2003
THÉRAPIE FAMILIALE
LES ARTICLES
L’évolution de la société entraîne des changements dans les pratiques, en particu~lier la pratique infirmière connaît des mutations. Nicole Beauzee, Marie-Christine
Cabié, Annie Lelevrier-Vasseur, Christian Rybak viennent aujourd’hui donner un
éclairage novateur – fondé sur les apports de la théorie éco-systémique et de la théra~pie brève – sur ce que peuvent être ces mutations. Ils proposent des guides pour orga~niser la rencontre infirmière; l’obtention d’un mandat, la recherche des ressources et
des compétences, la définition des objectifs des soins en sont les temps forts. Ils les
illustrent par de nombreux exemples cliniques. Et ils insistent sur ce que cela suppose
de reconsidérer la philosophie de soins et le fonctionnement dans les institutions.
Le génogramme est un outil utile et fort bien connu. Certes, mais ici Valérie
Cubilier-Le Goff nous en montre une utilisation originale, patinée à sa pratique
professionnelle qui se situe dans un contexte bien particulier, à savoir le milieu car~céral. Dans la prison elle a voulu apporter des couleurs. Non pas des couleurs impo~sées, répondant à une codification stricte : mais celles de ses patients, leur choix.
Ayant souvent une histoire familiale douloureuse, les patients les plus carencés peu~vent trouver un vecteur à l’émotion inexprimable, plus tard seulement ils cherche~ront les mots, comme cette jeune patiente d’origine malienne dont elle nous raconte
l’histoire.
Même au pays de Descartes passion et raison ne s’opposent plus. Ce n’est donc
pas un oxymoron
[1] que nous propose
Yveline Rey lorsqu’elle parle de penser l’émo~tion. Pour autant la tâche n’est pas simple. Dans un premier article elle se penchait
sur les questions de l’identité, de l’appartenance et de la mémoire familiale. Elle
poursuit ici son travail sur l’émotion par un rappel des apports théoriques, en parti~culier sur la différence entre
émotion-choc et
émotion-sentiment, le passage de l’un à
l’autre permettant la distanciation et l’élaboration. Elle donne ensuite des exemples
d’application avec l’utilisation du
blason dans un centre pour toxicomane, et celle du
jeu de l’oie dans une situation bloquée de deuil.
Dans ce texte Micheline Christen donne au lecteur des pistes de réflexion sur le
travail du thérapeute familial face aux conflits conjugaux potentiellement destructeurs
pour l’enfant qui s’y trouve mêlé. A partir de son expérience de thérapeute elle
modélise les différents jeux utilisés par les conjoints et analyse les modes de
réponses de la société, qui seront de l’ordre du judiciaire, de l’éducatif ou en encore
du thérapeutique, et parfois combinés, selon le degré de la prise de conscience des
parents des besoins de leur enfant, malgré l’importance du conflit conjugal. Elle
donne ensuite des repères pour l’efficacité du travail des professionnels.
Repartant du modèle autopoïétique et de celui de l’organisation par le bruit, qu’il
pense avoir été délaissés un peu rapidement par les systémiciens, Jean-Paul
Gaillard nous suggère de réenvisager la complexité du vivant à partir de leurs
concepts-princeps : clôture et auto-organisation, information et perturbations exté~rieures. Il fait le constat que notre société se complexifie très rapidement et laisse
l’homme démuni face à cette complexité croissante. Il envisage alors d’avoir
recours à un « réducteur de complexité ». Le couple confiance/défiance fonctionnant
respectivement comme réducteur de complexité/générateur de complication il uti~lise la confiance comme outil thérapeutique; à l’appui de sa démonstration il donne
l’exemple d’Anne, enseignante, qui se sentait dépassée par sa petite fille de 4 ans.
Dans la continuité de sa réflexion sur le temps et le rythme familial, Anne
Courtois élargit son regard à la transmission de générations en générations. Reli~sant la littérature sur la transmission de l’héritage, elle s’intéresse à l’individu dans
son groupe d’appartenance : la famille; elle développe l’idée de la spirale du don qui
découle de l’éthique relationnelle et qui est le moyen pour l’individu de se décaler
de sa famille. Puis elle revient au groupe familial, rituels et mythes, scripts et
ambiance – sans oublier les émotions qui en sont le creuset – sont les concepts qui
permettent la description de la transmission familiale.
A la dialectique entre la personne et son groupe d’appartenance, répond celle qui
existe entre rigidité et dynamisme, ou changements et répétition. Et se demande-t-elle quelles sont les conditions de l’improvisation et de la créativité ?
[1]
Rappelons, avec l’aide du grand Robert, qu’un oxymoron est une figure qui consiste à allier deux
mots de sens incompatibles pour leur donner plus de force expressive. L’oxymoron le plus célèbre de
nos jours est le « Merveilleux malheur » de Boris Cyrulnik.