-ci est originaire d’un milieu tout aussi pauvre que celui de son mari. Ses deux
parents étaient alcooliques. Le père exerçait sur la famille un contrôle absolu. La mère,
malade, gravement déprimée, dépérissait progressivement. Le père exigea de sa fille
qu’elle abandonne l’école « pour s’occuper, prétendait-il, de sa mère ». L’adolescente
de quatorze ans présentait des limites intellectuelles qui la mettaient constamment en
échec scolaire si bien que personne ne voyait d’inconvénient à ce qu’elle abandonne
l’école. Isolée, la jeune fille était totalement soumise au contrôle de son père. En réalité, c’était là une étape de plus dans un drame qui avait commencé bien avant son
adolescence. Dès ses neuf ans, son père lui fit des attouchements sexuels. Puis il
réclama qu’elle le masturbe et il l’obligea à coucher avec lui sur une base régulière.
Lorsqu’elle eut près de dix-huit ans, il la louait à des amis. Cette terrible emprise dura
jusqu’à ses vingt et un ans, âge où elle réussira à s’enfuir. Déjà initiée par son père,
elle mène une vie de danseuse et de prostituée dans des conditions des plus misérables. Ses limites intellectuelles, l’habitude de la violence en font une proie facile. À
trente-quatre ans, elle se croit sauvée par le mariage avec un homme qui, courageusement, malgré bien des difficultés, exerce un honnête métier. Lui aussi a vécu une
enfance difficile, lui aussi a connu la marginalité, alors il la comprend.
Enceinte de son premier bébé, elle apprend, avant sa naissance, qu’il souffre d’une
maladie congénitale chronique. Durant la même période, le garçon de Monsieur vient
s’installer dans la famille. Perturbé par un douloureux conflit de loyauté, il réagit
beaucoup à la présence de sa belle-mère. La nouvellement mariée est terriblement
seule. Elle n’a aucun ami. Sa réputation non seulement fait le vide autour d’elle, mais
amène la plupart des gens à s’en méfier, de sorte que la relation avec le garçon ne fait
que s’envenimer. Malgré tout, la mère fait preuve d’un courage étonnant. À force
d’attention et de répétition, elle apprend minutieusement les traitements à donner au
bébé qui va naître. Elle assume avec le plus de patience possible le fils de son mari et
à la naissance du bébé, elle donne au nourrisson tous les soins nécessaires (ce qui est
beaucoup). La mère est très attachée à son bébé.
Les services communautaires ont bien préparé Madame. Ils lui ont enseigné tout ce qu’il
fallait faire et surtout, ils ont établi une relation de confiance avec Madame. Celle-ci
s’étant confiée à l’une des intervenantes au sujet de son enfance, on lui propose un suivi
psychologique. Cependant, la pauvreté, les exigences du garçon de Monsieur et du bébé
contrecarrent le projet de thérapie. Madame abandonne les entrevues après quelques
rencontres. Le bébé est régulièrement hospitalisé. Madame reçoit tout le soutien imaginable de la part des services communautaires. Cependant l’argent manque.
Comme son père, l’adolescent souffre d’obésité et d’asthme. Il a besoin de médicaments dispendieux et d’un appareil. Les intervenants font des pieds et des mains pour
que les dépenses soient remboursées par l’État (le nombre de lettres et de procédures
à cet effet est impressionnant). Mais rien à faire. À part quelques subventions pour le
transport et le logement durant les périodes d’hospitalisation du bébé, la famille est
très peu aidée financièrement. Le garçon en subit les effets. Il y a des disputes entre le
père qui veut restreindre les médicaments de son fils et le garçon qui, au contraire,
désire en prendre bien plus que la dose recommandée.
Durant cette période, le père, lui-même handicapé par la maladie, ne peut pratiquement plus travailler. La vie de couple s’envenime. « Je suis pourtant soumise », dira
Madame. Inquiète de ses propres agissements, elle demande à une auxiliaire familiale
de se cacher afin de « vérifier, dit-elle, si mon mari a raison de me punir !» Le garçon
présente des problèmes de comportement sévères. À l’école, il frappe d’autres élèves
et, devant un groupe d’amis, va jusqu’à se taillader sévèrement le visage à l’aide
d’une lame de rasoir. Il est placé d’urgence en centre de réadaptation.
