2003
THÉRAPIE FAMILIALE
LES ARTICLES
Partant de l’exemple d’Athènes qui inventa la démocratie, effectuant le détour
par l’Allemagne hitlérienne que, jeune homme, il connut, puis par l’Amérique de
Tocqueville, Helm Stierlin nous livre ici sa réflexion fort enrichissante sur les liens
entre le processus démocratique dans la famille et dans la politique de la nation.
Va et vient entre le niveau familial et le niveau sociétal. Faut-il considérer, à l’ins~tar d’Emmanuel Todd, que la structure familiale sous-tend le régime politique ? Ou
bien s’agit-il d’une interaction circulaire entre les deux, comme le systémicien a
l’habitude de le penser suivant le modèle qui lie niveau phénoménologique et niveau
mythique ? La question est de taille lorsqu’il s’agit de culture familiale et de liberté de
penser. Et, en ces temps de globalisation, la démocratie est une valeur « à cultiver ».
C’est la métaphore du parlement intérieur qui, dit-il, rend le mieux compte de
l’individuation dans la relation, expression et conséquence de la culture relation~nelle démocratique.
Au cours d’un divorce conflictuel le besoin de pérennité de la relation entre
l’enfant (ou la fratrie) et les deux parents se trouve menacé. Pour aider à respecter ce
besoin, la justice peut alors jouer le rôle de tiers hiérarchiquement supérieur et le
thérapeute celui de médiateur.
En tant que thérapeutes familiaux Pedro Gonçalves et Annie Grimaud de Vin~cenzi, se trouvent parfois confrontés au syndrome d’aliénation parentale, qui vise à
détruire le lien entre un enfant et l’autre parent. A partir de deux vignettes cliniques, ils
montrent comment ils s’appuient alternativement sur les approches structurales, straté~giques et narratives; tout en ne manquant pas de tenir le plus grand compte du contexte
judiciaire – sous peine d’un échec de la médiation. Retenons en particulier leur utilisa~tion fort intéressante – inspirée du modèle narratif – des rapports envoyés au tribunal et
rédigés comme une ébauche de construction alternative du couple parental.
Dans notre société où l’enfant est devenu roi et où chacun se doit d’être à tout
moment au mieux de sa forme, la maladie de l’enfant ne peut qu’être douloureuse~ment ressentie par son entourage. Nicolas Long a effectué une enquête sur le vécu et
l’accompagnement des parents d’enfants hospitalisés. Il a constaté que la circulation
de l’information est rendue difficile par la nature des besoins des parents confrontés
au deuil de l’enfant idéal, et de ceux des soignants qui ont à concilier au quotidien
nécessités techniques et impératifs de la relation aux parents – dont les logiques sont
parfois incompatibles. Afin de rétablir une meilleure communication, il préconise la
ritualisation de chaque étape au cours de l’hospitalisation et l’intervention de tiers
médiateurs non directement impliqués dans les soins proprement dits.
Elisabeth Fivaz-Depeursinge a mis au point avec son équipe le jeu trilogique de
Lausanne. A l’aide de ce jeu qui permet d’étudier les quatre configurations différentes
d’être à trois, elle étudie la communication dans la famille dès les premières années de
la vie. Cette approche développementale lui a permis de confirmer l’importance de
l’alliance coparentale dans la construction de la sociabilité de l’enfant. Elle esquisse
l’hypothèse que la modalité de la parentalité, qu’il s’agisse de monoparentalité, de
coparentalité, de parents de même sexe, de famille recomposée, influence l’enfant
dans sa capacité à s’adapter à son environnement : il se sentira plus à l’aise dans la
relation à deux ou à trois ou bien dans les groupes restreints ou élargis.
Connues depuis longtemps, reconnues maintenant comme socialement inaccep~tables – un exemple médiatique récent le confirme –, les violences familiales mobili~sent les thérapeutes. A partir de sa pratique de consultation familiale dans le secteur
infanto-juvénile, Patrick Jury se penche sur les mécanismes psychopathologiques de
la transmission de la violence dans la famille. La violence familiale ordinaire, qui peut
passer inaperçue, même pour les protagonistes, risque de se transformer en violences
extrêmes. A l’aide d’une relecture systémique de « Qui a peur de Virginia Woolf » et
de « contes de la violence ordinaire » puisés dans ses rencontres, il décrypte les petits
signes qui doivent alerter. Il insiste pour une reconnaissance précoce de la violence
en tant que seule période où elle peut faire l’objet d’un traitement préventif des
formes extrêmes qui relèvent de réponses judiciaires et sociales essentiellement.
Que se passe-t-il donc en séance ? Aujourd’hui Michael Houseman se penche
sur cette question qui se pose souvent au thérapeute, mais il utilise un éclairage qui
n’est pas familier au lecteur : celui de l’anthropologue. Reprenant successivement les
notions d’interaction quotidienne, de rituel, de jeu et de spectacle et les modalités
d’interaction qui y sont associées : notification, instruction, conformité et exhibition,
il explique comment l’interaction qui sous-tend l’instauration de la relation thérapeu~tique (qui se fait selon l’axe notification/exhibition) se transforme avec le temps et
grâce aux déplacements médiatisés par le jeu de la fiction et par la ritualisation de la
séance. Que le lecteur se laisse guider pas à pas sur ce chemin et il ne manquera pas
d’y trouver des enseignements fort enrichissants sur sa relation avec ses patients.
Enfin, le fait mérite d’être signalé, le lecteur pourra trouver les recensions
d’Eveline Nivelle et de Maggy Siméon qui, toutes deux, ont voulu donner envie de
lire le livre de Solange Cook-Darzens : « Thérapie Familiale de l’adolescent ano~rexique. Approche systémique intégrée ». A ce propos nous vous rappelons que
vous pouvez nous envoyer une recension si vous avez aimé un livre et que vous sou~haitez le faire partager.
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1. Todd E. (1983): La Troisième Planète. Structures familiales et systèmes idéologiques, Ed. du Seuil,
Paris. Repris (1999) dans La diversité du monde. Famille et modernité. Ed du Seuil, Paris.