Thérapie Familiale
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
52 pages

p. 53 à 61
doi: en cours

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Volume 24 2003/1

2003 THÉRAPIE FAMILIALE

HAINES FAMILIALES ET THÉRAPIE SYSTÉMIQUE  [1]

Micheline Christen  [*] 1, Avenue du Cégarès F-13840 Rognes
Cet article va tenter de modéliser la façon dont un enfant peut être pris dans les jeux haineux des familles. Il va également essayer de replacer le travail du thérapeute de famille dans la palette des réponses socialement organisées autour de l’aide au porteur du symptôme. Il a pour ambition, en dénonçant les carences le plus souvent observées, d’ouvrir le débat sur une aide véritable et authentique à la parentalité.Mots-clés : Famille, Haine, Réponses sociales, Thérapie familiale. This article will try to come up with modelling of the way a child can be the hostage of hatred family games. We will also try to put back the family therapist’s work among the socially organized responses centred on helping the symptom bearer. It’s also our ambi~tion to open a discussion around a real true help on parenthood by pointing out the deficiencies the most currently observed.Keywords : Family, Hatred, Social replies, Family therapy. Este artículo se propone modelizar el modo cómo un niño puede ser involucrado en los juegos del odio de las familias. Asimismo intentarà situar el trabajo del tera~peuta de familias en el abanico de las respuestas socialmente organizadas en torno a la ayuda al portador del sintoma. Al denunciar las carencias más a menudo observadas, pretende abrir el debate sobre una ayuda verdadera y auténtica a la parentalidad.Palabras claves : Familia, Odio, Respuestas sociales, Terapia familiar.
 
Le couple, fondement de la construction familiale
 
 
Les modèles du fonctionnement familial sont empruntés à Virginia Satir, Mara Selvini et Stefano Cirillo.
De la qualité de la relation conjugale (que cela soit pour vivre ensemble ou se séparer) va dépendre la qualité de l’éducation des enfants. Il en est de même de la qualité du développement individuel de chacun des membres de la famille. Chacun doit pouvoir trouver, dans son couple et sa famille, un équilibre convenable entre ses besoins d’appartenance au groupe, et ses besoins d’individuation et de développe~ment personnel.
Chacun des membres du couple arrive dans sa nouvelle histoire avec des habi~tudes relationnelles, des définitions des fonctions de mari, d’épouse, de père et de mère, acquises dans la famille d’origine. La nouvelle entité conjugale s’inspirera de ces habitudes, soit pour les reproduire, soit pour instaurer des contre-modèles, soit encore pour en inventer d’autres. Qu’il s’agisse de poursuivre ensemble des jeux relationnels ou d’en initier de nouveaux, le couple peut connaître plus ou moins rapidement des difficultés de fonctionnement. Ne pas pouvoir se parler des diffé~rents crée de la frustration et du conflit. Plus les individus ont une faible estime d’eux-mêmes, moins le conflit est ouvert. Les attentes réciproques sont exorbitantes au regard des capacités de chacun. Chaque membre du couple attend plus d’être nourri et protégé par l’autre, au détriment de la capacité à prendre soin de soi, et du don de soi nécessaires à l’amour. Si la « maturation » des individus ne leur permet pas de dépasser ces difficultés, ou d’y mettre fin par une séparation, les enfants pré~sents ou à venir courent le risque d’être entraînés dans des conflits ouverts ou larvés qui naissent des frustrations découlant des attentes déçues. Ils sont, dans un premier temps, appelés à pallier aux carences du conjoint(e), avant d’être associés à la guerre. Ils vont répondre à l’appel du jeu, y trouvant pour eux-mêmes quelque avan~tage (plus d’attention, plus de cadeaux, être préféré aux autres, plus de liberté).
Les enfants deviennent régulateurs de la relation conjugale
Un enfant entraîné dans la guerre conjugale, va y entrer progressivement.