La mère est de nouveau enceinte. Elle apprend que son deuxième bébé souffrira de la
même maladie que le premier. Elle est résignée et se prépare vaillamment. Cependant
ses forces faiblissent. La situation devient très précaire. On signale le cas à la Protection de la jeunesse en ces termes : « Madame néglige ses enfants, les soins aux bambins
sont insuffisants ».
Le père trouve un peu de travail hors de la région et le couple se sépare mais, dans une
si grande indécision, que Madame ne sait pas si son mari l’a quittée ou non. Le père
est parti avec la carte de guichet de Madame. C’est lui qui continue à « administrer »
le budget. Par moments il vient cohabiter avec elle, à d’autres, il réside en appartement près de son travail où, dit-on, une autre dame est assez souvent présente.
Madame devient dépressive, mais contre vents et marées, elle continue tout de même
à s’occuper de ses deux bébés. La situation est à nouveau signalée à la Protection de
la jeunesse mais, cette fois, l’ensemble des personnes apportant des services à la
famille se rencontrent pour faire le point. C’est là où nous en sommes.
La première question qui se pose touche au potentiel de changement de la famille
et de la communauté qui environne cette famille. S’il n’est pas possible de modifier
la dynamique de cette famille dans le temps requis pour assurer le développement de
l’enfant, nous sommes dans l’obligation de prévoir une « transplantation » du lien
d’attachement entre l’enfant et les parents. L’évaluation ne visera pas uniquement à
définir le problème, elle doit fournir l’information permettant de décider, de trancher
la difficile question de l’orientation à prendre à long terme pour les enfants.
L’évaluation devra entre autres nous permettre de trancher entre les quatre hypothèses suivantes :
- La famille n’est pas sans problème mais, comme toute famille, avec l’aide naturelle de ses amis, elle résout normalement ses difficultés.
- Il s’agit d’une situation difficile mais qui ne compromet pas la sécurité et le
développement de l’enfant. La famille a besoin d’aide pour se sortir de la
détresse sociale mais les enfants arrivent tout de même à se développer correctement et en sécurité.
- Il s’agit d’une situation qui doit être modifiée si on veut assurer la sécurité ou le
développement de l’enfant. Cependant le potentiel de changement est encourageant. De façon réaliste, on peut envisager les pronostics suivants :
- Soit que, après une intervention adéquate d’une ou deux années, la famille
soit en mesure d’assumer, avec l’aide naturelle de son réseau et de la communauté, la sécurité et le développement de l’enfant.
- Soit qu’elle ait besoin d’une aide structurée à long terme.
- Mais dans les deux cas, l’enfant ne sera pas définitivement retiré de son
milieu et les parents assumeront le rôle principal vis-à-vis de l’enfant.
- L’enfant conservera la continuité de son principal lien d’attachement avec
ses parents (ou l’un d’eux).
- Il s’agit d’une situation où seul un changement définitif de milieu peut permettre
le développement et la sécurité de l’enfant. En somme, les pronostics suivants
sont envisagés :
- Soit que les rôles parentaux doivent définitivement être partagés avec
d’autres adultes.
- Soit que les parents doivent cesser de façon définitive à peu près tout contact
avec l’enfant.
- Dans les deux cas, l’enfant devra transférer son principal lien d’attachement
de ses parents vers une autre famille.
On remarque toute l’importance qui doit être accordée au lien d’attachement. Le
cœur de l’orientation qui suivra l’évaluation, c’est l’avenir même de ce lien d’attachement.
De l’évaluation découle une orientation devant répondre aux grandes questions
suivantes :
- Quelle autorité doit-on utiliser : l’autorité sociale ou judiciaire ?
