Thérapie Familiale
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
52 pages

p. 103 à 104
doi: en cours

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Recension

Volume 24 2003/1

 
Edith Goldbeter-Merinfeld Collection Art de la psychothérapie Editions ESF, Paris, février 1999
 
 
Cet ouvrage laisse le lecteur transformé. Par la suite, le thérapeute ne sera plus tout à fait le même : il sera amené à interroger autrement la place des absents. Le modèle proposé par l’auteur et qui revient comme un leitmotiv tout au long du livre nous invite non seulement à porter une attention particulière aux absents – que ceux-ci aient été invités à la séance ou non –, mais également à réfléchir à la fonction qu’une personne absente occupe ou a occupée dans le système.
L’intervenant pourrait remplir cette fonction et colmater ainsi une brèche, par~fois sans s’en rendre compte, parfois consciemment ou, parce qu’il y est invité. C’est grâce à la prise en considération de la place de l’absent que le thérapeute per~mettra l’élaboration d’un deuil difficile, voire impossible.
Les « absents » dont il est essentiellement question dans le texte, sont des per~sonnes décédées, disparues, des « tiers pesants », « des individus qui ont joué un rôle vécu comme crucial dans la famille, que ce soit sur le plan positif ou sur le plan négatif. Ils avaient une certaine responsabilité dans le maintien des distances émo~tionnelles à l’intérieur de la famille, attirant l’attention sur eux, portant beaucoup de charges pour les autres, médiateurs ou causes officielles de toute discorde, soutiens, complices ou boucs émissaires ». Leur place fondamentale pour l’équilibre familial, est maintenue, parfois occupée par un autre membre de la famille, comme par exemple, un oncle, une tante, un frère… qui rend présent à sa manière et souvent sous forme symptomatique, le grand-père mort voici quelques années et dont la famille n’a pu faire le deuil. Parfois cette fonction est « offerte » au thérapeute.
Le thérapeute est invité à se questionner sur les résonances particulières que chaque situation précise peut réveiller en lui et sur la fonction qu’il risque de prendre dans le système thérapeutique. Sans cette prise de distance, il peut jouer, peut-être à son insu, le rôle du pansement qui cachera partiellement la souffrance, gommera l’expression d’éventuels affects négatifs, ce qui empêchera alors l’élaboration des émotions. Il participera ainsi à maintenir le statu quo familial et son cortège de symp~tômes qui ont bien sûr leur fonction. S’il n’y prend garde, par sa présence dans le sys~tème familial, il est amené à colmater la souffrance, à évacuer un travail de deuil, à remplacer quelqu’un d’irremplaçable.
Dès le début de la lecture, le professionnel ne peut échapper à une remise en question de ses motivations à exercer le métier de thérapeute : c’est incontournable, chaque nouveau chapitre l’interpelle à ce niveau. Dans son travail, lui-même est présent avec ses « propres références du vécu de tiers pesant dans sa famille d’ori~gine », avec la fonction de « tiers qu’il y a exercée sans avoir atteint les buts qu’il s’était fixés ». Lui aussi doit faire le deuil de cette mission dont il s’est senti investi et qu’il a acceptée dans sa famille d’origine.
L’auteur passe en revue la littérature essentiellement systémique. Il s’appuie sur les « Anciens »: Karl Whitaker et l’engagement émotionnel du thérapeute, Murray Bowen et les « triangles », Norman Paul et le deuil… et se réfère à la longue et fruc~tueuse collaboration avec Mony Elkaïm, qui a précisément mis en évidence les phé~nomènes de résonance pouvant exister entre un thérapeute et une famille. Vous aurez ainsi l’occasion de revoir vos bases systémiques, sans que ce ne soit « pesant » pour reprendre un qualificatif cher à Edith Goldbeter-Merinfeld. Avec ce parcours, l’auteur nous fait découvrir son originalité en amenant dans chaque chapitre son propre modèle.
L’incomplétude de ce propos laissera émerger, je l’espère, le désir de lecture du « Deuil impossible », car je n’ai nullement l’ambition d’être exhaustive et ne vou~drais surtout pas être le « bouche-trou ». Je vous invite à découvrir cet ouvrage théo~rico~clinique qui, peut-être, vous amènera, vous aussi, à vous laisser questionner très intimement sur votre propre rapport au deuil, à la place des absents et à la fonc~tion thérapeutique.
Muriel Meynckens-Fourez
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