  • Dans un premier temps, il va identifier « une victime » du conflit. Il va être sen~sible aux signes extérieurs de souffrance, aux discours clairement ou subtilement plaintifs. Il va se proposer comme consolateur de ce parent. Il y sera encouragé par l’acceptation de son don.
  • Le temps passant, sa participation va devenir progressivement active. L’empa~thie va se transformer en coalition avec la victime contre « le bourreau ». Il va attaquer ce parent par ses comportements, encouragé par l’attitude passive du parent victime.
  • Le dernier temps de ce processus va voir les deux parents s’unir à nouveau pour désigner l’enfant comme dysfonctionnel dans ses comportements. Ils vont demander l’intervention de professionnels, voire demander son placement, devant la montée en puissance des symptômes de l’enfant qui attaque. L’aban~don de l’enfant par le parent instigateur va déclencher des sentiments de rage extrême chez ce dernier.
Ce jeu familial peut être ouvert, visible, comme dans les problématiques de vio~lence conjugale ou d’alcoolisme d’un parent. Un enfant, en particulier, va dévelop~per des comportements protecteurs du parent « faible ». Il va défendre sa mère bat~tue, humiliée et malheureuse. Il peut développer des comportements de violence à l’encontre du parent abuseur, s’interposer, se battre avec lui. Il peut aussi être missionné par « la victime » pour prendre soin du bourreau, comme aller chercher leur père au bar, ou s’occuper des plus jeunes et du père en cas d’alcoolisme de la mère. Ces tâches assumées cachent mal le mépris à l’encontre du parent défaillant, quand on n’observe pas des comportements d’humiliation et de violence à son égard.
Le jeu peut aussi être voilé, confus. C’est le cas de la mère divorcée qui tout en laissant les enfants aller chez leur père le week-end parce qu’elle ne veut pas le pri~ver de ses droits, laisse subtilement entendre que les problèmes de comportement de l’enfant sont à mettre sur le compte de ce père « qui ne sait pas correctement s’en occuper ». La situation inverse existe aussi.
Le jeu peut être caché. La seule chose apparente est l’implication excessive d’un parent dans la relation avec un enfant « à problème ». L’autre parent étant absent de la scène parentale. Rien n’est dit, ni montré de la relation conjugale. Ce sont plus sou~vent les mères qui se retrouvent surimpliquées, le père ayant déserté le territoire de l’éducation voire de la sphère familiale dans son ensemble. Cette situation est assez fréquente dans les familles où un enfant développe des troubles psychotiques; mais aussi dans la situation de parents divorcés. Elle masque souvent la poursuite de la guerre, même si une étude américaine semble montrer que la « disparition des pères » dans les deux ans qui suivent le divorce, pourrait aussi être mise en lien, a contrario, avec leur surimplication. Pour ne pas souffrir de la mise à distance liée à l’attribution prioritaire du droit de garde à la mère, ils préfèrent rompre la relation avec les enfants. Il est possible d’imaginer que ce n’est pas sans ressentiment. Les troubles de l’enfant ne pouvant être rattachés à rien de visible sur le plan familial, ils vont être attribués à l’enfant lui-même. C’est l’enfant qui va être stigmatisé, comme dans la psychose par exemple. Plus banalement, on parlera de « troubles du comportement », que l’on va relier à une structuration déficitaire de la personnalité de l’enfant.
La danse macabre
Que le jeu soit ouvert ou plus ou moins caché, il n’en est pas moins « incons~cient ». Les protagonistes ressentent qu’ils sont en grand danger, et développent des attitudes et des stratégies de survie. Ils ne sont pas machiavéliques mais profondé~ment menacés. La guerre conjugale pourrait se faire au travers d’autres médiateurs, sur d’autres « champs de bataille », comme l’argent, le travail, la passion du jeu, les relations extra-conjugales, etc. Mais quand la guerre conjugale s’est déplacée sur le terrain de la parentalité, il ne sert à rien de vouloir faire entendre à ce couple qu’ils doivent prendre soin de leur relation. S’ils avaient pu le faire, ils n’auraient pas pris un enfant en otage. Il n’y a donc pas accès aux enjeux du couple. La guerre étant la seule façon de pérenniser une relation que l’on ne renonce pas à changer, elle peut aller jusqu’à rendre les parents complètements imperméables aux besoins de leurs enfants. Ces situations aboutissent parfois à d’authentiques maltraitances. Elles arri~vent dans les bureaux des professionnels parce que l’enfant « soigneur du problème des parents », va développer des symptômes visibles et repérés. A force de prendre en charge le problème de ses parents, il va « devenir » un problème. Des acteurs du réseau externe sont alors appelés dans la danse.