- Pour les enfants, quels liens d’attachement doit-on préserver : avec le père, la
mère, aucun des deux, les grands-parents, une famille substitut, etc ?
- Pour le couple, quelle est l’orientation souhaitable : consolider la relation, la
réajuster, en renouveler les bases, réaliser une séparation, s’entendre sur la
manière d’exercer les rôles parentaux suite à une séparation, etc ?
- Sur quels points forts va-t-on s’appuyer pour favoriser le changement ?
- Quel scénario doit-on viser dans un premier temps ?
- Quels autres scénarios sont à prévoir si nous voulons gérer adéquatement les
risques ?
- Comment reconnaîtra-t-on que l’hypothèse clinique de départ tient le cap ?
- Combien de temps d’essai se donne-t-on ?
Les réponses à ces questions déterminent la direction à prendre et, de la direction
à prendre, découle la planification de l’intervention. Sans une orientation claire,
l’intervention n’est qu’une mosaïque de services sans unité véritable.
Après avoir évalué le cas nous servant s’exemple, l’équipe d’intervention a
répondu aux questions d’orientation.
Entre l’évaluation et l’orientation, la mère et le père ont été rencontrés et en évaluant
le potentiel de violence de monsieur et la dynamique du couple, on est arrivé à la
conviction que Monsieur exerçait une forte emprise sur Madame. Non pas tant qu’il
l’ait frappée (ce qui est tout de même arrivé), mais surtout parce qu’il la dénigre et
l’humilie gravement et vulgairement (souvent en présence de l’adolescent). La discussion avec les parents s’est avérée difficile parce que Monsieur cherchait constamment à tenir Madame en faute. Il a été nécessaire de prendre à part Madame de façon
à ce qu’elle puisse s’exprimer librement. À la fin Monsieur s’est dit d’accord avec
l’orientation, mais cela n’a pas convaincu personne. Au bout de deux rencontres difficiles, nous sommes arrivés à l’orientation suivante :
Quelle autorité utiliser ?
Étant donné que le développement des deux petits et de l’adolescent est compromis
(en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse du Québec), il est du devoir des
intervenants de s’assurer qu’une personne autorisée par le directeur de la protection
de la jeunesse prenne en charge de la gestion des risques pour les enfants avec pouvoir de saisir le tribunal de la jeunesse si nécessaire. Les parents seront néanmoins
invités à souscrire à une intervention volontaire. Malgré ce cadre d’autorité, les intervenants solliciteront au maximum l’autorité sociale de la communauté. En effet, la
mère répond positivement à l’aide dans la mesure où cette aide est concrète et ne
menace pas sa relation avec ses deux enfants. Vis-à-vis du père, l’approche sera plus
délicate puisque, dans notre hypothèse clinique, nous présumons qu’il tend à dominer
Madame. Si cette hypothèse est juste, dès que l’intervention amènera Madame à plus
d’autonomie, Monsieur aura tendance à vouloir saper l’intervention. Si la chose se
présente, il faudra requérir du Tribunal une ordonnance nous permettant de continuer
l’intervention malgré le refus de Monsieur. Vis-à-vis du jeune garçon, il y a déjà une
ordonnance du tribunal. Nous chercherons cependant à gagner l’adolescent au plan
d’intervention fait à son intention.
Pour les enfants, quel lien d’attachement préserver ?
Le lien d’attachement est solide entre la mère et ses deux garçons. Ce qui menace ce
lien, c’est l’épuisement de la mère et son manque d’autonomie personnelle et sociale.
L’évaluation nous a amenés à considérer la situation comme étant « sévère » et tout
près de devenir « extrême », la préservation du lien d’attachement sera donc difficile.
Il faudra agir à la fois de façon à consolider ce lien d’attachement et à la fois pour
aider la mère à partager son rôle qu’elle ne peut assumer seule sans s’épuiser. Toutes
les ressources d’aide qui viendront dans la famille devront donc éviter d’entrer en
compétition avec la mère. Dans toutes les actions il faudra montrer à la mère et aux
petits que le lien principal d’attachement est bien celui qui les unit.
