2002
THÉRAPIE FAMILIALE
Les articles
A l’époque où, en France, le primat est donné à l’enfermement des jeunes délinquants et à la « punition » de leur famille
[1],
Roland Coenen vient prôner une attitude
diamétralement opposée. Eduquer sans punir dit-il, car le modèle sanctionnel n’a
pas fait la preuve de son efficacité, bien au contraire. En raison de l’effondrement
des valeurs traditionnelles, les adolescents ont des besoins qui sont plutôt du côté de
la transmission de la notion d’humanité comme valeur stable. Il propose donc éducation et autorité bienveillante, plutôt que punition. Il donne comme exemple l’histoire de Steven qui inquiétait.. par son manque de symptômes. Ses mots d’ordre
sont : ordre éducationnel, thérapeutique et humaniste.
Dans un précédent éditorial Véronique Regamey nous proposait de réfléchir sur
notre engagement auprès de nos patients. Aujourd’hui Camille Labaki vient nous
interroger sur notre supposé-savoir et sur la façon dont nous l’utilisons. Le savoir
peut être un alibi pour éviter l’accueil de l’autre et un bouclier contre la rencontre.
Jugements a priori, conclusions hâtives sous couvert de savoir, sont des dérives qui
nous mènent vers une position qui n’est plus thérapeutique. Elle nous « livre » un
conte clinique, qui en dit plus que de longs discours savants.
La crise psychiatrique aboutit souvent à une hospitalisation, mais pas toujours.
L’équipe ERIC utilise un modèle original de réponse à l’urgence : une prise en charge
à domicile. Un précédent article présentait la structure de ce modèle d’intervention,
aujourd’hui L. Zeltner, J.F. Ampelas, V. Mallat, F. Mauriac, A. Waddington,
M. Bronchard, et M. Robin réfléchissent sur les fondements théoriques de leur pratique. A partir de la comparaison avec le bébé qui, par ses hurlements, sollicite
l’entourage qui intervient et, par son action, le réconforte, ils remarquent que leur
intervention permet de restaurer la fonction de « pare-excitation » que la famille peut
exercer sur un patient. La famille se trouve ainsi requalifiée dans sa capacité de trouver des solutions à la crise. Un exemple clinique vient illustrer leur propos.
Les liens entre alimentation et relation à la mère sont nombreux, particulièrement chez le petit enfant. Les liens entre alimentation et relations familiales sont
aussi très étroits aux autres âges de la vie : anorexie, boulimie ou obésité peuvent
jalonner la vie de la famille au cours de son cycle. C’est donc tout naturellement que
Martine et Benameyer Naili Douaouda utilisent les techniques systémiques dans
la rencontre avec la famille de patients ayant des troubles nutritionnels. Ils nous rapportent ici leur expérience et à l’aide de vignettes cliniques ils nous montrent comment ils ont su tirer partie de la rencontre entre diététique et systémique.
Dans la suite de la prestigieuse Ecole de Palo Alto, les études de la communication se sont poursuivies. Si l’accent est moins mis sur cet aspect de la prise en
charge des familles de schizophrènes en raison de son caractère potentiellement
réducteur et culpabilisant, Stéphan Hendrick se propose de familiariser le lecteur
francophone au concept de « Communication Déviante » qu’il souhaiterait renommer « Communication Divergente ». Avec cet article très documenté il réintroduit
les différents paramètres de la communication : relationnel et environnemental, dans
ce qu’il appelle le continent que sont les schizophrénies et les psychoses.
B.W.
·
1. Regamey V. : Editorial « A être le suivant de celui qu’on suivait, Au suivant, au suivant ». Thérapie
Familiale, 23,1-3.
·
2. Robin M., Pochard F., Ampelas J.F., Kannas S., Bronchard M., Mauriac F., Bisson F., Meppen S., Pastour N. : Les dispositifs d’urgence psychiatrique et de crise en France. Thérapie Familiale, 23,153-168.
[1]
Cf. la loi du 29 août 2002 autorisant la mise en détention provisoire des mineurs de moins de 13 ans
pour des délits alors qu’elle n’était autorisée auparavant que dans le cas de crime. Dans cette même loi
il est prévu que les familles de ces mineurs soient privées de la part d’allocations familiales dévolue au
mineur placé en centre fermé.