La société, maître de ballet
La porte d’entrée dans le système est constituée par la demande des parents, ou d’un tiers, d’aider l’enfant porteur du symptôme.
Suivant le degré de perméabilité des parents aux souffrances de l’enfant, la société a organisé des réponses différentes, qui fonctionnent parfois de façon sépa~rée, voire clivée.
Si nous considérons un niveau 0 représenté par des parents complètement absorbés par leur guerre; ils y consacrent toute leur énergie, ce qui les rend complètement imperméables aux besoins et aux souffrances endurées par leurs enfants. Le niveau 10 serait représenté par des parents en guerre mais également en souci pour leur enfant et capables de demander de l’aide. Ils ont simplement du mal à entrevoir en quoi leur comportement a un impact sur leur enfant.
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La société a mis en place 3 niveaux de réponses sur cette échelle :
  • Dans le bas de l’échelle de conscience, ce sont les acteurs sociaux qui vont détecter la souffrance de l’enfant, voire les violences qu’il subit dans un environ~nement de guerre généralisée. Cet enfant peut alors être signalé aux services administratifs ou judiciaires comme en danger ou maltraité. Les parents peuvent avoir besoin que la société introduise la crise par le signalement, et leur rappelle qu’il n’est pas possible de tout faire vivre à un enfant. La juridiction fondée à traiter ces problèmes a encore (mais pour combien de temps ?) pour mission de privilégier la réponse éducative sur la sanction pénale. Le traitement judiciaire sera donc associé à un traitement éducatif, que l’enfant soit placé ou maintenu dans sa famille. Mais en l’absence du minimum de ralliement de la famille à ces traitements « contraints », la réponse judiciaire de protection de l’enfant sera le seul outil. L’introduction du judiciaire va se faire à « jeu ouvert », quand il est possible de relier les troubles de l’enfant avec un danger et un conflit visible (violence, délinquance, maltraitance). Dans cette zone de réponse sociale, les parents seront confrontés d’abord à leurs responsabilités, puis aidés. Les ser~vices judiciaires et sociaux des tribunaux devraient, pour ce faire, travailler en étroite collaboration. Or le déficit des moyens humains mis à la disposition des familles engendre de terribles catastrophes humaines :
    • Des mainlevées sur constat d’échec, l’enfant étant abandonné à sa famille.
    • Des juges qui ne jugent plus, ne convoquent plus en audience, laissant les éducateurs faire toutes les tâches (dire la loi, éduquer, placer !).
    • Des services judiciaires et départementaux qui se renvoient les dossiers à traiter.
    • Des mesures prises pour se donner bonne conscience, sans projet, sans suivi.
    • Des signalements hâtivement classés.
  • Dans le niveau intermédiaire de l’échelle, les parents peuvent être en guerre, mais soucieux de ce qui arrive à l’enfant. Ils peuvent demander de l’aide à l’autorité administrative ou judiciaire. L’autorité saisie peut mettre en place une aide éducative, si elle ne souffre pas d’un cruel (pour les parents) manque de moyens. Je crois que beaucoup de parents adressent des S.O.S aux profession~nels qu’ils consultent communément, comme leur médecin, l’assistante de ser~vice social, la puéricultrice de la Protection Maternelle et Infantile, celle de la crèche, les enseignants, etc. Mais beaucoup de ces appels restent sans réponses. Les raisons sont sûrement multiples :
    • La demande des parents est évasive, manque de précision, et le professionnel ne se sent pas autorisé à l’investiguer, ou n’en a pas la compétence.