Pour l’adolescent, il y a flottement des liens d’attachement et cela est sans doute la
source principale de ses troubles de comportements. Il faudra donc clarifier avec la
mère de l’adolescent et son père les liens possibles et aider au rétablissement et au
réajustement de ces liens.
Pour le couple, quelle est l’orientation souhaitable ?
Le couple est actuellement séparé, mais leur relation reste enchevêtrée. Il leur appartient de prendre une décision à ce sujet et il faudra les accompagner dans ce choix.
Cependant, il est difficile de voir comment Monsieur et Madame pourront accéder à
une autonomie minimale sans passer par une période assez longue de séparation réelle.
Mais cela ne rendra pas Madame automatiquement autonome ni Monsieur, moins
dominateur. Ils risquent, chacun de leur côté, de reproduire dans une autre relation la
même dynamique. Il faudra donc les aider à atteindre l’autonomie nécessaire pour
atténuer l’impact de leur enfance sur leur relation future de couple.
Sur quels points forts va-t-on s’appuyer pour favoriser le changement ?
Trois points forts sont à considérer : 1. L’attachement de la mère à ses deux petits garçons; 2. Les ressources de la communauté sont abondantes et, si on élimine les préjugés, il devrait être possible d’intégrer progressivement la mère dans la communauté;
3. La relation entre l’adolescent et la mère, si elle est protégée du père, pourrait devenir positive.
Quel est le scénario à viser dans un premier temps ?
Avec une aide appropriée, bien dosée et sur une longue période (au moins cinq ans)
la mère pourra assumer une partie importante de son rôle de parent. Du fait de la séparation définitive avec son mari, elle traversera une période de crise très importante.
Elle sera sans doute hébergée (elle et ses deux petits garçons) dans un milieu protégé
et stimulant. Suite à cette étape, elle reprendra logement et progressera en autonomie
grâce à une plus grande intégration sociale. Plus autonome, elle sera en meilleure posture pour établir une nouvelle relation de couple plus égalitaire et plus favorable à son
développement.
Suite à sa séparation, le père tentera d’obtenir la garde de ses enfants. Mais une intervention permettra d’éviter tout enchevêtrement susceptible de produire des conflits de
loyauté insolubles chez les enfants. Après une période de colère contre les services, le
père acceptera de revoir sa situation. Entre-temps, son droit de visite sera encadré.
La relation de l’adolescent avec sa mère sera clarifiée. L’intervention va permettre à
l’adolescent de dissocier l’une de l’autre la relation avec son père et la relation avec sa
mère. Les tentatives d’enchevêtrement de la part du père seront contrecarrées de
façon à ce que l’adolescent puisse résoudre ses conflits de loyauté avec l’un et l’autre
de ses parents.
L’adolescent sera suivi sur une longue période dans le but de réduire l’impact de son
enfance sur ses futures relations de couple.
Quels sont les scénarios à prévoir pour assurer la gestion des risques ?
La mère peut faire alliance avec le père et refuser tous les services. Il faudra alors rencontrer les parents séparément et leur expliquer les conséquences d’un tel comportement. En effet, ils pourraient par cette attitude précipiter un inévitable placement en
famille d’accueil et compromettre leur lien d’attachement avec leurs petits.
L’approche devra être rassurante pour la mère et déstabilisante pour le père.
Le père peut refuser toute collaboration laissant la mère complètement seule. Celle-ci
peut faire une dépression sévère exigeant son hospitalisation. Dans ce cas nous
n’aurons pas le choix de placer les petits garçons en famille d’accueil pour le temps
de cette hospitalisation. Si cela se produit, on veillera à ce que tous les jours ou tous
les deux jours (les enfants sont très jeunes), la mère puisse rencontrer ses deux enfants
et que les contacts qu’elle entretiendra avec la famille d’accueil soient très réguliers.
Le père pourrait accentuer son emprise sur la mère, la surveiller, la menacer, etc. Dans
ce cas il faut prévoir un hébergement protégé pour la mère et les enfants.
Il est possible qu’on ne trouve pas de services suffisants dans la communauté pour
aider la mère en proportion de ses besoins. La situation pourrait alors passer de
« sévère » à « extrême ». Malgré la cruauté des décisions, il faudra alors prendre une
autre orientation [1]. Miser sur un autre lien d’attachement pour les enfants (famille
d’accueil ou d’adoption) tout en s’assurant que les parents aient des droits de visite
constants et en proportion de leur rôle positif vis-à-vis des enfants.
Pour l’adolescent, il est possible qu’il y ait une rupture complète avec ses deux
parents ou au contraire une nouvelle collusion avec le père contre la mère. Il ne faudra
pas abandonner l’adolescent même si ses troubles de comportements diminuent; il y a
tout lieu de croire qu’il reproduira une dynamique de violence dans l’avenir.
Comment reconnaîtra-t-on que l’hypothèse clinique de départ tient le cap ?
On a sans doute remarqué que l’orientation repose sur un certain nombre d’hypothèses.
Par exemple, l’hypothèse que Monsieur est engagé dans une dynamique de violence
vis-à-vis de son épouse. Si tel n’est pas le cas, le père, prenant conscience du sérieux de
la situation, pourrait devenir positivement collaborateur. Sans doute faudra-t-il, avant de
changer cette hypothèse clinique, vérifier si cette collaboration n’est pas qu’une tactique. On sera rassuré dans la mesure où le père se remet lui-même en question.
La deuxième hypothèse, tout aussi déterminante, est à l’effet que le lien d’attachement de la mère avec ses deux garçons est sain. Mais la possibilité au moins théorique
que cet attachement se transforme en relation « d’ambivalence extrême » est élevé. La
mère a été agressée sexuellement par son père sur une longue période et ses deux
enfants sont des garçons. Si la mère cherchait à rejeter un enfant dès qu’il présente
des signes d’autonomie, cette hypothèse devrait être examinée avec attention.
Combien de temps d’essai on se donne ?
Étant donné l’âge des enfants, dans la mesure où nous sommes en mesure de gérer
correctement les risques, on peut se donner six mois pour expérimenter l’orientation.
Si au bout de ce temps d’efforts soutenus, l’intervention n’a pas porté fruit, il faudra
sans doute réévaluer la situation qui pourrait alors passer de « sévère » à « extrême ».
Cependant, tout au long de cette période, on surveillera régulièrement le développement des enfants.
En général le plan de services qui résultera de cette évaluation devrait toucher
les objectifs suivants :
- fournir des services concrets pour réduire l’impact immédiat de la pauvreté sur
la famille;
- améliorer les capacités culturelles, les habiletés sociales et les qualifications des
parents;
- assister la famille dans son intégration sociale;
- bonifier les capacités des parents à assumer leur rôle vis-à-vis de leurs enfants;
- soigner les blessures d’enfance des parents;
- soigner les blessures psychologiques ou sociales des enfants et si nécessaire
modifier leurs comportements mésadaptés;
- suppléer de façon temporaire ou permanente à certains handicaps des parents;
- gérer la sécurité et le développement des enfants.
Évidemment ces objectifs doivent être sélectionnés et hiérarchisés en fonction
des besoins ressentis par la famille et considérés prioritaires pour les enfants.
Malgré l’importance de la rigueur qu’on doit accorder à l’intervention familiale
et de l’effort à consacrer pour que la communauté progresse sur le plan social, culturel et économique, force nous a été de remarquer que la clef déterminante qui paralyse l’action est la rareté de la véritable compassion. Il me faut donc glisser ici
quelques mots de philosophie qui m’apparaissent incontournables.