    • Le professionnel se sent interpellé pour agir lui-même, sans avoir la compé~tence pour répondre. Il ne sait pas à qui adresser son client. Le pire serait que le professionnel non compétent agisse quand même, transformant la diffi~culté en problème.
    • Il n’existe pas de lieux où une parole privée peut être entendue, sauf dans les cabinets de psychothérapie auxquels beaucoup de parents n’auront pas accès (culture, argent), où encore en psychiatrie où ils n’iront pas parce que ce n’est pas assez grave et qu’ils ne sont pas fous.
    • Les lieux de prévention primaire comme le service social de polyvalence de secteur et la P.M.I ont été réorientés vers le traitement de l’exclusion. Crou~lant sous cette tâche, ils condamnent bien de jeunes parents à rester seuls avec leur problème naissant.
    • La prise en compte actuelle des difficultés parentales par la société, n’est orientée que vers une parole publique sous la forme de groupes de parents, animés trop souvent par des professionnels n’ayant aucune formation quant à l’approche du groupe familial.
    • Il faut une bonne assise personnelle pour aller s’exposer dans ces réunions qui relèvent parfois plus de l’exercice de « la confession » que d’un travail d’élabo~ration des problématiques et d’un cheminement vers la recherche de solutions.
  • En haut de l’échelle, plus le jeu est caché, moins il est possible de relier les troubles de l’enfant avec lui. Les enfants courent alors le risque de voir leurs symptômes attribués à un déficit personnel, intrapsychique. Ils seront orientés vers les circuits « spécialisés », comme les instituts de rééducation ou les ser~vices de psychiatrie. Dans cette zone de réponse sociale, les parents seront par~fois aidés. Mais la priorité du traitement étant consacrée à l’enfant, ils peuvent aussi rester sans interlocuteurs pour les difficultés qu’ils connaissent, même s’ils le demandent aux professionnels qui ont pris en charge l’enfant. Ces derniers les envoient consulter ailleurs, ce qu’ils font rarement.
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La thérapie familiale dans la danse
Dans ces jeux familiaux destructeurs, le thérapeute de famille doit savoir tra~vailler avec les services de justice et de contrôle social. Contrairement aux idées reçues, bien des situations familiales n’ont favorablement évolué qu’avec l’intro~duction autoritaire d’une mesure d’aide socio-éducative prononcée au moment opportun et clairement motivée.
La première action thérapeutique est développée par l’enfant qui attire l’atten~tion de l’environnement social avec son symptôme. S’il est seul pris en charge, il a manqué une partie de son objectif qui est d’apporter de l’aide à ses parents.
Le deuxième intervenant thérapeutique est le juge. Les Inspecteurs d’Aide à l’Enfance pourraient jouer le même rôle, ce qu’ils ne font pas. Les inspecteurs convoquent très rarement les parents pour leur signifier leurs décisions et encore moins les raisons qui les sous-tendent. Il s’agit de confronter les parents à leurs atti~tudes éducatives inadaptées, voire destructrices, en les enjoignant d’en changer. L’audience, l’ordonnance pourraient être des outils puissants pour amorcer le chan~gement s’ils étaient mieux utilisés. C’est dans le cabinet du juge que la mise en lumière d’attitudes éducatives inadaptées, voire destructrices, est la plus puissante.
J’aimerais voir plus souvent les juges juger, et mettre à la disposition des familles, des professionnels pour les « aider à changer », et ceci, même si l’enfant est placé. Comment rendre un enfant à sa famille si celle-ci continue sa guerre destructrice ? C’est malheureusement ce qu’il est possible de voir trop souvent. Le pire étant consti~tué par une décision judiciaire qui, dans un contexte de guerre, donne un avantage à un des clans. Cette décision enclenche immédiatement une escalade dans le conflit.