Toute cette stratégie tient au savoir-être, à l’attitude. La véritable compassion est
au fond l’ingrédient actif. Pardonnez-moi l’analogie zoologique, mais je la crois
éclairante, voire déterminante. Dans un poulailler, lorsqu’une poule est en difficulté,
par automatisme de sélection naturelle, les autres poules lui martèlent la tête jusqu’à
ce que mort s’ensuive. C’est le réflexe premier devant une personne en état de
détresse. Que ce soit la détresse physique, psychologique ou sociale, elle engendre
généralement des réflexes d’agressivité, de condamnation et de rejet. Néanmoins,
chez des espèces plus évoluées, il arrive assez souvent que des animaux bien adaptés
aident des individus temporairement en difficulté. Mais lorsque dans une horde
d’animaux, un individu présente des caractéristiques de déficiences chroniques, il
est automatiquement rejeté. L’instinct de survie de l’espèce l’emporte sur l’entraide
pour la survie d’individus mal adaptés (ou perçus comme tels). Ressentir le besoin
d’aider une personne en difficulté temporaire, c’est faire appel à des mécanismes
naturels d’entraide, mais aller au devant d’un exclu, d’une personne ou d’une famille
en détresse sociale, c’est aller à rebours. Il faut alors puiser dans ce trésor caché qui
rend notre humanité distincte. C’est à ce moment qu’on peut proprement parler de
réelle compassion. La véritable compassion consiste essentiellement à remonter cette
sorte de réflexe animal qui nous porte à aider seulement les « aimables pauvres »,
ceux qui répondent à notre aide et à rejeter les « invétérés », ceux qui rejettent notre
aide (parce qu’ils appréhendent trop bien notre rejet) (cf. Sassier, 43, et Goglin 24).
La compassion est l’envers du réflexe grégaire conditionné de l’exclusion des
« inadaptés ». Cependant, il n’est pas facile de marcher à rebours. La compassion ne
peut grandir que dans une âme convaincue que toutes les femmes et tous les
hommes sont reliés « par le haut » à une même humanité éminemment digne, non
pas seulement de survivre, mais surtout, de participer pleinement à la vie sociale.
Cette conviction ne peut résulter que d’une expérience de lucidité à partir du tréfonds de notre propre être. Mais la compassion résulte aussi de l’expérience que
toutes les femmes et tous les hommes sont reliés « par le bas » à une même vulnérabilité, fragilité et incertitude qui peut nous jeter tous par terre si nous ne nous tenons
pas socialement par des liens de protection.
La compassion n’est possible que lorsque j’ai sérieusement réfléchi à la question : qui suis-je dans mes moments d’effondrement ? Le malheur des autres risque
de mettre ce fond à nu, c’est pourquoi il me fait peur. La tâche du travail auprès des
malheureux est de me découvrir dans mon réel, de m’acculer à mon être réel.
Qu’est-ce que j’ai touché lorsque j’ai touché le fond ? L’authenticité de la réponse à
cette question fait de moi un être crédible et assez fort pour prendre le risque de la
compassion.
Si je veux convertir cette compassion en action sociale, il me faut une deuxième
condition. Cette deuxième condition m’apparaît aussi essentielle que la première.
Le combat contre la misère ne se fait pas seul. Former équipe est essentiel à la survie
des travailleurs de la misère autant qu’à l’efficacité de l’action. L’équipe résulte de
la lucidité sur les limites de nos puissances individuelles. Si nous n’avons pas saisi
la nécessité de l’équipe, c’est que nous ne comprenons rien à la détresse sociale.
Seule une équipe a le pouvoir de démultiplication des énergies, de digestion du
désespoir par l’humour et de sagesse nécessaire à des situations aussi étriquées.
Si je fais partie de ceux qui se posent la question de ce qu’il faut être et faire
devant ce problème social, c’est que je l’ai rencontré d’une façon ou d’une autre et
qu’il a produit un malaise et une souffrance chez moi. Rien n’est perdu ! Tant
qu’une maladie fait souffrir, tous les espoirs de guérison sont permis.
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de psychiatrie, Hôpital Sainte-Justine, 6 (1), 55-71.
[*]
Professeur de philosophie, intervenant social et écrivain.
[1]
Lorsque nous sommes dans l’obligation d’un tel choix, il nous faut alerter les autorités responsables
de la planification des services dans la région.