Le troisième intervenant thérapeutique est le travailleur social, à qui la famille va devoir rendre compte des changements introduits dans ses façons de vivre et de s’occuper des enfants, pour qu’il en informe le juge. Bien des intervenants sociaux, formés au travail avec les familles, utilisent ce cadre pour accompagner les familles dans la voie du changement.
Cet accompagnement est d’autant plus efficace qu’il s’articule étroitement avec des exigences exprimées de manière précise et claire par le juge.
Le thérapeute de famille, dans ce contexte, travaille souvent en lien avec tous ces acteurs. Son objectif consiste à modifier les interactions parents – enfants, pour une meilleure protection et éducation. Il partage cet objectif avec le juge et les interve~nants socio-éducatifs. Il vient en renforcement de leur action, mais peut aussi ouvrir sur une bifurcation intéressante. Certains parents peuvent se réapproprier, grâce à l’intervention socio-judiciaire, la responsabilité pleine et entière de leurs actes, et souhaiter d’eux-mêmes aller plus loin dans le travail.
L’intervention du thérapeute de famille est plus subtile dans les situations où le jeu est caché. Les parents n’ont, en apparence, aucun problème. Ils se montrent sou~vent très demandeurs et coopérants, en particulier le parent le plus engagé. Ils se montrent inquiets, intéressés par ce qui arrive à l’enfant.
Ils ne sont toutefois jamais d’accord sur ce qu’il faudrait faire. Les désaccords restent feutrés, le désengagement de l’autre parent permet d’éviter le conflit ouvert. La violence faite à l’enfant est plus subtile, psychologique. La plupart du temps, la justice ne prendra pas ces situations en compte car rien ne se voit. L’autorité admi~nistrative évitera aussi de s’engager face à des parents à qui il n’y a rien à reprocher comme carences. Ils sont volontaires pour les soins à l’enfant. De plus, dans ces familles, le jeu ne peut se poursuivre que si les parents arrivent à convaincre les pro~fessionnels de « la pathologie » de l’enfant.
Ces situations familiales peuvent aboutir à de véritables collusions contre l’enfant, des parents, des professionnels, des théories et des méthodes d’intervention qui vont tous concourir à le désigner comme dysfonctionnel. Je crois que certaines violences des enfants et des adolescents pourraient s’expliquer par la haine qu’ils peuvent ressentir à l’encontre de tous les adultes qui les ont trahis et abandonnés.
Que l’aide soit contrainte ou non, le thérapeute familial est celui qui doit repérer le jeu familial, en créant un contexte de travail contenant et sécurisant. Le niveau élevé des haines et des rancœurs nécessite des professionnels chevronnés et supervi~sés. Les rapports de pouvoir sont intenses. Il peut exister des phénomènes d’emprise : un membre de la famille a réussi à avoir une position dominante qui réduit tous les autres au silence. Il peut exister une contre-indication à la médiation familiale si les forces en présence sont par trop inégalitaires. Le thérapeute doit savoir peser ces forces, et conduire avec intensité l’inévitable bataille à propos du cadre de l’intervention. Il doit également savoir utiliser l’empathie comme la confrontation dans sa relation thérapeutique; savoir dire non à un comportement, signaler le danger ou la maltraitance, sans juger les parents, mais en repérant leurs compétences. Ce sont ces compétences qui vont devenir l’élément le plus actif du contexte de changement.
Pour cela, il observe les relations en recevant toute la famille, au moins un temps. Mais il peut aussi naviguer sur différents sous-systèmes, les parents seuls, les enfants seuls, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, etc. Ce qui est bon pour les parents est bon pour les enfants et réciproquement.
L’efficience de ce travail passe par le changement d’un certain nombre de nos habitudes professionnelles, je les rappelle brièvement :
  • L’intégration effective par les professionnels de la notion d’autorité parentale devrait rendre obligatoire le travail avec les 2 parents.
  • Dans la suite logique, il ne s’agirait plus de demander à la seule mère de porter la responsabilité des changements nécessaires, le plus souvent en la culpabilisant en même temps d’être trop présente et envahissante (mère dévoreuse).
  • Ne plus échanger entre nous des informations sur les familles hors de leur pré~sence. Ce qui ne peut être dit en présence de la famille ne sert pas à faire avancer le droit, la protection, l’éducation des enfants.
  • Je rajoute aujourd’hui la surveillance étroite de notre vocabulaire de profession~nel. Construit pour nommer les déficits sous la forme du diagnostic, il contribue à construire et maintenir les enfants et les familles enfermés dans nos visions négatives et déficitaires. Notre conditionnement linguistique participe active~ment à la chronicisation des problèmes.
Le contrat de travail consiste à mettre les parents dans une position de cothéra~peutes/collaborateurs, dans l’objectif de développer leur sens des responsabilités et les réinvestir dans l’éducation. Ce travail va passer par plus d’implication du parent « absent », et le désengagement du parent trop impliqué.
Les séances vont servir à les mettre au travail ensemble, échanger, ouvrir sur leurs différences d’idées, négocier petit à petit des attitudes communes, les laisser les expérimenter, les commenter, les changer si elles ne donnent pas les résultats escomptés. Ces changements doivent être petits, pour garantir leur réussite. Il s’agit de rompre avec la spirale des échecs. Le thérapeute de famille va devoir activement rechercher les compétences de ces parents. Ils ne sont en difficulté qu’avec l’enfant qu’ils ont triangulé dans leur conflit. Les autres enfants peuvent évoluer de façon satisfaisante. Les parents peuvent aussi être très compétents dans d’autres domaines de leur vie.
C’est la réussite d’actions communes qui peut les conduire, dans un deuxième temps, à s’ouvrir sur leurs difficultés personnelles ou de couple. Mais ceci donnera lieu à un nouveau contrat thérapeutique. D’un côté il y a l’enfant et ses difficultés que l’on vient de traiter. Il est impératif de séparer les problèmes des conjoints dans un autre contrat.
Les familles où les haines sont féroces doivent pouvoir rencontrer des profes~sionnels puissamment empathiques, soutenus dans leurs institutions par une équipe bienveillante et porteuse. Travailler dans ces systèmes réveille des résonances chez chacun de nous. Les financeurs et les dirigeants de ces équipes ont une responsabi~lité certaine dans le niveau de qualité des « soins ». Je vois trop d’institutions dans lesquelles le burn-out a miné la compétence individuelle et collective, où le souhait de formation est entravé et où n’existe aucune supervision.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  1. Christen M. (1994): Violence Familiale, Violence Institutionnelle, Isomorphisme, in Travail social et Systémique, Editions IES, Genève, pp. 127-138
·  2. Christen M. (1997): De la participation des victimes à leur victimisation. Thérapie Familiale, Genève, 18 (2), 99-107.
·  3. Christen M. (1998): Vers un fonctionnement non violent des institutions. Thérapie Familiale, Genève, 19 (2), 109-121.
·  4. Christen M. (2000): Au bout de la violence, l’exclusion… et la violence de l’exclusion, in Créer des liens, Editions IES, Genève, pp. 131-149.
·  5. Christen M. (2000): La supervision en travail social. Une approche de la complexité bricolée au quo~tidien. Revue Internationale de Théorie du Droit et de Sociologie Juridique publiée avec le concours du CNRS, Paris, pp. 475-484.
·  6. Cirillo S., di Blasio P. (1992): La famille maltraitante. ESF Editeur, Paris.
·  7. Satir V. (1971): Thérapie du couple et de la famille. Editions EPI, Paris.
·  8. Selvini M. et al. (1990): Les jeux psychotiques dans la famille. ESF Editeur, Paris.
 
NOTES
 
[1]Texte élaboré à partir d’une conférence donnée à Marseille les 17/18 mai 2001 dans le cadre du congrès « Parentalités d’aujourd’hui, regards nouveaux…», organisé par le service de la famille et du droit des femmes de la Ville de Marseille.
[*]Thérapeute de famille à Contexte et Réseaux et formatrice à La Durance.
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